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2 avril 2026 4 02 /04 /avril /2026 04:53

« Aujourd'hui, on est à un moment très important de notre histoire (…). Il faut absolument arriver à générer un sursaut civique. (…) Nous avons (…) un projet puissant pour que la France soit respectée, que la France soit indépendante, que la France soit gagnante. » (David Lisnard, le 31 mars 2026 sur France 2).




 


Ça m'apprendra à partir à la pêche et à vouloir attraper un poisson dans mon filet. En ces temps incertains où le monde est à l'envers, le trouble à l'endroit et les imprévus prévisibles, il fallait évidemment compter sur l'idée que la réalité pouvait rattraper l'imagination, on dit d'ailleurs souvent que la fiction dépasse la réalité. Nous sommes dans le Monde selon Trump, et Donald Trump est lui-même, à lui tout seul, un gros poisson. Alors, là, David Lisnard m'a pris de court. Il a fait sa déclaration de candidature à l'élection présidentielle la veille au soir du jour où j'ai proposé qu'il le fît. En pensant que c'était un poisson.

C'est cela, la dégradation de nos institutions. C'est de penser que tous les jours, une personnalité politique (ou pas politique), aussi estimable soit-elle, puisse faire une déclaration de candidature à la Présidence de la République. Comme on fait du jogging le matin ou qu'on se brosse les dents. Mince ! L'Élysée, c'est quand même le sommet de l'État, la magistrature suprême, on peut quand même garder un peu de sacré dans notre vie politique et arrêter de vouloir sans arrêt être le calife à la place du calife. Surtout quand on se réclame du gaullisme.

Bref, David Lisnard est donc bien candidat. J'avais souligné le paradoxe de vouloir être un candidat électron libre et réclamer depuis un certain temps l'organisation de primaire ouverte à droite. Mais l'ambition, c'est ce qui reste quand on se lime trop souvent les dents. Une candidature est irrésistible. Le jour de gloire... ou l'heure de gloire... même pas, la minute de petite gloire alors. La déclaration de candidature de David Lisnard a eu le même impact médiatique que celle de Jérôme Guedj. Une curiosité. Dans le sens des cabinets de curiosités.

D'ailleurs, Léa Salamé (elle, c'est la star et elle le sait) lui a réservé seulement la fin de son journal de 20 heures, pas de quoi en faire la une (et même pas annoncé en début de journal). Ce mardi 31 mars 2026, sur France 2, David Lisnard n'a donc eu droit qu'à cinq petites minutes pour dire qu'il voulait diriger la France, pays de 69 millions d'habitants, pendant cinq ans.


Sa démission de LR, il l'a actée après son entrevue avec Bruno Retailleau : « Je quitte LR parce que LR n'a pas quitté tout simplement ses ambiguïtés et la Macronie, c'est aussi simple que cela. ». Il a critiqué la confiance à François Bayrou, la suspension de la réforme des retraites alors qu'il faudrait la retraite par capitalisation, il a critiqué aussi la participation peu claire de LR au gouvernement de Sébastien Lecornu (à moitié à l'intérieur, à moitié à l'extérieur).

Rejetant l'esprit des appareils de parti (alors que paradoxalement il a créé son propre parti, Nouvelle Énergie), le maire de Cannes a rappelé son origine professionnelle : « Moi, vous savez, je viens d'un monde simple, je viens d'un monde du petit commerce où on est habitué à être responsable de ses actes. Quand on gagne, on gagne. Quand on perd, on perd. ». On comprend d'où vient son discours sur la liberté et la responsabilité, les deux thèmes de campagne du RPR pour les élections législatives du 16 mars 1986.


David Lisnard a confirmé sa candidature à l'élection présidentielle au détour d'une question de Léa Salamé, pas vraiment formellement : « Ça veut dire qu'il faut porter ce projet, et qu'en France, sous la Cinquième République, cela ne peut passer que par la présidentielle. Et c'est cette proposition-là, cette proposition du terrain, cette proposition du pays réel que je voudrais faire entendre. (…) Donc je suis candidat ! ».

Dubitative, la journaliste vedette a mis en doute sa volonté d'aller jusqu'au bout. Serait-ce une candidature de témoignage ? La réponse, c'est son projet :
« Évidemment, je n'ai pas la notoriété d'autres, mais je travaille depuis des mois et des mois avec Nouvelle Énergie. On a beaucoup de gens qui nous rejoignent. On a des propositions extrêmement fortes qui ne sont pas du tout extrémistes mais qui sont radicales, qui vont à la racine des choses. (…) Je porte une projet libéral, sécuritaire, éducatif et scientifique. ».

