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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 07:51

Dernier 21 avril avant élection présidentielle. Enfin, presque, puisque le premier tour de la prochaine élection présidentielle devrait avoir lieu, selon toute vraisemblance, le 22 avril 2012.

 


yarti21avril01Depuis neuf ans, beaucoup aiment parler du "21 avril". Un peu à l’instar du "18 juin", du "10 mai", du "2 décembre", du "11 septembre". Et pourtant, ne donner qu’une date de l’année sans l’année, c’est un peu comme parler d’un chanteur uniquement par son prénom, comme s’il était le seul à se prénommer ainsi. C’est donner à la date un air faussement familier tout en faisant l’ellipse de l’année.

Personnellement, cette date m’évoque un événement plus personnel qui ne correspond en rien à ce qui serait implicitement évoqué par ceux qui en parleraient.

Ce jour pourrait d’ailleurs tout aussi bien évoquer le 21 avril 1997, date de la dernière dissolution de l’Assemblée Nationale, une décision ubuesque puisque le Président de la République remerciait une chambre qui lui était complètement acquise (une chambre introuvable !) pour mettre à la place une majorité opposée, celle qui soutenait son rival de l’élection présidentielle précédente.

Bon, évidemment, quand on parle du 21 avril, on parle avant tout de 2002, cette élection présidentielle qui a placé en numéro deux au premier tour le leader (vieillissant) du Front national. Ce tremblement de terre électoral avait engendré une vague de rassemblements autour des valeurs républicaines.


Entre sondages et réalité

Cette élection avait promis un second tour entre Président et Premier Ministre sortant, comme en 1988, mais avec une légère avance sur le Premier Ministre. Pourtant, jamais un Premier Ministre en exercice n’a été élu au suffrage universel direct en France. Jamais : ni Jacques Chirac en 1988, ni Édouard Balladur en 1995, ni donc Jospin en 2002.

On a alors accusé les sondages d’avoir dit n’importe quoi. Je ne dis pas pour les journalistes, mais les sondages ne s’étaient pas vraiment trompés. Ils donnaient certes plutôt Jospin devant Le Pen, mais leur marge d’incertitude était de plus ou moins 2% et il y avait seulement quelques pourcents d’écart entre les deux hommes.

Lionel Jospin a perdu. Il s’est pris une défait cuisante, c’est vrai. Mais en politique, il n’a pas été le seul : Jacques Chaban-Delmas en 1974, Valéry Giscard d’Estaing en 1981, Jacques Chirac en 1988, Édouard Balladur en 1995 ont pris aussi une leçon magistrale. En 1988, l’échec a été si fort que Jacques Chirac a hésité pendant une année. Il se demandait s’il poursuivrait sa quête présidentielle.

Lionel Jospin a perdu, mais en mauvais joueur. Il n’était pas si âgé qu’il fallait qu’il prît une retraite immédiate. D’autant plus qu’il voulait présider le pays pendant cinq ans. On imagine mal l’empereur abandonnant ses troupes. Ce renoncement, cet abandon, c’était la face cachée de cet orgueil démesuré que tout "animal politique" cultive avec son entourage.


Un argument contre le pluralisme électoral

Mais pourquoi ressasse-t-on encore ce 21 avril 2002 alors que près de deux quinquennats ont coulé sous les ponts de Paris ? Parce que c’est une arme de dissuasion inégalable. Une arme à tirer sur toutes les candidatures périphériques.

Et qui est-ce que j’appelle candidature périphérique ? En gros, ceux que les sondages ne donnent pas présents au second tour. En clair, tous les présidentiables qui ne s’appelleraient pas Dominique Strauss-Kahn, Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen. Je cite Nicolas Sarkozy malgré une descente qui continue dans les sondages (on se demande d’ailleurs comment il peut descendre encore autant en étant déjà si bas), car comme Président sortant, il a toujours un avantage déterminant.

En résumé, si vous vous présentez en plus, on va vous dire que vous mettez un coup de pied dans la fourmilière préprésidentielle déjà bien établie et que vous risquez de faire un "21 avril" ou (selon que ce soit à gauche ou à droite), un "21 avril à l’envers". En clair, de ne pas avoir le représentant d’un des deux partis de gouvernement au second tour. On ne dit pas d’ailleurs si la présence d’un candidat centriste ferait un "21 avril". Probablement pas, vu le précédent de 1969.

Comme s’il n’y avait que deux partis en France. Plus le "diable", évidemment. Une variante au parti unique, somme toute : les deux partis uniques, un peu à l’américaine.

Conclusion, il y a des chances que le FN gagne de nouvelles voix d’électeurs qui ne s’estiment pas représentés par les deux-là, justement. Et d’aboutir à cette "vingt et un avrilisation" si crainte.


