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18 mai 2020 1 18 /05 /mai /2020 12:37

« Si l’on n’épouse pas les questions, les doutes et les délires de la société, pas la peine d’être acteur. » (Michel Piccoli, octobre 2000).


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L’acteur Michel Piccoli est mort le mardi 12 mai 2020, a-t-on appris ce lundi 18 mai 2020. Il avait fêté son 94e anniversaire le vendredi 27 décembre 2019. Quand j’étais petit, sans jamais vraiment le confondre, je ne pouvais pas ne pas l’associer à Piccolo Saxo, dans la proximité des lettres, un conte musical que j’adorais. Mais je ne l’ai jamais confondu car je l’ai vu souvent jouer dans des films. Il fait partie de ces acteurs injustement "vieux" même lorsqu’ils étaient jeunes, un peu à l’instar de Bernard Blier, peut-être la calvitie, ou leurs rôles ? Pourtant, il a eu beaucoup de rôles de séducteur. Mais il n’a jamais eu l’esprit d’une star.

Si l’on regarde la carrière de Michel Piccoli, on ne peut qu’être impressionné par le nombre de films, et rarement des navets, dans lesquels il a joué. Environ 230 films, près de 50 téléfilms, plus de 50 pièces de théâtre, sans compter les films qu’il a réalisés (peu nombreux). Il a beau avoir commencé sa carrière en 1945, à l’âge de 20 ans, cela représente une somme de travail énorme (même si, pour beaucoup de films, il n’était pas le personnage central).

Les plus grands réalisateurs, certains même mythiques, comme Jean Renoir, Luis Bunuel et Alfred Hitchcock, et un visage rassurant, pas forcément le séducteur, mais le frère du séducteur, celui qui montre structure et solidité. L’ami plus que l’amoureux. Je dis en général, évidemment, car au début de sa carrière, il avait des rôles de séducteur. Un visage surtout familier, rarement du "méchant" (même si cela lui arrivait). Une voix grave bien posée qui va avec ses sourcils un tantinet impressionnants. Au Festival d'Avignon en juillet 1995, Michel Piccoli a lu ainsi un texte de Pierre Boulez avec une interprétation d'une œuvre d'Arnold Schoenberg. Ni héros ni anti-héros, une sorte de compagnon de divertissement qui a traversé les âges.

Il a tourné dans de nombreux grands films, j’en cite quelques-uns, "Paris brûle-t-il" de René Clément en 1965 (il joue Edgard Pisani), "Les Demoiselles de Rochefort" de Jacquees Demy en 196, "Belle de jour" de Luis Bunuel en 1966, "L’Étau" d’Alfred Hitchcock en 1969 (dans le rôle du traître dans les services secrets français), "Max et les Ferrailleurs" de Claude Sautet en 1971, "La Grande Bouffe" de Marco Ferreri en 1973, "Le Sucre" de Jacques Rouffio en 1978 (dans le rôle du patron du sucre, mégalo), avec Gérard Depardieu et Jean Carmet, "Péril en la demeure" de Michel Deville en 1984 avec Nicole Garcia, Anémone, Christophe Malavoy et Richard Bohringer, "Milou en mai" de Louis Malle en 1989, "La Belle Noiseuse" de Jacques Rivette en 1991, entouré des deux "belles Noiseuses, Jane Birkin et Emmanuelle Béart, "Le Bal des casse-pieds" d’Yves Robert en 1991, "Le Souper" d’Édouard Molinaro en 1992 (juste la voix de Chateaubriand, dans le dialogue savoureux entre Claude Rich et Claude Brasseur), "Rien sur Robert" de Pascal Bonitzer en 1998, et pour la télévision, une version du roman de Maurice Druon, "Les Grandes Familles", l’adaptation d’Édouard Molinaro (où il joue le rôle principal, Noël Schoudler), avec Pierre Arditi et Roger Hanin, la version "rivale" de celle au cinéma de Denys de La Patellière en 1958 (avec Jean Gabin, Bernard Blier et Pierre Brasseur).

