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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 04:19

Manuel, Benoît, Arnaud, Vincent, Sylvia, François et Jean-Luc sont dans un bateau qui tangue et qui n’est pas loin de couler. Où il est question de désigner un nouveau capitaine de pédalo. Premier épisode.



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Le premier débat télévisé entre les sept candidats à la primaire socialiste a eu lieu ce jeudi 12 janvier 2017 en direct sur TF1 et RTL, en collaboration avec "L’Obs". L’occasion, pour les moins connus, de se faire connaître et pour les plus connus, de présenter leur vision politique. Il y a eu 3,8 millions de téléspectateurs, ce qui n'était pas très important.

Soirée de tempête pour ce débat qui a pris la même forme que les débats de la "primaire de la droite et du centre" d’il y a deux à trois mois.

Le PS est divisé profondément et ce débat l’a encore démontré. Il y a la ligne "réformatrice" qui considère qu’il faut encourager les entreprises, seules créatrices d’emploi, et est plutôt dans une logique de l’offre : Manuel Valls, Sylvia Pinel et François de Rugy, qui assument leur soutien au Président François Hollande (de même que Jean-Luc Bennahmias, inclassable, lui). Il y a une ligne plus à gauche, qui préfère une logique de la demande : Benoît Hamon.

Quant à Arnaud Montebourg, il se situe un peu entre ces deux lignes, militant du "made in France", défenseur des entreprises françaises tout en voulant se faire aimer des salariés. Vincent Peillon, lui, est ailleurs, théoricien sans projet concret, multipliant poncifs et clichés, à la fin de ses beaux discours, on ne sait toujours pas ce qu’il veut vraiment faire et ce qui le distingue des autres.

Parmi les sujets de discussion, la loi Travail et cette belle expression, souvent employée par les protagonistes mais jamais expliquée, la fameuse "hiérarchie des normes" qu’il faudrait, selon certains, rétablir… (il s’agit de savoir quel accord domine l’autre : accord d’entreprise, accord de branche, et code du travail).

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Je retranscris ici quelques réflexions personnelles sur ce débat qui était assez posé et d’assez bonne tenue politique. Je note en écoutant les commentateurs que je n’ai vraiment pas dû assister au même débat.

Petit rappel sur les débats de la "primaire de la droite et du centre" : au soir de chaque débat d’avant premier tour, tout le monde s’ingéniait à dire qu’Alain Juppé avait surpassé tous les autres candidats. Moi, au contraire, j’avais trouvé qu’il avait été plutôt médiocre et j’avais trouvé très convaincant, bien que peu communiquant, les trois prestations de François Fillon. Stupeur en écoutant les commentateurs avant ce débat socialiste : ils ont réinventé leurs propres commentaires de l’époque en disant qu’Alain Juppé avait raté ses débats !…

J’ai donc l’impression de revivre ce même phénomène provenant de l’influence amplifiée des sondages sur les commentaires et les analyses (remarquons également qu’on invite de moins en moins de "politologues" et de plus en plus de …"sondeurs" !).


Benoît Hamon

Manifestement, j’ai trouvé que Benoît Hamon, dont je me sens très éloigné des idées, a largement dominé ce débat. Pourquoi ? Parce qu’il a clairement exposé son programme (il en a un vrai, lui), calmement, de manière factuelle, sans chercher à faire de la petite polémique politicienne, sans chercher à avoir une posture. Il est en plein dans le contenu politique, exactement comme François Fillon pendant la campagne de la primaire LR.

Cela ne dit pas, évidemment, si Benoît Hamon sera désigné candidat socialiste, mais il peut profiter d’un vent favorable, aidé par une forte mobilisation militante grâce à sa longue expérience d’apparatchik du PS.

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Parmi les points qui le distinguent le plus de ses concurrents, il y a le revenu universel que soutient Benoît Hamon. Mesure très coûteuse budgétairement (de l’ordre de 400 milliards d’euros), qui correspond à un véritable choix de société, soutenu souvent par l’aile gauche de la gauche mais dont l’idée originelle provient paradoxalement d’économistes libéraux, comme Jacques Marseille.

