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23 juin 2020 2 23 /06 /juin /2020 03:36

« Franchement, nous assistons à une démagogie démocratique surréaliste. » (Allain Bougrain Dubourg, le 4 octobre 2019 sur Europe 1).



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Depuis quelques jours, on entend dans les médias les résultats de la "Convention citoyenne pour le climat" (encore un substantif mis incorrectement à la place d’un adjectif !). Les 150 "Français" membres de cette Convention sont invités à présenter leurs propositions pour le climat au Président de la République Emmanuel Macron le lundi 29 juin 2020. Ce dernier dira ce qu’il en fera, de sa toute puissance élyséenne. Publiées dès le 18 juin 2020, ces propositions ont été remises à Élisabeth Borne, Ministre de la Transition écologique, le 21 juin 2020.

La Convention citoyenne pour le climat est un véritable OVNI dans la vie politique française (et même internationale, à l’exception d’un ou deux pays). C’est pourquoi il y a de quoi être inquiet. Mon inaptitude au changement m’y encourage et après quelques réflexions, je reste sur cette inquiétude initiale.

De quoi s’agit-il ? Il y a le fond et la forme, mais ici, la forme me paraît aussi importante que le fond. Le fond, c’est le réchauffement climatique, préférons plutôt dire les changements climatiques, et franchement, qu’ils soient d’origine humaine ou d’origine naturelle (Soleil, Terre, etc.), ce n’est pas le problème, le problème, c’est comment faire pour continuer à vivre, nous humains, sur une Terre qui pourrait nous être hostile ("nous", chacun dans son petit bout de territoire) ? La réponse du quinquennat précédent (François Hollande), cela a été de mettre une taxe supplémentaire sur tout ce qui serait émetteur de carbone : la taxe carbone. Et donc, en premier lieu, sur le carburant.

Résultat (c’était une bombe à retardement), Emmanuel Macron a dû faire face à une véritable révolte, celle des gilets jaunes. Le Président de la République a été aussi déboussolé en novembre et décembre 2018 que De Gaulle en mai 1968, mais à la différence du vieux général, qui avait sa légitimité historique avec lui, Emmanuel Macron a eu l’habile intuition (à laquelle je ne croyais pas) de faire le "grand débat". Cela s’est passé durant le premier trimestre de l’année 2019 (un siècle à l’échelle du coronavirus) et lors de sa conférence de presse du 25 avril 2019, il a proposé la mise en place d’une "Convention citoyenne pour le climat" dans le cadre du Conseil Économie, Social et Environnemental (CESE). Juridiquement, ce qui compte est la lettre de mission du Premier Ministre adressée le 2 juillet 2019 au CESE.

Son objectif : faire des propositions concrètes pour "sauver" le climat. Je recopie la mission exacte : « Proposer des mesures pour réduire d’au moins 40% les émissions des gaz à effet de serre d’ici [à] 2030 dans une logique de justice sociale » (j’insiste sur le "[à]" que j’ai dû rajouter, restons à parler français !). Dans l’optique répressive, comment faire avaler la pilule si ce n’est par les "citoyens" eux-mêmes (dûment estampillés comme tels) ? Le point le plus inquiétant à mon sens, c’est le tirage au sort (qu’on peut appeler stochocratie, qu’on pourrait traduire par pouvoir du hasard).

Avant toute chose, je reconnais la sincérité de l’idée et la bonne foi ainsi que la bonne volonté de tous les acteurs de cette drôle d’aventure "citoyenne". En effet, rien ne semble être "dicté" par une manipulation politique, d’une manière ou d’une autre, et cela, je m’en réjouis. Et ainsi, je me réjouis finalement d’un test grandeur nature d’une assemblée tirée au sort. Une sorte de démonstration par l’absurde.