Causes de l’échec de Lionel Jospin en 2002

Et comment se base-t-on pour savoir si vous êtes un candidat périphérique ou pas ? Eh bien, par les sondages, pardi ! ceux qui se trompent. Ou plutôt, ceux qu’on ne sait pas lire. Quand il y a 3% d’écart entre deux candidats, le candidat qui a de l’avance pourrait être très bien, au moment du sondage, derrière le candidat qui a le retard.

Certes, le risque qu’une multitude de candidats puissent profiter à certaines tendances politiques est réel. Pourtant, en 2002, l’échec de Lionel Jospin n’était dû ni à Noël Mamère, ni à Jean-Pierre Chevènement, ni à Christiane Taubira (qui soutient aujourd’hui Arnaud Montebourg), ni à Robert Hue même si le total de leurs voix auraient grandement contribué à hisser Lionel Jospin au premier tour (Jacques Chirac était confronté, lui aussi, à de nombreuses candidatures de son côté). Son échec, il ne vient que de lui-même, de son incapacité à comprendre que les électeurs ont encore envie de rêver, et qu’ils supportent mal le manque d’humilité.

La preuve, c’est qu’en 2007, il y avait trois candidats trotskistes, deux candidats écologistes et une candidate communiste, et cela n’a pas empêché la candidate socialiste, Ségolène Royal de faire 25,9%.


Les conséquences néfastes d’une popularité élevée

On peut imaginer que la forte popularité des uns fera la chance des autres. En effet, une bonne popularité anéantit (par le jeu narcissique) toute autocritique. Et si cette popularité est basée sur le silence, alors, le risque est grand de la perdre quand on commence à l’ouvrir, à s’engager, à prendre position pour ou contre, à prendre des risques finalement. Le flou, cela permet de ne pas cliver mais il y a bien un moment où il va falloir s’exprimer.

De même, un candidat qui n’a pas d’argent, qui n’a pas de relais d’élus, de militants dans chaque département, dans chaque canton, dans chaque commune, il va être très handicapé même s’il est populaire dans les sondages. Un candidat qui n’a jamais été candidat, il n’a pas forcément compris qu’une campagne, c’était éprouvant physiquement et psychologiquement. Cécile Duflot n’a, par exemple, pas osé y prendre part car elle semble ne pas vouloir y soustraire sa vie.


Les Français évoluent rapidement

Malgré la lecture à faire des sondages, ils ne sont pas tout puisqu’ils ne font que photographier un instant donné l’opinion publique très fluctuante. En 2007, François Bayrou a réussi à passer de 7% à plus de 18% en trois mois, mettant même en difficulté Nicolas Sarkozy car ce dernier aurait été battu par lui dans l’hypothèse d’une confrontation au second tour.

Au même titre que le FN ne représentait guère 10% avant Noël 2010 et vaut maintenant plus de 15% (voire 17-18%) au niveau national.

Jacques Chirac doit aussi se rappeler qu’en novembre 1994, il ne "valait" que 14% et qu’il a réussi à battre Édouard Balladur donné pourtant imbattable.

Bref, tout peut encore bouger et rien n’est statique. Les exemples sont nombreux de retournement comme une crêpe de l’électorat.


Et en 2007 ?

Pourquoi n’y a-t-il pas eu de "21 avril" en 2007 ? Tout simplement parce que Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou ont fait, tous les trois, une très bonne campagne. Au contraire de Jacques Chirac et de Lionel Jospin en 2002.

Le risque de "21 avril" est donc directement imputable aux capacités des "grands candidats" en jeu à entraîner l'électorat. Et à personne d’autre. Ni au nombre de candidats autour d’eux, ni aux dissidences, ni aux dommages collatéraux d’éventuelles primaires.


Et s’il n’y avait aucun risque en 2012 ?

Pourtant, ce risque pourrait être très facilement évitable. Il suffirait qu’une candidate ne puisse pas se présenter car elle n’aurait pas les cinq cents signatures nécessaires d’élus locaux.

Une campagne va d’ailleurs immanquablement se développer d’ici quelques mois pour protester contre ce filet que le paternel n’avait pas réussi à gravir en 1981 (au contraire de 1974). Il y aura du bruit médiatique, des sondages qui vont progresser, et à la fin, les signatures auront été au rendez-vous. Sans surprise.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 avril 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les grands candidats.
Jospin.

Chirac.

Le Pen.


yarti21avril02


 

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/arme-de-dissuasion-presidentielle-92646

 

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-284

 

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commentaires

Meriau 21/04/2011 16:35



 


Sur ce thème, on peut lire aussi :


le 21 avril, ce qu’en disaient  les députés en 2002 .
Extraits des  débats de l’Assemblée présentés « comme un chemin de croix » ;
http://karlcivis.blog.lemonde.fr/2011/04/19/le-%c2%ab-21-avril-%c2%bb-%e2%80%a6-comme-un-%c2%ab-chemin-de-croix-%c2%bb/


 



Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


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