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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 07:22

Ceux qui ont visité les cimetières militaires américains, en Normandie ou dans le nord-est de la France, auront compris que les États-Unis ont participé, avec le sang de leurs soldats, à la reconquête de la liberté et de la démocratie, et cela deux fois en un siècle en Europe. Hommage aux courageux et valeureux soldats qui sacrifièrent leur vie pour que je puisse, aujourd’hui, m’exprimer librement.


yartiDebarquement01À grand renfort tant des médias que des dirigeants du monde, le 70e anniversaire du Débarquement en Normandie le 6 juin 1944 par les troupes alliées et la création d’un second front, à l’ouest, contre le régime nazi, est l’occasion de nombreuses cérémonies et rencontres.

On pourrait toujours protester contre cette insistance médiatique ; cependant, j’y vois au moins deux sources d’intérêt (et ceux qui sont incommodés peuvent toujours éteindre leur radio ou télévision).


Élisabeth II, Obama… et Poutine

D’abord, elle encourage des dirigeants à se revoir, je le dis alors que cela paraissait normale de se réunir sans occasion formelle comme cet anniversaire, mais depuis la crise en Ukraine, c’est la première fois que le Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine rencontre des dirigeants européens, et en particulier le Président François Hollande ce 5 juin au soir pour un "souper de travail" sans tapis rouge. Ces journées du 5 au 7 juin 2014 sont donc l’occasion d’un ballet diplomatique plus ou moins discret.

Ces discussions informelles de Vladimir Poutine avec David Cameron et avec François Hollande ont vocation à déboucher, je l’espère, sur du concret, sur une solution pacifique et satisfaisante de la situation en Ukraine qui puisse tenir compte du suffrage démocratique du 25 mai 2014 qui a vu l’élection incontestable d’un nouveau Président de la République et la marginalisation définitive des groupuscules néonazis qui ont tant fait l’inquiétude, si elle est sincère, du côté russe.


Remember !

Ensuite, il n’est jamais inutile de rappeler les moments forts d’une guerre. J’ai la chance de n’en avoir jamais vécu, et nul doute que la reconstruction de l’Europe dévastée en est la cause déterminante, mais le temps passe et les générations passent, les anciens combattants meurent. La paix n’est jamais évidente même si elle paraît banale.

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En 1984, à l'époque de la poignée de main entre François Mitterrand et Helmut Kohl, c’était la Première guerre mondiale dont c’était le 70e anniversaire. Cette année, c’est son centenaire. Une génération est passée. Il n’y a plus de Poilu depuis six ans, depuis le décès, le 12 mars 2008, de Lazare Ponticelli à 110 ans, doyen des Français et qui fut le dernier de Poilus.

Ceux qui ont combattu durant la Seconde guerre mondiale sont maintenant très vieux, les plus jeunes survivants doivent avoir dans les 87 ans (18 ans en 1945), ce qui ne leur donne pas une espérance de vie très élevée… Il faut encourager les témoignages, les écouter, apprendre, transmettre, rappeler, marteler ce que fut la guerre, comment, pourquoi…


La guerre peut toujours resurgir brutalement

C’est toujours positif de se souvenir de la guerre, des circonstances, des conséquences. En France notamment, elle est tellement étrangère à nos petites vies de tous les jours qu’il faut se méfier, elle peut toujours resurgir sournoisement, rapidement et d’une manière inattendue. La guerre est souvent la suite de l’inconséquence des dirigeants politiques, mais parfois aussi, il faut bien le dire, de l’irresponsabilité, de l’insouciance, ou au contraire, de l’agressivité des peuples.

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Les passionnés de films de guerre, de stratégies militaires, d’opérations de guerre devraient être rassasiés en ce moment, avec la multiplication des documentaires qui rappellent tous les détails de ce Débarquement. Pour ma part, quand j’étais enfant, j’avais regardé le film "Le Jour le plus long" à la télévision qui m’avait passionné. Je pense que maintenant, il m’ennuierait sans doute parce qu’il est très long (trois heures) et que je connais un peu mieux l’histoire.