Ce tirage au sort a été fait avec un protocole très rigoureux, surveillé par des huissiers, l’obtention de 300 000 numéros de téléphone (dont une partie infime de téléphone fixe, les autres, de téléphone mobile), pour demander l’accord sur le volontariat d’y participer, puis un questionnaire où sont indiqués cinq caractéristiques : sexe, âge, niveau de diplôme, catégorie socioprofessionnelle, lieu d’habitation (région) et type de territoire (grande ville, village, etc.). Puis, les organisateurs ont tiré au sort 150 personnes (un peu plus en cas de remplacement) qui correspondent aux mêmes répartitions que la population française selon les cinq critères cités. Petite anecdote et je suis incapable de savoir si c’est significatif ou juste hasardeux : Daniel Cohn-Bendit a ainsi été tiré au sort, incroyable ! Évidemment, il a tout de suite décliné l’offre, sachant que cela polluerait le travail de cette Convention (et son existence médiatique lui permet de dire ce qu’il en pense dans les médias quand il veut !).

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Le fait de vouloir faire correspondre la Convention avec la même répartition que la population peut être judicieux, mais rien ne le justifie : sexe âge et métier par exemple pourraient être différents si l’âge changeait, etc. Ici, c’est le couplement des cinq critères mais l’âme humaine est bien plus complexe. Il n’y a pas la répartition politique, il serait intéressant par exemple de savoir quels étaient leur vote ou non vote à l’élection présidentielle de 2017, et l’on verrait si ce panel, car c’est ni plus ni moins un panel comme les échantillons pour faire des sondages, est bien représentatif de l’électorat de 2017 (en sachant qu’entre-temps, des jeunes peuvent voter et que d’autres ont disparu).

Donc, même s’il y a un biais dans ce choix, c’est le même que celui de tous les sondages (en sachant cependant qu’il y a des correctifs par la suite, ce qui n’est pas le cas pour la Convention). Pourquoi pas ? Ce qui, en revanche, est critiquable, c’est qu’il n’y a que 150 personnes dans cette Convention. On sait que l’échantillon minimal pour faire un sondage "potable", c’est au moins le millier de personnes (la diversité des choix). Avec seulement 150, cela signifie qu’il y a "l’habitant de l’outremer de service" ; selon qu’il est jeune ou âgé, diplômé ou sans diplôme, etc., le "représentant" de l’outremer aura un comportement différent (en fait, ici, il y en a quatre quand même). Un sondage qui n’a qu’un échantillon que de 150 personnes ne vaut pas grand-chose. C’est le premier biais.

Cela dit, je félicite ces 150 citoyens français. Ils ont eu beaucoup de mérite, ils ont passé beaucoup de temps et d’énergie, et apparemment, ils ont pris à cœur ce rôle nouveau. Il faut imaginer les jurés d’assise, avec la différence qu’il y a du volontariat. Un budget de 5,4 millions d’euros a été alloué pour cette opération, qui correspond essentiellement, pour un quart, à la prise en charge des 150 membres (frais mais aussi indemnité de perte de revenus, frais de nourrice, etc.), et pour un tiers, à l’animation de la Convention (j’imagine par des professionnels rémunérés). Pour un dixième, au budget de communication.

Il y a eu huit sessions de travail. La première a été l’installation, avec une allocution d’ouverture du Premier Ministre Édouard Philippe, le 4 octobre 2019. À l’ouverture de la quatrième session, le 10 janvier 2020, le Président Emmanuel Macron est venu également, plus pour écouter que parler, comme il a su le faire lors du grand débat (voir vidéo). À cause de la crise sanitaire, il y a eu une session en télétravail les 3 et 4 avril (l’avant-dernière) et la dernière session a eu lieu du 19 au 21 juin 2020 dans le choix final des propositions à présenter à Emmanuel Macron le 29 juin 2020.





