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5 juin 2018 2 05 /06 /juin /2018 03:21

« Vous voyez le monde tel qu’il est et vous vous dites : "Pourquoi ?". Moi, je rêve d’un autre monde et je me dis : "Pourquoi pas ?". » (George Bernard Shaw).


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Le sénateur charismatique Bob Kennedy est mort il y a juste cinquante ans, dans la nuit du 5 au 6 juin 1968, des suites d’un attentat commis la veille, dans la nuit du 4 au 5 juin 1968, à la fin d’un discours dans un hôtel à Los Angeles. Tragique assassinat qui a suivi de deux mois celui de Martin Luther King et aussi celui de son frère, près de cinq ans auparavant. Bob Kennedy, qui avait alors 42 ans, venait de fêter le soir même sa grande victoire aux primaires démocrates en Californie face au Vice-Président Hubert Humphrey, à George MacGovern et à Eugene MacCarthy. Malgré sa deuxième place, il était devenu, pour de nombreux observateurs, le candidat le plus probable du Parti démocrate aux élections présidentielles du 5 novembre 1968 parce qu’il avait réussi à insuffler un vent de renouvellement qui aurait contribué à réincarner le rêve américain.

Bob Kennedy était d’abord une tête pensante, bien plus intellectuel que son frère JFK, et aussi, considéré comme plus idéaliste, plus progressiste, plus "à gauche" selon le regard américain. Son volontarisme pouvait se résumer à cet aphorisme très américain : « Seuls ceux qui prennent le risque d’échouer spectaculairement réussiront brillamment. ». En pleine guerre de Vietnam (dont l’impopularité avait fait renoncer à la candidature le Président sortant Lyndon B. Johnson le 31 mars 1968), l’élection présidentielle de 1968 avait suscité beaucoup d’espoirs parmi les plus défavorisés du peuple américain. Encore en position d’outsider, Bob Kennedy était en passe, par sa popularité, d’en être le favori et son élection aurait constituée une sorte de continuité avec la Présidence inachevée de son frère John.

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Né le 20 novembre 1925 dans une grande famille d’émigrés irlandais (catholiques), Bob Kennedy a suivi de brillantes études à Harvard et à l’Université de Virginie pour devenir avocat en 1951. Dès l’année suivante (à l’âge de 26 ans), il collabora avec son frère John Kennedy pour le faire élire sénateur (élu le 4 novembre 1952). Il accompagna l’aventure familiale jusqu’à la Maison-Blanche avec l’élection de son frère le 8 novembre 1960.

Par la suite, il y a eu d’autres aventures présidentielles familiales, pas le frère mais le fils avec les Bush, ou l’épouse, avec les Clinton, mais il pouvait être étonnant que le Président des États-Unis nommât un de ses frères à un poste stratégique dans le fonctionnement des institutions américaines. En effet, le 20 janvier 1961, quand il est devenu Président, John a nommé Bob Kennedy, seulement 35 ans, au poste de Ministre de la Justice. À ses fonctions, il tenta de lutter contre la grande criminalité, mais il fut surtout un conseiller très particulier et très écouté du Président, ayant eu une influence décisive en politique étrangère et en politique sociale, notamment dans la résolution de la crise des missiles soviétiques à Cuba et dans l’engagement fort en faveur des droits civiques dans le sillage de Martin Luther King.

Bob Kennedy resta à ce poste après l’assassinat de JFK (le 22 novembre 1963), car Lyndon Johnson l’a reconduit, mais il donna sa démission le 3 septembre 1964, date à partir de laquelle il avait des visées explicitement présidentielles. Bob Kennedy s’est alors fait élire le 3 novembre 1964 au siège de sénateur à New York (le même siège que plus tard Hillary Clinton), comme tremplin pour atterrir à la Maison-Blanche. Sa candidature a été annoncée officiellement le 16 mars 1968.

Partisan de l’abolition de la peine de mort, de la lutte contre la pauvreté, aux États-Unis mais aussi dans les pays en voie de développement, opposé à la guerre du Vietnam, il est devenu le véritable porte-parole des "sans-dents" de la Terre. En tout cas, l’un des porte-parole les plus écoutés et les plus talentueux parmi ses contemporains.

Choqué par l’assassinat de Martin Luther King, le 4 avril 1968, Bob Kennedy a voulu rencontrer le jour même la population afro-américaine à Indianapolis pour leur apprendre la triste nouvelle et prononcer  un discours improvisé et court sur la paix : « Martin Luther King a consacré sa vie à l’amour et à la justice entre ses semblables. (…) Il est peut-être bon de se demander quel genre de nation nous sommes et dans quelle direction nous voulons aller. (…) Nous pouvons aller (…) dans une plus grande polarisation (…), remplis de haine les uns envers les autres. Ou nous pouvons faire un effort, comme l’a fait Martin Luther King, pour comprendre, et pour expliquer, et remplacer cette violence, cette tache de sang qui s’est répandue à travers notre pays, par un effort de compréhension, de compassion et d’amour. ».

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En terminant sur ce passage resté très célèbre : « Ce dont nous avons besoin aux États-Unis, ce n’est pas la division ; ce dont nous avons besoin aux États-Unis, ce n’est pas la haine ; ce dont nous avons besoin aux États-Unis, ce ne sont pas la violence et l’anarchie, mais l’amour, la sagesse, la compassion des uns envers les autres, et le sentiment de justice envers ceux qui souffrent encore dans notre pays (…). » (4 avril 1968).

Après son discours dans la nuit du 4 au 5 juin 1968 pour fêter sa victoire aux primaires démocrates en Californie, Bob Kennedy a voulu rejoindre la salle de presse de l’Ambassador Hotel par les cuisines et essuya une rafale de tirs provenant d’un jeune Palestinien de 24 ans. Ce dernier, jugé coupable de l’assassinat, fut condamné à mort le 23 avril 1969, mais sa peine fut commuée en réclusion criminelle à perpétuité en 1972 comme tous les autres condamnés à mort en Californie.

Si le fait que ce Palestinien (antisioniste qui vouait une haine contre les Kennedy qui avaient apporté leur soutien à l’État d’Israël) ait tiré et que certaines de ses balles aient traversé le corps de Bob Kennedy ne fait aucun doute, il demeure cependant encore quelques doutes sur sa culpabilité en tant qu’assassin. Certains ont envisagé un second tireur. En effet, certaines analyses balistiques auraient montré que son arme n’était pas à l’origine de la balle mortelle (tirée à 8 centimètres au maximum dans la nuque alors que se trouvait en face du sénateur à environ un mètre, mais Bob Kennedy serrait des mains des personnes massées autour de lui et aurait pu se retourner brusquement pour atteindre une main tendue). Ce Palestinien, de maintenant 74 ans, est toujours en prison à Corcoran, en Californie.

Présidant les funérailles à la cathédrale Saint-Patrick de New York le 8 juin 1968, Ted Kennedy déclara : « Mon frère n’a pas besoin d’être idéalisé, ou grandi dans la mort au-delà de ce qu’il était dans la vie. Il doit être reconnu simplement comme un homme aussi bon qu’honnête, qui a vu le mal et essayait de l’enrayer, a vu la souffrance et a essayé de la guérir, a vu la guerre et a essayé de l’arrêter. ». Ted Kennedy a eu une grande carrière politique, jeune sénateur de 1962 jusqu’à sa mort en 2009 (plus de quarante-six ans de mandat !), mais n’a jamais réussi à devenir le candidat du Parti démocrate à des élections présidentielles (en particulier en 1972 et en 1980).

Le Vice-Président Hubert Humphrey qui avait le soutien de l’appareil du Parti démocrate (et qui avait encore une certaine avance avec 561 délégués contre 393 en faveur de Bob Kennedy) fut finalement choisi comme candidat démocrate à l’issue des primaires mais fut battu de justesse (avec un retard de 0,7% des voix) le 5 novembre 1969 par l’ancien Vice-Président républicain Richard Nixon, l’ancien adversaire que John Kennedy avait vaincu en 1960.

L’une des plus célèbres citations de Bob Kennedy fut prononcée à l’Université du Cap, en Afrique du Sud pour s’opposer à l’apartheid en juin 1966 : « Chaque fois qu’un homme se dresse pour défendre un idéal, améliorer le sort de ses semblables, redresser une injustice, naît une minuscule vaguelette d’espoir. ». Cet homme, cela pouvait être lui, capable de faire surgir une grande vague d’espoir mais qui fut arrêtée par le cynisme et la terreur.

Deux documentaires de Patrick Jeudy sont intéressants à voir pour mieux comprendre la vie politique de Bob Kennedy : "Bobby Kennedy, l’homme qui voulait changer l’Amérique" (2003) et "Bobby Kennedy, le rêve brisé de l’Amérique" (2018), ce dernier est certains jours en diffusion sur France 3.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 juin 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
George HW Bush.
Bob Kennedy.
Henry Kissinger.
Zbigniew Brzezinski.
Martin Luther King.
L’immigration irlandaise.
Philip Roth.
La guerre commerciale trumpienne.
Albert Einstein.
David Bohm.
Margaret Keane.
Meghan Markle.
Les Quatorze points du Président Wilson.
Woodrow Wilson.
Walter Mondale.
Geraldine Ferraro.
Le cinéma parlant.
Les petits humanoïdes de Roswell…
Charlie Chaplin.
Bill Clinton.
Zbigniew Brzezinski.
JFK, avant tout pragmatique et visionnaire.
La nouvelle frontière de John F. Kennedy.
Ted Kennedy.
Incompréhensions américaines.
La dernière navette spatiale (avril 2011).
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
George MacGovern.
Mario Cuomo.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180606-bob-kennedy.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/qui-a-tue-bob-kennedy-204916

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/06/05/36460683.html




 

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25 mai 2018 5 25 /05 /mai /2018 04:08

« Les superpuissances se comportent souvent comme deux aveugles lourdement armés se frayant un chemin autour d’une pièce, chacun se sentant en danger mortel de l’autre, qu’il suppose avoir une vision parfaite. Chaque partie devrait savoir que l’incertitude, le compromis et l’incohérence sont souvent l’essence même de l’élaboration des politiques. Pourtant, chacun tend à attribuer à l’autre une constance, une clairvoyance et une cohérence que sa propre expérience dément. Bien sûr, avec le temps, même deux aveugles armés peuvent se faire des dégâts énormes, sans compter la pièce. » ("The White House Years", 1979).


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Serait-il l’Antoine Pinay géopolitique des Présidents américains ? La visite de Saint-Chamond a toujours été une étape politique pour l’aspirant gouvernant en France. Il a rencontré un certain nombre de Présidents américains, notamment Ronald Reagan et Barack Obama, mais pas George HW Bush avec qui il ne s’entendait pas. Le 10 mai 2017, le vieux Henry Kissinger est venu à la Maison-Blanche pour rencontrer le nouveau Président Donald Trump qui semblait particulièrement impressionné. Brillant expert en relations internationales, Henry Kissinger fête ses 95 ans ce dimanche 27 mai 2018 (son père est mort à 95 ans et sa mère à 97 ans). C’est l’occasion de revenir sur son parcours.

Le dernier Shah d’Iran a pu le décrire ainsi en 1980 : « Henry Kissinger est doté d’une intelligence vraiment supérieure. En plus, il a deux qualités dont, malheureusement, beaucoup de grands hommes manquent : il est capable d’écouter et il a un sens de l’humour très subtil. » ("The Shah’s Story"). Né en Bavière, Henry Kissinger fut un émigré juif de la première génération. À l’âge de 15 ans, il a quitté avec sa famille l’Allemagne nazie pour se réfugier aux États-Unis. Il est devenu citoyen américain à l’âge de 20 ans (le 19 juin 1943). Il retourna en Europe comme interprète pour les services secrets américains pendant la guerre (risqua sa vie à la bataille des Ardennes). Il fut administrateur militaire de la ville de Krefeld, après la capitulation allemande, pendant huit jours, le temps de dénazifier la ville, puis fut affecté à Hanovre et ensuite dans la région de Hesse.

Après la guerre, il a poursuivi de brillantes études en sciences politiques à Harvard, jusqu’à soutenir sa thèse de doctorat en 1954 sur la diplomatie entre 1812 et 1822 ("Peace, Legitimacy, and the Equilibrium : A Study of the Statesmanship of Castlereagh and Metternich"). Il est devenu un spécialiste universitaire des relations internationales, connu rapidement pour son intelligence et recherché pour ses conseils avisés. Dès 1955, il travailla comme consultant extérieur au Conseil de sécurité nationale.

Proche de Nelson Rockfeller (gouverneur de New York), Henry Kissinger apporta ses conseils aux Présidents Dwight Eisenhower, John F. Kennedy et Lyndon B. Johnson, puis fut le conseiller diplomatique de Richard Nixon lors de l’élection présidentielle de 1968. Il domina la politique étrangère des États-Unis pendant les deux premiers tiers des années 1970, collaborateur des Présidents Richard Nixon et Gerald Ford (jusqu’à l’élection de Jimmy Carter), au point de s’amuser à dire : « Il ne peut pas y avoir de crise [internationale] la semaine prochaine. Mon agenda est déjà rempli. » ("The New York Times Magazine" du 1er juin 1969).

En effet, Henry Kissinger fut "au pouvoir" avec ses deux fonctions stratégiques : conseiller à la sécurité nationale du 20 janvier 1969 au 3 novembre 1975, et Secrétaire d’État des États-Unis (c’est-à-dire Ministre américain des Affaires étrangères) du 22 novembre 1973 au 20 janvier 1977.

Opposé à l’idéalisme de Woodrow Wilson, Henry Kissinger fut un ferme partisan de la "realpolitik" (sans majuscule car j’écris en français, ce mot n'a jamais été prononcé par Henry Kissinger), ne mettant comme seule priorité les intérêts des États-Unis et refusant d’ailleurs que son origine juive interférât sur la politique américaine concernant Israël.

Il a fait de nombreuses déclarations dans ce sens du réalisme et de l’efficacité. Par exemple, paraphrasant Lord Palmerston : « L’Amérique n’a pas d’amis ou d’ennemis permanents, elle n’a que des intérêts. » ("The White House Years", 1979). Ou, paraphrasant Winston Churchill : « Un pays qui exige la perfection morale dans sa politique étrangère n’atteindra ni la perfection ni la sécurité. » ("Reflections on Containment", Foreign Affairs, vol. 73, n°3, June 1994, p. 130). Ou encore : « Nous jugerons les autres nations, y compris les nations communistes, sur la base de leurs actions, et non sur celle de leur idéologie. » (1969).

À son actif, il y a eu la politique de détente avec les deux puissances communistes orientales : l’Union Soviétique et la Chine populaire (mettant entre parenthèses la guerre froide). Les efforts d’Henry Kissinger aboutirent à la visite officielle du Président Richard Nixon à Pékin du 21 au 28 février 1972 (rencontre avec Zhou Enlai et Mao Tsé-Toung) et au Traité SALT I limitant la puissance nucléaire des Américains et des Soviétiques, signé à Moscou le 26 mai 1972 par Leonid Brejnev et Richard Nixon.

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Henry Kissinger a également participé activement aux négociations pour arrêter la guerre du Kippour (résolution des Nations Unies n°338 du 22 octobre 1973, cessez-le-feu le 25 octobre 1973, accord de paix signé à Genève le 18 janvier 1974), Israël ayant été attaqué le 6 octobre 1973 par l’Égypte, la Syrie et la Jordanie (soutenues notamment par l’URSS). Les Israéliens avaient d’ailleurs été prévenus d’une guerre imminente et étaient prêts à attaquer la Syrie préventivement, mais Henry Kissinger leur a averti que si Israël était l’offenseur, les États-Unis ne les aideraient pas pour éviter un embargo arabe sur le pétrole. Cette politique de fermeté d’Henry Kissinger vis-à-vis des Israéliens a été l’occasion de beaucoup de critiques à son encontre.

Plaçant les intérêts américains avant son origine juive, Henry Kissinger a aussi été épinglé par des bandes sonores (archivées à la Bibliothèque Richard-Nixon) rendues publiques en décembre 2010 d’une conversation (secrètement enregistrée) avec Richard Nixon le 1er mars 1973 où il lâcha : « Soyons réalistes : l’émigration des Juifs d’Union Soviétique n’est pas dans les objectifs de la politique étrangère américaine. Et s’ils envoient des Juifs dans des chambres à gaz en Union Soviétique, ce n’est pas le problème des États-Unis. Cela peut être un problème humanitaire. ».

Propos sortis hors contexte mais qui ont conduit à des excuses de la part d’Henry Kissinger (les propos de réflexion en interne entre deux membres éminents d’un pouvoir n’ont de toute façon aucun intérêt si ce n’est de connaître un peu mieux la personnalité de ceux qui s’expriment ; ce sont au mieux des "brouillons" de déclaration officielle, au pire, du brain storming).

L’historien Robert Zaretsky, de l’Université de Houston, expliquait : « [Du point de vue de ses partisans], Kissinger jouait sur deux tableaux : il flattait les préjugés de Nixon dans un noble but diplomatique. Pour certains d’entre eux, il y a une dimension tragique à ces événements : un homme ayant perdu une partie de sa famille dans la Shoah et passant outre les tendances antisémites du Président dans l’intérêt de l’équilibre mondial. (…) Pour tenter de replacer ses paroles dans leur contexte, Kissinger a estimé que les refuzniks constituaient un obstacle aux grandes manœuvres diplomatiques. » ("Libération" du 6 janvier 2011). L’amendement Jackson-Vanik fut finalement adopté au Congrès américain en 1974 en insérant à la loi américaine sur la réforme du commerce que la liberté d’émigration des Juifs soviétiques était une condition préalable aux échanges commerciaux entre les États-Unis et l’URSS.