 


La question à dix balles de Léa Salamé (la tarte à la crème pour les "candidats de droite"), c'est la potentielle alliance avec le RN. David Lisnard a répondu avec conviction. Au premier tour le 15 mars 2026, il a gagné à Cannes (à 81,1%) contre une liste du RN (11,7%) et contre une liste de gauche (7,2%) : « J'ai battu le RN très fortement, et la gauche, aux municipales. Je crois que l'on peut, en France, apporter une proposition qui redonne de l'espérance, notamment à notre jeunesse. Donc, si je devais aller au RN, je serais au RN. Je n'y suis pas. Ils se sont présentés contre moi. Je les ai battus. Et j'espère effectivement avoir une force d'attraction (…). ».

S'il a convaincu sur ses relations avec le RN, David Lisnard n'a pas vraiment convaincu sur l'offre qu'il vient de proposer aux Français pour le débat présidentiel de 2027. À quoi servira-t-il, à part de faire-valoir au candidat du RN, le seul susceptible aujourd'hui d'être certain d'être présent au second tour de l'élection présidentielle ?

D'abord, il a adopté une forme très ringarde, le 20 heures à la télévision, alors que cette ancienne grand-messe journalistique est désormais désertée par la majeure partie de la population. Sur la forme, son discours n'est pas très attrayant et ne sort pas des sentiers battus. De plus, son manque de notoriété pourrait être un obstacle à l'originalité de son programme.

Ensuite, ce qu'il a réussi à faire à Cannes, ce qui est effectivement admirable (ne serait-ce que mettre le RN à moins de 12%), n'est pas un argument pour qui veut gouverner la France entière : Cannes n'est pas représentative de la population française, et de loin. Même s'il y a des quartiers populaires, Cannes reste le symbole d'une ville spectacle, des paillettes de son festival de cinéma, d'une succession de personnalités privilégiées dans les hôtels de luxe... loin de la réalité de la France périphérique qui se lève tôt pour travailler et qui a à peine de quoi se payer l'essence pour se rentre au travail.

Enfin, les mesures chocs qu'il souhaite introduire dans le débat public sont loin d'être populaires (ce qui est tout à son honneur et à son courage). Au contraire, elles sont très impopulaires, comme le programme présidentiel de François Fillon en 2017. David Lisnard veut réformer le système des retraites pour introduire la capitalisation : qui le veut ? David Lisnard veut supprimer 600 000 postes de fonctionnaires : qui le veut ? David Lisnard veut mettre la France sous cloche sécuritaire : qui le veut ? Etc.

Le temps de campagne sert à convaincre, c'est vrai. Mais David Lisnard n'aura pas compris la France s'il n'a pas compris que le mot libéralisme est un gros mot pour la plupart des Français. S'il parvenait à faire comprendre à une majorité d'électeurs que le principal outil de la redistribution, c'est d'abord le profit des entreprises, pour qu'elles puissent prospérer et apporter leur part à la solidarité nationale, ce serait déjà un grand pas de pédagogie politique et j'applaudirais. À ce titre, il rejoint complètement, quoi qu'il veuille l'admettre, l'obsession du Président actuel Emmanuel Macron qui voulait faire de la France un start-up nation. Et finalement, il y a réussi, la France reste le pays européen le plus attractif économiquement. Mais alors, quelle sera la valeur ajoutée de David Lisnard ?



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er avril 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
David Lisnard.
Dossier de presse de Nouvelle Énergie (document .pdf à télécharger).
David Lisnard, poisson lui-même !
Christine Lagarde.
Quand VGE poussait Pinay.
Bruno Retailleau.
Amélie de Montchalin.
Rachida Dati, candidate... à quoi, au fait ?
L'heure de Rachida Dati.
Laissez tranquille la vie privée de la ministre !
La Bataille de Paris.
L'audiovisuel public.
Michel Barnier.
Dominique de Villepin.
Nicolas Sarkozy.
Valéry Giscard d'Estaing manque beaucoup à la vie politique française.
Édouard Philippe sera-t-il le 9e Président de la Ve République ?
Sébastien Lecornu.
Olivier Marleix.
Séance publique de l'Assemblée Nationale du mardi 25 novembre 2025 (verbatim).
Hommages et complotisme.
Un choc violent.
Jean-François Humbert.
Daniel Hoeffel.

De Gaulle.
Le retour de Michel Barnier.
La censure de Michel Barnier.
Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !

L'échec du mélenchonisme municipal.
L'échec des insoumis à Grenoble.
Alain Peyrefitte.
Le diplomate académicien du gaullisme triomphant.
De Gaulle et les communistes.
Laurent Duplomb.
Charles Pasqua.
De Gaulle et la Chine.
La sagesse inattendue du faucon.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260402-lisnard.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/david-lisnard-est-bien-candidat-267933

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/04/01/article-sr-20260402-lisnard.html


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