Pour s’aider d’un argument d’autorité, Benoît Hamon a cité Michel Rocard qui avait mis en œuvre le RMI. C’est assez habile de sa part alors que Michel Rocard était avant tout le mentor de Manuel Valls.


Manuel Valls

L’ancien Premier Ministre Manuel Valls n’a pas hésité, non plus, comme Benoît Hamon, à s’aider d’un mort : François Chérèque, qui a été partisan d’un partenariat syndicat/État pour faire progresser la législation sur le travail.

Assez crispé et peu souriant, Manuel Valls, qui était à peu près le seul vrai présidentiable des candidats présents, a répété à plusieurs reprises qu’il avait l’expérience de l’État, qu’il était présent aux conseils de sécurité, en tant que Ministre de l’Intérieur ou que Premier Ministre, qu’il savait ce qu’était diriger l’État, avec ses difficultés, avec ses secrets aussi (il a ainsi reproché implicitement à François Hollande d’avoir trop parlé à des journalistes sur la manière de défendre le peuple français contre le terrorisme).

La position de Manuel Valls était délicate car son début de campagne a complètement déboussolé ses fidèles et a été tourné en dérision par ses adversaires. Au cours de ce débat, il s’est retrouvé égal à lui-même, certes clivant mais ne cherchant pas une synthèse qu’il serait bien incapable d’atteindre.


Arnaud Montebourg

L’ancien ministre Arnaud Montebourg aura du mal à faire oublier son renoncement à la vie politique entre 2014 et 2016 au profit d’un groupe économique privé. Il a le verbiage agaçant des avocats qui aiment s’écouter parler. Il était toujours dans la posture et en faisait trop, notamment lorsqu’il a voulu faire croire qu’il portait attention aux ouvriers.

Cela ne signifie pas qu’il n’a pas une vision à apporter, mais il reste plus dans la posture que dans les propositions concrètes. Dans son programme, il a pour objectif de ramener le chômage à …6,1% de la population active. Pourquoi un objectif si précis au dixième de pourcent près ? Impossible de savoir. Cette précision est une preuve de l’inconsistance de son programme. Lui-même Ministre de l’Économie n’a su que faire croître le chômage à 10%. Comment compte-t-il "infléchir la courbe" ? À part des phrases revendicatives comme "J’ai un plan de bataille contre le chômage". Certains l’ont trouvé convaincant. Moi, pas du tout !

Incompétent sur le régalien, Arnaud Montebourg a clairement confondu la police de proximité et les renseignements généraux lorsqu’il a critiqué la suppression par Nicolas Sarkozy des …"renseignements de proximité" !


Vincent Peillon

L’idéologue du lot. Comme lorsqu’il était Ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon ne vit pas sur la même planète. Il a exprimé quelques idées intéressantes, il les a bien exprimées, mais à la fin, on ne savait toujours pas ce qu’il compterait faire en cas de désignation.

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Par exemple, il a dit vouloir garder le dispositif du CICE, mais avec des contreparties. Comment imposer des contreparties aux entreprises ? Ce n’est pas les aides qui déterminent les recrutements, mais un marché, des commandes, un contexte économique que l’État ne peut qu’accompagner. Et puis, il faut bien le rappeler, des promesses d’embauche n’ont jamais été des embauches fermes. Ce sont deux choses très différentes. Pas d’efficacité, et de la bureaucratie en plus, donc de la lourdeur supplémentaire.

Il a peut-être quelques compétences en philosophie, mais apparemment, pas en histoire puisqu’il a assuré que les socialistes étaient ceux qui, dans l’histoire, avaient mis en œuvre les plus grandes réformes sociales… sans voir la contradiction avec ce qu’il avait dit quelques minutes auparavant ; il avait rappelé que la sécurité sociale était l’œuvre du CNR ! Sylvia Pinel s’est permise de parler plutôt de la gauche républicaine en rajoutant le parti radical dans les inspirations sociales de la IIIe République, et pas exclusivement les socialistes.