Le travail était très organisé et sous le contrôle d’une "gouvernance" présidée par deux co-présidents, dont Therry Pech, directeur général de Terra Nova. Quelle justification à ce choix ? L’autre coprésidente est Laurence Tubiana qui a été négociatrice de l’Accord de Paris sur le climat, le 12 décembre 2015 (COP21). Douze personnalités extérieures font en outre partie de cette gouvernance, dont Jean Jouzel (Prix Nobel de la Paix 2007 et par ailleurs, membre du CESE depuis 2010), etc.

La Convention a travaillé en cinq groupes thématiques composés le 6 octobre 2019 : se nourrir, se loger, travailler et produire, se déplacer, consommer. Dans leurs travaux, il y a eu une part non négligeable d’audition des experts, et c’est là un nouveau biais. Il y a le choix de ces experts (qui peuvent être partiaux, forcément, mais aussi diversifiés), et il y a l’influençabilité des membres de la Convention. Je crois que c’est le deuxième biais important de ces travaux.

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La différence entre une assemblée parlementaire classique et une assemblée de citoyens volontaires tirés au sort, c’est qu’il y a ou pas une élection. L’intérêt (on le verra sur le fond) de ne pas être élu, c’est d’éviter de vouloir être réélu : les positions sont beaucoup plus sincères, rationnelles aussi, et ne sont pas des postures politiciennes voire démagogiques. En somme, c’est le point de vue de l’enfant, qui ne cherche pas à imaginer les conséquences de ses actes, ils proposent sans le conditionnement classique d’une assemblée politique.

Mais l’inconvénient de ne pas être élu, c’est que le membre de la Convention est un "amateur" et pas un "professionnel" des travaux d’assemblée. Je m’explique : le parlementaire a déjà subi une étape très difficile de sélection, l’élection, la campagne électorale et comme la concurrence est rude, on peut dire que l’élu est un redoutable débatteur, loin d’être naïf, sauf dans une circonscription "en or", mais il n’en existe plus, les électeurs ne sont plus fidèles à un parti donné. Malheureusement, ce n’est probablement pas le cas des membres de la Convention citoyenne qui doivent être plus sincères, mais aussi moins aguerris lorsqu’il s’agit de débattre, si bien qu’ils peuvent plus facilement être influencés par les animateurs ainsi que par les experts. Du reste, comme les jurés peuvent être très influencés (ou pas) par le juge qui anime le jury d’assise.

Avant de passer au fond, continuons aussi sur le plan institutionnel. Pour moi, il y a un véritable court-circuitage des parlementaires à vouloir faire ce genre de Convention. Plus exactement, elle aurait dû être organisée par le Parlement et pas par le CESE. Là est un double biais. Le biais de la responsabilité politique, surtout lorsqu’il s’agit de prendre des mesures sur l’écologie, sujet à la fois important et sensible. Les membres de la Convention ne sont responsables devant personne. Ils peuvent dire ou faire n’importe quoi, on ne leur reprochera rien. Ils n’ont rien à vendre non plus. Cette liberté totale est intéressante mais elle est irresponsable, c’est le problème dans une démocratie.

L’autre biais, je l’ai déjà évoqué il y a déjà plusieurs mois, c’est cette impression qu’Emmanuel Macron considère que le CESE est une troisième chambre parlementaire. Non ! Ce sont des membres nommés et si aujourd’hui, ils sont très heureux de trouver une restauration de leur utilité, je reste toujours dubitatif sur l’intérêt de le maintenir. Ne nous voilons pas la face (même en période de coronavirus) : le CESE n’a été qu’une collection de placards dorés à offrir à des armées d’obligés, que ce soit pour recaser un ministre qui n’a pas pu se faire réélire député, ou à un député sortant dont on chipe la circonscription pour un jeune loup plein d’espoir, ou à un syndicaliste à la retraite, etc. C’est tellement opaque que personne n’est vraiment capable de dire qui et à quel moment en est membre. Pourtant, ils bossent, les membres du CESE, mais quelle est leur légitimité face aux députés et aux sénateurs ?