C’est d’ailleurs instructif de lire que dans son même article dans "Libération", Robert Zaretsky a mis en parallèle ces propos d’Henry Kissinger et les propos maladroits de De Gaulle en 1967 qui parla des Juifs comme un « peuple d’élite, sûr de lui et dominateur » : « La réaction de [Raymond] Aron fut spontanément sévère. (…) Jamais il ne taxa De Gaulle d’antisémitisme, mais, à la lueur de la conférence de presse du Général, il déclara qu’en faisant l’amalgame entre Israël et le peuple juif, De Gaulle procurait un alibi intellectuel pour les vrais antisémites. » (6 janvier 2011). Raymond Aron était en quelques sortes l’un des maîtres intellectuels d’Henry Kissinger qui lui a enseigné le réalisme en politique, mais n’a sans doute pas transmis son intégrité morale.

L’un des plus grands apports d’Henry Kissinger à la diplomatie mondiale fut sa contribution décisive, avec Le Duc Tho, du côté vietnamien, aux négociations qui ont abouti à la fin de la désastreuse guerre du Vietnam, avec la signature des Accords de paix de Paris le 27 janvier 1973 à l’hôtel Majestic. Le Prix Nobel de la Paix 1973 fut ainsi attribué aux deux négociateurs, Henry Kissinger, qui est aujourd’hui le doyen des Prix Nobel de la Paix, et Le Duc Tho qui refusa le prix car la paix n’était pas encore une réalité.

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La journaliste et future ministre Françoise Giroud commenta cette attribution comme celle du « Prix Nobel de l’humour noir » dans son hebdomadaire "L’Express". Pourquoi cette réaction ? Parce qu’Henry Kissinger serait à l’origine des bombardements américains au Laos et au Cambodge qui firent de nombreuses victimes (nombre estimé jusqu’à 200 000) pour empêcher l’arrivée de convois nord-vietnamiens.

Henry Kissinger, qui bénéficiait d’une relative popularité aux États-Unis malgré le Watergate (il continua à travailler pour Gerald Ford), reste un personnage controversé pour certaines personnes, comme le polémiste américain Christopher Hitchens qui a publié en 2001 un livre inquisiteur au titre évocateur : "Les Crimes de Monsieur Kissinger" où il a dénoncé la responsabilité d’Henry Kissinger dans plusieurs massacres (Cambodge, Timor oriental, etc.), dans le coup d’État du 11 septembre 1973 mené par Augusto Pinochet au Chili, à Chypre, au Bangladesh, etc. Le polémiste lui a aussi reproché d’avoir conseillé Gerald Ford de ne pas inviter Alexandre Soljenitsyne à la Maison-Blanche et aussi d’avoir fourni « de copieuses excuses » au massacre de Tiananmen.

Pour le Timor oriental, cette responsabilité pouvait se traduire par la passivité, laissant faire l’Indonésie avec qui il avait conclu de bonnes relations (un massacre estimé aussi à 200 000 victimes). Pour le Guatemala, Henry Kissinger a conseillé au Président Ronald Reagan d’aider militairement ce pays malgré le massacre d’environ 200 000 à 300 000 personnes par son armée. On a reproché aussi la passivité d’Henry Kissinger « parfaitement informé des méthodes et objectifs de l’opération Condor » visant à réprimer et à assassiner les opposants aux dictatures sud-américaines (selon la journaliste française Marie-Monique Robin dans un livre publié en 2004).

La Commission Church n’a trouvé aucune preuve d’implication américaine dans le coup d’État au Chili, et dans ses mémoires, Henry Kissinger a affirmé que la CIA avait effectivement soutenu une tentative de coup d’État en 1970, mais aussi que les Américains avaient renoncé à toute implication en 1973.

La plupart des critiques de fond faites contre Henry Kissinger sont surtout son absence de considération morale pour toutes les décisions et positions des États-Unis dans leurs relations internationales. C’est en quelques sortes la realpolitik portée à son niveau le plus haut de cynisme. Cette phrase rédigée dans sa thèse de doctorat et publiée en 1957 peut donner un angle de compréhension : « Le problème le plus fondamental de la politique n’est pas le contrôle de la méchanceté, mais la limitation de la droiture. ».

À cela, il faut aussi rappeler qu’Henry Kissinger a servi Richard Nixon aux idées particulièrement sectaires, dont le racisme et l’antisémitisme étaient connus, et que son conseiller a dû accompagner pour en réduire les effets sur la politique américaine.

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La retraite d’Henry Kissinger, même encore à son âge, est toujours très active. Francophone et germanophone, il a participé à de nombreux colloques et conférences internationales, continuant à rencontrer les grands ou les anciens grands de ce monde, comme Vladimir Poutine à Moscou le 20 janvier 2012, François Hollande à Paris le 7 décembre 2012, Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt à Munich le 31 janvier 2014 pour le 50e anniversaire des conférences de Munich sur la Sécurité, Helmut Kohl à Berlin le 16 mars 2011, pour la remise du Prix Henry-Kissinger de l’Académie américaine qui récompense les contributeurs exceptionnels des relations transatlantiques (Giorgio Napolitano et Hans-Dietrich Genscher en furent lauréats en 2015), etc.

Comme tout ceux qui ont été au pouvoir, Henry Kissinger a eu certainement les mains sales, mais parce qu’il est maintenant l’un des rares vétérans des grands de ce monde durant les années 1970, il est une mémoire vivante de l’histoire contemporaine d’après-guerre, et à ce titre, il aura peut-être encore à apporter en précisions, confidences, révélations sur de nombreux conflits internationaux…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 mai 2018)
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Pour aller plus loin :
George HW Bush.
Bob Kennedy.
Henry Kissinger.
Zbigniew Brzezinski.
Martin Luther King.
Philip Roth.
La guerre commerciale trumpienne.
Albert Einstein.
David Bohm.
Margaret Keane.
Meghan Markle.
Les Quatorze points du Président Wilson.
Woodrow Wilson.
Walter Mondale.
Geraldine Ferraro.
Le cinéma parlant.
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Charlie Chaplin.
Bill Clinton.
Zbigniew Brzezinski.
JFK, avant tout pragmatique et visionnaire.
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Ted Kennedy.
Incompréhensions américaines.
La dernière navette spatiale (avril 2011).
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
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Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
George MacGovern.
Mario Cuomo.

_yartiKissingerHenry05



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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 03:43

« Comme tout le monde, j’aimerais vivre une longue vie. La longévité est importante, mais je ne suis pas concerné par cela maintenant. Je veux juste accomplir la volonté de Dieu. Et il m’a autorisé à grimper sur la montagne ! Et j’ai regardé autour de moi, et j’ai vu la terre promise. Je n’irai peut-être pas là-bas avec vous. Mais je veux que vous sachiez ce soir, que nous, comme peuple, atteindrons la terre promise. Et je suis si heureux ce soir. Je n’ai aucune crainte. Je n’ai peur d’aucun homme. Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur ! » (Memphis, le 3 avril 1968).


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Trois ans et demi après John F. Kennedy, deux mois avant son frère Bob Kennedy, tous les deux assassinés. Il y a cinquante ans, le 4 avril 1968 à 18 heures, le pasteur baptiste américain Martin Luther King a été assassiné, atteint par une balle à la gorge, au balcon de sa chambre du Lorraine Motel à Memphis, dans le Tennessee (États-Unis) à l’âge de 39 ans (il est né à Atlanta le 15 janvier 1929, et le 15 janvier est devenu jour férié, le MLK Day, créé par Ronald Reagan le 2 novembre 1983). Il était venu à Memphis quelques jours auparavant pour soutenir les éboueurs municipaux qui étaient en grève illimitée car très mal payés.

Des dizaines d’émeutes sanglantes eurent lieu aux États-Unis à l’annonce de cet assassinat. Le Président Lyndon Johnson a décrété un deuil national. 300 000 personnes ont assisté le 9 avril 1968 à Atlanta aux funérailles en présence du Vice-Président Hubert Humphrey (représentant Lyndon Johnson en déplacement).

Son assassin présumé, arrêté à l’aéroport de Londres (Heathrow) le 8 juin 1968, a été condamné à 99 ans de prison le 10 mars 1969 pour cet assassinat et, après avoir voulu revenir sur ses aveux, est mort en prison le 23 avril 1998.

Certains évoquent l’hypothèse d’une conspiration impliquant des organisations gouvernementales qu’un jury a validée en civil le 8 décembre 1999 (le Ministère de la Justice américain, après enquête, n’a cependant trouvé aucune preuve de complot en juin 2000). L’ancien candidat aux primaires démocrates de 1984 et 1988, le pasteur Jesse Jackson, qui était présent sur le balcon aux côtés de Martin Luther King lors de l’assassinat, a, lui aussi, évoqué le 15 janvier 2004 des possibles complicités gouvernementales (en particulier provenant du FBI) : « Le fait est qu’il y avait des saboteurs pour perturber la marche. À l’intérieur de notre propre organisation, on a découvert qu’une personne très importante était payée par le gouvernement. Donc, infiltration de l’intérieur, saboteurs à l’extérieur et attaques de la presse. ».

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Fils d’un pasteur et d’une organiste, Martin Luther King fut l’un des plus grands orateurs de l’histoire des États-Unis. Docteur en théologie de l’Université de Boston (il a soutenu sa thèse le 18 juin 1955, mais une enquête universitaire a conclu en 1991 qu’un tiers du mémoire était du plagiat), il est devenu pasteur en 1953 à Montgomery, dans l’Alabama, un État ségrégationniste à l’époque. La même année, le 18 juin 1953, il s’est marié avec Coretta Scott King (1927-2006) et ils ont eu quatre enfants entre 1955 et 1963.

Sa lutte en faveur des droits civiques a commencé le 1er décembre 1955 lors de l’arrestation de Rosa Parks (1913-2005) qui avait refusé la réglementation ségrégationniste de la ville sur le transport en bus. Avec des dizaines de milliers d’autres habitants de la ville, Martin Luther King a encouragé le boycott des bus qui a commencé le 5 décembre 1955, ce qui a abouti à la décision du 21 décembre 1956 de la Cour Suprême des États-Unis qui a rendu illégale la ségrégation dans les bus, les écoles, les restaurants, et tous les autres lieux publics (la Cour Suprême avait déjà rendu anticonstitutionnelle la ségrégation dans les écoles publiques le 17 mai 1954). La lutte fut longue et difficile (plus d’un an), certains ont dû marcher une quarantaine de kilomètres par jour pour aller travailler, et beaucoup d’actes de violence ont été commis à l’encontre de ceux qui ont boycotté les bus (Martin Luther King fut arrêté, sa maison fut incendiée le 30 janvier 1956, etc.).

À partir de 1957, Martin Luther King fut le fondateur et élu le président de la Conférence des leaders chrétiens du Sud (SCLC, Southern Christian Leadership Conference) qui a pris une part active dans le Mouvement pour les droits civiques. Pendant plus de douze ans (de décembre 1955 à avril 1968), Martin Luther King n’a cessé de militer pour faire valoir les droits civiques des populations noires américaines avec deux principes essentiels : celui de la désobéissance civile et celui de la non-violence (sur le modèle du Mahatma Gandhi ; Martin Luther King est allé visiter l’Inde en 1959). Ayant parcouru près de dix millions de kilomètres pour prononcer plus de deux mille discours et sermons, il fut l’un des symboles majeurs de la non-violence.

Dans un livre publié en 1967, il expliqua la non-violence ainsi : « L’ultime faiblesse de la violence est que c’est une spirale descendante, engendrant la chose même qu’elle cherche à détruire. Au lieu d’affaiblir le mal, elle le multiplie. En utilisant la violence, vous pouvez tuer le menteur, mais vous ne pouvez pas tuer le mensonge, ni rétablir la vérité. En utilisant la violence, vous pouvez assassiner le haineux, mais vous ne pouvez pas tuer la haine. En fait, la violence fait simplement grandir la haine. Et celle-ci continue (…). Rendre la haine pour la haine multiplie la haine, ajoutant une obscurité plus profonde à une nuit sans étoile. L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité : seule, la lumière peut faire cela. La haine ne peut pas chasser la haine : seul, l’amour peut faire cela. ».

La non-violence, ce n’était pas le non-engagement. Après un attentat, il déclara le 19 février 1966 à la Illinois Wesleyan University : « Et il se pourrait bien que nous, de cette génération, nous devions nous repentir, non seulement pour les paroles fielleuses et les actes violents des méchants qui ont fait exploser une bombe dans l’église à Birmingham, dans l’Alabama, mais aussi pour le silence et l’indifférence scandaleux des bons qui ont gardé les bras croisés et ont dit attendre le bon moment. ».

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L’un de ses discours les plus importants fut prononcé à l’issue de la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté, le 28 août 1963 à Washington, devant le Mémorial Lincoln, où il répéta plusieurs fois, en improvisant devant 250 000 personnes, cette fameuse phrase « I have a dream ! » : « Bien que nous ayons à faire face aux difficultés d’aujourd’hui et de demain, je fais néanmoins un rêve. C’est un rêve profondément enraciné dans le rêve américain. Je rêve qu’un jour, cette nation se lèvera et vivra le vrai sens de son credo : "Nous tenons ces vérités comme allant de soi, que tous les hommes naissent égaux". ». Rappelons que Malcolm X s’était opposé à cette marche sur Washington.

Ce type de discours a été répété plusieurs fois puisque, à Noël 1967, son dernier Noël, Martin Luther King déclara : « Je fais le rêve que les hommes, un jour, se lèveront et comprendront qu’ils sont faits pour vivre ensemble comme des frères. ».

Le discours du Mémorial Lincoln et toute son action militante lui ont valu l’attribution du Prix Nobel de la Paix le 14 octobre 1964, ainsi que le titre de "personnalité de l’année" décerné par le magazine américain "Time" pour l’année 1963 (avant de l’avoir décerné au Président Lyndon Johnson l’année suivante !). Sur le plan national, cela a permis au Président John Kennedy de faire passer au Congrès américain son Civil Rights Act contre les discriminations, qui fut promulgué par son successeur Lyndon Johnson le 3 juillet 1964. Au-delà de l’abrogation des lois ségrégationnistes dans les États du Sud, cette loi a permis la "discrimination positive" ("affirmation active").

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Au-delà de la lutte pour les droits civiques et pour la justice sociale, Martin Luther King a commencé également une campagne (inachevée) contre la guerre au Vietnam en considérant le 4 avril 1967 à New York les États-Unis comme « le plus grand pourvoyeur de violence dans le monde aujourd’hui ».

Lors de la remise de son Prix Nobel le 10 décembre 1964 à Oslo, il avait même donné son point de vue très idéaliste : « Je refuse d’accepter la notion cynique que nations après nations doivent descendre l’escalier militariste vers l’enfer de la destruction thermonucléaire. Je crois que la vérité désarmée et l’amour inconditionnel auront le mot de la fin en réalité. C’est pourquoi le bien, même temporairement vaincu, est plus fort que le mal triomphant. ».

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Ce fut pour cette raison, cet idéalisme exprimé, que Martin Luther King a montré qu’il était plus un homme religieux qu’un homme politique (tout en restant attaché à la laïcité). Plus attaché à l’être qu’à l’avoir dans une société qui commençait à être consumériste : « Nous devons rapidement commencer à passer d’une société orientée vers les choses à une société orientée vers la personne. Quand les machines et les ordinateurs, les motifs de profits et les droits de propriété sont considérés comme plus importants que les individus, les triplés géants du racisme du matérialisme et du militarisme sont impossibles à battre. » (1967).

Pour conclure ce modeste hommage à cet homme exceptionnellement clairvoyant et pacifiste, je propose cette dernière citation, qui date du 10 décembre 1964 (à l’Université d’Oslo) mais qui est toujours valable dans notre monde de 2018 : « Je refuse d’accepter que le désespoir soit l’ultime réponse aux sinuosités de l’histoire. (…) Je refuse de croire que l’homme n’est qu’une épave dérivant à la surface de la rivière de la vie, incapable d’agir sur son environnement. » (Phrases également rappelées par l’américaniste Sylvie Laurent dans sa biographie publiée au Seuil en 2015).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 avril 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Martin Luther King.
Malcolm X.
Nelson Mandela.
Discours de Barack Obama le 18 mars 2008 à Philadelphie.
Mahatma Gandhi.
John Fitzgerald Kennedy.
George Stinney.
Les États-Unis.
Mgr Oscar Romero.
Mgr Desmond Tutu.
Le dalaï-lama.
Pâques.

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8 janvier 2018 1 08 /01 /janvier /2018 02:06

« La fin de ce terrible conflit de vie et de mort dépend de cette définition des buts de guerre. Aucun homme d’État ayant la moindre conception de sa responsabilité ne doit, pour un moment, se permettre de prolonger ces tragiques et effrayants sacrifices de sang et d’argent, à moins qu’il ne soit sûr, sans conteste et quoi qu’il arrive, que les buts de ces sacrifices sont partie indissoluble de la vie même de la société et que les peuples pour lesquels il parle estiment ces buts justes et impératifs autant qu’il le juge lui-même. » (Woodrow Wilson, le 8 janvier 1918). Première partie.


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Cela fait un siècle, le 8 janvier 1918, que le Président des États-Unis Woodrow Wilson a prononcé devant le Congrès américain un grand discours devenu mémorable sur les "Quatorze points" pour construire la paix mondiale. Ce discours fait d’ailleurs partie des manuels scolaires et des épreuves au baccalauréat (le texte intégral est lisible ici).

Rappelons d’abord qui était l’orateur. Woodrow Wilson venait à l’époque d’avoir 61 ans. Né le 28 décembre 1856 en Virginie, il n’était pas, à l’origine, un homme politique. Après des études de droit à Princeton, il est devenu avocat, puis a continué ses études par une thèse de doctorat de sciences politiques et d’histoire en 1886, sur l’exécutif fédéral aux États-Unis. Consacré dans sa carrière d’universitaire comme président de l’Université de Princeton de juin 1902 à octobre 1910, il faisait figure de grand intellectuel américain, épris des idées libérales du XIXe siècle quand le Parti démocrate est venu lui proposer de se présenter aux élections du New Jersey.