Hommage aux libérateurs

Je souhaite surtout rendre hommage aux États-Unis et aux soldats américains morts pour la France, pour l’Europe et pour la liberté. C’est vrai, ils n’ont pas été les seuls à s’être sacrifiés, les Soviétiques ont payé un très lourd tribut, les libérateurs ont été de toutes les nationalités, mais je tiens particulièrement à leur rendre hommage car la France connaît un courant d’antiaméricanisme qui se développe et qui m’inquiète très fort, car il laisserait croire que le paradis des citoyens serait plutôt à Téhéran qu’à Washington.


Un antiaméricanisme qui n’a rien compris à l’intérêt de la France

Ce courant est basé sur un repli identitaire, des peurs, des ignorances, un complotisme presque candide, et aussi des réalités, parce que l’intérêt des États-Unis n’est ni l’intérêt de l’Europe, ni l’intérêt de la France, et la France a su à plusieurs reprises le rappeler, parfois de manière très ferme mais néanmoins amicale (en particulier lors de la guerre en Irak), mais il ne faut pas oublier d’où vient la liberté, d’où vient l’indépendance de la France.

Cet antiaméricanisme nie l’histoire du passé et aussi les enjeux du présent et de l’avenir. Il se croit patriote alors qu’il est antipatriote. Il ne comprend pas, par exemple, que la création de l’euro va à l’encontre de l’intérêt des Américains, que l’euro rompt le monopole du dollar que les États-Unis voudraient imposer au reste du monde. Erreur complète de croire que l’Union Européenne s’est construite sur injonction américaine. Au contraire !

Les États-Unis préfèrent dialoguer individuellement avec chacun des pays européens, dans la faiblesse de son isolement, et ne pas voir émerger une Union Européenne cohérente et rassemblée, incontournable et forte, qui est déjà aujourd’hui la première puissance économique du monde. Ce courant ne comprend pas, non plus, que le Traité transatlantique va plus avantager l’Europe que les États-Unis qui sont plutôt réticents et n’ont pas pris l’initiative des négociations. Aujourd’hui, les bananes françaises sont interdites de vente sur le sol américain. Demain, ce seront des marchés de plusieurs centaines de millions de personnes qui vont s’ouvrir à la France et à l’Europe, sans que les normes sanitaires et sociales de la France ne soient remises en cause.


Deux lieux de recueillement en Normandie

En  Normandie, deux cimetières militaires ont accueilli les corps des soldats américains tués au cours des combats, à partir du 6 juin 1944 et jusqu’à la fin de la guerre. Certains étaient très jeunes, des gosses, seuls, fauchés loin de leur famille, il n’est pas sûr qu’ils imaginaient que leur pays serait aussi insulté par les descendants de ceux qu’ils avaient eux-mêmes contribué à libérer.

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Quatorze mille dépouilles de soldats américains ont été par la suite rapatriées aux États-Unis à la demande des familles. Il en reste à peu près autant en France.

Les deux lieux sont émouvants, ils sont très bien entretenus. Les croix blanches sont tournées vers les États-Unis. Le premier cimetière est à Colleville-sur-mer, qui surplombe la plage d’Omaha Beach : 9 387 soldats américains y sont enterrés, dont 307 anonymes et 4 femmes. Le second est à Saint-James, où reposent 4 410 soldats américains qui ont péri lors de la libération de la Bretagne et lors de la percée d’Avranches.

À Colleville, trois officiers généraux américains y ont été enterrés : le général Theodore Roosevelt Jr (joué par Henry Fonda dans le film cité plus haut), fils aîné du Président des États-Unis Theodore Roosevelt Sr, qui est mort le 12 juillet 1944 dans la cour de l’école de Méautis des suites d’une crise cardiaque due à l’intensité des combats durant la bataille de Normandie ; le général Lesley James MacNair qui est mort le 25 juillet 1944 près de Saint-Lô lors de l’Opération Cobra sous un déluge de bombes alliées (bloc F, rangée 28, tombe 42) ; et le général Walker Nelson, qui est mort le 10 juillet 1944 (bloc B, rangée 23, tombe 47).