Je connais l’origine de la grande considération qu’a Emmanuel Macron pour le CESE, elle a pour nom Jean-Paul Delevoye, qui en fut un long Président, et qui fut une pièce maîtresse du dispositif présidentiel d’Emmanuel Macron (par exemple, il a présidé la commission d’investiture aux législatives de LREM, et donc, a eu une influence déterminante sur l’élection d’environ 300 députés !).

Pour faire sortir la parole du "peuple", il y avait d’autres moyens. Emmanuel Macron l’a prouvé avec le grand débat : à cette occasion, les Français (ainsi que les journalistes) ont découvert qu’il existait une Commission nationale du débat public qui avait été créée par Édouard Balladur avec la loi Barnier du 2 février 1995 !

En février 2015, l’Assemblée Nationale aussi avait innové en faisant le premier appel à contributions pour la préparation de la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016. Rien n’empêchait les parlementaires de refaire la même chose sur la transition écologique.

Allain Bougrain-Dubourg (membre du CESE de 2010 à 2020), interrogé par Matthieu Belliard à la matinale d’Europe 1 le 4 octobre 2019, le jour de l’installation de la Convention citoyenne pour le climat, tempêtait : « Je souhaite évidemment la réussite de cette Convention, mais, franchement, nous assistons à une démagogie démocratique surréaliste. Car les questions qui sont posées (…), nous savons déjà comment y répondre ! (…) Si nous voulons agir, nous savons déjà ce que nous devons faire au niveau citoyen, de la collectivité et de l’État. ».

Tandis qu’Emmanuel Macron, le 10 janvier 2020, déclarait aux membres de la Convention : « Les citoyens ont demandé plus de démocratie, ils ne veulent plus être simplement celles et ceux qui respectent les lois. Ils veulent participer. La Convention citoyenne est pour le climat, c’est cela. ». La parole présidentielle a oublié que les citoyens étaient aussi des électeurs et qu’ils ont choisi vers où aller.

Le problème, c’est qu’il y a un malentendu sur la démocratie. Concrètement, si je voulais participer, je n’aurais pas pu, puisque je n’ai pas été tiré au sort, comme 45 millions de compatriotes électeurs (moins 150 !). Pour moi, la démocratie, c’est d’élire des députés pour pouvoir faire la loi à ma place (parce qu’on ne peut pas discuter d’un texte à 45 millions) mais surtout, selon une direction donnée (je vote pour un cap politique entre différents candidats politiques).  Où est la démocratie dans une sorte de panel à peine meilleur qu’à l’issue d’une émission politique pour dire si on a été convaincu ou pas ?

Du reste, dans l’étude d’Adrien Fabre et al. publiée ce mois, une comparaison a été faite entre les membres de la Convention et un échantillon représentatif pour un sondage, et elle a montré que les membres de la Convention était plus "avancés", voulaient aller "plus loin", ce qui était prévisible puisqu’ils sont plus sensibilisés et plus informés. De toute façon, il a été prouvé que les résultats des élections et même des référendums sont très rarement ceux des sondages d’avant campagne.

Pourquoi dépolitiser le débat public est-ce une erreur grave ? Parce qu’il faut une certaine cohérence, la politique de transition écologique doit être cohérente avec la politique budgétaire et fiscale, et aussi avec la politique économique. Le problème des gilets jaunes, c’était qu’on voulait plus de service public et moins de taxes et impôts : ce n’était pas cohérent. La politique, c’est simplement de choisir, de faire des hiérarchies, c’est d’avoir des priorités. Avec ce type de Convention, on dépolitise et surtout, on déparlementarise.