Il fut ainsi élu gouverneur du New Jersey du 17 janvier 1911 au 1er mars 1913. Son élection a pu surprendre puisqu’il a dépassé son concurrent républicain de plus de 650 000 voix alors que le Président en fonction, républicain, avait obtenu dans cet État un avantage de plus de 82 000 voix. Ses réformes politiques dans l’État, une sorte de moralisation du système politique avant l’heure, l’ont rendu "intéressant" auprès des dirigeants du Parti démocrate et très rapidement, sa candidature à l’élection présidentielle commença d’être envisagée.

Woodrow Wilson fut donc candidat aux primaires démocrates de 1912. Jusqu’en 1910, il n’était qu’un intellectuel passionné de politique qui mourait d’envie de faire de la politique et sa courte expérience comme gouverneur fut très prometteuse. À ces primaires, il était parmi les deux favoris avec un autre candidat, Champ Clark (1850-1921), alors Président de la Chambre des représentants (venant du Missouri). Ce dernier a obtenu plus de délégués que Woodrow Wilson, mais aucun n’a atteint la majorité absolue (en revanche, Woodrow Wilson, en voix, a eu 44,6% contre 41,6% à Champ Clark). La Convention démocrate qui s’est tenue à Baltimore du 25 juin au 2 juillet 1912 fut mémorable car il a fallu 46 tours pour les départager, et Woodrow Wilson fut finalement choisi. Il a fallu deux tours pour désigner son colistier (candidat à la Vice-Présidence), et Thomas R. Marshall (1854-1925), gouverneur de l’Indiana, un État clef dans l’élection présidentielle, fut désigné.

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Les démocrates et Woodrow Wilson ont bénéficié d’un contexte politique très favorable car dans le camp adverse, chez les républicains, la division était complète. Le Président sortant, républicain, William Taft (1857-1930), élu Président des États-Unis le 3 novembre 1908, était en compétition avec son prédécesseur, également républicain, Theodore Roosevelt (1858-1919), Président des États-Unis du 14 septembre 1901 au 4 mars 1909 (le plus jeune de l’histoire des États-Unis, à l’âge de 42 ans), Prix Nobel de la paix en 1906.

En 1908, Theodore Roosevelt a exercé déjà presque deux mandats car il a pris la succession de William MacKinley (1843-1901), élu Président des États-Unis depuis le 4 mars 1897, réélu le 6 novembre 1900 mais assassiné au début de son second mandat par un anarchiste le 14 septembre 1901 (gouverneur de New York du 1er janvier 1899 au 31 décembre 1900, Theodore Roosevelt fut intronisé Vice-Président des États-Unis le 4 mars 1901).

Theodore Roosevelt renonça à se présenter en 1908 pour un troisième mandat (à l’époque, il n’y avait pas de limitation sur le nombre de mandats) et proposa la candidature de William Taft. Ce dernier était peu populaire, sans charisme et surtout, a instauré l’impôt sur le revenu. Quatre ans plus tard, peu content du mandat de son successeur et toujours populaire, Theodore Roosevelt voulait donc reprendre le pouvoir.

À l’issue des primaires républicaines de 1912, Theodore Roosevelt a obtenu 51,1% des voix contre 34,6% à William Taft. En revanche, ce dernier a gagné 566 délégués contre 466 à Theodore Roosevelt. En fait, très peu d’États avaient adopté le système de primaires populaires et donc, les délégués des autres États, très majoritairement, étaient nommés par les dirigeants locaux du parti.

La Convention républicaine qui a eu lieu à Chicago du 18 au 22 juin 1912 fut particulière : ce fut une véritable bataille politicienne qui se solda par une victoire du Président sortant William Taft avec 302 votes contre 107 à Theodore Roosevelt et 322 abstentions (provenant des délégués de Theodore Roosevelt par abandon). Résultat, William Taft et son Vice-Président James S. Sherman (1855-1912) furent reconduits dans le ticket républicain. En fait, pas tout à fait, car James S. Sherman, de santé défaillante, est mort soudainement le 30 octobre 1912, six jours avant le scrutin, si bien que l’universitaire Nicholas Murray Butler (1862-1947) le remplaça comme colistier (futur Prix Nobel de la Paix en 1931).

Theodore Roosevelt, qui avait accusé de fraudes les amis de William Taft, avait demandé à ses amis de quitter la Convention républicaine le 22 juin 1912. Ne s’avouant pas vaincu, il fonda le Parti progressiste et lors de la Convention progressiste à Chicago du 5 au 7 août 1912, Theodore Roosevelt fut désigné candidat des progressistes avec pour colistier Hiram W. Johnson (1866-1945), gouverneur de Californie, connu pour ses positions isolationnistes.

Ainsi, lors de l’élection présidentielle générale, le 5 novembre 1912, il y a eu trois candidats importants, rompant avec le bipartisme classique (ce fut le cas aussi en 1992, et cette rupture s’est faite aussi au détriment des républicains et au profit des démocrates). Woodrow Wilson remporta l’élection avec près de 6,3 millions de voix (soit 41,8%) et 435 délégués, contre 4,1 millions de voix (soit 27,4%) et 88 délégués à Theodore Roosevelt et 3,5 millions de voix (soit 23,2%) et 8 délégués à William Taft qui a reçu ainsi un gifle électorale magistrale. Woodrow Wilson a donc eu beaucoup de chance puisque le total T. Roosevelt+Taft dépassait 50% des voix.

Woodrow Wilson fut réélu de manière plus ordinaire (mais avec moins de succès) le 7 novembre 1916 avec 9,1 millions de voix (soit 49,2%) et 277 délégués contre 8,5 millions de voix (soit 46,1%) et 254 délégués au candidat républicain Charles Evans Hugues (1862-1948), ancien gouverneur de New York.

En fonction du 4 mars 1913 au 4 mars 1921, Woodrow Wilson fut donc le Président des États-Unis pendant toute la durée de la Première Guerre mondiale. Les États-Unis, dans leur tradition, furent isolationnistes en ce sens qu’ils ne considéraient pas que la guerre entre puissances européennes les concernait. Woodrow Wilson s’est opposé à ce courant traditionnel en voulant au contraire engager son pays dans le chemin de la construction d’une paix mondiale durable. L’idée était honorable, nouvelle, ambitieuse, pacifiste, mais très idéaliste.

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Déjà, dans un discours le 22 janvier 1917 devant le Congrès américain, Woodrow Wilson a proposé de s’impliquer alors que son pays était encore neutre. Il a proposé "une paix sans victoire", ce qui était inacceptable pour les deux parties belligérantes. Lorsqu’il s’adressa au Congrès américain le 8 janvier 1918, la situation avait considérablement changé : le 22 avril 1917, les États-Unis ont déclaré la guerre à l’Allemagne et se retrouvaient donc aux côtés des Britanniques, des Français, des Russes et des Italiens. Par ailleurs, la Révolution russe avait bouleversé aussi l’équilibre des alliances car les nouveaux maîtres de la Russie, les bolcheviks, voulaient négocier une paix séparée avec les puissances centrales (Allemagne et Autriche-Hongrie). Enfin, l’arrivée au pouvoir en novembre 1917, en France, de Georges Clemenceau, partisan de la guerre jusqu’au bout, décourageait toutes les tentatives de paix négociée.

Le discours du 8 janvier 1918 marqua ainsi l’histoire du monde parce qu’il jeta les bases d’une coopération internationale durable. Ce que j’évoquerai plus précisément dans le prochain article de ce thème.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 janvier 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les Quatorze points du Président Wilson.
Texte intégral du discours de Woodrow Wilson le 8 janvier 1918.
Woodrow Wilson.
Walter Mondale.
Geraldine Ferraro.
Le cinéma parlant.
Les petits humanoïdes de Roswell…
Charlie Chaplin.
Bill Clinton.
Zbigniew Brzezinski.
JFK, avant tout pragmatique et visionnaire.
La nouvelle frontière de John F. Kennedy.
Ted Kennedy.
Incompréhensions américaines.
La dernière navette spatiale (avril 2011).
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
George MacGovern.
Mario Cuomo.

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https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/quand-les-etats-unis-etaient-200371

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5 janvier 2018 5 05 /01 /janvier /2018 02:38

« Ce qui m’intéresse, c’est la vie des hommes qui ont échoué, car c’est le signe qu’ils ont essayé de se surpasser. » (Clemenceau).


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Ce vendredi 5 janvier 2018, Walter Mondale fête son 90e anniversaire. En pleine reaganmania, il y avait peu de chance pour que Walter Mondale fût élu Président des États-Unis le 6 novembre 1984. Période de croissance économique, de baisse des impôts et du chômage, mais aussi de graves tensions internationales avec une crise des euromissiles qui nécessitait un homme à poigne. Pire, Walter Mondale, comme numéro deux de Jimmy Carter, représentait exactement le contraire (probablement injustement).

L’échec, Walter Mondale l’a donc bien connu. L’une des plus grande défaite de l’histoire des États-Unis, la plus grande depuis  1972 ou 1936 selon qu’on parle en suffrages exprimés ou en délégués : 40,7% des voix (et 13 délégués), face aux 59,0% des voix pour son concurrent, Président sortant, Ronald Reagan qui a remporté 49 États sur les 50 (et 525 délégués sur 538). Seuls le Minnesota (du bout des lèvres) et le district de Columbia (Washington) ont préféré Walter Mondale à celui qui avait redonné confiance aux Américains. Il n’y avait pas photo, au contraire de l’élection de George W. Bush Jr. le 7 novembre 2000.

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Né le 5 janvier 1928 dans le Minnesota de grands-parents paternels norvégiens et de grands-parents maternels canadiens d’origine écossaise, Walter Mondale fut le "poulain" d’Hubert Humphrey (1911-1978), lui aussi d’origine norvégienne (par sa mère). Ce dernier était maire de Minneapolis depuis le 2 juillet 1945 lorsqu’il s’est présenté avec succès aux élections sénatoriales le 2 novembre 1948. Walter Mondale dirigeait alors sa campagne à l’âge de 20 ans (son mentor en avait 37).

Avant son élection au Sénat, Hubert Humphrey avait suscité la polémique en prononçant un discours marquant à la Convention démocrate, le 14 juillet 1948 à Philadelphie (celle qui désigna le Président sortant Harry Truman), en défendant les droits civiques : « À ceux qui disent que le programme des droits civiques est en contradiction avec le droit des États, je dis que le temps est arrivé aux États-Unis, pour le Parti démocrate, de sortir de l’ombre du droit des États et de des tourner enfin vers l’éclat lumineux des droits de l’homme. ». Ce discours très axé à la gauche du parti avait mis en colère les dirigeants démocrates du Sud des États-Unis, traditionnellement conservateurs (et qui ont voté pour Ronald Reagan en 1984).

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Hubert Humphrey a été réélu sénateur du Minnesota jusqu’au 30 décembre 1964 (désigné coordinateur de la majorité démocrate au Sénat du 3 janvier 1961 au 30 décembre 1964), date de sa démission car il fut élu Vice-Président des États-Unis le 3 novembre 1964 sur un "ticket" avec le Président sortant Lyndon B. Johnson (il l’est resté jusqu’au 20 janvier 1969). Auparavant, Hubert Humphrey s’était présenté aux primaires démocrates en 1960 (notamment contre John F. Kennedy). Pendant ces années de combat personnel, Hubert Humphrey n’a cessé de défendre des positions très "à gauche" (droits civiques, contrôle des armes à feu, aide aux pays en voie de développement, fin des essais nucléaires, etc.).

Très logiquement, son "protégé" Walter Mondale fut désigné pour lui succéder au Sénat des États-Unis, "représentant" du Minnesota : Walter Mondale fut ainsi élu sénateur du 30 décembre 1964 au 30 décembre 1976 (d’abord nommé par le gouverneur du Minnesota Karl Rolvaag, puis élu la première fois le 8 novembre 1966 et réélu le 7 novembre 1972).

Auparavant, Walter Mondale avait fait des études de science politique et de droit, et fait son service militaire à Fort Knox pendant la guerre de Corée entre 1951et 1953. Il avait aussi dirigé la campagne en 1952 (échec), 1954, 1956 et 1958 d’Orville Freeman (1918-2003), élu gouverneur (démocrate) du Minnesota du 5 janvier 1955 au 2 janvier 1961 et futur Ministre de l’Agriculture du 20 janvier 1961 au 21 janvier 1969. Après quatre années comme juge, Walter Mondale est devenu procureur général de l’État du Minnesota ("attorney general") du 4 mai 1960 au 30 décembre 1964 (d’abord nommé par le gouverneur Orville Freeman pour remplacer le prédécesseur, puis élu en 1962). Démissionnaire une fois devenu sénateur.

Très actif au sein du Parti démocrate, Walter Mondale a tenté d’y bâtir une aile centriste. Il fut aussi actif au Sénat où il s’est investi dans de nombreuses commissions, notamment la Commission des affaires aéronautiques et spatiales où il fit partie des instructeurs de l’enquête sur l’accident qui tua trois astronautes le 27 janvier 1967 lors d’un essai Apollo 204 (ils sont morts dans un incendie). Affrontant publiquement le patron de la NASA, Walter Mondale voulait renforcer le contrôle parlementaire sur les rapports de sécurité interne de la NASA : « Je crois qu’en forçant une confrontation publique sur ces inquiétudes jusqu’à maintenant profondes et secrètes sur la sécurité et la gestion du programme, cela a forcé la NASA à restructurer et réorganiser le programme d’une manière que cela fût beaucoup plus sûr. » (24 mai 2001).

En été 1972, désigné candidat démocrate à l’élection présidentielle, George MacGovern (1922-2012), lui aussi très axé "à gauche" (il s’opposa à la guerre au Vietnam), proposa d’être son Vice-Président à Walter Mondale qui refusa. Ce dernier accepta cependant d’être sur le "ticket" du candidat démocrate en 1976, à savoir Jimmy Carter, agriculteur et gouverneur de Géorgie peu connu, l’un représentant ainsi le Sud (assez conservateur) et l’autre le Nord (assez progressiste).

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Avec plus de 40,8 millions de voix (soit 50,1%), Jimmy Carter fut élu Président des États-Unis le 2 novembre 1976 face au Président sortant Gerald Ford qui n’a obtenu que 48,0% des voix (le colistier de Gerald Ford en 1976 était Bob Dole). Walter Mondale fut donc élu Vice-Président des États-Unis du 20 janvier 1977 au 20 janvier 1981.

Sous le mandat de Jimmy Carter, Walter Mondale a pris une certaine influence sur le gouvernement et la définition de la politique des États-Unis. Cette manière d’exercer la fonction vice-présidentielle a été reprise par ses successeurs (ce fut le premier Vice-Président à avoir installé un bureau à la Maison-Blanche ; rappelons que le Vice-Président assure aussi la fonction de Président du Sénat).

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Le "ticket" Jimmy Carter et Walter Mondale s’est représenté à l’élection présidentielle du 4 novembre 1980 dans un contexte très difficile pour eux (après des primaires démocrates où Ted Kennedy fut un rude concurrent  avec 37,6% des voix face à 51,1% pour Jimmy Carter) : au-delà d’une stagnation économique et d’une hausse du chômage, la crise des otages américains à Téhéran a discrédité durablement l’autorité de Jimmy Carter. En effet, depuis le 4 novembre 1979, 52 diplomates américains furent retenus par des étudiants iraniens à l’ambassade américaine à Téhéran (ils ne furent libérés que le jour même de l’investiture de Ronald Reagan, le 20 janvier 1981, renforçant le discrédit du prédécesseur).

Il y a eu plus de 8,4 millions de voix qui ont séparé Ronald Reagan (50,8%) et Jimmy Carter (41,0%). Walter Mondale, renvoyé dans l’opposition, se prépara à l’élection présidentielle suivante en prenant le contrôle du Parti démocrate.

Malgré ce contrôle du parti, les primaires démocrates de 1984 ne furent pas de tout repos pour Walter Mondale. En effet, deux autres candidats sont entrés dans la course à l’investiture. D’une part, Gary Hart, "jeune" sénateur du Colorado depuis 1975 (il avait alors 47 ans), populaire par son charisme (au point de devenir le favori des primaires démocrates de 1988) et le pasteur Jesse Jackson (42 ans), militant des droits civiques. C’était d’ailleurs la première fois qu’un homme "de couleur" fut dans la course présidentielle de manière "sérieuse".

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Les résultats des primaires donnèrent l’investiture à Walter Mondale, mais de justesse. À la fin du cycle des primaires, le 12 juin 1984, Walter Mondale a obtenu 6,95 millions de voix, soit 38,3%, et 1 606 délégués. Gary Hart 6,50 millions de voix, soit 35,9%, et 1 164 délégués. Enfin Jesse Jackson 3,28 millions de voix, soit 18,1%, et 358 délégués. La plupart des autres délégués (réservés au parti) se reportèrent sur la candidature de Walter Mondale. À l’issue de la Convention démocrate le 19 juillet 1984 à San Francisco, sur les 3 882 mandats, Walter Mondale en a obtenu 2 191, Gary Hart 1 200 et Jesse Jackson 465. Notons pour l’anecdote qu’en 1984, sans beaucoup de chance de succès, l’astronaute et sénateur John Glenn fut candidat (1921-2016) comme en 1976, ainsi que l’ancien candidat démocrate de 1972, George MacGovern. Jesse Jackon améliora nettement son score aux primaires démocrates de 1988, en recueillant 6,9 millions de voix (soit 29,4%) et 1 023 délégués.

Lors de la même Convention démocrate de 1984, Walter Mondale s’est choisi une femme comme colistière, candidate à la Vice-Présidence des États-Unis, Geraldine Ferraro (1935-2011). Ce fut la première fois qu’une femme était incluse dans un "ticket" pouvant remporter l’élection. La seconde fois, ce fut la candidature de l’ancienne Secrétaire d’État Hillary Clinton en 2016. Geraldine Ferraro avait fait campagne pour Hillary Clinton lors des primaires démocrates de 2008 et avait dû démissionner après avoir dit une "bêtise" à propos de Barack Obama.

