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23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 02:47

« Ces deux dernières années, la croissance a été plus forte dans l’Union Européenne qu’aux États-Unis. Elle se chiffre maintenant à plus de 2% pour toute l’Union et à 2,2% pour la zone euro. Le chômage est au plus bas depuis neuf ans. Depuis le début de notre mandat, près de 8 millions d’emplois ont été créés. Et le taux d’emploi en Europe est plus élevé qu’il ne le fut jamais. Nous avons 235 millions d’Européens qui ont un travail. (…) En réalité, les institutions de l’Europe ont joué leur rôle en contribuant à faire en sorte que le vent tourne. (…) Dix ans après le déclenchement de la crise, l’Europe connaît enfin un rebond économique. Et avec lui, un regain de confiance. » (Jean-Claude Juncker, le 13 septembre 2017 à Strasbourg).



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Le Président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker s’est livré le mercredi 13 septembre 2017 à son troisième discours sur l’état de l’Union devant les parlementaires européens en session à Strasbourg. Exercice annuel qui ressemble étrangement à celui de la démocratie américaine, ce discours (très peu médiatisé en France, comme d'habitude, malgré son importance politique) était l’occasion de revenir sur les premières propositions d’avenir formulées par le Président français Emmanuel Macron le 7 septembre 2017 à Athènes et aussi de donner la vision de la Commission Européenne sur un horizon européen de 2025.

Dans ce discours fleuve (lisible dans son intégralité ici), Jean-Claude Juncker a évoqué de nombreux sujets. J’en retiendrai seulement quelques-uns.


1. La politique commerciale de l’Europe

Jean-Claude Juncker a eu raison de parler en premier des négociations commerciales de l’Europe avec ses partenaires extérieurs. Le commerce est le nerf de la guerre économique : « L’Europe est ouverte au commerce, oui. Mais réciprocité il doit y avoir. Il faudra que nous obtenions autant que ce que nous donnons. (…) Le commerce, ce sont des emplois, ce sont de nouvelles opportunités pour les entreprises européennes, grandes ou petites. Chaque milliard d’exportations en plus représente 14 000 emplois supplémentaires en Europe. ».

Ainsi, il a rappelé l’accord commercial avec le Canada, et la perspective de nouveaux partenariats économiques, avec le Japon, avec le Mexique et les pays d’Amérique du Sud, avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande…

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Mais Jean-Claude Juncker est bien conscient du besoin d’une plus grande transparence et information auprès des citoyens européens dont l’inquiétude reste légitime dans leur souci de préserver leurs normes environnementales et alimentaires : « Je tiens à ce que [ces accords] soient négociés dans la plus parfaite transparence. L’ouverture des échanges doit aller de pair avec une transparence accrue de nos processus décisionnels. Le Parlement Européen aura le dernier mot sur l’ensemble des accords commerciaux. (…) Dorénavant, la Commission publiera l’intégralité des projets de mandats de négociation qu’elle présentera au Conseil. Les citoyens ont le droit de savoir ce que propose la Commission. Fini le manque de transparence, finis les rumeurs et les procès d’intention dont la Commission n’a cessé d’être l’objet. ».

Cela pour réaffirmer : « Je voudrais dire une fois pour toutes : nous ne sommes pas des partisans naïfs du libre-échange. L’Europe doit toujours défendre ses intérêts stratégiques. ».


2. Les réfugiés en Europe

Jean-Claude Juncker s’est félicité de la fin de la crise des réfugiés : « Nous sommes parvenus à endiguer les flux de migrants irréguliers, sources de grande inquiétude dans de nombreux pays. Nous avons réduit de 97% le nombre des arrivées irrégulières en Méditerranée orientale grâce à l’accord que nous avons conclu avec la Turquie. Et, cet été, nous avons réussi à mieux contrôler la route de la Méditerranée centrale : les arrivées y ont diminué de 81% en août par rapport au même mois de l’an dernier. ».

