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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 03:53

« Ce n’était pas juste un prof ! Il s’appelait Samuel Paty, il avait 47 ans, assassiné sur le sol français ce 16 octobre 2020, parce qu’il enseignait, parce qu’il apprenait à nos enfants la liberté d’expression, la liberté de croire et de ne  pas croire. Au revoir professeur. » (Un message parmi plein d’autres sur Facebook).



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L’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie au collège à Conflans-Sainte-Honorine (la ville de Michel Rocard) ce vendredi 16 octobre 2020 a de quoi émouvoir et rendre stupéfait. Oui, ce message dans les réseaux sociaux a le mérite d’en finir avec la plupart des titres des médias qui réduit cet homme, père de famille, professeur depuis vingt-trois ans apprécié de ses élèves pour sa tolérance et son ouverture. Il ne doit pas être réduit aux seuls derniers moments horribles de son existence. J’adresse à sa famille, ses proches, ses élèves, collègues mes plus vives condoléances.

L’assassinat de Samuel Paty est un nouveau cran franchi dans l’horreur du terrorisme islamiste. Quand le Président de la République Emmanuel Macron est venu le soir même sur les lieux de l’assassinat, accompagné des ministres Gérald Darmanin et Jean-Michel Blanquer, il a dit les choses crûment, clairement, sans pirouette, sans refuser la lucidité : « Notre compatriote a été lâchement attaqué, a été la victime d’un attentat terroriste islamiste caractérisé. ».

Et il a ajouté très justement : « Il n’y a pas de hasard si ce soir, c’est un enseignant que ce terroriste a abattu, parce qu’il a voulu abattre la République dans ses valeurs, les Lumières, la possibilité de faire de nos enfants d’où qu’ils viennent, qu’ils croient ou qu’ils ne croient pas, quelle que soit leur religion, d’en faire des citoyens libres. Cette bataille, c’est la nôtre, et elle est existentielle. (…) Ils ne passeront pas. L’obscurantisme et la violence qui l’accompagne ne gagneront pas. Ils ne nous diviseront pas. C’est ce qu’ils cherchent, et nous devons nous tenir tous ensemble, citoyennes et citoyens. ».

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Jamais encore l’islamisme radical, à ma connaissance, ne s’en était pris à un enseignant en France. Beaucoup de Français ont compris le rôle souvent ingrat des enseignants. Lors du confinement, ils ont pu se rendre compte à quel point instruire les enfants et les adolescents n’était pas une mince affaire, ni une affaire facile et naturelle. Les parents ont dû un peu suppléer à leurs tâches à cause de la crise sanitaire. Les profs ont ce rôle essentiel d’être la devanture de la société que les élève voient en premier dans leur jeune âge. Au-delà de la cellule familiale (ou de son absence), ils apportent la première sociabilisation des futurs citoyens. Ils ont un rôle essentiel dans l’avenir du pays, rôle qu’avait bien conscience Gambetta lorsqu’il tentait de convaincre les campagnes de voter républicain : l’instruction permet la rationalité et évite l’exploitation. Cette idée a donné les lois de Jules Ferry sur l’école obligatoire et gratuite.

Les caricatures publiées par "Charlie Hebdo" n’en finissent pas de provoquer la colère des islamistes radicaux qui ne supportent pas les valeurs de notre société et de notre République. Le droit au blasphème est un droit inaliénable, dès lors qu’on n’appelle pas à l’haine ni qu’on s’en prenne aux personnes qui croient.

Ceux qui refusent de s’afficher "Je suis Samuel" comme ils refusaient hier de s’afficher "Je suis Charlie" refusent la solidarité entre les citoyens et refusent surtout de défendre en commun nos valeurs républicaines, ils font le jeu de ceux qui veulent nous diviser. Mais on ne peut pas s’arrêter à la seule indignation devenue hélas ordinaire et au seul avertissement de ne pas stigmatiser une religion, de ne pas faire d’amalgame. Aujourd’hui, ceux qui sont stigmatisés jusqu’à en perdre la tête, ce ne sont pas les musulmans, même les pacifiques, qui sont probablement encore la majorité (j’ose le croire) et qui sont aussi révoltés par cet assassinat que les autres parce qu’ils sont Français avant tout, parce qu’ils sont humains avant tout. Il faut aller quand même plus loin, quitte à ne pas faire plaisir à une certaine "gauche bien-pensante".