Venons-en au référendum. Emmanuel Macron a proposé qu’éventuellement, certaines mesures pourraient être l’objet d’un référendum. Mais où allons-nous ? Veut-on mettre au référendum par exemple une limitation de vitesse ? Alors que ce n’est même pas du domaine législatif mais réglementaire ? Le référendum, ce n’est pas un questionnaire à questions multiples pour définir son nouvel appartement ou sa nouvelle voiture. C’est une mesure grave, solennelle, sur laquelle le Président de la République s’engage, ou disons, devrait s’engager. On ne convoque pas les électeurs pour la largeur de la route.

J’ai bien compris que le Président de la République voulait réutiliser le référendum pour dire qu’il écoute les Français et c’est vrai qu’à cause de Jacques Chirac, les deux seuls outils de consultation exceptionnelle des Français ont été gelés à cause de deux échecs, la dissolution du 21 avril 1997 et le référendum du 29 mai 2005. Encore faut-il que cela ne rendent pas notre législation folle. Je crois que c’est l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin qui rappelait que le droit au logement avait été intégré dans la Constitution et que cela s’était fait presque unanimement, mais maintenant, c’est très difficile juridiquement à en assumer les conséquences.

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L’une des mesures qui pourrait être mise en référendum, c’est de créer le concept que je considère stupide jusqu’au nom, celui de l’écocide : « adopter une loi qui pénalise le crime d’écocide pour sauvegarder les écosystèmes ». Avec une telle mesure référendaire, je deviendrais vite criminel et je serais condamné à 20 ans de prison …si je jetais un mégot parterre ?? Les textes pourraient toujours définir juridiquement le terme d’écocide, ce serait n’importe quoi et la porte ouverte, notamment aux entreprises (aux industries) vers n’importe quoi, une instabilité juridique beaucoup plus importante que les indemnités des salariés licenciés contestant aux prud’hommes. Et imaginerait-on un avocat pour la vieille planète Terre ? C’est surréaliste et c’est la raison qui marche sur la tête !

Puisque j’y suis, restons-en au fond des 150 mesures (moins une).

La mesure de la semaine de 28 heures de travail hebdomadaire payée 35 heures, dans le but de moins produire et donc, de moins consommer, a été rejetée à peu près par deux tiers de la Convention, car considérée comme irréalisable (ouf). Outre que cette mesure signait son origine très gauchiste, elle était indéfendable sur le plan écologique et même économique : ce n’est pas en produisant moins qu’on consomme moins, c’est typiquement un raisonnement d’avant premier choc pétrolier, d’avant les années 1970, quand il y avait une sous-production et que tout ce qu’on produisait était forcément acheté. Maintenant, le problème, ce n’est pas de produire, mais de trouver des clients, en raison de la concurrence internationale très féroce. De plus, si on veut consommer moins, il faut être logique, 28 heures de travail …payées 28 heures, car c’est l’idée de la décroissance, qui est un peu le contraire de l’idée du rasage gratis des 28 heures payées 35 heures.

À part la mesure clivante de la limitation à 110 kilomètre par heure sur les autoroutes, néanmoins adoptée mais seulement à environ 60%, les 148 autres mesures auraient été adoptées largement, à plus de 80%. C’est donc plutôt une assemblée consensuelle qui est loin d’être représentative de la population française, d’autant plus que quasiment toutes les mesures sont des mesures punitives. Un site sur Internet s’amusait à renommer la "Convention citoyenne pour la taxe" (Contexte). L’économiste Jean-Marc Daniel faisait remarquer le 19 juin 2020 que toutes les mesures étaient contre la liberté.

Le 22 juin 2020, le journaliste Pascal Perri y est allé de son commentaire qui se résume à trois mots : « interdire, taxer, obliger ». Effectivement, quand on lit l’énumération des mesures, cela commence souvent par "interdire…", "taxer…", "rendre obligatoire…", "mettre en place progressivement une obligation…". Bonjour l’écologie transformée en Père Fouettard, comme si c’était le meilleur moyen de mieux sensibiliser nos contemporains alors qu’ils en sont pour l’instant à jeter leur masque covid-19 sur les trottoirs. Si les lois et les règlements actuels étaient respectés, ce serait déjà pas mal.