Comme je l’ai indiqué au début de l’article, Walter Mondale a subi l’une des plus grandes défaites historiques. Ayant construit le centre du Parti démocrate pendant les années 1960 et 1970, mais marqué par son ancienne proximité avec Hubert Humphrey (disparu depuis longtemps, après être redevenu sénateur du Minnesota du 3 janvier 1971 au 13 janvier 1978), Walter Mondale s’était positionné complètement à contre-courant du peuple américain, en proposant par exemple d’augmenter les impôts pour réduire la dette publique et renforcer la redistribution en faveur des plus pauvres. Il avait néanmoins "réussi" son premier débat télévisé avec Ronald Reagan en misant sur l’âge : Ronald Reagan avait 73 ans et lui 56 ans (au débat suivant, du 21 octobre 1984, Ronald Reagan répliqua en disant qu’il valait mieux un vieux expérimenté qu’un jeune inexpérimenté).

Après sa lourde défaite, Walter Mondale quitta la vie politique et travailla dans des entreprises du Minnesota (il enseigna aussi à l’Université du Minnesota dont un bâtiment porte désormais son nom), jusqu’à l’élection de Bill Clinton. Ce dernier le nomma ambassadeur des États-Unis au Japon du 21 septembre 1993 au 15 décembre 1996, puis le nomma en 1998 envoyé spécial du Président des États-Unis en Indonésie. Le 4 septembre 2002, il a tenu une conférence au Sénat pour présenter les transformations qu’il a initiées dans le rôle du Vice-Président des États-Unis entre 1977 et 1981.

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À l’âge de 74 ans, Walter Mondale accepta de faire une dernière incursion dans la vie politique en se présentant, à la demande urgente du Parti démocrate, à la succession du sénateur démocrate du Minnesota Paul Wellstone (1944-2002), tué dans un accident d’avion le 25 octobre 2002 à onze jours de son renouvellement, mais échoua le 5 novembre 2002 avec seulement 47,3% des voix contre 49,5% au républicain Norm Coleman. Seul État l’ayant soutenu en 1984, le Minnesota le lâcha aussi : « À la fin de ce qui est ma dernière campagne, je veux dire aux habitants du Minnesota que vous m’avez toujours bien traité, vous m’avez toujours écouté. ».

Walter Mondale a cependant repris sa "revanche" sur le sénateur républicain Norm Coleman. En effet, appuyant la candidature de l’humoriste et comédien Al Franken, positionné à l’aile gauche du Parti démocrate, ce dernier fut élu de justesse sénateur du Minnesota le 4 novembre 2008 (il ne prit ses fonctions que le 7 juillet 2009 à cause de recomptages et de la contestation de son élection à quelques centaines de voix près : 312 sur 2 424 946 !), fut réélu le 4 novembre 2014 mais vient de démissionner ce 2 janvier 2018 en raison des affaires d’agression et de harcèlement sexuels éclatées le 16 novembre 2017 à l’occasion de l’affaire Harvey Weinstein.

En 2008, Walter Mondale a soutenu la candidature d’Hillary Clinton lors des primaires démocrates. Le 3 juin 2008, il a ensuite rallié la candidature de Barack Obama. Aujourd’hui, Walter Mondale continue sa retraite dans le Minnesota (veuf depuis le 3 février 2014), en faisant de la pêche, pratiquant le tennis et le ski, lisant Shakespeare et des romans historiques, et appréciant les Monty Pytthon. Sa fille Eleanor fut une présentatrice de télévision vedette (disparue à la suite d’un cancer du cerveau) et son fils aîné Ted, entrepreneur, fit, quant à lui, également, de la politique en se faisant élire membre du sénat local du Minnesota du 8 janvier 1991 au 6 janvier 1997.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 janvier 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Biographie de Walter Mondale.
Woodrow Wilson.
Walter Mondale.
Les Quatorze points du Président Wilson (texte intégral du discours du 8 janvier 1918).
Geraldine Ferraro.
Le cinéma parlant.
Les petits humanoïdes de Roswell…
Charlie Chaplin.
Bill Clinton.
Zbigniew Brzezinski.
JFK, avant tout pragmatique et visionnaire.
La nouvelle frontière de John F. Kennedy.
Ted Kennedy.
Incompréhensions américaines.
La dernière navette spatiale (avril 2011).
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
George MacGovern.
Mario Cuomo.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180105-walter-mondale.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/walter-mondale-retour-sur-sa-200285

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/01/05/36016781.html


 

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3 janvier 2018 3 03 /01 /janvier /2018 05:24

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180108-woodrow-wilson.html




Discours du Président Woodrow Wilson au Congrès américain le 8 janvier 1918 à Washington


Gentlemen of the Congress:

Once more, as repeatedly before, the spokesmen of the Central Empires have indicated their desire to discuss the objects of the war and the possible basis of a general peace. Parleys have been in progress at Brest-Litovsk between Russian representatives and representatives of the Central Powers to which the attention of all the belligerents has been invited for the purpose of ascertaining whether it may be possible to extend these parleys into a general conference with regard to terms of peace and settlement.

The Russian representatives presented not only a perfectly definite statement of the principles upon which they would be willing to conclude peace, but also an equally definite program of the concrete application of those principles. The representatives of the Central Powers, on their part, presented an outline of settlement which, if much less definite, seemed susceptible of liberal interpretation until their specific program of practical terms was added. That program proposed no concessions at all, either to the sovereignty of Russia or to the preferences of the populations with whose fortunes it dealt, but meant, in a word, that the Central Empires were to keep every foot of territory their armed forces had occupied--every province, every city, every point of vantage as a permanent addition to their territories and their power.

It is a reasonable conjecture that the general principles of settlement which they at first suggested originated with the more liberal statesmen of Germany and Austria, the men who have begun to feel the force of their own peoples' thought and purpose, while the concrete terms of actual settlement came from the military leaders who have no thought but to keep what they have got. The negotiations have been broken off. The Russian representatives were sincere and in earnest. They cannot entertain such proposals of conquest and domination.

The whole incident is full of significance. It is also full of perplexity. With whom are the Russian representatives dealing? For whom are the representatives of the Central Empires speaking? Are they speaking for the majorities of their respective parliaments or for the minority parties, that military and imperialistic minority which has so far dominated their whole policy and controlled the affairs of Turkey and of the Balkan States which have felt obliged to become their associates in this war?

The Russian representatives have insisted, very justly, very wisely, and in the true spirit of modern democracy, that the conferences they have been holding with the Teutonic and Turkish statesmen should be held within open, not closed, doors, and all the world lies been audience, as was desired. To whom have we been listening, then? To those who speak the spirit and intention of the resolutions of the German Reichstag of the 9th of July last, the spirit and intention of the liberal leaders and parties of Germany, or to those who resist and defy that spirit and intention and insist upon conquest and subjugation? Or are we listening, in fact, to both, unreconciled and in open and hopeless contradiction? These are very serious and pregnant questions. Upon the answer to them depends the peace of the world.

But whatever the results of the parleys at Brest-Litovsk, whatever the confusions of counsel and of purpose in the utterances of the spokesmen of the Central Empires, they have again attempted to acquaint the world with their objects in the war and have again challenged their adversaries to say what their objects are and what sort of settlement they would deem just and satisfactory. There is no good reason why that challenge should not be responded to, and responded to with the utmost candor. We did not wait for it. Not once, but again and again we have laid our whole thought and purpose before the world, not in general terms only, but each time with sufficient definition to make it clear what sort of definite terms of settlement must necessarily spring out of them. Within the last week Mr. Lloyd George has spoken with admirable candor and in admirable spirit for the people and Government of Great Britain.

There is no confusion of counsel among the adversaries of the Central Powers, no uncertainty of principle, no vagueness of detail. The only secrecy of counsel, the only lack of fearless frankness, the only failure to make definite statement of the objects of the war, lies with Germany and her allies. The issues of life and death hang upon these definitions. No statesman who has the least conception of his responsibility ought for a moment to permit himself to continue this tragical and appalling outpouring of blood and treasure unless he is sure beyond a peradventure that the objects of the vital sacrifice are part and parcel of the very life of society and that the people for whom he speaks think them right and imperative as he does.

There is, moreover, a voice calling for these definitions of principle and of purpose which is, it seems to me, more thrilling and more compelling than any of the many moving voices with which the troubled air of the world is filled. It is the voice of the Russian people. They are prostrate and all but helpless, it would seem, before the grim power of Germany, which has hitherto known no relenting and no pity. Their power, apparently, is shattered. And yet their soul is not subservient. They will not yield either in principle or in action. Their conception of what is right, of what is humane and honorable for them to accept, has been stated with a frankness, a largeness of view, a generosity of spirit, and a universal human sympathy which must challenge the admiration of every friend of mankind; and they have refused to compound their ideals or desert others that they themselves may be safe.

They call to us to say what it is that we desire, in what, if in anything, our purpose and our spirit differ from theirs; and I believe that the people of the United States would wish me to respond, with utter simplicity and frankness. Whether their present leaders believe it or not, it is our heartfelt desire and hope that some way may be opened whereby we may be privileged to assist the people of Russia to attain their utmost hope of liberty and ordered peace.

It will be our wish and purpose that the processes of peace, when they are begun, shall be absolutely open and that they shall involve and permit henceforth no secret understandings of any kind. The day of conquest and aggrandizement is gone by; so is also the day of secret covenants entered into in the interest of particular governments and likely at some unlooked-for moment to upset the peace of the world. It is this happy fact, now clear to the view of every public man whose thoughts do not still linger in an age that is dead and gone, which makes it possible for every nation whose purposes are consistent with justice and the peace of the world to avow now or at any other time the objects it has in view.

We entered this war because violations of right had occurred which touched us to the quick and made the life of our own people impossible unless they were corrected and the world secured once for all against their recurrence.

What we demand in this war, therefore, is nothing peculiar to ourselves. It is that the world be made fit and safe to live in; and particularly that it be made safe for every peace-loving nation which, like our own, wishes to live its own life, determine its own institutions, be assured of justice and fair dealing by the other peoples of the world, as against force and selfish aggression.

All the peoples of the world are in effect partners in this interest, and for our own part we see very clearly that unless justice be done to others it will not be done to us.

The program of the world's peace, therefore, is our program; and that program, the only possible program, all we see it, is this:

1. Open covenants of peace must be arrived at, after which there will surely be no private international action or rulings of any kind, but diplomacy shall proceed always frankly and in the public view.

2. Absolute freedom of navigation upon the seas, outside territorial waters, alike in peace and in war, except as the seas may be closed in whole or in part by international action for the enforcement of international covenants.

3. The removal, so far as possible, of all economic barriers and the establishment of an equality of trade conditions among all the nations consenting to the peace and associating themselves for its maintenance.

4. Adequate guarantees given and taken that national armaments will be reduced to the lowest points consistent with domestic safety.

5. A free, open-minded, and absolutely impartial adjustment of all colonial claims, based upon a strict observance of the principle that in determining all such questions of sovereignty the interests of the population concerned must have equal weight with the equitable claims of the government whose title is to be determined.

6. The evacuation of all Russian territory and such a settlement of all questions affecting Russia as will secure the best and freest cooperation of the other nations of the world in obtaining for her an unhampered and unembarrassed opportunity for the independent determination of her own political development and national policy, and assure her of a sincere welcome into the society of free nations under institutions of her own choosing; and, more than a welcome, assistance also of every kind that she may need and may herself desire. The treatment accorded Russia by her sister nations in the months to come will be the acid test of their good will, of their comprehension of her needs as distinguished from their own interests, and of their intelligent and unselfish sympathy.

7. Belgium, the whole world will agree, must be evacuated and restored, without any attempt to limit the sovereignty which she enjoys in common with all other free nations. No other single act will serve as this will serve to restore confidence among the nations in the laws which they have themselves set and determined for the government of their relations with one another. Without this healing act the whole structure and validity of international law is forever impaired.

8. All French territory should be freed and the invaded portions restored, and the wrong done to France by Prussia in 1871 in the matter of Alsace-Lorraine, which has unsettled the peace of the world for nearly fifty years, should be righted, in order that peace may once more be made secure in the interest of all.

9. A re-adjustment of the frontiers of Italy should be effected along clearly recognizable lines of nationality.

10. The peoples of Austria-Hungary, whose place among the nations we wish to see safeguarded and assured, should be accorded the freest opportunity of autonomous development.

11. Romania, Serbia, and Montenegro should be evacuated; occupied territories restored; Serbia accorded free and secure access to the sea; and the relations of the several Balkan states to one another determined by friendly counsel along historically established lines of allegiance and nationality; and international guarantees of the political and economic independence and territorial integrity of the several Balkan states should be entered into.

12. The Turkish portions of the present Ottoman Empire should be assured a secure sovereignty, but the other nationalities which are now under Turkish rule should be assured an undoubted security of life and an absolutely unmolested opportunity of autonomous development, and the Dardanelles should be permanently opened as a free passage to the ships and commerce of all nations under international guarantees.

13. An independent Polish state should be erected which should include the territories inhabited by indisputably Polish populations, which should be assured a free and secure access to the sea, and whose political and economic independence and territorial integrity should be guaranteed by international covenant.

14. A general association of nations must be formed under specific covenants for the purpose of affording mutual guarantees of political independence and territorial integrity to great and small states alike.

In regard to these essential rectifications of wrong and assertions of right, we feel ourselves to be intimate partners of all the governments and peoples associated together against the imperialists. We cannot be separated in interest or divided in purpose. We stand together until the end.

For such arrangements and covenants we are willing to fight and to continue to fight until they are achieved; but only because we wish the right to prevail and desire a just and stable peace such as can be secured only by removing the chief provocations to war, which this program does remove.

We have no jealousy of German greatness, and there is nothing in this program that impairs it. We grudge her no achievement or distinction of learning or of pacific enterprise such as have made her record very bright and very enviable. We do not wish to injure her or to block in any way her legitimate influence or power. We do not wish to fight her either with arms or with hostile arrangements of trade, if she is willing to associate herself with us and the other peace-loving nations of the world in covenants of justice and law and fair dealing.

We wish her only to accept a place of equality among the peoples of the world--the new world in which we now live--instead of a place of mastery.

Neither do we presume to suggest to her any alteration or modification of her institutions. But it is necessary, we must frankly say, and necessary as a preliminary to any intelligent dealings with her on our part, that we should know whom her spokesmen speak for when they speak to us, whether for the Reichstag majority or for the military party and the men whose creed is imperial domination.

We have spoken now, surely, in terms too concrete to admit of any further doubt or question. An evident principle runs through the whole program I have outlined. It is the principle of justice to all peoples and nationalities, and their right to live on equal terms of liberty and safety with one another, whether they be strong or weak.

Unless this principle be made its foundation, no part of the structure of international justice can stand. The people of the United States could act upon no other principle, and to the vindication of this principle they are ready to devote their lives, their honor, and everything that they possess. The moral climax of this, the culminating and final war for human liberty has come, and they are ready to put their own strength, their own highest purpose, their own integrity and devotion to the test.

Woodrow Wilson, 8th january 1918, USA Congress in Washinton.

Source : en.m.wikisource.org


Traduction française :


Une fois de plus, comme à plusieurs reprises déjà auparavant, les hommes d’État, porte-parole des empires centraux, ont manifesté leur désir de discuter les objets de la guerre et les bases possibles d’une paix générale. Des négociations ont été engagées à Brest-Litovsk entre les représentants des puissances centrales et des représentants de la Russie, et tous les belligérants ont été appelés à porter leur attention, sur ces négociations, dans le dessein d’établir s’il peut être possible d’étendre ces pourparlers à une conférence générale concernant les termes de la paix et leur règlement.

Les représentants de la Russie ont présenté non seulement un exposé parfaitement défini des principes sur lesquels seraient désireux de conclure la paix, mais aussi un programme défini de l’application, concrète de ces principes.

Les représentants des puissances centrales, de leur côté, ont présenté un projet de règlement qui, bien que beaucoup moins précis, a paru susceptible d’une interprétation libérale jusqu’à ce qu’y fût ajouté leur programme spécifique des conditions pratiques de la paix. Or, ce programme ne proposait aucune concession d’aucun ordre, ni en ce qui concerne la souveraineté de la Russie, ni en ce qui concerne les préférences des populations dont ils prétendaient le sort ; mais signifiait en un mot que les empires centraux entendaient garder chaque pouce de territoire que leurs forces armées avaient occupé — toutes les provinces, toutes les villes, en somme tous leurs avantages — comme une addition permanente à leurs territoires et leur puissance.

Il est raisonnable de supposer que les principes généraux de règlement qu’ils avaient tout d’abord suggérés émanaient des hommes d’État les plus libéraux d’Allemagne et d’Autriche, des hommes qui ont commencé à comprendre la force de la véritable pensée et des intentions de leurs propres peuples, tandis que les conditions concrètes du règlement actuel provenaient des chefs militaires qui n’ont d’autre pensée que de garder ce qu’ils ont pris.

Les négociations ont été rompues. Les représentants de la Russie étaient sincères et de bonne foi. Ils ne peuvent envisager de pareilles propositions de conquête et de domination. Cet incident, dans son ensemble, est gros d’enseignements ; il est aussi gros de perplexité. Avec qui les représentants russes traitent-ils ? Au nom de qui les représentants des empires centraux parlent-ils ? Partent-ils pour les majorités de leurs Parlements respectifs ou pour les partis minoritaires, cette minorité militaire et impérialiste, qui a jusqu’ici dominé toute leur politique et contrôlé les affaires de Turquie et les États balkaniques, lesquels se sont vus obligés de devenir leurs associés dans cette guerre ?

Les représentants de la Russie ont insisté, très justement, très sagement et dans le véritable esprit de la démocratie moderne, pour que les conférences qu’ils ont engagées avec les hommes d’État allemands et turcs soient tenues portes ouvertes, et non portes fermées, et le monde entier a été appelé à l’audience, comme on le désirait.

