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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 06:35

« L’élection présidentielle est un moment formidable de rencontres avec les gens. En fait, c’est le seul moment en politique où l’on vous écoute vraiment. C’est le moment où des millions de gens viennent dans le secret de l’isoloir, ayant réfléchi en conscience et interrogé leurs idées et attentes, peut-être même le côté affectif de ce qu’ils sont, mettre votre nom dans une urne. (…) C’est un moment de rencontre extraordinaire avec la France, quelque chose de profondément passionnant. » (François Bayrou, LCI le 3 janvier 2017).



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À trois mois et demi du premier tour de l’élection présidentielle, la cristallisation des intentions de vote est en train de se faire. La primaire socialiste a été organisée bien trop tardivement pour permettre au candidat qui sera désigné le 29 janvier 2017 de faire une campagne cohérente et audible. L’identité du candidat socialiste fait partie des deux dernières inconnues des candidatures présidentielles, avec l’incertitude de la (quatrième) candidature de François Bayrou.

Cela faisait deux ans que les responsables politiques et les journalistes considéraient comme un acquis la présence de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2017. Pourtant, les exemples récents sont nombreux sur l’incapacité des sondages à prédire l’avenir. Ils ne sont que des photographies très furtives, très figées d’une "opinion publique" qui évolue sans cesse. Une incapacité heureuse puisque cela veut dire que la décision finale se trouve bien dans l’urne et pas dans les sondages.

Et le pire n’est jamais certain ! Pour la première fois, un sondage a donné la possibilité d’une éviction de Marine Le Pen du second tour au profit de l’ancien ministre Emmanuel Macron dont le début de campagne semble produire ses effets (j’y reviendrai). Ce sondage, réalisé les 3 et 4 janvier 2017 par l’institut Elabe pour "Les Échos" et Radio Classique et publié le 5 janvier 2017 (on peut télécharger l’enquête complète ici), a évoqué la possibilité d’un second tour entre François Fillon et Emmanuel Macron.

Rappelons évidemment que ce n’est qu’un sondage et qu’il n’est intéressant que dans ses valeurs relatives, c’est-à-dire, dans les évolutions, pour un même institut de sondages et donc, avec les mêmes méthodes, entre deux instants différents.

Par ailleurs, il faut prendre aussi en compte l’intervalle d’incertitude, et dans les sondages réalisés par les instituts français, cet intervalle est généralement très important pour des raisons de coûts : l’échantillon est particulièrement faible, environ 1 000 personnes sondées au départ (995 exactement pour le sondage cité), mais qui tombe à 600-700 personnes pour celles qui répondent réellement et donnent leur intention de vote.

Ce qui fait apprendre, en lisant attentivement la notice explicative (en tout petit), que pour un résultat donné à 25% d’intentions de vote, l’intervalle d’erreur est de 6,4% ! Cela signifie qu’il y a 95% de probabilité pour que la valeur réelle soit située entre 21,8% et 28,2% ! Quand trois candidats se situeraient à 22%, 24% et 26%, cela voudrait dire que les résultats pourraient être inversés.

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C’est pour cela qu’il faut garder à l’esprit cette extrême prudence dans l’analyse qui suit et que seuls comptent les évolutions, toutes choses égales par ailleurs.

En raison des deux inconnues (candidat socialiste et François Bayrou), le sondage a proposé huit hypothèses. Quatre possibilités pour le nom du candidat socialiste : Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Vincent Peillon. Rien donc sur Sylvia Pinel, François de Rugy ni Jean-Luc Bennahmias dont la notoriété respective est assez faible. Et pour chaque cas du candidat socialiste, la configuration avec ou sans François Bayrou.

Le premier des constats est assez intéressant : quelles que soient les hypothèses retenues, le score de Jean-Luc Mélenchon ne varierait pas beaucoup, autour de 13%-14%. L’absence de François Bayrou lui donnerait 1% de plus globalement et il ferait son meilleur score avec Vincent Peillon.

