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31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 02:03

« Je ne monte pas de grands spectacles pour faire du tintamarre, mais pour qu’en chacun de nous, résonne l’espérance. » (Robert Hossein, 2001).


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Quoi de plus pittoresque que de naître et de mourir entre Noël et le Nouvel An ? Robert Hossein fait partie de ces êtres-là (qui n’y peuvent rien !) qui découvrent le monde au début d’un autre ; il fête en effet son 93e anniversaire ce mercredi 30 décembre 2020. Robert Hossein est associé souvent au cinéma et au théâtre, et c’est avec raison, il a une carrière magistralement dense sur ces deux secteurs artistiques, d’autant plus dense qu’il a été à la fois metteur en scène ou réalisateur et aussi comédien ou acteur.

À ce titre, il a côtoyé les plus grands dans des dizaines de productions. C’est assez impressionnant.

Au théâtre, il a mis en scène des dizaines de pièces, parfois ses propres pièces : il en a écrit quatre dont une avec son ami Frédéric Dard. Au fait, pourquoi avec Frédéric Dard ? Voici ce qu’en dit Robert Hossein : « De retour à la vie civile, j’ai été accueilli par mon ami Frédéric Dard. Accueilli, recueilli, adopté, choyé, entouré par cet homme exceptionnel et son épouse, qui m’ont installé chez eux, dans une grande chambre peuplée de livres et baignée de lumière (…). Ils m’ont aimé comme leur troisième enfant. ». Frédéric Dard n’avait pourtant que… sept ans de plus que Robert Hossein.

Les dernières pièces qu’il a mises en scène sont "Huis clos" (de Jean-Paul Sartre) en 2002 et deux autres sur des affaires judiciaires en 2010, "L’Affaire Seznec" (d’Éric Rognard et Olga Vincent) et "Dominici : un procès impitoyable" (de Marc Fayet).  Il a aussi joué dans des dizaines de pièces, parfois les mêmes que celles qu’il a mises en scène. Cela lui a valu un Molière d’honneur en 1995.

Au cinéma, par exemple, il a joué le personnage principal (un prêtre amoureux) avec Claude Jade, Claude Piéplu, Louis Seigner et Pierre Mondy, dans "Prêtres interdits" de Denys de La Patellière (sorti le 22 novembre 1973), ou encore le commissaire Rosen aux côtés de Jean-Paul Belmondo, Bernard-Pierre Donnadieu (un acteur que j’apprécie beaucoup, mort il y a dix ans), Jean Desailly, etc. dans "Le Professionnel" de Georges Lautner (sorti le 21 octobre 1981).

On peut citer bien sûr son personnage de Joffrey de Peyrac, tenant la réplique à Michèle Mercier (Angélique), dans quatre des cinq films de la célèbre série "Angélique, Marquise des Anges" de Bernard Borderie (le premier est sorti le 8 décembre 1964, il est absent du deuxième de la série). Ou encore l’un des nombreux personnages dans "Vénus Beauté (Institut)" de Tonie Marshall (sorti le 3 février 1999), ou le premier rôle dans "Les Uns et les Autres" de Claude Lelouch (sorti le 27 mai 1981), enfin, je cite encore, de manière très incomplète, son rôle aux côtés de Jane Birkin et Brigitte Bardot dans "Don Juan 73 ou si Don Juan était une femme" de son ami Roger Vadim (sorti le 22 février 1973), une histoire de l’amour multiple et plus ou moins libre des années 70.

Parmi les films que Robert Hossein a réalisés, on peut citer sa version du livre de Victor Hugo qui a été parmi les plus adaptés au cinéma, "Les Misérables", sorti le 20 octobre 1982 avec pour principaux acteurs Lino Ventura (Jean Valjean), Michel Bouquet (Javert), Jean Carmet  (Thénardier) et Évelyne Bouix (Fantine). Le scénario de ce film a été fait par Robert Hossein lui-même et aussi par Alain Decaux, un de ses compères, auteurs de ses grands spectacles historiques.

Car depuis 1975, Robert Hossein est surtout connu pour ses grandes fresques historiques ou religieuses avec une sorte d’obsession : faire participer le public. Et ces spectacles sont très impressionnants. D’abord, parce qu’il prend souvent des sujets connus qui disent quelque chose, même vaguement, à tout le monde. Ensuite, parce que cela se passe dans d’immenses salles, remplies de public et les comédiens, parfois, s’invitent dans l’assistance.

Les thèmes ? Jésus-Christ (plusieurs spectacles, j’ai eu la chance d’assister à "Un homme nommé Jésus" dans les années 1980, très impressionnant), Marie, Jean-Paul II, mais aussi des thèmes historiques comme Jules César, Danton et Robespierre, Marie-Antoinette, De Gaulle (coécrit par Alain Decaux et Alain Peyrefitte), Napoléon, Ben-Hur, etc. Il a aussi repris des scénarios de films ou des adaptations de livres pour ses spectacles : "Le Cuirassé Potemkine", "Notre-Dame de Paris", "Les Misérables", "L’Affaire du courrier de Lyon", "Angélique, Marquise des Anges", "On achève bien les chevaux", etc.