La définition des principes et des intentions

Qui avons-nous entendu ? Ceux qui représentent l’esprit du Reichstag allemand du 9 juillet, l’esprit et les intentions des chefs libéraux de l’Allemagne, et de leur parti, ou ceux qui résistent à cet esprit, et à ces intentions, qui les combattent et qui insistent pour la conquête et la soumission par la force, ou entendons-nous, en fait, les uns et les autres irréconciliés dans une contradiction ouverte et sans espoir d’entente ? Ce sont là des questions très sérieuses, très poignantes.

De leur réponse, dépend la paix du monde. Mais, quels, que soient les résultats des pourparlers de Brest-Litovsk, quelles que soient les conclusions d’intention ou de fait qui suivront les déclarations des représentants des empires centraux, ceux-ci ont déjà, de nouveau, prétendu saisir le monde de leurs objectifs de guerre et ont de nouveau défié leurs adversaires de déclarer quels sont leurs propres objectifs et quelle sorte de règlement ils estimeraient juste et satisfaisant. Il n’y a aucune bonne raison pour que ce défi ne soit pas relevé et qu’il n’y soit pas répondu avec la plus grande loyauté.

Nous n’avons, pas d’ailleurs attendu ce moment pour le faire. Non pas une fois, mais à plusieurs reprises, encore et encore, nous avons exposé toute notre pensée, tous nos desseins devant le monde, et non pas en des termes généraux seulement, mais chaque fois avec une précision suffisante pour établir clairement quelles sortes de conditions définitives de paix doivent nécessairement en sortir. La semaine dernière, M. Lloyd George a parlé avec une admirable sincérité et dans un esprit de loyauté admirable pour le peuple et le gouvernement de la Grande-Bretagne. Il n’y a aucune confusion dans les conseils des adversaires des puissances centrales, aucune incertitude en ce qui concerne leurs principes ; aucun détail n’a été laissé dans le vague. C’est seulement du côté de l’Allemagne et de ses alliés que les intentions sont restées secrètes, que l’on se trouve en présence d’un manque de franchise rigoureuse ; ce sont eux seuls qui ont manqué à donner une définition précise de leurs objectifs de guerre.

La fin de ce terrible conflit de vie et de mort dépend de cette définition des buts de guerre. Aucun homme d’État ayant la moindre conception de sa responsabilité ne doit, pour un moment, se permettre de prolonger ces tragiques et effrayants sacrifices de sang et d’argent, à moins qu’il ne soit sûr, sans conteste et quoi qu’il arrive, que les buts de ces sacrifices sont partie indissoluble de la vie même de la société et que les peuples pour lesquels il parle estiment ces buts justes et impératifs autant qu’il le juge lui-même.

Il y a de plus une voix qui réclame cette définition des principes et des intentions, et qui est, il une semble, plus émouvante et plus persuasive qu’aucune des nombreuses voix qui font actuellement retentir l’air troublé du monde. C’est la voix du peuple russe. Les Russes sont écrasés et, semblerait-il, sans espoir, sous la force effroyable de l’Allemagne qui n’a jusqu’ici connu aucune pitié. Leur puissance, en apparence, est brisée.

Et cependant leur âme n’est pas abattue. Ils ne céderont ni sur le principe, ni dans les actes. Leur conception de ce qu’il est juste, de ce qu’il est humain et honorable pour eux d’accepter, a été déclarée avec une franchise, une largeur de vues, une générosité d’esprit et une sympathie humaine, universelle, qui doivent provoquer l’admiration de tout ami de l’humanité, et ils ont refusé de transiger sur leurs idéals ou d’abandonner les autres pour se mettre eux-mêmes en sûreté. Ils s’adressent à nous, nous demandant ce que nous désirons et si, sur quelques points, notre but et notre esprit diffèrent des leurs ; et je crois que le peuple des États-Unis désirerait que je leur répondisse avec la plus grande simplicité et la plus grande franchise.

Que leurs chefs présents le croient ou non, c’est notre désir et notre espoir les plus chers, que quelque moyen soit trouvé qui nous donna le privilège d’aider le peuple de Russie à réaliser son espoir suprême de liberté et de paix dans l’ordre.

La procédure de paix, quand elle aura commencé, devra être absolument ouverte et ne devra par conséquent inclure et permettre d’accords secrets d’aucune sorte. Le temps des conquêtes et des agrandissements est passé, de même également le temps des conventions secrètes conclues dans l’intérêt de gouvernements particuliers et susceptibles de détruire à quelque moment inattendu la paix du monde.

C’est ce fait heureux, maintenant clair aux yeux de tout homme public dont les pensées ne sont pas attardées dans un âge qui est révolu, qui rend possible à toute nation dont les buts sont conformes à la justice et la paix du monde, de proclamer maintenant ou en tout autre temps les objets qu’elle a en vue.

Les conditions de la paix mondiale

Nous sommes entrés dans cette guerre parce que des violations du droit nous touchaient au vif et rendaient la vie de notre peuple impossible, à moins qu’elles ne fussent réparées et que le monde ne fût une fois pour toutes assuré contre leur retour.

Ce que nous demandons dans cette guerre, par suite, ce n’est rien de particulier pour nous-mêmes, c’est que le monde soit rendu sûr et qu’il soit possible d’y vivre, et en particulier qu’il soit rendu sûr pour toute nation aimant la paix qui, comme la nôtre, désire vivre sa propre vie, déterminer ses propres institutions, être assurée de la justice et des agissements loyaux des autres peuples du monde vis-à-vis de la force et des agressions égoïstes. Tous les peuples du monde sont en effet solidaires dans cet intérêt, et en ce qui nous concerne, nous voyons très clairement qu’à moins que justice ne soit faite aux autres, elle ne nous sera pas faite à nous.

Le programme de la paix mondiale est, en conséquence, notre programme, et ce programme, le seul programme possible selon nous, est celui-ci :

1° Des conventions de paix ouvertes, ouvertement conclues et après lesquelles il n’y aura pas d’accords internationaux privés d’aucune sorte ; mais la diplomatie agira toujours franchement et en vue de tous ;

2° Liberté absolue de la navigation sur les mers, en dehors des eaux territoriales, aussi bien en temps de paix qu’en temps de guerre, sauf pour les mers qui pourraient être fermées en totalité ou en partie par une action internationale en vue de l’exécution d’accords internationaux ;

3° Suppression en tant qu’il sera possible de toutes les barrières économiques et établissement de conditions commerciales égales entre toutes les nations consentant à la paix et s’associant pour la maintenir ;

4° Garanties convenables données et prises que les armements nationaux seront réduits au dernier point compatible avec la sécurité du pays ;

5° Un libre arrangement d’un esprit large et absolument impartial de toutes les revendications coloniales, basé sur l’observation stricto du principe qu’en fixant toutes les questions de souveraineté, des intérêts des populations intéressées devront avoir un poids égal à celui des demandes équitables du gouvernement dont la base doit être déterminée ;

6° Évacuation de tous les territoires russes et règlement de toutes les questions concernant la Russie qui assurera la meilleure et la plus libre coopération des autres nations pour donner à la Russie une occasion de déterminer, sans être entravée ni embarrassée, l’indépendance de son propre développement politique et de sa politique nationale ; pour lui assurer un sincère accueil dans la Société des nations libres sous des institutions de son propre choix et plus qu’un accueil, toute aide dont elle aurait besoin et qu’elle désirerait. Le traitement accordé à la Russie par ses nations sœurs, pendant les mois à venir, sera la pierre de touche de leur ferme volonté ou de leur compréhension de ses besoins, abstraction faite de leurs propres intérêts et de leur intelligente et désintéressée sympathie ;

7° Belgique. Le monde entier sera d’accord qu’elle doit être évacuée et restaurée sans aucune tentative de limiter la souveraineté dont elle jouit de concert avec les autres nations libres. Aucun autre acte ne servira autant que celui-ci à rétablir la confiance parmi les nations dans les lois qu’elles ont établies et fixées elles-mêmes pour régir leurs relations entre elles. Sans cet acte salutaire toute la structure et la validité de toutes les lois internationales seront à jamais affaiblies ;

8° Tout le territoire français devra être libéré et las régions envahies devront être restaurées ; le tort, fait à la France par la Prusse en 1871 en ce qui concerne l’Alsace-Lorraine, qui a troublé la paix du monde pendant près de cinquante ans, devra être réparé afin que la paix puisse une fois de plus être assurée dans l’intérêt de tous ;

9° Le réajustement des frontières de l’Italie devra être effectué suivant les bases des nationalités clairement reconnaissables ;

10° Aux peuples de l’Autriche-Hongrie dont nous désirons voir la place sauvegardée et assurée parmi les nations, on devra donner le plus largement l’occasion d’un développement -autonome ;

11° La Roumanie, la. Serbie et le Montenegro devront être évacués, et les territoires occupés devront être restitués ; à la -Serbie, on devra accorder un libre et sûr accès à la mer, et les relations entre les divers États balkaniques devront être fixées d’entente amicale sur les conseils des .puissances et d’après les bases de nationalités et de suzeraineté établies historiquement. On fournira à ces États balkaniques des garanties d’indépendance politique et économique et d’intégrité de leurs territoires ;

12° Une souveraineté sûre sera assurée par les parties turques de l’empire ottoman actuel, mais les autres nationalités qui se trouvent en ce moment sous la domination turque devront être assurées d’une sécurité indubitable d’existence et d’une occasion exemple d’obstacles de se développer d’une façon autonome, et les Dardanelles devront être ouvertes d’une façon permanente en constituant un passage libre pour les navires et le commerce de toutes les nations suivant des garanties internationales ;

13° Un État polonais indépendant devra être établi, II devra comprendre les territoires habités par des populations incontestablement polonaises auxquelles on devra assurer un libre et sûr accès à la mer et dont l’indépendance politique et économique ainsi que l’intégrité territoriale devront être garanties par un accord international ;

14° Une Association générale des nations devra, être formée d’après des conventions spéciales dans le but de fournir des garanties mutuelles d’indépendance politique et d’intégrité territoriale aux grands comme aux petits États.

La justice pour tous les peuples

Au sujet de ces réparations essentielles, du tort causé et des revendications de justice, nous nous sentons intimement liés à tous les gouvernements et à tous les peuples associés pour combattre les impérialistes. Nous ne saurions être séparés dans la question des intérêts ni divisés quant au but à atteindre. Nous resterons étroitement unis jusqu’à la fin. Pour arriver à de tels arrangements et à de telles conventions, nous sommes disposés à combattre et à continuer de combattre jusqu’à ce qu’ils soient réalisés ; mais seulement parée que nous souhaitons voir le droit triompher et parce que nous désirons une paix stable et juste qui ne peut être assurée qu’après l’élimination des principaux motifs de guerre que ce programme fera disparaître. Nous ne sommes nullement jaloux de la grandeur de l’Allemagne et il n’y a rien dans ce programme qui puisse l’affaiblir.

Nous ne la jalousons ni pour ses œuvres, ni pour sa haute science, ni pour les entreprises pacifiques telles que celles qui lui avaient assuré une situation très brillante et très enviable. Nous ne désirons pas lui nuire ou contrecarrer, d’une façon quelconque, son influence ou sa puissance légitime. Nous ne désirons pas la combattre par les armes ou par des arrangements commerciaux hostiles si elle est désireuse de s’associer avec nous ou avec les autres nations du monde aimant la paix dans des conventions justes, conformes aux lois et loyales. Ce que nous désirons d’elle, c’est seulement qu’elle accepte une place égale à celle des autres, parmi les peuples — du monde du monde nouveau dans lequel nous vivons maintenant — au lieu d’une place dominante.

Nous n’avons pas non plus l’intention de lui suggérer aucun changement ou aucune modification de ses institutions. Mais il est nécessaire, nous devons le dire franchement, et nécessaire comme prélude à toute relation intelligente avec elle de notre part, que nous sachions au nom de qui parlent leurs porte-parole quand ils s’adressent à nous, si c’est au nom de la majorité du Reichstag ou en celui du parti militaire et des hommes dont le credo est la domination impériale.

Nous avons parlé maintenant, avec soin, en termes trop concrets pour admettre aucun doute ou aucune question ultérieurs.

Un principe évident apparaît à travers tout le programme que j’ai esquissé. C’est le principe de justice pour tous les peuples et nationalités, et leur droit de vivre sur un pied d’égalité dans des conditions de liberté et de sécurité les uns avec les autres, qu’ils soient forts ou faibles. Si elle n’a pas pour base ce principe, aucune partie de l’armature de la justice internationale ne peut exister.

Le peuple des États-Unis ne pourrait agir en vertu d’aucun autre principe, et pour la défense de ce principe, il est prêt à consacrer sa vie, son honneur et tout ce qu’il possède. L’épreuve morale décisive de cette guerre suprême et finale pour la liberté humaine est venue et le peuple des États-Unis est prêt à mettre son intégrité et son dévouement à l’épreuve.

Woodrow Wilson, le 8 janvier 1918, au Congrès américain, à Washington.

Source : Traduction de l'agence Havas diffusée par le journal "Le Temps" du  11 janvier 1918.
via Source : gallica.BnF.fr
cité par : langlois.blog.lemonde.fr

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180108-discours-wilson-quatorze-points.html


 

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5 novembre 2017 7 05 /11 /novembre /2017 01:05

« Si Bill Clinton avait été le Titanic, l’iceberg aurait coulé. » (Blague américaine citée par "Le Monde" du 20 décembre 1998).


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Entre lui et elle, il n’y a pas photo. Lui est charismatique, séducteur, chaleureux, convivial et même introspectif (son côté baptiste). Elle est renfermée, froide, glaciale, repoussante et secrète. Ils ont tous les deux de l’intelligence à revendre, et de l’ambition. Lui était considéré comme un plouc venu du fin fond du pays. Elle était la représentante de l’etablishment la plus caricaturale de la côte Est. Lui a réussi à battre un Président sortant imbattable après trois mandats républicains qui ont redonné fierté aux Américains. Elle, c’était elle qui était imbattable, face à un candidat improbable, vulgaire, grossier, milliardaire, brutal, péremptoire, simpliste, incompétent, gaffeur, machiste, etc.

Lui, Bill Clinton, a été élu quarante-deuxième Président des États-Unis il y a juste vingt-cinq ans, le 3 novembre 1992. Ce fut une grande surprise. Quasiment inconnu, gouverneur d’un petit État, il a battu George HW Bush (père), Président sortant d’un pays sorti grandi (en termes de fierté nationale) par la guerre du Golfe contre Saddam Hussein. Elle, Hillary Clinton, a été battue par l’oligarque de l’immobilier fructueux Donald Trump l’an dernier (le 8 novembre 2016). Rejetée par les électeurs, elle le fut deux fois puisque Barack Obama avait déjà balayé sa candidature aux primaires démocrates de 2008.

Pourtant, avec l’élection d’une femme, Hillary Clinton aurait pu montrer peut-être la maturité politique d’un pays que la France n’a pas encore acquise (au contraire du Royaume-Uni, de l’Allemagne, d’Israël, de l’Inde, du Pakistan, du Brésil, du Chili, de l’Argentine, de la Pologne, des Philippines, de l'Islande, de l'Australie, de l'Ukraine, de l'Irlande, de l'Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie, de la Suisse, de la Finlande, de la Moldavie, etc.). Certes, une telle élection aurait aussi consacrée une nouvelle fois une certaine démocratie dynastique après les Kennedy, les Bush, mais cette perspective n’était pas pour déplaire au retraité Bill, avec suffisamment de modestie et d’autodérision pour s’imaginer en …Première Dame ! Lors des dernières semaines de son dernier mandat, il avait d’ailleurs publié un clip vidéo où il montrait qu’il s’ennuyait, qu’il ne savait plus quoi faire, faire la lessive, etc., lui, le Président des États-Unis qui serait le maître du monde.

C’est cette sincérité couplée avec un certain cynisme qui ont façonné Bill Clinton dès son jeune âge. Une sorte de volonté de se brider, d’être honnête tout en pratiquant le cynisme le plus odieux, tout en maniant avec dextérité l’art de ne pas avoir d’opinion, l’art de ne pas savoir quoi décider, l’art de ménager la chèvre et le chou (il n’est pas le seul dans ce cas et l’on pourrait aussi y ranger François Hollande voire Emmanuel Macron, mais ce dernier, peut-être pas à sa propre initiative, s’est retrouvé en situation de grand clivage).

Bill Clinton a maintenant 71 ans, né le 19 août 1946 dans l’Arkansas. Il est devenu rapidement ambitieux. Bon élève, il rencontra même le Président John Kennedy à la Maison-Blanche le 24 juillet 1963 car sélectionné parmi les meilleurs élèves. Après des études de politique internationale à l’Université de Georgetown, il continua son cursus à l’Université d’Oxford en Grande-Bretagne (l’un des rares Présidents américains à avoir séjourné en Europe et à la connaître), puis enfin, des études de droit à la prestigieuse Université Yale où il rencontra Hillary Rodham, elle aussi très ambitieuse, qui est devenue avocate (comme plus tard Michelle Obama).

Dès l’âge de 23 ans, Bill Clinton avait déjà une conscience aiguë des responsabilités en politique, en commentant ainsi le scandale de Chappaquiddick touchant le jeune sénateur Ted Kennedy le 18 juillet 1969 : « La politique donne aux gens un tel pouvoir et un si grand ego qu’ils ont tendance à mal se comporter à l’égard des femmes. J’espère que je n’en arriverai jamais là. » (Cité par Jan Krauze dans "Le Monde" du 20 décembre 1998). Cocasse lorsqu’on connaît la suite de l’histoire.