Cette réduction est également le cas pour le nombre de vies humaines tuées dans la Méditerranée, même s’il y en a toujours beaucoup trop : « Près de 2 500 personnes sont mortes cette année, ce qui est une véritable tragédie. Je n’accepterai jamais que des êtres humains trouvent la mort en pleine mer. ». Pour cela, il a proposé de créer une voie d’immigration contrôlée qui ferait tarir les filières irrégulières sources de nombreuses morts (et d’escroqueries).

La Commission Européenne a attribué un grand satisfecit à l’action de l’Italie : « Je ne peux pas parler de migration sans rendre un hommage appuyé à l’Italie pour sa persévérance et sa générosité. (…) L’Italie sauve l’honneur de l’Europe en Méditerranée. ».

C’est être en accord avec les valeurs de l’Europe que d’assurer la solidarité humaine, en particulier auprès des réfugiés syriens : « Rien que l’année passée, nos États membres ont accordé l’asile à plus de 720 000 réfugiés, ou ont pourvu à leur réinstallation. C’est trois fois plus que l’Australie, le Canada et les États-Unis ensemble. L’Europe, contrairement à ce qui est dit, n’est pas une forteresse et ne doit jamais le devenir. L’Europe est, et restera le continent de la solidarité où doivent pouvoir se réfugier ceux qui sont poursuivis pour des raisons inacceptables. Je suis particulièrement fier des jeunes Européens qui se portent volontaires pour donner des cours de langue aux réfugiés syriens ou de tous ces jeunes qui, par milliers, se sont mis au service de notre nouveau corps européen de solidarité. Ils donnent vie et couleurs à la solidarité européenne. ».


3. L’Europe de demain (horizon 2025)

Jean-Claude Juncker a voulu placer l’avenir européen non pas sur un thème économique mais sur les valeurs rassemblées en trois chapitres : liberté, égalité et État de droit : « Notre Union n’est pas un État, elle est une communauté de droit. ».

Ainsi, le Président de la Commission Européenne a rejeté la négociation à court terme de nouveaux traités pour renforcer les institutions, car cela rendrait l’Europe confuse et compliquée : « Au lieu de se lancer tête baissée dans de futurs changements de traités, qui devront venir un jour ou l’autre, nous devrions tout d’abord nous défaire de l’idée qui voudrait qu’on ne puisse gagner que si d’autres perdent. La démocratie est une question de compromis. Et avec de bons compromis, tout le monde est gagnant. (…) Celui qui n’est pas capable de faire des compromis n’est pas mûr pour la démocratie ni pour l’Europe. Cela devrait toujours être l’objectif du travail commun du Parlement, du Conseil et de la Commission. ».

Rejetant l’idée (structurellement compliquée) de créer des institutions démocratiques parallèles pour la zone euro, Jean-Claude Juncker a estimé au contraire que tous les États membres devaient avoir la perspective d’intégrer la zone euro (chose qu’il a pu dire d’autant plus aisément que le Brexit est en cours de négociation et sera effectif le 29 mars 2019) : « L’euro a vocation à devenir la monnaie unique de toute l’Union Européenne. ».

Mais l’unité ne devrait pas se résumer à la seule monnaie et au seul secteur bancaire : « Si nous voulons mettre fin à la fragmentation et au dumping social en Europe, les États membres devront se mettre d’accord sur le socle européen des droits sociaux aussi rapidement que possible, et au plus tard, lors du Sommet de Göteborg en novembre. Les systèmes sociaux nationaux resteront encore pour longtemps divers et distincts. Mais nous devrions au minimum travailler à une union européenne des normes sociales, pour déterminer ensemble ce qui est juste et injuste dans notre marché intérieur. ».