En perdre la tête, hélas, c’est la seconde fois dans un attentat en France, la première fois le 26 juin 2015 dans une usine de la région lyonnaise. Peut-être faudrait-il suivre cette piste pour comprendre les mystérieuses mutilations de chevaux ou d’animaux d’élevage un peu partout en France ?

Cette indignation collective reste évidemment indispensable et cela fait chaud au cœur de voir tous ces rassemblements spontanés, malgré la crise sanitaire, ce dimanche 18 octobre 2020, le plus important place de la République à Paris auquel ont assisté notamment le Premier Ministre Jean Castex et les ministres Jean-Michel Blanquer et Marlène Schiappa. Beaucoup d’autres personnalités politiques y ont évidemment participé, mais il était important que le gouvernement fût présent (et à ma connaissance, silencieux dans ces circonstances).

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On retrouve l’émotion consécutive au massacre de "Charlie Hebdo" en janvier 2015. Même si ce n’était pas la première fois (il y a eu les massacres de Merah à Toulouse et Montauban en mars 2012), c’était sans doute la première fois, en janvier 2015, que l’ensemble du pays a pris conscience du réel danger. Les terroristes islamistes ont tué des enfants juifs, ils ont tué des dessinateurs de caricatures et des journalistes, ils ont tué des policiers. Ils viennent de tuer un enseignant d’histoire en tant que tel.

Oui, l’assassinat de Samuel Paty est un cran supplémentaire dans l’horreur. C’était évidemment scandaleux d’avoir assassiné une grande partie de la rédaction de "Charlie Hebdo" et cette rédaction a même été l’honneur de la presse d’avoir eu le courage de publier ces caricatures, mais cela résultait d’une politique éditoriale ponctuelle, qui lui était propre. Des journalistes libres. S’en prendre à un prof, comme l’a rappelé Emmanuel Macron, c’est s’attaquer au cœur de la République, aux programmes de l’enseignement, aux valeurs républicaines. C’est totalement inacceptable. Quel va être le comportement des autres profs ? Témérité ou crainte ? Enseigner va-t-il être un exercice aussi délicat, aussi périlleux, qu’éditorialiste ?

Il ne faut pas lâcher les valeurs de la République, j’approuve l’idée d’un hommage national à Samuel Paty (Emmanuel Macron a reçu sa famille ce 19 octobre 2020 à l’Élysée pour son organisation). L’enseignant avait utilisé les caricatures de "Charlie Hebdo" dans un cours d’éducation civique sur la liberté d’expression le 5 octobre 2020. L’enquête le confirmera mais d’après ce qu’il en ressort, plusieurs élèves et parents d’élèves auraient facilité, au moins en donnant des informations, l’horrible conclusion de la polémique déclenchée au sein du collège par des islamistes radicaux.

On s’interrogera aussi sur la nationalité tchétchène de l’assassin. On ne peut que rappeler que le 13 juin 2020, cent soixante-dix Tchétchènes avaient fait une opération commando dans le quartier des Grésilles à Dijon et le même week-end, des dizaines de Tchétchènes étaient intervenus au quartier de l’Ariane à Nice.

L’assassin du 16 octobre avait 18 ans et est arrivé en France il y a dix ans, c’est-à-dire qu’il avait 8 ans. On ne peut pas franchement dire qu’à 8 ans, il était susceptible d’être un terroriste. Pourtant, il est devenu un assassin. Il a été formé au sein de notre propre pays. C’est cela qui est insupportable. Il est insupportable qu’il y ait en France, partout en France, dans de nombreux recoins, un terreau qui forme un gamin de 8 ans à devenir un assassin dix ans plus tard.

Les propos de Jean-Luc Mélenchon sont assez nouveaux et il faut le souligner. Ils semblent montrer un certain réveil sur la réalité du pays. Même si lui, si naïf dans sa façon de voir la situation de l’islam en France et de l’immigration en général, commence à se poser des questions très lucides, cela signifie peut-être une prise de conscience plus générale. Cela fait plus de trente ans que la République a cédé du terrain face aux germes d’islamisme radical. Cela fait trente ans que la démocratie a permis l’expression des ennemis de la démocratie et cela fait trente ans que la République.a permis l’expression des ennemis de la République.