Sylvia Pinel

Sylvia Pinel est la nouvelle président du Parti radical de gauche, ancienne Ministre du Logement. Elle vient d’avoir 39 ans et a derrière elle déjà deux mandats de député. C’était une proche collaboratrice de l’actuel ministre Jean-Michel Baylet.

Elle a déjà un mérite, celui d’être une femme dans un monde particulièrement masculin. Elle est d’essence libérale tant pour les sujets de société que pour l’économie. Elle s’est considérée de gauche et combattait le candidat François Fillon. Son programme présenté le 5 janvier 2017 a l'air cohérent.

Elle a trop appris par cœur son introduction et sa conclusion, si bien qu’il y a eu l’impression d’une sorte de récitation énoncée de manière un peu scolaire. Elle a su néanmoins montrer sa réactivité au cours du débat, refusant de se laisser enfermer dans des petites cases.


François de Rugy

François de Rugy est l’ancien président du groupe écologiste à l’Assemblée Nationale, devenu vice-président de l’assemblée après la dissolution de ce groupe pour cause de dislocation des écologistes (il fait partie de la branche hollandiste au même titre que les nouveaux sous-ministres Barbara Pompili et Jean-Vincent Placé, ce dernier soutient cependant Manuel Valls). Ancien adjoint de Jean-Marc Ayrault à la mairie de Nantes.

Au cours de ce débat, il a paru assez décevant alors qu’il est généralement bon en communication. Visiblement crispé, sans aucune sourire, il a voulu se prendre au sérieux avec un air presque arrogant. Son programme n’apparaît pas vraiment dans la cohérence.


Jean-Luc Bennahmias

Au contraire de son collègue écologiste François de Rugy, Jean-Luc Bennahmias, ancien secrétaire national des Verts et ancien du MoDem, était, lui, tout sourire. Un clown presque, un vrai rigolo ! Lui ne se prenait tellement pas au sérieux qu’il a réussi à dérider spontanément un Manuel Valls très tendu en plaisantant sur le discours de Ségolène Royal sur Fidel Castro (lui parlait de Roland Castro !).

Souvent en train de se balancer derrière son pupitre, Jean-Luc Bennahmias est venu presque les mains dans les poches, sans programme, sans préparation sérieuse, comme s’il avait juste besoin d’une petite caisse de résonance pour faire écho à ses idées.

On rapporte que durant ce quinquennat, il a été reçu par François Hollande plus souvent que certains ministres et qu’il a toujours été ménagé par l’Élysée. Sa participation à la primaire PS avait pour but de défendre le bilan de François Hollande, mais finalement, le Président ne s’est pas représenté pas et la candidature de Jean-Luc Bennahmias a donc une utilité réduite.


Les prochains débats

Trois débats sont organisés sur une courte période de huit jours. Le prochain débat aura lieu sur BFM-TV et i-Télé le dimanche 15 janvier 2017 à 18 heures 00, et le dernier avant le premier tour sur France 2 le jeudi 19 janvier 2017 à 20 heures 30. Ces débats rapprochés font un peu l’impression d’être dans une sorte de jeu de téléréalité avec la même règle que le maillon faible…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 janvier 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Premier débat de la primaire socialiste du 12 janvier 2017.
Jean-Christophe Cambadélis.
La primaire socialiste de janvier 2017.
L’élection présidentielle vue en janvier 2017.
François Hollande.
Emmanuel Macron.
Jean-Luc Mélenchon.
Manuel Valls.
Arnaud Montebourg.
Benoît Hamon.
Vincent Peillon.
Programme de Manuel Valls (à télécharger).
Programme de Benoît Hamon (à télécharger).
Programme d’Arnaud Montebourg (à télécharger).
Programme de Vincent Peillon (à télécharger).
Programme de François de Rugy (à télécharger).
Programme de Jean-Luc Bennahmias.
Programme de Sylvia Pinel (à télécharger).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170112-primaire-ps.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/primaire-ps-2017-benoit-hamon-au-188493

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/01/13/34797334.html

 

 

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