En rejetant une Europe à plusieurs vitesses (qui contreviendrait à son idée d’égalité), Jean-Claude Juncker s’est ainsi opposé aux propositions du Président français Emmanuel Macron qui voudrait organiser une gouvernance démocratique spécifique de la zone euro : « Nous n’avons pas besoin de structures parallèles. (…) Nous n’avons pas besoin d’un budget de l’euro distinct (…). Le Parlement de la zone euro est le Parlement Européen. ». On ne peut que donner raison à Jean-Claude Juncker sur ce sujet : pourquoi vouloir démultiplier le nombre d’élus européens alors qu’il faudrait plutôt renforcer le pouvoir de ceux qui le sont déjà ? De plus, cela va en totale contradiction avec la volonté de réduire le nombre de parlementaires en France…

À moyen terme, Jean-Claude Juncker a envisagé de nouvelles adhésions : « Nous devons offrir des perspectives d’élargissement crédibles aux Balkans occidentaux. (…) Pour tous les pays candidats à l’adhésion, une priorité absolue doit être donnée au respect de l’État de droit, de la justice et des droits fondamentaux. ».

Cet élargissement, il ne le voyait donc pas avec la Turquie : « Cela exclut une adhésion de la Turquie à l’Union Européen dans un avenir proche. Depuis un certain temps, la Turquie s’éloigne à pas de géants de l’Union Européenne. La place des journalistes est dans les rédactions, là où règne la liberté d’expression. Leur place n’est pas dans les prisons. J’en appelle aux autorités turques (…). Arrêtez d’insulter nos États membres et nos chefs d’État et de gouvernement en les traitant de fascistes ou de nazis. L’Europe est un continent composé de démocraties mûres. Celui qui offense, se ferme la route vers notre Union. ».

En outre, il a voulu que le nouveau parquet européen puisse poursuivre les terroristes. Par ailleurs, il a prôné le renforcement du poids de l’Union Européenne sur la scène internationale en accélérant la prise de décision, la création d’un fonds européen de défense pour construire une Europe de la défense opérationnelle (la CED date de 1954 !), d’autant plus nécessaire que le Président américain Donald Trump souhaite se désengager de l’OTAN, et enfin, l’application réelle du principe de subsidiarité en redonnant aux États membres l’initiative sur des sujets qui seraient mieux traités par eux que dans le cadre européen.

Proposant un Sommet européen historique à Sibiu (en Roumanie) pour le 30 mars 2019 (le lendemain de départ du Royaume-Uni de l’UE), Jean-Claude Juncker (qui sera alors en fin de mandat) a proposé ceci : « Mon espoir est que le 30 mars 2019, les Européens se réveilleront dans une Union où nous défendons tous nos valeurs. Où tous les États membres respectent vigoureusement l’État de droit. Où être un membre à part entière de la zone euro, de l’union bancaire, et de l’Espace Schengen soit devenu la norme pour chaque État membre de l’UE (…). ».


4. Les prochaines élections européennes (de mai 2019)

Au contraire de la gouvernance de la zone euro, Jean-Claude Juncker a trouvé un point d’accord avec Emmanuel Macron pour la campagne des prochaines élections européennes en mai 2019 : « Je n’ignore pas que l’idée est contestée par plus de quelques-uns, mais je dois vous dire que j’ai de la sympathie pour présenter des listes transnationales. De telles listes rendraient les élections au Parlement Européen plus européennes et plus démocratiques. ».

Autre idée commune : « Je soutiens l’idée du Président Macron d’organiser des conventions démocratiques dans toute l’Europe en 2018. ». Ce serait alors l’occasion, pour tous les citoyens européens, de s’exprimer sur leur vision d’avenir de l’Europe.


5. La Présidence de la Commission Européenne

Jean-Claude Juncker veut aussi refaire ce qui s’est passé en 2014, à savoir, que les têtes de listes soient désignées au niveau européen et qu’elles soient candidates au poste de Président de la Commission Européenne : « Qui veut renforcer la démocratie européenne ne peut pas accepter que le progrès démocratique que constitua l’innovation des têtes de listes (…) ne soit pas renouvelé. » (Cette phrase à double négation aurait mérité un peu plus de simplicité dans son expression !).