C’est malheureux à dire mais je pense qu’il ne faut plus aborder ce problème par le droit mais par la politique. Il ne faut plus s’accrocher à une volonté absolue de définir des droits au détriment des résultats politiques. Or, comme l’a dit Emmanuel Macron, c’est une bataille existentielle, elle n’est pas anodine : c’est l’existence même de la France républicaine qui est en jeu, avec ses valeurs de liberté et de laïcité. Michel Houellebecq a donné un avant-goût cauchemardesque de ce qui pourrait arriver avec "Soumission". Le droit doit passer après notre existence. Je l’écris de manière provocatrice et trop polémique : bien sûr que nous devons rester dans un État de droit et qu’il n’est pas question de créer je ne sais quelle nouvelle dictature de la pensée pour empêcher l’émergence d’une autre dictature de la pensée. Mais les considérations juridiques doivent passer après les considérations politiques. Les juristes ont toujours eu de grands talents de création et d’imagination pour rendre compatibles des nécessités politiques avec du cadre juridique protecteur.

Il ne faut pas rester dans la simple autosatisfaction, comme l’a fait, sur France Inter ce lundi 19 octobre 2020, l’ancien Premier Ministre Bernard Cazeneuve, pourtant l’un des meilleurs ministres de l’intérieur depuis une trentaine d’années. Oui, beaucoup a été fait dans la lutte contre le terrorisme, cela de manière professionnelle, rigoureuse, excellente même, on a pu empêcher des dizaine d’attentats, mais ce n’est pas normal qu’un prof ait pu être assassiné à sa sortie de son collège. On a fait beaucoup, mais on n’a pas fait encore assez, à l’évidence.

Le conseil de défense du 18 octobre 2020 a pris quelques mesures qui, je l’espère, auront leur effet, mais je crains que la société française soit profondément divisée entre ceux qui considèrent que les valeurs républicaines ne sont pas négociables, et les autres, ennemis de la France (parfois intérieurs) et ceux qui, implicitement ou explicitement, les soutiennent, parfois involontairement par leur comportement trop "tolérant".

Peut-être parce qu’on a reproché à Emmanuel Macron de ne pas avoir pris la mesure du danger qui guette la survie de notre République, peut-être parce qu’on lui a reproché d’avoir pris trop de temps sur ce sujet, il sera le mieux placé pour prendre des décisions fermes qui soient en rupture avec les demi-mesures des gouvernements précédents depuis trente ans.

Aux Mureaux, le 2 octobre 2020, Emmanuel Macron avait déjà tenu un discours clair : « Je veux qu’il n’y ait aucune confusion ni aucun amalgame. Aucune de ces réalités ne doit être écrasée l’une sur l’autre. Mais force est de constater qu’il y a un islamisme radical qui conduit à nier les lois de la République, qui conduit à banaliser la violence et qui a conduit certains de nos citoyens, de nos enfants, à choisir le pire ou à considérer que le pire était devenu naturel, et donc à créer des conditions de dérives politiques mais aussi de dérives violentes, celles du terrorisme islamiste. Ce qui est aujourd’hui notre défi, c’est de lutter contre la dérive de certains au nom de la religion en veillant à ce que ne soient pas visés ceux qui veulent croire en l’islam et sont pleinement citoyens de notre République. Et au fond, depuis des années, nous sommes encombrés par cette réalité. ».

Ce sera l’un des deux défis de la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron : la lutte contre le séparatisme parallèlement à la lutte contre l’épidémie de covid-19. Les deux fléaux sont meurtriers, provoquent la peur, bouleversent complètement la nature de nos relations humaines et mettent en danger la cohésion sociale voire nationale. Mais l’un se réglera par des considérations politiques tandis que l’autre par des considérations scientifiques.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Samuel Paty : les enseignants sont nos héros.
Déclaration du Président Emmanuel Macron le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine sur l’assassinat de Samuel Paty (texte intégral et vidéo).
Discours du Président Emmanuel Macron le 2 octobre 2020 aux Mureaux sur le séparatisme (texte intégral et vidéo).
Polémiques indécentes sur la libération de Sophie Pétronin.
10 ans après la loi anti-burqa, la loi masque-obligatoire.
Charlie Hebdo : mortelle indifférence.
Charlie Hebdo en 2015.
Islamo-gauchisme : le voile à l’Assemblée, pour ou contre ?
5 ans de Soumission.
Mosquée de Bayonne : non assistance à peuple en danger ?
La société de vigilance.
N’oublions pas le sacrifice du colonel Arnaud Beltrame !
Strasbourg : la France, du jaune au noir.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201016-samuel-paty.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/samuel-paty-les-enseignants-sont-227922

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/10/18/38597722.html








 

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