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Le général Theodore Roosevelt Jr (1887-1944) était à la fois militaire, homme politique et homme d’affaires : il avait été membre du gouvernement (Secrétaire adjoint à la Marine) de 1921 à 1924,  gouverneur de Porto Rico de 1929 à 1932, gouverneur général des Philippines de 1932 à 1933, puis président de l’American Express Company et dirigeant d’autres entreprises.

Après la campagne d’Afrique, comme il ne voulait pas être juste "gratte-papier" affecté à Londres, il eut l’autorisation d’accompagner les premières troupes qui ont débarqué : « Les forces et compétences des premiers éléments touchant la plage peuvent être déterminantes dans le succès de l’opération. (…) Je pense que je peux contribuer à ces objectifs en accompagnant la première vague d’assaut. En outre, je connais personnellement les officiers et les hommes de ces unités et je pense qu’il serait bon qu’ils me sentent avec eux. ». Sa connaissance du terrain, son sang-froid et son courage ont permis de prendre les bonnes décisions quand un imprévu se présentait (comme des erreurs de localisation).

Son frère, Quentin Roosevelt, qui fut pilote d’avion, est mort le 14 juillet 1918 abattu dans le ciel par deux chasseurs allemands à Chamery, dans l’Aisne, à l’âge de 20 ans et la famille a obtenu le droit de transférer son corps pour l’inhumer aux côtés de son frère (bloc D, rangée 28, tombes 11 et 12). Au fond à gauche sur la photo de la tombe de Theodore Roosevelt Jr, on peut remarquer une croix juive, parmi d’autres.

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C’est au mémorial de Colleville inauguré en 1956 que le Président américain Barack Obama reçoit ce vendredi 6 juin 2014 son homologue français François Hollande. C’est en effet une concession perpétuelle aux États-Unis, à tel point que lors du "shutdown" budgétaire, le mémorial fut fermé pendant deux semaines en octobre 2013.


Plus que patriotes, loyaux et fidèles à leurs valeurs

Pour avoir un peu plus d’audience pour son hebdomadaire, le journaliste Laurent Joffrin, lui, a préféré souligner les 60 000 civils français tués au cours des bombardements alliés, et se poser quelques questions d’intérêt historique, en particulier, pourquoi des villes comme Le Havre ou Royan ont-elles été rasées alors qu’il aurait dû y avoir d’autres solutions moins meurtrières ? Soixante-dix ans plus tard, c’est toujours facile de poser ces questions, un peu légèrement. Alors que l’essentiel est ailleurs.

Les quatorze mille corps de soldats américains qui sont enterrés dans le sol normand, c’est bien du réel : ils étaient plus que patriotes, ils ont été loyaux et fidèles, loyaux envers l’alliance de leur pays avec les autres Alliés, fidèles à leurs valeurs qui sont la démocratie, la liberté, avant tout la liberté. Ce sont des héros qu’il convient de saluer à leur juste mérite, et c’est l’objet de ces cérémonies sans doute un peu pompeuses mais nécessaires si l’on veut nourrir la mémoire nationale.

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On a le droit de critiquer les États-Unis, c’est même parfois un devoir si les intérêts de la France et de l’Europe sont bafoués par les Américains, mais n’oublions jamais que les États-Unis ont sacrifié, eux aussi, parmi d’autres, de très nombreuses vies pour anéantir les armées d’Hitler et en finir avec la monstrueuse Shoah.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 juin 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La Shoah.
Hitler.
Staline.
Centenaire de 1914.
L’Europe, c’est la Paix.
Le Traité transatlantique.
Ronald Reagan.
Barack Obama.
La Reine d’Angleterre.
François Hollande.
Vladimir Poutine.

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  http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/debarquement-honneur-aux-soldats-152937

 

 

 

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