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20 mars 2022 7 20 /03 /mars /2022 03:10

« Non seulement il n’avait pas annoncé sa candidature, mais il se refusait à toute déclaration à ce sujet, répétant à chaque fois que le moment "n’était pas venu". Il n’avait aucun rival sérieux dans le parti du Président. » (Michel Houellebecq, 7 janvier 2022, "Anéantir", éd. Flammarion).



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Dans le dernier roman de Michel Houellebecq ("Anéantir", chez Flammarion), qui évoque une élection présidentielle (celle de 2027), il ne parle pas de l’ancien Président de la République mais d’un des héros de l’histoire (et par ailleurs actuel ministre). Après la disparition des deux anciens Présidents de la République Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing dans les trente derniers mois, cette élection présidentielle est particulière : il ne reste plus que deux anciens Présidents "jeunes" (c’est-à-dire "pas très vieux" ; tous les deux ont 67 ans) qui ont du mal à faire leur choix publiquement pour l’élection de leur prochain successeur.

Après avoir vaguement évoqué sa propre candidature, François Hollande, en principe, soutient la candidate du PS Anne Hidalgo, mais du bout des lèvres, sur la pointe des pieds, et on voit bien que s’il ne choisit pas le Président sortant Emmanuel Macron, ce n’est pas pour une question politique mais plus par rancœur personnelle.

La situation de Nicolas Sarkozy est beaucoup plus compliquée. Fondateur et ancien président du parti Les Républicains, président du parti origine, l’UMP, l’ancien Président de la République devrait logiquement soutenir une de ses anciens ministres, restée pendant toute la durée de son quinquennat, à des postes stratégiques (Universités et Recherche, Budget et Comptes publics), Valérie Pécresse.

Et pourtant, à moins de trois semaines du premier tour de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy ne lui a toujours pas apporté son soutien. Cette absence de déclaration, à un stade aussi avancé de la campagne présidentielle, vaut déjà toute déclaration, même si c’est par défaut.

Pire, la question se poserait plutôt de savoir s’il va soutenir Emmanuel Macron dès le premier tour ou seulement au second tour. La rumeur enfle depuis des semaines et il est vrai qu’à ma connaissance (je ne suis pas dans le secret des dieux), Nicolas Sarkozy a rencontré récemment plus souvent Emmanuel Macron que Valérie Pécresse qui est venue le voir le 11 février 2022, deux jours avant son (unique ?) "grand meeting" au Zénith de Paris. Tandis qu’il a rencontré encore le Président Macron ce dimanche 20 mars 2022 à Toulouse pour un hommage aux victimes assassinées par Mohamed Merah à l’occasion du dixième anniversaire et également le 25 février 2022 à l’Élysée à propos de la guerre en Ukraine.

C’est clair que s’il ne s’agissait pas de son ancien parti, il opterait dès maintenant pour Emmanuel Macron, mais il aurait l’impression de le trahir, ainsi que trahir ses fidèles (dont un, Brice Hortefeux, avait choisi dès de début de la primaire LR Valérie Pécresse). De nombreux anciens adhérents LR ont pourtant déjà franchi le Rubicon : le maire de Toulon Hubert Falco, le maire de Nice Christian Estrosi, l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin, l’ancien ministre Éric Woerth, le président du conseil régional de PACA Renaud Muselier, etc. Ils sont nombreux à avoir récemment quitté LR pour rester à l’aise avec leurs propres convictions et ne pas patauger dans une soupe extrémiste zemmourienne.

Car malheureusement, la campagne de Valérie Pécresse pédale dans la semoule pour une raison assez simple : à vouloir concurrencer Éric Zemmour sur sa droite, elle a perdu tous ceux qui appréciaient son intelligence et sa modération sur sa gauche, bien plus nombreux. Il ne faudra donc pas s’étonner qu’à la fin de la course, elle se retrouve avec un score à un chiffre, comme François-Xavier Bellamy en mai 2019. Tout le monde ne peut pas être François Fillon qui a eu près de 20% des voix, malgré "son affaire", aidé par un projet très travaillé, très construit, préparé collectivement pendant quatre ans.

D’ailleurs, la presse rappelle que Nicolas Sarkozy n’avait soutenu François Fillon que deux semaines avant le premier tour, en 2017, mais la situation était très différente, d’une part, à cause de l’affaire Fillon, d’autre part, parce que son soutien ne faisait pas de doute, ou du moins, le soutien à un autre candidat était absolument exclu à l’époque, et à la primaire LR de 2016, après son échec du premier tour, il avait déjà clairement apporté son soutien pour le second tour à François Fillon.

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Valérie Pécresse aurait dû être la candidate idéale pour Nicolas Sarkozy, combative, modérée mais capable aussi de faire dans le régalien (ce qu’elle a prouvé comme présidente du conseil régional d’Île-de-France dont ce n’est pourtant pas les attributions), mais apparemment, elle n’est pas faite pour être candidate. Elle n’est pas faite pour faire une campagne présidentielle, ni d’un point de vue stratégique (voir plus haut), ni d’un point de vue tactique. Elle n’imprime pas, on ne parle jamais d’elle, qui a entendu parler de ses propositions sur l’éducation à son meeting le 19 mars 2022 à Vannes ? Le pire sans doute, c’est qu’elle veut être ce qu’elle n’est pas et cela se voit, cela s’entend, cela se sent terriblement.