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Malgré ses brillants rôles, Michel Piccoli n’a jamais reçu un César (il fut nommé quatre fois) ni un Molière (nommé deux fois), mais il a obtenu le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes de 1980 pour "Le Saut dans le vide" de Marco Bellocchio en 1980 (rôle principal).

S’il incarne parfaitement une certaine nostalgie des années 1970 et 1980, Michel Piccoli peut aussi naviguer entre les époques et être très en rapport avec les époques les plus récentes. Je voudrais évoquer deux autres films, pas encore cités ci-dessus, que j’adore et dont j’adore l’interprétation de Michel Piccoli et qui donne une idée de l’excellent acteur qu’il est.

Le premier est un film très difficile (je ne le recommande pas aux personnes sensibles, même adultes) : "Sept morts sur ordonnance" de Jacques Rouffio sorti le 3 décembre 1975 : dans une ville de province, un vieux médecin très vénal (Charles Vanel) traumatise le monde médical en employant les meilleurs chirurgiens mais aussi en les rejetant lorsqu’ils ne sont plus au sommet de leurs performances. Deux histoires parallèles sont racontées avec une dizaine d’années de distance, Gérard Depardieu, chirurgien complètement fantasque, marié à Jane Birkin, et, dix ans plus tard, Michel Piccoli, beaucoup plus raisonnable, marié à Marina Vlady, plus raisonnable mais qui, irrésistiblement, semble être attiré par le fond comme Gérard Depardieu, avec toujours Charles Vanel en toile de fond. À ces excellents acteurs, il faut ajouter aussi Michel Auclair, médecin également, dans le rôle du confident plus lâche qu’amical. Michel Piccoli dépeint un personnage qui croit se remettre d’un traumatisme de santé et qui, en fait, est en lente descente vers les enfers, poussé par des âmes peu charitables.

L’autre film est beaucoup plus récent, "Habemus papam" de Nanni Moretti, sorti le 7 septembre 2011, qui, probablement par hasard, a eu la "chance" d’être sorti deux ans avant la "démission" du pape Benoît XVI et l’élection du pape François. L’idée est très originale puisque Michel Piccoli, cardinal, est élu pape, à sa grande stupéfaction. Plongé dans une grande dépression, Michel Piccoli refuse de venir saluer la foule sur le balcon et le conclave n’est donc pas encore clos, les cardinaux ne peuvent donc toujours pas avoir contact avec l’extérieur. Il parvient toutefois à s’échapper dans la ville pour tenter de vivre comme un fidèle ordinaire, et finalement, il retourne parmi les cardinaux pour renoncer à la charge qu’on a voulu lui donner. On y trouve finalement plus d’évocations sur la psychanalyse que sur la religion, et Michel Piccoli est terriblement crédible dans son trouble persistant. Une vision de l’intérieur qui a été très peu partagée au cours des siècles. Même si c’est très réducteur, j’aurais tendance à recommande que, s’il n’y avait qu’un seul film avec Michel Piccoli à regarder, ce serait celui-là.

Je termine ici par une interview intéressante de Michel Piccoli qui date de 1964 (interrogé par Rodolphe-Maurice Arlaud). Il avait alors 38 ans, et il venait de tourner dans le film "De l’amour" de Jean Aurel avec Anna Karina (qui vient de s’éteindre le 14 décembre 2019). Il a parlé aussi du film de Jean-Luc Godard "Le Mépris", avec un rôle qui laisserait rêveur tout comédien, le mari de Brigitte Bardot. Attention, seulement au cinéma ! En fait, quelques années plus tard, Michel Piccoli fut (dans le civil) le mari plutôt de Juliette Gréco, pendant une dizaine d’années…






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 décembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Suzy Delair.
Michel Piccoli.
Gérard Oury.
Pierre Arditi.
"J’accuse" de Roman Polanski.
Roman Polanski.
Adèle Haenel.
Michel Bouquet.
Daniel Prévost.
Coluche.
Sim.
Marie Dubois.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiPiccoliMichel01



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200518-michel-piccoli.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/05/18/38302707.html



 

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