De même, la performance de Marine Le Pen resterait aussi invariante, autour de 22%-23% (on est loin des 30% des sondages de l’an dernier).

Les intentions de vote pour François Fillon ne changeraient pas beaucoup non plus en alternant les candidats socialistes. En revanche, elles seraient 2% supérieures en cas d’absence de François Bayrou. Ces 2% pourraient faire la différence pour se trouver en tête du premier tour.

Dans l’hypothèse de sa présence, François Bayrou aussi resterait stable en fonction du candidat socialiste, autour de 7%-8%. Ce qui resterait de toute façon très faible pour un candidat qui était monté jusqu’à 18,6% des voix en 2007. Ce serait presque un retour au niveau de 2002 (6,8% des voix).

Marine Le Pen et François Fillon auraient actuellement quasiment le même poids électoral, avec un léger avantage pour François Fillon. Cependant, la performance de Marine Le Pen, qui dans l’absolu varierait peu dans chacune des hypothèses, serait modifiée en relatif selon ces mêmes hypothèses : l’écart entre les deux candidats fluctuerait entre 1% et 4%, ce qui reste peu significatif (il faut se souvenir de l’intervalle d’erreur, de l’ordre de 8%).

Les "petits" candidats testés (Philippe Poutou, Nathalie Arthaud, Yannick Jadot et Nicolas Dupont-Aignan) resteraient également insensibles aux changements d’hypothèse.

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Les évolutions les plus notables portent très logiquement sur le candidat socialiste et, en ricochet, sur Emmanuel Macron dont la réussite va donc probablement dépendre de la configuration finale.

Le candidat socialiste ferait, dans tous les cas, un score ridicule quand on songe qu’il est issu du même parti que le Président de la République sortant : en cinquième, voire en sixième place en cas de candidature de François Bayrou ! Évidemment, on peut imaginer que ce serait un score "plancher" dans la mesure où le candidat socialiste n’aurait pas encore démarré sa campagne et sa désignation dans une primaire (en fonction aussi de la participation) lui apporterait forcément un bond significatif.

Dans les quatre hypothèses socialistes, il semblerait que les capacités électorales de Vincent Peillon soient particulièrement misérables (il ne dépasserait pas 3% !), que celles d’Arnaud Montebourg et de Benoît Hamon soient équivalentes, autour de 6%-7% (Arnaud Montebourg irait jusqu’à 9% sans présence de François Bayrou). Enfin, Manuel Valls, parce qu’il a l’expérience de Matignon et une forte personnalité, resterait le meilleur candidat possible pour le PS, avec au moins des intentions de vote à deux chiffres (12%-13%).

Manuel Valls serait sans doute le candidat socialiste le plus dangereux pour Jean-Luc Mélenchon car ils seraient aujourd’hui, tous les deux, à peu près au même niveau. Tandis que les candidats socialistes supposés de l’aile gauche (et pourtant anciens ministres de Manuel Valls) feraient "doublons" avec la candidature de Jean-Luc Mélenchon qui, lui, semble plus en mesure de rassembler cette partie de l’électorat.

Les intentions de vote pour Emmanuel Macron seraient tributaires de deux autres candidats : l’hypothèse la pire pour Emmanuel Macron serait la présence de Manuel Valls et de François Bayrou, car ils seraient trois à cibler un électorat de centre gauche (dans ce cas, Emmanuel Macron ferait "seulement" 16% des sondés, talonné par Jean-Luc Mélenchon). J’ai écrit "seulement", mais 16% pour Emmanuel Macron dans le cas le plus réduit, c’est déjà pas si mal dans l’échéance majeure de la vie politique pour un inconnu du grand public il y a trois ans.

Dans les hypothèses qui lui seraient le plus favorable, c’est-à-dire sans Manuel Valls ni François Bayrou, Emmanuel Macron pourrait cartonner jusqu’à 24%, talonnant voire dépassant, selon les cas, Marine Le Pen !