En outre, Valérie Pécresse utilise des arguments mal maîtrisés. Par exemple, si elle veut profiter du fait d’être femme et de proposer une femme à l’Élysée, encore faut-il être la femme la mieux placée pour cela, sinon, elle fait incidemment la campagne de Marine Le Pen sans le vouloir. Mais elle explique aussi son problème, dans l’émission "Au Tableau" qui sera diffusée sur C8 le dimanche 27 mars 2022 à 21 heures 10, où un écolier lui demande pourquoi il n’y a pas encore eu de femme Présidente de la République, et Valérie Pécresse de répondre, en se proclamant audacieusement représentante des femmes politiques : « Parce qu’on n’a pas encore été assez bonnes. Il va falloir qu’on convainque. Il va falloir qu’on soit offensives, qu’on donne envie. ». C’est exactement cela, Valérie Pécresse ne donne pas envie à Nicolas Sarkozy.

Autre erreur de Valérie Pécresse, la victimisation. Après la présentation par Emmanuel Macron de son projet présidentiel, la candidate LR et ses soutiens ont évoqué le soir même, le 17 mars 2022, dans un meeting à Nîmes, la contrefaçon, voire le pillage du candidat Macron en considérant que ce dernier avait repris beaucoup des mesures préconisées par Valérie Pécresse. La réponse d’Emmanuel Macron ne s’est pas faite attendre : il lui a proposé d’entrer dans son prochain gouvernement, puisque peu de différences les séparaient, ce qui, pour la candidate, a renforcé sa difficulté de se distinguer de lui. Elle aurait mieux fait de ne pas insister.

Et puis, sans doute Nicolas Sarkozy est énervé par elle car elle ne l’aurait pas écouté ni beaucoup cité dans ses discours. Pourtant, elle écoute les élucubrations de l’ancien rival Éric Ciotti au point de se substituer à lui pour rédiger son programme présidentiel proche de l’extrême droite. Quelqu’un qui n’est pas capable de résister aux pressions d’Éric Ciotti dans son propre intérêt peut-il négocier avec efficacité dans l’intérêt de la France face à Vladimir Poutine ? C’est probablement ce qui fait hésiter Nicolas Sarkozy.

S’il adoptait une attitude partisane, Nicolas Sarkozy resterait à soutenir la candidate de LR dont les voix seraient précieuses au moment du bilan : le risque pour LR est de devenir le PS de 2017, c’est-à-dire en voie de disparition nationale totale malgré les nombreux mandats locaux. Et l’incapacité à se régénérer derrière un ou une leader incontestable, que pourrait être Valérie Pécresse si elle faisait un score honorable (comme Lionel Jospin en 1995).

Mais en ce moment, on serait plutôt dans la hamonisation : certains sondages depuis deux semaines évoquent même sa relégation à la cinquième place, derrière Jean-Luc Mélenchon et Éric Zemmour. Ce que Nicolas Sarkozy ne voudrait pas assumer, en sachant d’ailleurs que son soutien personnel n’aura aucune valeur électorale, il ne déplacera pas beaucoup de voix hésitantes et il n’a pas l’influence qu’on pourrait imaginer, la preuve par la primaire LR de 2016.

Si, au contraire, il ne pensait qu’à l’intérêt national, Nicolas Sarkozy abandonnerait immédiatement Valérie Pécresse pour Emmanuel Macron, car il pourrait considérer que le Président sortant fait bien "le job", a bien géré les crises et qu’il fait ce qu’il devait faire pour la guerre en Ukraine, même si pour l’instant, il n’y a pas beaucoup de résultats diplomatiques. La guerre en Ukraine, situation exceptionnelle, est d’ailleurs une raison d’expliquer qu’il ne trahit pas son parti pour ne pas trahir son pays.

Le Président du Sénat, Gérard Larcher, à fond derrière la candidature de Valérie Pécresse, admet que « Nicolas Sarkozy est naturellement libre de ses choix », mais cette candidature Pécresse a l’air d’un navire qui tangue, d’un Titanic qui connaît son destin, et si de nombreux élus LR et alliés restent encore dans cette galère, c’est probablement parce qu’ils n’ont pas d’autre choix pour poursuivre leur carrière locale. Mais justement, rien n’oblige Nicolas Sarkozy, et il est trop professionnel de la politique, trop connaisseur de la communication politique, pour accepter de soutenir une candidate qui, peut-être, par ses voix, affaiblira le seul candidat capable de battre les trois candidats extrémistes qui demeurent dans le champ du possible.

En ce sens, dans ces temps troubles où le tragique revient au galop dans l’histoire, Nicolas Sarkozy n’aurait pas beaucoup à hésiter. Il est un homme d’État et sa position devra être celle d’un homme d’État.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 mars 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Élysée 2022 (36) : pour qui votera Nicolas Sarkozy au premier tour ?
Projet du candidat Emmanuel Macron pour 2022 (à télécharger).
Programme 2022 de la candidate Valérie Pécresse.
Élysée 2022 (35) : le projet présidentiel du candidat Emmanuel Macron.
Élysée 2022 (34) : la liste officielle des 12 candidats.
Élysée 2022 (33) : Emmanuel Macron à 30% ?
Élysée 2022 (30) : la Nouvelle Valérie Pécresse ?
Élysée 2022 (7) : l’impossible candidature LR.
Bygmalion : Éric Zemmour soutient Nicolas Sarkozy.
Giulia : le nationalisme mal placé de Marine Le Pen.
Injustice pour Nicolas Sarkozy ?
Sarko et ses frères...

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220320-sarkozy.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/elysee-2022-36-pour-qui-votera-240295

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/03/20/39397174.html










 

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