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Et d’ajouter, avec son expérience personnelle : « Je suis convaincu que tout futur Président tirera avantage de cette expérience unique qui consiste à faire campagne dans tous les coins de notre beau continent. Pour comprendre les défis de son poste et la diversité de nos États membres, un futur Président doit rencontrer les citoyens dans les mairies à Helsinki comme sur toutes les places d’Athènes. Je sais pour avoir mené une telle campagne que cela vous rend humble, mais cela vous donne aussi plus de poids pendant votre mandat. (…) C’est bon pour l’équilibre de notre Union. ».

Il a aussi annoncé un code de déontologie pour les membres de la Commission Européenne afin d’éviter le scandale de la carrière de José Manuel Barroso : « Aujourd’hui, je transmets au Parlement Européen un nouveau code de conduite des commissaires. (…) Il est évident que le nouveau code renforcera les obligations des commissaires en matière d’intégrité, pendant et après leur mandat. ».

Par ailleurs, autant aussi aller jusqu’au bout de la logique pour Jean-Claude Juncker : « L’efficacité européenne gagnerait en force si nous pouvions fusionner les Présidences de la Commission Européenne et du Conseil Européen. (…) Le paysage européen serait plus lisible et plus compréhensible si le navire européen était piloté par un seul capitaine. Le fait d’avoir un seul Président refléterait mieux la véritable nature de notre Union Européenne, à la fois comme Union d’États et comme Union de citoyens. ». Ce qui signifie : « un Président unique qui conduira les travaux de la Commission et du Conseil Européen, après avoir été élu à l’issue d’une campagne électorale paneuropéenne démocratique ».


Conclusion

Les observateurs ont noté ainsi un discours très optimiste et plein d’anticipation, peut-être même avec trop d’audace pour certains pays (comme le Danemark, la Hongrie, la Pologne ou l’Irlande). Mais sans audace, pas d’avancée : « Helmut Kohl et Jacques Delors m’ont appris que l’Europe n’avance que quand elle fait preuve d’audace. Avant de devenir réalité, le marché unique, l’Espace Schengen et la monnaie unique étaient considérés comme de simples vues de l’esprit. Pourtant, ces trois projets ambitieux sont la réalité d’aujourd’hui. ».

Jean-Claude Juncker, qui avait fait état de pensées européennes quasi-dépressives il y a un an, avant l’importante année électorale française et après le Brexit, a semblé relancer son enthousiasme dans la construction européenne grâce à une "embellie politique et économique" : « Maintenant qu’il fait beau, et tant qu’il fait encore beau. Parce que, quand les prochains nuages se formeront à l’horizon, et ils se formeront, il aura été trop tard. Alors, larguons les amarres. Mettons les voiles. Et profitons des vents favorables ! ».

Au cours de sa prestation, Jean-Claude Juncker a aussi rappelé les fondamentaux de l’Union Européenne sur lesquels je termine ce compte-rendu : « Alors, il faut aimer l’Europe, parce que dans ce monde troublé, l’Europe et l’Union Européenne ont réussi une performance unique, imposer la paix à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières. Et la prospérité, si ce n’est pour tous, en tout cas, pour un grand nombre. ». Cette évidence, elle devra bien être partagée par le plus grand nombre un jour ou l’autre…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 septembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 7 septembre 2017 à Athènes.
Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 8 septembre 2017 à Athènes.
Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 19 septembre 2017 à New York.
Texte intégral du discours de Jean-Claude Juncker le 13 septembre 2017 à Strasbourg.
Emmanuel Macron et la refondation de l’Europe (7 septembre 2017).
Emmanuel Macron à l’ONU, apôtre du multilatéralisme (19 septembre 2017).
Le dessein européen de Jean-Claude Juncker (13 septembre 2017).
Une avancée majeure dans la construction européenne.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170913-juncker-g.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/le-dessein-europeen-de-jean-claude-196998

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/09/23/35694950.html


 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Europe et Union Européenne
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