Après un échec électoral pour être représentant, le jeune professeur de droit de l’Université d’Arkansas fut élu le 2 novembre 1976 procureur général de l’Arkansas, tremplin pour se faire élire le 7 novembre 1978 gouverneur de l’Arkansas à l’âge de 32 ans. Il fut alors le plus jeune gouverneur des États-Unis. Réélu plusieurs fois, il fut gouverneur de cet État du 9 janvier 1979 au 19 janvier 1981 et du 11 janvier 1983 au 12 décembre 1992 (il fut battu par le républicain Franck D. White le 4 novembre 1980 à cause de mesures impopulaires comme la mise en place d’une vignette automobile). En 1978, il fut reçu à la Maison-Blanche par la "grande porte", en tant que gouverneur démocrate, par le Président Jimmy Carter.

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Ses mandats de gouverneur, et aussi son échec en 1982, ont été très formateurs pour Bill Clinton dans son apprentissage de la vie politique américaine. Il a savamment construit son réseau personnel dès cette époque dans la perspective d’une candidature. Savoir séduire les principaux acteurs et notables qui faisaient l’opinion ou qui finançaient la campagne. Et évidemment, il a appris à se faire apprécier du peuple. L’élection présidentielle de 1992 fut alors une occasion en or pour lui. Il était encore jeune (45 ans), mais déjà suffisamment âgé pour montrer de l’expérience dans la gestion des choses publiques et rassurer.

Les événements au Moyen-Orient, la Guerre du Golfe consécutive à l’invasion du Koweït par Saddam Hussein, ont apporté une grande popularité au Président républicain sortant Georges HW Bush (père) dont la réélection laissait peu de doute, si bien qu’aucun grand leader du Parti démocrate ne voulait se frotter à un échec assuré, notamment des anciens candidats aux primaires démocrates de 1988, comme les sénateurs Al Gore et Lloyd Bentsen, ou encore le populaire gouverneur de New York Mario Cuomo, le sénateur Bill Bradley, etc. Bill Clinton s’est trouvé en compétition avec l’ancien gouverneur de Californie Jerry Brown et l’ancien sénateur Paul Tsongas.

Positionné au centre (aile droite du Parti démocrate) et quasiment inconnu de l’opinion publique, Bill Clinton n’avait prononcé qu’un seul discours d’envergure nationale, lors de la convention démocrate des primaires démocrates précédentes, en 1988, lors de la désignation du candidat Michael Dukakis. Le début des primaires fut difficile pour Bill Clinton, battu dans les premiers États et rapidement fustigé par certains journalistes pour une aventure extraconjugale, écart de conduite personnel qui fut fatal au favori des primaires démocrates de 1988, Gary Hart. Accompagné publiquement de son épouse Hillary pendant sa campagne, Bill Clinton a remporté le Super Tuesday et finalement les primaires elles-mêmes, désigné à la convention démocrate de New York, du 13 au 16 juillet 1992, par 3 372 délégués sur 4 276 au total. Al Gore, sensiblement du même profil que lui (jeune, centriste, sudiste), fut son colistier.

Du côté républicain, sans surprise, la convention républicaine de Houston, du 17 au 20 août 1992, à laquelle participa l’ancien Président Ronald Reagan, désigna George HW Bush (père) candidat et Dan Quayle (Vice-Président sortant) colistier.

Bien que favori, George HW Bush fut handicapé par la candidature du millionnaire indépendant Ross Perot qui cassa la bipolarité du paysage politique américain en imposant un troisième pôle proche des idées conservatrices. Bill Clinton profita de cette situation et fut élu le 3 novembre 1992 Président des États-Unis en remportant 370 grands électeurs et 44,9 millions de voix (seulement 43,0%) face à George HW Bush seulement 168 grands électeurs et 39,1 millions de voix (37,5%) et à Ross Perot 19,7 millions de voix (18,9%) sans remporter de grand électeur.

Bon candidat, Bill Clinton a débuté Président de manière un peu plus laborieuse. Sa jeunesse, son charisme et aussi sa faible notoriété avant les primaires le faisaient comparer à deux figures de Présidents démocrates très différentes : le légendaire John Kennedy d’une part, et l’impopulaire Jimmy Carter d’autre part. Il ne fut ni l’un, ni l’autre.

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Dans la première moitié de son premier mandat, il a eu un grand pouvoir puisque les deux chambres du Congrès étaient également à majorité démocrate. Mais le projet de sécurité sociale pour tous, préparée par son épouse Hillary, inquiéta même les parlementaires démocrates et les deux chambres ont changé de majorité lors des élections à mi-mandat du 8 novembre 1994. L’exemple le plus frappant fut l’élection comme Président de la Chambre des représentants de Newt Gingrich, d’une "droite musclée", principale figure d’opposition (et susceptible d’être le candidat républicain en 1996), et Bob Dole redevint le leader de la majorité républicaine au Sénat (mais pas son Président qui est le rôle du Vice-Président des États-Unis).

Malgré son échec électoral du 8 novembre 1994, Bill Clinton fut largement réélu le 5 novembre 1996 avec 47,4 millions de voix (49,2%) et 379 grands électeurs face à Bob Dole 39,2 millions de voix (40,7%) et 159 grands électeurs. Ross Perot continuait à jouer les trouble-fête contre les républicains en rassemblant 8,1 millions de voix (8,4%). Bill Clinton termina son second mandat le 20 janvier 2001. Ce fut la première fois depuis Franklin Delano Roosevelt, Président entre 1933 et 1945, qu’un Président démocrate ait pu exercer deux mandats successifs. Barack Obama a fait de même entre 2009 et 2017.

La politique extérieure de Bill Clinton fut très interventionniste, avec la poursuite de l’intervention en Somalie. Ce fut surtout la guerre en ex-Yougoslavie qui marqua ses deux mandats. Dès le 14 juin 1995, à peine élu, le Président français Jacques Chirac rencontra Bill Clinton à la Maison-Blanche et lui demanda de s’impliquer dans la guerre en Bosnie (beaucoup de prises d’otages parmi les Casques bleus de l’ONU).

Ce sujet n’était pas initialement au programme, mais Jacques Chirac n’en avait que faire et s’éclipsa seul avec Bill Clinton pendant une heure, laissant poireauter leurs autres interlocuteurs, notamment le Vice-Président des États-Unis Al Gore, la plupart des ministres américains, les ministres français Alain Madelin et Hervé de Charette, et aussi le Président de la Commission Européenne Jacques Santer (Jacques Chirac était venu aux États-Unis en tant que Président en exercice du Conseil Européen pour un Sommet Europe/États-Unis qui ne dura finalement qu’une vingtaine de minutes !).

Convaincu, le Président américain décida de réagir contre la Serbie et sa volonté de "nettoyage ethnique", mais devait convaincre le Congrès (devenu républicain) pour voter le financement d’une intervention américaine. L’un des arguments de Jacques Chirac fut de dire que négliger la situation bosniaque lui serait reproché pour sa campagne de réélection (alors que durant le premier mandat, il ne faisait aucun geste sans penser à sa réélection). Jacques Chirac a rencontré aussi Newt Gingrich et Bob Dole pour les convaincre de ne pas faire d’obstruction au Congrès.

L’implication de Bill Clinton dans les affaires yougoslaves a abouti aux accords de Dayton signés le 14 décembre 1995 par le Président serbe Slobodan Milosevic, le Président croate Franjo Tudjman et le Président bosniaque Alija Izetbegovic pour mettre fin à la guerre civile en Bosnie (l’initiative fut menée par Richard Holbrooke).

Un autre succès diplomatique essentiel a marqué la Présidence Clinton, ce furent les accords d’Oslo signés le 13 septembre 1993 à Washington par Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Shimon Pérès, ce qui valut aux trois protagonistes le Prix Nobel de la Paix 1993. Le processus de paix s’est toutefois enlisé à partir de 1996.

Sur le plan intérieur, au-delà d’un retour à la croissance économique durant les années 1990 (création de 22 millions d’emplois, taux de chômage le plus bas depuis trois décennies, etc.), la Présidence de Bill Clinton fut aussi "entachée" d’un scandale sexuel très surréaliste avec une procédure de destitution ("impeachment"). Le problème provenait d‘ailleurs plus du mensonge présidentiel que des faits reprochés.

Le 17 janvier 1998, Bill Clinton avait en effet nié sous serment avoir eu des relations sexuelles avec sa jeune stagiaire Monica (à l’époque de 22 ans), et l’a répété le 17 août 1998 : « I did not have sexual relations with that woman, Miss Lewinsky. ». Une procédure d’impeachment a donc été initiée : la Chambre des représentants a voté la destitution avec une courte majorité (républicaine) le 19 décembre 1998, mais les sénateurs, chargés de le juger, renoncèrent finalement à le destituer et l’acquittèrent le 12 février 1999. Les États-Unis furent la risée du monde pendant quelques mois.

Dans cette tourmente sexuelle, Bill Clinton a pu compter sur le fidèle soutien de son épouse Hillary qui est toujours restée à ses côtés, alors qu’elle avait le "mauvais rôle", probablement par amour et aussi parce qu’elle songeait à son propre avenir politique (elle avait politisé la polémique en disant que c’était une attaque de la "droite" américaine contre leurs projets sociaux). À l’étranger, il fut également soutenu très fidèlement par le Président français Jacques Chirac qui est devenu ainsi un ami très cher.

J’ai eu la coïncidence de me trouver pour des raisons professionnelles aux États-Unis en janvier 1998 et j’ai pu me rendre compte que les médias ne faisaient que parler à en être saturé de cette affaire (dérisoire au regard des drames du monde). Beaucoup de talk shows avec des "spécialistes avisés" dissertaient sur leur définition d’une "relation sexuelle" (aux heures d’écoute du grand public, y compris des enfants !). Comme j’étais sur la côte Est, majoritairement démocrate et favorable à Bill Clinton, on me disait parfois : « Vous, les Français, vous avez de la chance, ce n’est pas chez vous qu’on destituera votre Président pour une telle raison… ». J’opinais du chef, sans me douter que treize ans plus, le favori de la prochaine élection présidentielle Dominique Stauss-Kahn allait tomber précisément sur ce sujet de prédation sexuelle (certes, aux États-Unis aussi !).

On peut d’ailleurs rajouter que les Israéliens ont connu, eux aussi, un scandale encore pire puisque leur Président Moshe Katsav, élu le 31 juillet 2000, fut poussé à la démission le 1er juillet 2007 (à un mois de la fin de son mandat) avant d’être condamné à sept ans de prison ferme pour viol le 22 mars 2011, peine confirmée en appel le 10 novembre 2011 (il est sorti de prison le 21 décembre 2016).

Pour conclure sur la Présidence de Bill Clinton, je reviens sur deux traits de personnalité décrits par le correspondant du journal "Le Monde" à Washington.

Jan Krauze a en effet expliqué la mécanique de séduction chez Bill Clinton, le 20 décembre 1998 dans "Le Monde" : « Le plus apparent, le plus évident chez Bill Clinton, cela a toujours été le charme, la séduction, et plus encore l’aisance. Ce n’est pas le charme un peu désuet et attendrissant d’un Reagan, qui plongeait ses racines dans une autre Amérique. Le sien est plus fabriqué peut-être, mais incontestable. Même dans les moments scabreux, même quand un procureur le pousse dans ses retranchements sous l’œil froid d’une caméra vidéo, il parvient, par moments du moins, et alors même que son mensonge est patent, à emporter la sympathie, à risquer un sourire, un clin d’œil au public. Ce don, apparemment, ne lui a jamais fait défaut. (…) Président, il restera "décontracté" jusqu’à l’excès, persuadé qu’il peut se permettre à peu près n’importe quoi, par exemple, parler en public de ses préférences en matière de sous-vêtements. ».

Le journaliste a aussi insisté sur l’absence de visions solides de Bill Clinton : « Faute de convictions très établies, "Nous donnons chaque jour les deux opinions contradictoires de Clinton" disait plaisamment un responsable de CNN pour vanter l’objectivité de sa chaîne, il a toujours cru, au moins, à la force des mots. Beau parleur, et grand bavard, il n’a pas son pareil pour enrober ses hésitations de jolie manière, quitte à produire des phrases qui, examinées de près, ne veulent plus dire grand-chose. Mais le sourire et la chaleur d’une voix doucement éraillée aident à faire passer le message, aussi flou qu’il soit. (…) Jusqu’au moment où Bill Clinton, acculé, a commencé à forcer son talent. C’est-à-dire, non seulement à fuir aussi longtemps que possible les réponses précises (…), mais à jouer sur les mots avec l’intention délibérée d’induire en erreur, non seulement le public, mais ses propres collaborateurs. » ("Le Monde" du 20 décembre 1998).

C’est là sans doute la grande différence au sein du couple Clinton. Là où Bill pouvait se rendre sympathique malgré toutes les fautes commises, Hillary, elle, même si elle n’avait rien fait de mal, suscitait une forte dose d’antipathie, ce qui lui a été fatal le 8 novembre 2016. Cette qualité qu’il n’a jamais partagée avec son épouse a un nom : le charisme, à savoir, l’ascendant qu’il est capable d’exercer sur les autres et dont elle est incapable d’exercer.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 novembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Le pouvoir insolent", article de Jan Krauze dans "Le Monde" du 20 décembre 1998.
Bill Clinton.
Zbigniew Brzezinski.
JFK, avant tout pragmatique et visionnaire.
La nouvelle frontière de John F. Kennedy.
Ted Kennedy.
Incompréhensions américaines.
La dernière navette spatiale (avril 2011).
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
George MacGovern.
Mario Cuomo.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171103-bill-clinton.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/11/05/35838732.html


 

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 02:13

« Si Bill Clinton avait été le Titanic, l’iceberg aurait coulé. » (Blague américaine citée par "Le Monde" du 20 décembre 1998).


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Entre lui et elle, il n’y a pas photo. Lui est charismatique, séducteur, chaleureux, convivial et même introspectif (son côté baptiste). Elle est renfermée, froide, glaciale, repoussante et secrète. Ils ont tous les deux de l’intelligence à revendre, et de l’ambition. Lui était considéré comme un plouc venu du fin fond du pays. Elle était la représentante de l’etablishment la plus caricaturale de la côte Est. Lui a réussi à battre un Président sortant imbattable après trois mandats républicains qui ont redonné fierté aux Américains. Elle, c’était elle qui était imbattable, face à un candidat improbable, vulgaire, grossier, milliardaire, brutal, péremptoire, simpliste, incompétent, gaffeur, machiste, etc.

Lui, Bill Clinton, a été élu quarante-deuxième Président des États-Unis il y a juste vingt-cinq ans, le 3 novembre 1992. Ce fut une grande surprise. Quasiment inconnu, gouverneur d’un petit État, il a battu George HW Bush (père), Président sortant d’un pays sorti grandi (en termes de fierté nationale) par la guerre du Golfe contre Saddam Hussein. Elle, Hillary Clinton, a été battue par l’oligarque de l’immobilier fructueux Donald Trump l’an dernier (le 8 novembre 2016). Rejetée par les électeurs, elle le fut deux fois puisque Barack Obama avait déjà balayé sa candidature aux primaires démocrates de 2008.

Pourtant, avec l’élection d’une femme, Hillary Clinton aurait pu montrer peut-être la maturité politique d’un pays que la France n’a pas encore acquise (au contraire du Royaume-Uni, de l’Allemagne, d’Israël, de l’Inde, du Pakistan, du Brésil, du Chili, de l’Argentine, de la Pologne, des Philippines, de l'Islande, de l'Australie, de l'Ukraine, de l'Irlande, de l'Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie, de la Suisse, de la Finlande, de la Moldavie, etc.). Certes, une telle élection aurait aussi consacrée une nouvelle fois une certaine démocratie dynastique après les Kennedy, les Bush, mais cette perspective n’était pas pour déplaire au retraité Bill, avec suffisamment de modestie et d’autodérision pour s’imaginer en …Première Dame ! Lors des dernières semaines de son dernier mandat, il avait d’ailleurs publié un clip vidéo où il montrait qu’il s’ennuyait, qu’il ne savait plus quoi faire, faire la lessive, etc., lui, le Président des États-Unis qui serait le maître du monde.

C’est cette sincérité couplée avec un certain cynisme qui ont façonné Bill Clinton dès son jeune âge. Une sorte de volonté de se brider, d’être honnête tout en pratiquant le cynisme le plus odieux, tout en maniant avec dextérité l’art de ne pas avoir d’opinion, l’art de ne pas savoir quoi décider, l’art de ménager la chèvre et le chou (il n’est pas le seul dans ce cas et l’on pourrait aussi y ranger François Hollande voire Emmanuel Macron, mais ce dernier, peut-être pas à sa propre initiative, s’est retrouvé en situation de grand clivage).

Bill Clinton a maintenant 71 ans, né le 19 août 1946 dans l’Arkansas. Il est devenu rapidement ambitieux. Bon élève, il rencontra même le Président John Kennedy à la Maison-Blanche le 24 juillet 1963 car sélectionné parmi les meilleurs élèves. Après des études de politique internationale à l’Université de Georgetown, il continua son cursus à l’Université d’Oxford en Grande-Bretagne (l’un des rares Présidents américains à avoir séjourné en Europe et à la connaître), puis enfin, des études de droit à la prestigieuse Université Yale où il rencontra Hillary Rodham, elle aussi très ambitieuse, qui est devenue avocate (comme plus tard Michelle Obama).

Dès l’âge de 23 ans, Bill Clinton avait déjà une conscience aiguë des responsabilités en politique, en commentant ainsi le scandale de Chappaquiddick touchant le jeune sénateur Ted Kennedy le 18 juillet 1969 : « La politique donne aux gens un tel pouvoir et un si grand ego qu’ils ont tendance à mal se comporter à l’égard des femmes. J’espère que je n’en arriverai jamais là. » (Cité par Jan Krauze dans "Le Monde" du 20 décembre 1998). Cocasse lorsqu’on connaît la suite de l’histoire.