Plus généralement, les mesures manquent d’originalité et pêchent dans l’obligation sans y mettre un volet d’aide financière. On dit qu’il y a plus de la moitié des Français qui sont propriétaires, cela ne se sent pas dans cette Convention avec deux mesures d’obligation classique : « contraindre les propriétaires occupants et bailleurs à rénover de manière globale d’ici à 2040 » ou encore : « obliger le changement des chaudières au fioul et à charbon d’ici à 2030 dans le neuf et le rénové ». Tout comme : « interdire les centres-villes pour les véhicules les plus émetteurs de gaz à effet de serre ». Bref, les plus riches vont s’en sortir, et la classe moyenne en sera pour ses frais.

J’insiste sur l’aide financière, elle n’est réservée qu’aux « plus démunis », ce qui exclut quasiment tout le monde (les plus démunis sont rarement propriétaires), cela signifie que nous nous retrouverions, si ces deux mesures étaient appliquées, exactement dans la même situation que la taxe sur le carburant avec les gilets jaunes.

Certaines mesures sont déjà applicables (notamment dans les communes), comme : « contraindre les espaces publics et les bâtiments tertiaires à réduire leur consommation d’énergie ». Ou : « créer des vignettes vertes à positionner sur les plaques d’immatriculation pour les véhicules les plus propres et donnant accès à des services particuliers ». Elle existe déjà, cette vignette, les Franciliens le savent puisqu’ils ne peuvent plus rouler dans Paris sans celle-ci.

Autres mesures staliniennes : « interdire toute artificialisation des terres tant que des réhabilitations ou friches commerciales sont possibles dans l’enveloppe urbaine existante » et même : « faciliter les réquisitions de logements et bureaux vacants ». Pour les transports aériens, c’est encore plus bourrin : « taxer davantage le carburant pour l’aviation de loisir », « interdire la construction de nouveaux aéroports et l’extension des aéroports existants », mesure tellement souhaitée qu’ils ne se sont pas aperçu qu’elle a été doublonnée par : « arrêt total des constructions et des agrandissements d’aéroports »… mais j’ai l’impression que ces deux dernières mesures n’ont finalement pas été retenues (?).

Jusqu’à : « organiser progressivement la fin du trafic aérien sur les vols intérieurs d’ici [à] 2025, uniquement sur les lignes où il existe une alternative bas carbone satisfaisante en prix et en temps (sur un trajet de moins de 4 heures ». Là encore, on voit qu’il n’y a aucune logique économique : si le TGV Paris-Montpellier ou Paris-Marseille ou Paris-Bordeaux est abordable financièrement, c’est parce qu’il y a une forte concurrence avec les lignes aériennes intérieures. Quand il n’y aura plus de concurrence, les prix s’envoleront nécessairement puisque la SNCF est surendettée (et la crise sanitaire ne l’a pas aidée).

Mesure anti-économique et même confiscatoire : « Les entreprises qui distribuent plus de 10 millions d’euros de dividendes annuels participeront à l’effort de financement collectif de la transition écologique, à hauteur de 4% du montant des dividendes distribués chaque année. ». D’une part, ce n’est pas comme ça qu’on en finira avec les entreprises manquant de fonds propres. D’autre part, le dividende est une partie du résultat net, lui-même résultat déjà de toutes les taxes et impôts. Cela signifie qu’on taxerait plusieurs fois le même argent (ce n’est pas nouveau avec les droits de succession et de mutation), mais c’est anti-économique, surtout dans une période de crise majeure comme maintenant.

Il y a aussi certaines mesures qui manquent d’anticipation, comme : « supprimer tous les plastiques à usage unique dès 2023 ». Heureusement qu’on pouvait retrouver les bouteilles d’eau individuelles etc., le plastique à usage unique est devenu indispensable avec la pandémie du coronavirus pour éviter la contagion. Comment ferions-nous si ces objets n’avaient pas existé ?