Ces spectacles, qui mélangent l’art du théâtre, du cinéma, et plus généralement, de la scène, c’est la marque de fabrique de Robert Hossein qui n’a pas eu peur de voir grand. Dans les sujets traités, le principal est évidemment la religion et probablement que cela vient de sa propre identité. Il a publié une petite vingtaine d’ouvrages dont certains expliquent son origine, sa foi en Dieu, etc. En 2007, il a publié ainsi "N’ayez pas peur… de croire" chez Lattès, reprenant la fameuse expression qui a inauguré le pontificat de Jean-Paul II, expression que son spectacle a reprise comme titre de sa fresque sur la vie du saint pape.

Et son origine est assez complexe : le père de Robert Hossein fut un compositeur d’origine à la fois azérie et iranienne, sa mère fut une comédienne russe et juive, née en Moldavie. Lui-même s’est converti au catholicisme, d’ailleurs assez tardivement dans une démarche très personnelle. Il a d’ailleurs été reçu par le pape François au Vatican il y a presque cinq ans. Il s’est marié plusieurs fois et a eu plusieurs enfants, dont un rabbin à Strasbourg, il a aussi été dans les années 1960 le gendre de la journaliste Françoise Giroud, tout cela pour expliquer une vie complexe, très riche, faite de mille références, qui rend la personnalité de Robert Hossein difficilement cernable : « Il est essentiel de savoir d’où l’on vient, faute de savoir où l’on va ! ».

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Pour avoir une petite idée de personnalité de Robert Hossein, je propose ici quelques phrases venues de lui.

Sa foi : « Je suis un marginal mystique, méfiant de naissance. Tout ce que l’on peut dire de moi, c’est que je suis croyant. Et désespéré. ».

Sa foi (suite) : « Nul besoin d’être cultivé pour être inspiré ! Il faut seulement être à l’écoute de l’invisible. ».

Sa foi (suite 2) : « De toute façon, comme je le répète volontiers, je crois tellement en Dieu… qu’il finira bien par exister ! ».

Son humanisme : « Tout homme est une histoire sacrée, je le jure ! ».

Son monde : « J’ai toujours vécu dans une sorte d’univers parallèle, sinon dans un état second, recréant le monde autour de moi, me le réappropriant sans cesse. Je ne m’y suis jamais adapté, c’est plutôt lui qui s’est fait à moi, grâce au prisme de mon imagination. ».

Sa nostalgie : « Le passé, c’est un souvenir. Si vous vivez dans le passé, vous êtes foutu. Il faut espérer dans l’avenir, mais je trimballe une éternelle nostalgie de la vie… ».

Solitude : « Le livre qui m’a le plus bouleversé, c’est "Le Désert des Tartares" de Buzzati, parce qu’il fait état de cet isolement qui nous caractérise. ».

Les derniers seront les premiers : « Au Ciel, c’est la conscription. De grandes figures masquées tirent des numéros. Selon le chiffre, elles descendent un immense escalier qui les conduit sur Terre. Le hasard veut que les uns deviennent banquier, roi, artiste. Les autres, célébrité, commerçant, indicateur. Le dernier, qui a  eu du mal à se présenter, tire le mauvais numéro : "mendiant". On le roue de coups et on le jette au bas des marches. Tandis que tout le monde danse, boit, se gave, le mendiant, lui, mendie. Au-dessus de sa misère, ses congénères s’épuisent en sabbats, bals, égoïsmes, et la vie passe… Le crépuscule tombe : la mort, avec sa faux, appelle les élus. Ils renoncent tous à quitter la Terre. Seul, le mendiant gravit l’escalier, tel un prince. ».

Addiction pécuniaire : « Les biens matériels aveuglent, étouffent, submergent l’essentiel, on devient dépendant du fric comme de la drogue ou de l’alcool. La liberté n’a rien à voir avec cet insidieux phénomène d’addiction. ».

Compassion des dirigeants : « Peut-être faudrait-il faire passer à nos chefs politiques un examen qui évaluerait leur aptitude à la compassion et à la bonté… » (je précise que cette phrase a été écrite en 2002, afin de ne pas en faire une interprétation hasardeuse).

Ne pas être victime : « Pour réussir sa vie et être libre, il est nécessaire de renoncer à être une victime pour prendre soin des autres, tous ceux dont le cri est une alarme… Courage ! ».

Bref, bon anniversaire, Robert Hossein !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Michel Piccoli.
Robert Hossein.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sra-20201231-robert-hossein.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/12/31/38734078.html



 

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