Après un échec électoral pour être représentant, le jeune professeur de droit de l’Université d’Arkansas fut élu le 2 novembre 1976 procureur général de l’Arkansas, tremplin pour se faire élire le 7 novembre 1978 gouverneur de l’Arkansas à l’âge de 32 ans. Il fut alors le plus jeune gouverneur des États-Unis. Réélu plusieurs fois, il fut gouverneur de cet État du 9 janvier 1979 au 19 janvier 1981 et du 11 janvier 1983 au 12 décembre 1992 (il fut battu par le républicain Franck D. White le 4 novembre 1980 à cause de mesures impopulaires comme la mise en place d’une vignette automobile). En 1978, il fut reçu à la Maison-Blanche par la "grande porte", en tant que gouverneur démocrate, par le Président Jimmy Carter.

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Ses mandats de gouverneur, et aussi son échec en 1982, ont été très formateurs pour Bill Clinton dans son apprentissage de la vie politique américaine. Il a savamment construit son réseau personnel dès cette époque dans la perspective d’une candidature. Savoir séduire les principaux acteurs et notables qui faisaient l’opinion ou qui finançaient la campagne. Et évidemment, il a appris à se faire apprécier du peuple. L’élection présidentielle de 1992 fut alors une occasion en or pour lui. Il était encore jeune (45 ans), mais déjà suffisamment âgé pour montrer de l’expérience dans la gestion des choses publiques et rassurer.

Les événements au Moyen-Orient, la Guerre du Golfe consécutive à l’invasion du Koweït par Saddam Hussein, ont apporté une grande popularité au Président républicain sortant Georges HW Bush (père) dont la réélection laissait peu de doute, si bien qu’aucun grand leader du Parti démocrate ne voulait se frotter à un échec assuré, notamment des anciens candidats aux primaires démocrates de 1988, comme les sénateurs Al Gore et Lloyd Bentsen, ou encore le populaire gouverneur de New York Mario Cuomo, le sénateur Bill Bradley, etc. Bill Clinton s’est trouvé en compétition avec l’ancien gouverneur de Californie Jerry Brown et l’ancien sénateur Paul Tsongas.

Positionné au centre (aile droite du Parti démocrate) et quasiment inconnu de l’opinion publique, Bill Clinton n’avait prononcé qu’un seul discours d’envergure nationale, lors de la convention démocrate des primaires démocrates précédentes, en 1988, lors de la désignation du candidat Michael Dukakis. Le début des primaires fut difficile pour Bill Clinton, battu dans les premiers États et rapidement fustigé par certains journalistes pour une aventure extraconjugale, écart de conduite personnel qui fut fatal au favori des primaires démocrates de 1988, Gary Hart. Accompagné publiquement de son épouse Hillary pendant sa campagne, Bill Clinton a remporté le Super Tuesday et finalement les primaires elles-mêmes, désigné à la convention démocrate de New York, du 13 au 16 juillet 1992, par 3 372 délégués sur 4 276 au total. Al Gore, sensiblement du même profil que lui (jeune, centriste, sudiste), fut son colistier.

Du côté républicain, sans surprise, la convention républicaine de Houston, du 17 au 20 août 1992, à laquelle participa l’ancien Président Ronald Reagan, désigna George HW Bush (père) candidat et Dan Quayle (Vice-Président sortant) colistier.

Bien que favori, George HW Bush fut handicapé par la candidature du millionnaire indépendant Ross Perot qui cassa la bipolarité du paysage politique américain en imposant un troisième pôle proche des idées conservatrices. Bill Clinton profita de cette situation et fut élu le 3 novembre 1992 Président des États-Unis en remportant 370 grands électeurs et 44,9 millions de voix (seulement 43,0%) face à George HW Bush seulement 168 grands électeurs et 39,1 millions de voix (37,5%) et à Ross Perot 19,7 millions de voix (18,9%) sans remporter de grand électeur.

Bon candidat, Bill Clinton a débuté Président de manière un peu plus laborieuse. Sa jeunesse, son charisme et aussi sa faible notoriété avant les primaires le faisaient comparer à deux figures de Présidents démocrates très différentes : le légendaire John Kennedy d’une part, et l’impopulaire Jimmy Carter d’autre part. Il ne fut ni l’un, ni l’autre.

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Dans la première moitié de son premier mandat, il a eu un grand pouvoir puisque les deux chambres du Congrès étaient également à majorité démocrate. Mais le projet de sécurité sociale pour tous, préparée par son épouse Hillary, inquiéta même les parlementaires démocrates et les deux chambres ont changé de majorité lors des élections à mi-mandat du 8 novembre 1994. L’exemple le plus frappant fut l’élection comme Président de la Chambre des représentants de Newt Gingrich, d’une "droite musclée", principale figure d’opposition (et susceptible d’être le candidat républicain en 1996), et Bob Dole redevint le leader de la majorité républicaine au Sénat (mais pas son Président qui est le rôle du Vice-Président des États-Unis).

Malgré son échec électoral du 8 novembre 1994, Bill Clinton fut largement réélu le 5 novembre 1996 avec 47,4 millions de voix (49,2%) et 379 grands électeurs face à Bob Dole 39,2 millions de voix (40,7%) et 159 grands électeurs. Ross Perot continuait à jouer les trouble-fête contre les républicains en rassemblant 8,1 millions de voix (8,4%). Bill Clinton termina son second mandat le 20 janvier 2001. Ce fut la première fois depuis Franklin Delano Roosevelt, Président entre 1933 et 1945, qu’un Président démocrate ait pu exercer deux mandats successifs. Barack Obama a fait de même entre 2009 et 2017.

La politique extérieure de Bill Clinton fut très interventionniste, avec la poursuite de l’intervention en Somalie. Ce fut surtout la guerre en ex-Yougoslavie qui marqua ses deux mandats. Dès le 14 juin 1995, à peine élu, le Président français Jacques Chirac rencontra Bill Clinton à la Maison-Blanche et lui demanda de s’impliquer dans la guerre en Bosnie (beaucoup de prises d’otages parmi les Casques bleus de l’ONU).

Ce sujet n’était pas initialement au programme, mais Jacques Chirac n’en avait que faire et s’éclipsa seul avec Bill Clinton pendant une heure, laissant poireauter leurs autres interlocuteurs, notamment le Vice-Président des États-Unis Al Gore, la plupart des ministres américains, les ministres français Alain Madelin et Hervé de Charette, et aussi le Président de la Commission Européenne Jacques Santer (Jacques Chirac était venu aux États-Unis en tant que Président en exercice du Conseil Européen pour un Sommet Europe/États-Unis qui ne dura finalement qu’une vingtaine de minutes !).

Convaincu, le Président américain décida de réagir contre la Serbie et sa volonté de "nettoyage ethnique", mais devait convaincre le Congrès (devenu républicain) pour voter le financement d’une intervention américaine. L’un des arguments de Jacques Chirac fut de dire que négliger la situation bosniaque lui serait reproché pour sa campagne de réélection (alors que durant le premier mandat, il ne faisait aucun geste sans penser à sa réélection). Jacques Chirac a rencontré aussi Newt Gingrich et Bob Dole pour les convaincre de ne pas faire d’obstruction au Congrès.

L’implication de Bill Clinton dans les affaires yougoslaves a abouti aux accords de Dayton signés le 14 décembre 1995 par le Président serbe Slobodan Milosevic, le Président croate Franjo Tudjman et le Président bosniaque Alija Izetbegovic pour mettre fin à la guerre civile en Bosnie (l’initiative fut menée par Richard Holbrooke).

Un autre succès diplomatique essentiel a marqué la Présidence Clinton, ce furent les accords d’Oslo signés le 13 septembre 1993 à Washington par Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Shimon Pérès, ce qui valut aux trois protagonistes le Prix Nobel de la Paix 1993. Le processus de paix s’est toutefois enlisé à partir de 1996.

Sur le plan intérieur, au-delà d’un retour à la croissance économique durant les années 1990 (création de 22 millions d’emplois, taux de chômage le plus bas depuis trois décennies, etc.), la Présidence de Bill Clinton fut aussi "entachée" d’un scandale sexuel très surréaliste avec une procédure de destitution ("impeachment"). Le problème provenait d‘ailleurs plus du mensonge présidentiel que des faits reprochés.

Le 17 janvier 1998, Bill Clinton avait en effet nié sous serment avoir eu des relations sexuelles avec sa jeune stagiaire Monica (à l’époque de 22 ans), et l’a répété le 17 août 1998 : « I did not have sexual relations with that woman, Miss Lewinsky. ». Une procédure d’impeachment a donc été initiée : la Chambre des représentants a voté la destitution avec une courte majorité (républicaine) le 19 décembre 1998, mais les sénateurs, chargés de le juger, renoncèrent finalement à le destituer et l’acquittèrent le 12 février 1999. Les États-Unis furent la risée du monde pendant quelques mois.

Dans cette tourmente sexuelle, Bill Clinton a pu compter sur le fidèle soutien de son épouse Hillary qui est toujours restée à ses côtés, alors qu’elle avait le "mauvais rôle", probablement par amour et aussi parce qu’elle songeait à son propre avenir politique (elle avait politisé la polémique en disant que c’était une attaque de la "droite" américaine contre leurs projets sociaux). À l’étranger, il fut également soutenu très fidèlement par le Président français Jacques Chirac qui est devenu ainsi un ami très cher.

J’ai eu la coïncidence de me trouver pour des raisons professionnelles aux États-Unis en janvier 1998 et j’ai pu me rendre compte que les médias ne faisaient que parler à en être saturé de cette affaire (dérisoire au regard des drames du monde). Beaucoup de talk shows avec des "spécialistes avisés" dissertaient sur leur définition d’une "relation sexuelle" (aux heures d’écoute du grand public, y compris des enfants !). Comme j’étais sur la côte Est, majoritairement démocrate et favorable à Bill Clinton, on me disait parfois : « Vous, les Français, vous avez de la chance, ce n’est pas chez vous qu’on destituera votre Président pour une telle raison… ». J’opinais du chef, sans me douter que treize ans plus, le favori de la prochaine élection présidentielle Dominique Stauss-Kahn allait tomber précisément sur ce sujet de prédation sexuelle (certes, aux États-Unis aussi !).

On peut d’ailleurs rajouter que les Israéliens ont connu, eux aussi, un scandale encore pire puisque leur Président Moshe Katsav, élu le 31 juillet 2000, fut poussé à la démission le 1er juillet 2007 (à un mois de la fin de son mandat) avant d’être condamné à sept ans de prison ferme pour viol le 22 mars 2011, peine confirmée en appel le 10 novembre 2011 (il est sorti de prison le 21 décembre 2016).

Pour conclure sur la Présidence de Bill Clinton, je reviens sur deux traits de personnalité décrits par le correspondant du journal "Le Monde" à Washington.

Jan Krauze a en effet expliqué la mécanique de séduction chez Bill Clinton, le 20 décembre 1998 dans "Le Monde" : « Le plus apparent, le plus évident chez Bill Clinton, cela a toujours été le charme, la séduction, et plus encore l’aisance. Ce n’est pas le charme un peu désuet et attendrissant d’un Reagan, qui plongeait ses racines dans une autre Amérique. Le sien est plus fabriqué peut-être, mais incontestable. Même dans les moments scabreux, même quand un procureur le pousse dans ses retranchements sous l’œil froid d’une caméra vidéo, il parvient, par moments du moins, et alors même que son mensonge est patent, à emporter la sympathie, à risquer un sourire, un clin d’œil au public. Ce don, apparemment, ne lui a jamais fait défaut. (…) Président, il restera "décontracté" jusqu’à l’excès, persuadé qu’il peut se permettre à peu près n’importe quoi, par exemple, parler en public de ses préférences en matière de sous-vêtements. ».

Le journaliste a aussi insisté sur l’absence de visions solides de Bill Clinton : « Faute de convictions très établies, "Nous donnons chaque jour les deux opinions contradictoires de Clinton" disait plaisamment un responsable de CNN pour vanter l’objectivité de sa chaîne, il a toujours cru, au moins, à la force des mots. Beau parleur, et grand bavard, il n’a pas son pareil pour enrober ses hésitations de jolie manière, quitte à produire des phrases qui, examinées de près, ne veulent plus dire grand-chose. Mais le sourire et la chaleur d’une voix doucement éraillée aident à faire passer le message, aussi flou qu’il soit. (…) Jusqu’au moment où Bill Clinton, acculé, a commencé à forcer son talent. C’est-à-dire, non seulement à fuir aussi longtemps que possible les réponses précises (…), mais à jouer sur les mots avec l’intention délibérée d’induire en erreur, non seulement le public, mais ses propres collaborateurs. » ("Le Monde" du 20 décembre 1998).

C’est là sans doute la grande différence au sein du couple Clinton. Là où Bill pouvait se rendre sympathique malgré toutes les fautes commises, Hillary, elle, même si elle n’avait rien fait de mal, suscitait une forte dose d’antipathie, ce qui lui a été fatal le 8 novembre 2016. Cette qualité qu’il n’a jamais partagée avec son épouse a un nom : le charisme, à savoir, l’ascendant qu’il est capable d’exercer sur les autres et dont elle est incapable d’exercer.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 novembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Le pouvoir insolent", article de Jan Krauze dans "Le Monde" du 20 décembre 1998.
Bill Clinton.
Zbigniew Brzezinski.
JFK, avant tout pragmatique et visionnaire.
La nouvelle frontière de John F. Kennedy.
Ted Kennedy.
Incompréhensions américaines.
La dernière navette spatiale (avril 2011).
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
George MacGovern.
Mario Cuomo.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161103-bill-clinton.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/bill-clinton-le-roi-du-charisme-198210

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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 05:28

« Il n’est pas possible pour les États-Unis de soutenir l’aspiration aux droits de l’Homme des travailleurs de Gdansk et, dans le même temps, de ne pas soutenir la volonté des paysans du Salvador d’acquérir des terres. » (BBC, février 1982).


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Celui qui s’est éteint ce vendredi 26 mai 2017 en Virginie (USA) à l’âge de 89 ans n’était pas un conseiller présidentiel ordinaire. Zbigniew Brzezinski, né le 28 mars 1928 à Varsovie et réfugié au Canada puis aux États-Unis, était motivé par un fort sentiment anticommuniste : « Durant ses quatre années avec Carter (…), freiner l’expansionnisme soviétique à n’importe quel prix a guidé l’essentiel de la politique étrangère américaine, pour le meilleur et pour le pire. » a résumé le "New York Times" dans sa biographie nécrologique.

Son origine pouvait l’expliquer, au même titre que l’atlantisme libéral d’Angela Merkel. Tadeusz, le père de Zbigniew Brzezinski, était un diplomate polonais en poste à Montréal et il a dû fuir son pays en 1939 après l’accord entre Hitler et Staline sur le partage de la Pologne. En 1955, Zbigniew a épousé Émilie-Anna, sculptrice, la petite-nièce de l’ancien Président de la République de Tchécoslovaquie Édouard Bénès (1884-1948) qui fut renversé par les communistes.

Après des études à Boston, Brzezinski a soutenu en 1953 (il avait 25 ans) à Harvard sa thèse de doctorat en science politique sur le totalitarisme soviétique. Très rapidement, il est devenu un expert reconnu, professeur à Harvard, à l’Université Johns-Hopkins de Baltimore et à l’Université de Columbia, poursuivant une brillante carrière universitaire de 1953 à 1989. Il était membre de nombreuses institutions prestigieuses dont l’Académie américaine des arts et des sciences et le Council on Foreign Relations (think tanks américain très influent dans le domaine diplomatique).

Spécialiste des relations internationales des États-Unis, Brzezkinski s’engagea très tôt au sein du Parti démocrate comme conseiller diplomatique du candidat démocrate Hubert Humphrey à l’élection présidentielle de 1968 (ce dernier était le Vice-Président de Lyndon B. Johnson).

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Au début des années 1970, ses réflexions l’ont encouragé à proposer, avec d’autres, la création de la (fameuse) "Commission Trilatérale" le 1er juillet 1973 à Tokyo, avec le concours d’autres personnalités comme Henry Kissinger et le milliardaire David Rockefeller, le président de la Chase Manhattan Bank, à la tête du groupe créé par son grand-père John D. Rockefeller, mort récemment, le 20 mars 2017 à l’âge de 101 ans. (David Rockefeller avait refusé notamment d’être nommé Secrétaire au Trésor par Jimmy Carter).

La Trilatérale se basait sur le constat que les États-Unis, à eux seuls, ne pouvaient plus dominer le monde et, face au communisme, devait s’allier avec les deux puissances industrielles en plein développement de l’époque, le Japon et l’Allemagne. Trois groupes furent donc créés en son sein, le groupe Amérique, le groupe Asie et le groupe Europe, afin de renforcer la cohésion des démocraties industrielles dans l’idée de « promouvoir un ordre international plus équitable » (à comprendre que cela se substituerait à la toute-puissance américaine).

En clair, c’était une sorte de think tank mondial, regroupant des centaines de personnalités éminentes de la nationalité des pays membres, qui avaient donc une influence intellectuelle et économique très élevée, mais à la condition de ne pas être aux responsabilités politiques dans un pays. Son but était de s’opposer à un communisme conquérant que les États-Unis ne seraient pas capables de combattre seuls idéologiquement. L’élection de Ronald Reagan à la Maison-Blanche au début des années 1980 a bouleversé le contexte politique de la Trilatérale dans la mesure où le courant néo-conservateur au pouvoir revenait sur une volonté de domination unilatérale des États-Unis, seuls donc dans le combat idéologique.

Si les membres de la Trilatérale souhaiteraient l’émergence d’un "gouvernement mondial", ils n’ont pas un pouvoir très fort sinon d’influence intellectuelle, celui que même leurs opposants confortent par leurs dénigrements, d’autant plus que tout membre qui se voit accéder à des responsabilités politiques nationales est obligé de s’écarter de cette institution. En somme, c’est surtout un club politique et un groupe de pression mais en aucun cas, comme ses détracteurs le redoutent, un "gouvernement mondial"…

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Mais revenons à Brzezinski. Avec l’élection de Jimmy Carter à la Présidence des États-Unis, Brzezinski occupa les plus hautes responsabilités de son existence : conseiller à la sécurité nationale du 20 janvier 1977 au 20 janvier 1981. Il fut régulièrement en opposition interne avec le Secrétaire d’État Cyrus Vance partisan de la poursuite du dégel des relations entre l’Ouest et l’Est amorcé par Richard Nixon, Gerald Ford et Henry Kissinger.