Je pense que la mesure la plus controversée est celle-ci : « réduire la vitesse sur autoroute à 110 kilomètres par heure maximum ». Une petite réflexion à cet égard : cette mesure est demandée depuis des années par le professeur Claude Got, spécialiste de la sécurité routière, mais pas pour des raisons de sécurité routière, c’est là le problème. La limitation à 80 kilomètres par heure sur les routes à une voie se justifiait pour réduire le nombre de morts sur la route. Pas la limitation à 110 kilomètres par heure sur les autoroutes qui engendrent déjà très peu d’accidents mortels (et sont déjà très surveillées par les radars automatiques). Considérer qu’il faut mettre une composante écologique dans les justifications de limitation de vitesse n’a pas beaucoup de sens. On a d’ailleurs prouvé avec le confinement total que la pollution atmosphérique n’avait pas vraiment disparu malgré l’absence de la circulation automobile.

Par ailleurs, j’ai l’intuition que cette mesure particulièrement impopulaire va polariser tout le débat sur les mesures de la Convention et ce n’est pas très malin de leur part car cela risque de discréditer l’ensemble de leurs travaux.

Enfin, il y a des mesures bisounours et gentillettes, comme : « amélioration de la gouvernance territoriale/régionale » ou encore : « accompagner les salariés et les entreprises dans la transition ».

En conclusion, oui, cet exercice (qui n’est pas démocratique mais participatif) est intéressant, ne serait-ce que pour les membres de la Convention eux-mêmes, une expérience inégalable, mais il en ressort des mesures sans originalité, simplement une écologie punitive qui ne permettra pas de faire adhérer la grande majorité des citoyens aux objectifs d’une transition écologique qui doit se faire avec eux et pas contre eux.

Enfin, sur la méthodologie, il est dangereux de vouloir court-circuiter les chambres parlementaires et de créer des chambres tirées au sort qui n’ont aucune légitimité démocratique. Devant cette Convention, Nicolas Hulot expliquait le 15 novembre 2019 son souhait de créer une "chambre du futur" qui verrait certains de ses membres tirés au sort comme ceux de la Convention citoyenne pour le climat. Je suis contre la stochocratie (tirage au sort) parce que je suis pour la démocratie représentative, peut-être le pire des régimes, comme disait Churchill, à l’exclusion de tous les autres.

Pour ma part, si un référendum devait par malheur naître des décombres de cette réflexion "citoyenne", je sais déjà quelle serait ma position… (mais attendons sereinement les questions, je crois au triomphe de la raison).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 juin 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Convention citoyenne pour le climat : le danger du tirage au sort.
Haïti, cauchemars et espoirs.
Erika (12 décembre 1999).
Greta Thunberg, Notre-Dame la Planète (en feu).
Greta Thunberg, future Prix Nobel de la Peur ?
Rapport du GIEC sur les scénarios des émissions de CO2 publié le 8 octobre 2018 (à télécharger).
Rapport de l’IPBES sur la biodiversité publié le 6 mai 2019 (à télécharger).
Emmanuel Macron explique sa transition écologique.
Canicule de juin 2019.
Inondation à Paris.
Épisode de neige.
Circulation alternée.
La taxation du diesel.
L’écotaxe.
Une catastrophe écologique ?
Amoco Cadiz (16 mars 1978).
Tchernobyl (26 avril 1986).
AZF (21 septembre 2001).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.
La COP21.
GIEC : la fin du monde en direct, prochainement sur vos écrans !
Vibrez avec la NASA …ou sans !
Le scandale de Volkswagen.
Le tsunami des Célèbes (28 septembre 2018).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200621-convention-citoyenne-climat.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/convention-citoyenne-pour-le-225318

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/06/22/38386674.html






 

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