Ce sondage révèle une certitude : c’est que la bulle Macron n’a toujours pas éclaté. Cela ne voudrait pas dire qu’elle n’éclaterait pas avant la fin de la campagne. Il faut se rappeler que la bulle Juppé était restée forte pendant deux ans et Alain Juppé n’a dévissé qu’une semaine avant le premier tour de la primaire LR. Ce sera en début février 2017, quand le candidat du PS sera connu, que les évolutions des intentions de vote en faveur d’Emmanuel Macron seront instructives à observer : si le candidat socialiste parvient à se dynamiser, fort de sa légitimité de la primaire, il le fera nécessairement sur le dos non seulement d’Emmanuel Macron mais aussi de Jean-Luc Mélenchon.

Paradoxalement, l’enjeu de la primaire socialiste se place également à droite et à l’extrême droite. L’intérêt de François Fillon et celui de Marine Le Pen seraient de favoriser la candidature de Manuel Valls qui permettraient, par son effet doublon, de brider la candidature d’Emmanuel Macron et d’en réduire la menace au second tour. En revanche, aucun des deux n’auraient intérêt à impliquer leurs sympathisants dans cette primaire car leur intérêt serait aussi que la participation à la primaire PS soit la plus faible possible.

Marine Le Pen aurait aussi intérêt à la candidature de François Bayrou pour réduire les chances d’Emmanuel Macron. En revanche, François Fillon n’y a pas intérêt car François Bayrou lui ferait perdre quelques pourcents qui seraient essentiels dans la perspective du second tour qui, de toute façon, n’est encore acquis pour personne, pas même François Fillon (Philippe de Villiers a même pronostiqué un second tour Emmanuel Macron vs Marine Le Pen).

Le dernier enseignement de ce sondage, c’est de faire le total des intentions de vote pour les trois candidats "de gauche" : Jean-Luc Mélenchon, le candidat socialiste et Emmanuel Macron. Parce qu’ils peuvent ratisser large (de la gauche "radicale" au centre gauche), ils réussiraient à eux trois une belle performance, rassemblant, selon les hypothèses, entre 39% et 45%, ce qui n’est pas négligeable.

Cela montrerait que, si ces trois candidats pouvaient se mettre d’accord pour une seule candidature (ce qui paraît politiquement invraisemblable tant les démarches de Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron sont éloignées l’une de l’autre), leur représentant pourrait se hisser, malgré quelques déperditions de voix, à la première place au premier tour et être assuré d’être présent au second tour !

En conclusion, il ne faut évidemment pas prendre pour argent comptant les données de ce sondage comme de tous les sondages en général. J’insiste sur la prudence à garder à l’esprit. Ce sondage semble être le premier qui indique assez clairement que la présence de Marine Le Pen au second tour n’est pas certaine, même si elle reste probable, qu’Emmanuel Macron fait une suffisamment bonne campagne pour rassembler désormais un électorat qui paraît maintenant en passe de se cristalliser autour de lui, et que François Fillon a besoin de redynamiser sa campagne pour relever son audience qui reste encore beaucoup trop faible.

Dans tous les cas, c’est le peuple qui fait l’élection, et pas les sondages, et c’est un moment particulièrement "magique", comme l’a dit François Bayrou le 3 janvier 2017 sur LCI (voir citation en tête d’article), car c’est le rare moment où la classe politique cherche à écouter le peuple, et réciproquement. Qu’ils en profitent !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 janvier 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sondage Elabe du 5 janvier 2017 (document à télécharger).
Janvier 2017, le tournant ?
Le pire n’est jamais certain.
L’élection présidentielle 2017 vue en mai 2016.
François Fillon.
Emmanuel Macron.
François Bayrou.
Marine Le Pen.
Jean-Luc Mélenchon.
Manuel Valls.
François Hollande.
Primaire socialiste.

_yartiPresidentielle2017A04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170105-sondage.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/presidentielle-2017-janvier-le-188400

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/01/10/34787637.html


 

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