L’objectif de Cyrus Vance était de conclure les négociations entre les États-Unis et l’URSS sur le désarmement nucléaire (le traité SALT II fut signé par Jimmy Carter et Léonid Brejnev le 18 juin 1979 à Vienne). Cyrus Vance démissionna le 28 avril 1980 après l’échec lamentable de l’Opération Eagle Claw le 25 avril 1980, visant à libérer les otages américains prisonniers à Téhéran depuis le 4 novembre 1979, qui fut décidé par le seul Brzezinski. (Pour l’anecdote, son fils Cyrus Vance Jr, élu procureur général de l’État de New York le 3 novembre 2009, fut chargé de l’accusation contre Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire du Sofitel de New York en mai 2011).

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L’objectif de Brzezinski était de faire pression sur l’Union Soviétique pour consolider les droits de l’Homme, avec une base juridique, les accords d’Helsinki, signés le 1er août 1975 notamment par l’URSS et les États-Unis, qui permettaient de protéger les dissidents soviétiques tels que Sakharov, Soljenitsyne ou encore Rostropovitch.

Malgré l’opposition de Cyrus Vance, Brzezinski se déplaça en Pologne communiste durant son mandat, afin de rencontrer le primat de Pologne, l’archevêque de Varsovie Stefan Wyszynski. Il proposa (en vain) au Président Jimmy Carter de se rendre à Varsovie en voyage officiel. Il s’est réjoui de l’élection du pape Jean-Paul II (l’archevêque de Cracovie Karol Wojtyla) le 16 octobre 1978 et encouragea la création du premier syndicat libre dans le Bloc soviétique, Solidarnosc, le 31 août 1980 (rendue possible grâce aux accords de Gdansk signés le même jour). Brzezinski fit également comprendre aux Soviétiques qu’au contraire de l’insurrection de Budapest en 1956 et du Printemps de Prague en 1968, les États-Unis réagiraient en cas d’intervention soviétique en Pologne en 1980 et 1981.

Pour les relations avec la Chine populaire, l’anticommunisme n’était pas de mise. Après le voyage en mai 1978 de Brzezinski à Pékin, les deux pays, Chine populaire et États-Unis, ont annoncé, le 15 décembre 1978, l’établissement des relations diplomatiques entre Pékin et Washington le 1er janvier 1979 (au détriment de Taiwan). Les échanges d’ambassadeurs ont eu lieu le 1er mars 1979. Le Vice-Premier Ministre chinois Deng Xiaoping fut alors invité à un dîner à la Maison-Blanche le 28 janvier 1979. Parallèlement, le Vice-Président américain Walter Mondale fut invité à Pékin en août 1979. Ainsi, la vision américaine était que la Chine communiste ne faisait plus partie du Bloc soviétique (en raison de ses divergences avec l’URSS) et pouvait donc aider les Américains dans leur lutte contre les Soviétiques (en particulier au Cambodge et au Vietnam).

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Par ailleurs, dès le 3 juillet 1979, Brzezinski apporta (discrètement) l’aide militaire des États-Unis aux moudjahidines du peuple contre le gouvernement prosoviétique peu avant l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS (Opération Cyclone, qui se termina seulement le 1er janvier 1992). L’objectif était clairement de réduire l’expansionnisme soviétique partout dans le monde lorsque c’était possible.

Après l’échec de la réélection de Jimmy Carter, Brzezinski occupa des fonctions de conseils durant la Présidence de Ronald Reagan, sans avoir d’influence opérationnelle. Il continua surtout ses activités d’enseignement et de publication (il rédigea près d’une trentaine d’ouvrages sur les relations internationales).

Sous Reagan, Brzezinski s’opposa à la politique américaine en Amérique centrale (Salvador, Nicaragua) qui était contradictoire avec la politique pour la démocratie et contre la dictature du Bloc soviétique. Néanmoins, s’éloignant de ses engagements démocrates, il a soutenu la candidature de George H. W. Bush Sr en 1988 et a mis en garde, lors de la chute du mur de Berlin et de l’effondrement de l’URSS, contre la "fin de l’histoire" proposée dès l’été 1989 dans la revue "The National Interest" par le philosophe Francis Fukuyama.

Dès l’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev, Brzezinski était resté sceptique sur la perestroïka et la glasnost et prévoyait en 1988 l’effondrement du système soviétique à 50% de chances dans les trente prochaines années ("The Grand Failure"). Il milita à Moscou en début novembre 1989 pour la reconnaissance de la responsabilité soviétique du massacre de Katyn.

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Dans un autre essai ("Out of control"), en 1992, Brzezinski mit en garde contre la guerre du Golfe et insista sur l’importance de préserver l’image des États-Unis dans le monde arabe (un avertissement qui ne fut pas vide de sens à peine dix ans après cette réflexion, même si Brzezinski lui-même contribua à armer les islamistes par l’aide américaine qu’il apporta en Afghanistan). Il renouvela son opposition sous la Présidence de George W. Bush Jr contre la guerre en Irak en insistant sur la grande diversité du monde musulman. Il s’opposa aussi à la politique agressive israélienne (il assista à la signature des accords de Camp David le 17 septembre 1978).

Parmi ses "dadas", Brzezinski soutenait avec un certain cynisme que seuls les États-Unis, alliés à l’Europe, pouvaient maintenir le monde dans une situation de paix et de développement (ce qu’on pourrait appeler la "pax americana"), même le cas échéant en opposition avec les peuples "locaux". Refusant l’unilatéralisme américain, et donc plus modéré que les néo-conservateurs qui pensaient que seuls les Américains pouvaient être les "gendarmes du monde", Brzezinski voulait absolument parler de coopération avec l’Europe afin d’éviter un leadership mondial eurasien qui exclurait les États-Unis : « Sans l’Europe, l’Amérique est encore prépondérante mais pas omnipotente, alors que sans l’Amérique, l’Europe est riche mais impuissante. » (dans "The Grand Chessboard: American Primacy and Its Geostrategic Imperatives", publié en 1997).

Entre autres missions, Brzezinski fut envoyé par le Président Bill Clinton comme émissaire américain en Azerbaïdjan pour promouvoir l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (un des plus longs du monde, 1 776 kilomètres) pour acheminer du pétrole brut de la Mer Caspienne à la Mer Méditerranée, en Turquie (mis en service le 10 mai 2006).

Après avoir été le conseiller diplomatique de Barack Obama lors de sa campagne présidentielle en 2008, son fils Mark Brzezinski fut nommé ambassadeur des États-Unis en Suède du 24 novembre 2011 au 1er juillet 2015.

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Suscitée par un antiaméricanisme primaire, mal compris, la haine contre Zbigniew Brzezinski dans la fachosphère est telle qu’on peut même lire sur sa page Wikipédia américaine, pendant quelques minutes, des mots de joie concernant sa mort…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Zbigniew Brzezinski.
JFK, avant tout pragmatique et visionnaire.
La nouvelle frontière de John F. Kennedy.
Ted Kennedy.
Incompréhensions américaines.
La dernière navette spatiale (avril 2011).
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
George MacGovern.
Mario Cuomo.

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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 00:08

« Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays ! » (JFK, le 20 janvier 1961, à sa prise de fonction).


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Les citoyens américains célèbrent ce lundi 29 mai 2017 le 100e anniversaire de la naissance de John Fitzgerald Kennedy, leur 35e Président devenu mythique. Au-delà de sa famille, de sa jeunesse et de sa modernité, son assassinat, le 22 novembre 1963 à Dallas, bien avant la fin de son premier mandat, a profondément choqué le peuple américain, sans savoir d’ailleurs répondre à la question cruciale : qui a voulut tuer Kennedy ? Plus de cinquante ans plus tard, le peuple américain a élu Donald Trump au même poste.

En France, la figure de John F. Kennedy a été récemment évoquée lors de l’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République française. Jeune, moderne, rompant avec beaucoup d’usages politiques, déplaçant les lignes, Emmanuel Macron, à 39 ans, a suscité la sympathie et le bénéfice du doute dans la nouveauté.

John Kennedy aussi a suscité de la sympathie et, par audace, il s’était opposé au dauphine "prévu" du grand général Dwight Eisenhower. Au moment de son élection et de sa prise de fonction, Kennedy avait 43 ans, le plus jeune Président des États-Unis élu, pas le plus jeune en fonction puisque Theodore Roosevelt, Vice-Président, a succédé, à l’âge de 42 ans, à William MacKinley le 14 septembre 1901 après l’assassinat de ce dernier (il n’a été élu que le 8 novembre 1904).

Mais il faut arrêter là la comparaison entre Kennedy et Emmanuel Macron, il faut la limiter seulement à l’âge, la modernité et peut-être au charisme.

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Car John Kennedy n’était pas un novice de la vie politique américaine. À son élection, il avait déjà quatorze ans d’expérience de parlementaire des États-Unis, élu dans le Massachusetts : député de 1947 à 1953 (il fut élu à l’âge de 29 ans), puis sénateur de 1953 à 1960. De plus, il était le candidat officiel des Démocrates, l’un des deux grands partis au pouvoir aux États-Unis, celui de Franklin Delano Roosevelt et de Harry Truman, qui avait gouverné encore huit ans avant cette élection.

Pour ses élections et réélections parlementaires (cinq en tout : 1946, 1948, 1950, 1952 et 1956), et en particulier pour conquérir le siège de sénateur à un sénateur républicain sortant, JFK a bénéficié de tout son clan familial et en particulier, de la volonté de son père Joseph Patrick Kennedy de mettre l’un de ses fils à la Maison-Blanche.

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Joseph Patrick Kennedy, millionnaire, s’était enrichi dans les années 1920 en initiant des bulles spéculatives. Il fut descendant d’émigrés irlandais, le gendre du maire de Boston où il a vécu, il apporta un soutien économique à son ami Franklin Delano Roosevelt qui l’a nommé ambassadeur des États-Unis à Londres du 17 janvier 1938 au 22 octobre 1940. Il comptait même se présenter à la succession de Franklin D. Roosevelt avant la guerre, mais il fut discrédité pour son isolationnisme et son souhait de négocier avec Hitler. Sa démission est devenue inévitable quand Franklin Roosevelt a fait entrer en guerre les États-Unis.

Deux de ses fils furent candidats à l’élection présidentielle, Jack (John) et Bob (Robert) et les deux furent assassinés. Ted (Edward), bien plus jeune, a eu des velléités de candidature durant les années 1970 et 1980 (mais rattrapé par une affaire sordide). Pourtant, c’était le fils aîné, Joseph Jr, qui avait été programmé pour cette élection, qui avait suivi de brillantes et coûteuses études à Harvard et qui avait déjà été désigné, en 1940, comme délégué du Massachusetts pour la Convention démocrate qui allait élire pour la troisième fois Franklin Roosevelt à la candidature démocrate. Sa mort prématurée le 12 août 1944 au cours d’une mission d’aviation militaire transforma alors le destin tracé de journaliste du deuxième fils, John.

Cela n’a donc rien à voir avec Emmanuel Macron qui n’était pas dans une famille qui voulait, depuis une génération, conquérir la magistrature suprême. Un point de comparaison néanmoins peut être évoqué avec l’activité bancaire et boursière de Joseph Kennedy (le père) qui, bien que spéculateur, fut nommé en 1934 par Franklin Roosevelt le premier président de la Securities and Exchange Commission, en d’autres termes, l’organisme de régulation des marchés, le "gendarme de la bourse", dans le cadre de son New Deal.

Ce fut une surprise lorsque John F. Kennedy s’est déclaré candidat le 2 janvier 1960. En moins d’un an, il remporta les primaires démocrates (face à Hubert Humphrey, Adlai Steveson et Lyndon B. Johnson, qui devint son colistier), puis l’élection elle-même face au candidat républicain Richard Nixon. Ses débats télévisés ont conforté l’image d’un Kennedy jeune et charismatique face à un Nixon mal rasé, fébrile et peu habitué à la caméra (Nixon était pourtant à peine plus âgé que Kennedy, 47 ans au moment de l’élection).

Le jour de son investiture comme Président des États-Unis, Kennedy a prononcé un fameux discours, comme la phrase en tête de cet article adressé aux citoyens américains, et qu’il compléta aussi à l’adresse du monde entier : « Vous qui, comme moi, êtes citoyens du monde, ne vous demandez pas ce que les États-Unis peuvent faire pour le monde, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour le monde. ».

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En plus de ses qualités personnelles, John Kennedy s’est fait élire aussi sur un programme politique novateur, avec une capacité de faire rêver les Américains, comme se donner l’objectif de faire marcher l’homme sur la Lune.

C’est probablement cela qui a été le résultat le plus concret de sa courte présidence (moins de trois ans), avec une double motivation, le défi technologique avec des retombées nombreuses dans d’autres secteurs industriels que le spatial, et la compétition avec l’Union Soviétique qui avait réalisé le premier vol habité dans l’Espace le 12 avril 1961 (Youri Gagarine).

Il faut aussi rappeler que ce mois d’avril 1961 fut une double humiliation pour les Américains face aux Soviétiques, moins de trois mois après la prise de fonction de Kennedy : humiliation spatiale avec Gagarine mais aussi humiliation politique après l’échec lamentable du débarquement de la Baie des Cochons pour renverser Fidel Castro du pouvoir à Cuba (du 17 au 19 avril 1961), jetant ainsi le dictateur barbu dans les bras des communistes.

Le programme Apollo a été lancé par Kennedy le 25 mai 1961 devant le Congrès américain : « Notre nation doit s’engager à faire atterrir l’homme sur la Lune et à le ramener sur Terre sain et sauf avant la fin de la décennie. ». Le 12 septembre 1962 à Houston, il a confirmé le programme : « Nous avons choisi d’aller sur la Lune au cours de cette décennie et d’accomplir d’autres choses encore, non pas parce que c’est facile, mais justement parce que c’est difficile. Parce que cet objectif servira à organiser et à offrir le meilleur de notre énergie et de notre savoir-faire, parce que c’est le défi que nous sommes prêts à relever, celui que nous refusons de remettre à plus tard, celui que nous avons la ferme intention de remporter, tout comme les autres. ».

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L’objectif a été atteint en moins de dix ans : les deux premiers hommes à avoir marché sur la Lune furent Neil Armstrong et Buzz Aldrin le 20 juillet 1969 (Apollo XI). C’était trop tard pour JFK et son frère, assassinés entre temps, mais ce fut juste avant la mort du patriarche Joseph Kennedy Sr (le 18 novembre 1969).

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C’est peut-être une illustration de ce qu’est un grand politique : à la fois pragmatique, réagissant à des événements en lançant d’autres événements, ce qui est moralement pas très élevé (ce serait celui qui aurait la plus "grosse"), et aussi visionnaire, capable de se convaincre qu’il n’y a pas de grand pays sans grande ambition. À l’origine, Kennedy n’était d’ailleurs pas un chaud partisan du programme spatial mais avait trouvé cette idée (dictée par Lyndon Johnson) excellente pour redorer l’image des États-Unis.

Sur le plan international, il a dû faire face à la construction du mur de Berlin le 13 août 1961 et à la crise des missiles soviétiques à Cuba du 16 au 28 octobre 1962. L’un de ses discours les plus marquants fut à Berlin, près de la Porte de Brandebourg, le 26 juin 1963, à la fois provocateur et visionnaire : « Il y a beaucoup de gens dans le monde qui ne comprennent pas ou qui prétendent ne pas comprendre quelle est la grande différence entre le monde libre et le monde communiste. Qu’ils viennent à Berlin ! (…) Lass sie nach Berlin kommen ! (…) Nous n’avons jamais eu besoin, nous, d’ériger un mur (…) pour empêcher notre peuple de s’enfuir. (…) Il y a deux mille ans, la plus grande marque d’orgueil était de dire civis romanus sum. Aujourd’hui, dans le monde libre, la plus grande marque d’orgueil est de dire Ich bin ein Berliner ! ».

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Le mois d’avril 1961 a été fondateur dans le mandat de John Kennedy. Le 27 avril 1961, il a prononcé devant la presse un discours qui résonne étrangement dans l’actualité récente, avec d’autres ennemis, le terrorisme islamiste : « Notre mode de vie est attaqué. Ceux qui se font notre ennemi s’avancent autour du globe. La survie de nos amis est en danger. Et pourtant, on n’a déclaré aucune guerre (…). Aucune guerre n’a jamais posé une menace plus grande à notre sécurité. (…) Le danger n’a jamais été plus clair et sa présence n’a jamais été plus imminente. Cela exige un changement de perspective, un changement de tactique, un changement de missions, par le gouvernement, par le peuple, par chaque homme d’affaires, chaque leader de travail et par chaque journal. Car nous sommes confrontés, dans le monde entier, à une conspiration monolithique et impitoyable qui compte principalement sur des moyens secrets pour étendre sa sphère d’influence par l’infiltration plutôt que l’invasion, la subversion plutôt que les élections et l’intimidation au lieu du libre-arbitre. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Zbigniew Brzezinski.
JFK, avant tout pragmatique et visionnaire.
La nouvelle frontière de John F. Kennedy.
Ted Kennedy.
Incompréhensions américaines.
La dernière navette spatiale (avril 2011).
Les premiers pas de Donald Trump.
Obama termine européen.
Cassandre ?
Donald Trump, 45e Président des États-Unis.
La doxa contre la vérité.
Peuple et populismes.
Issue incertaine du match Hillary vs Donald.
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Malcolm X.
Le 11 septembre 2001.
Honneur aux soldats américains en 1944.
Hommage à George Stinney.
Obama et le "shutdown".
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
La peine de mort selon Barack Obama.
Barack Obama réélu en 2012.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
George MacGovern.
Mario Cuomo.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170529-jfk-kennedy.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/le-centenaire-de-john-f-kennedy-193581

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/05/29/35329058.html


 

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