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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 07:27

Jean-Marie Le Pen, le père du Front national, n’est jamais à une ou deux petites phrases scandaleuses près. La dernière à propos de Patrick Bruel semble avoir creusé pour la première fois un fossé entre père …et fille. Retour sur ses flagrants délires. Première partie.


yartiLePenPere09Nouveau pavé dans la mare. Le 6 juin 2014, le président d’honneur du Front national a fustigé Guy Bedos, Yannick Noah, Madonna et Patrick Bruel, et, en évoquant ce dernier, a déclaré : « On fera une fournée la prochaine fois ! » ("Journal de bord" n°366, vidéo hebdomadaire du FN qui a été supprimée du site).

Des déclarations qui ne sont pas très éloignées de celles prononcées il y a presque trente ans, le 26 octobre 1985 : « Je dédie votre accueil à Jean-François Kahn, à Jean Daniel, à Yvan Levaï, à Elkabbach, à tous les menteurs de la presse de ce pays. Ces gens-là sont la honte de leur profession. Monsieur Lustiger me pardonnera ce moment de colère, puisque même Jésus le connut lorsqu’il chassa les marchands du temple, ce que nous allons faire pour notre pays. » (fête bleu blanc rouge au Bourget).

Sa fille présidente du FN qui, contrairement à lui, voudrait exercer le pouvoir, a dû immédiatement éteindre le feu du pyromane pour garantir sa respectabilité : « Je suis convaincue que le sens donné à ses propos relève d’une interprétation malveillante. Il n’en demeure pas moins que, avec sa très longue expérience qui est celle de Jean-Marie Le Pen, ne pas avoir anticipé l’interprétation qui serait faite de cette formulation est une faute politique dont le Front national subit les conséquences. Si cette polémique peut avoir une retombée positive, c’est celle de me permettre de rappeler que le Front national condamne de la manière la plus ferme toute forme d’antisémitisme, de quelque nature que ce soit. » ("Le Figaro" du 8 juin 2014).

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Le même jour, Le Pen père avait pourtant fait ce communiqué qui pourrait viser notamment sa fille : « Le mot "fournée" que j’ai employé dans mon journal de bord hebdomadaire n’a évidemment aucune connotation antisémite, sauf pour des ennemis politiques ou des imbéciles. ».

Jean-Marie Le Pen est maintenant un vieillard qui va atteindre les 86 ans le 20 juin prochain, mais il ne fait nul doute qu’il a gardé tout son esprit et son habileté. Ancien député élu à l’âge de 27 ans avec la vague poujadiste (le 2 janvier 1956), il fut élu constamment député européen depuis le 17 juin 1984 et en particulier réélu ce 25 mai 2014 pour un nouveau mandat de cinq ans (il aura 91 ans à la fin de ce dernier mandat !).

Régulièrement, Jean-Marie Le Pen lance des phrases à scandale. Il en a sorti de nombreuses à son actif. En voici quelques-unes notables.

Le 28 février 1983, il a évoqué l’arrestation du nazi Klaus Barbie, le boucher de Lyon, en ces termes : « C’est une affaire bassement électorale. ».

Le 14 mars 1984, il a harangué ses militants en provoquant la haine et même, de véritables appels au meurtre. Quand il a dit : « Badinter ? », la salle a répondu : « Juif ! ». Le Pen : « Lustiger ? », la salle : « À morts les Juifs ! ». Le Pen : « Madame Veil ? », la salle : « Au four crématoire ! » (meeting du FN à la Mutualité).

Le 6 mai 1987, il a parlé des malades du sida, maladie qui revient comme un leitmotiv dans ses propos : « Les sidaïques, en respirant du virus par tous les pores, mettent en cause l’équilibre de la Nation. (…) Le sidaïque (…), celui-là, il faut bien le dire, est contagieux par sa transpiration, ses larmes, sa salive, son contact. C’est une espèce de lépreux, si vous voulez. » ("L’Heure de Vérité" sur Antenne 2).

Le 2 juin 1987, il a montré toute l’étendue de sa galanterie à propos d’une jeune ministre : « Madame Barzach ramasse les plumes et se les plante où  je pense. » (séance à l’Assemblée Nationale).

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Le 13 septembre 1987, il a provoqué le plus grand scandale : «Je suis passionné par l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Je me pose un certain nombre de questions. Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. Je n’ai pas étudié spécialement la question. Mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. (…) Si, c’est un point de détail ! Voulez-vous me dire que c’est une vérité révélée à laquelle tout le monde doit croire, que c’est une obligation morale ? (…) Il y a eu beaucoup de morts, des centaines de milliers, peut-être des millions de morts juifs et aussi des gens qui n’étaient pas juifs. Je suis étonné de devoir, à chaque émission de télévision et de radio, répondre à des questions qui prennent une forment inquisitoriale. (…) Je dis qu’il y a des historiens qui débattent de ces questions. » ("Grand Jury" sur RTL). Propos qui ont été renouvelés le 5 décembre 1997 aux côtés de l’ancien Waffen SS Franz Schonhüber : « Dans un livre de mille pages sur la Seconde Guerre mondiale, les camps de concentration occupent deux pages et les chambres à gaz dix à quinze lignes, ce qui s’appelle un détail. » (conférence de presse à Munich). Quelques jours après son émission sur RTL, le 18 septembre 1987, il avait évoqué l’explosion de la bombe nucléaire sur Hiroshima le 6 août 1945 de manière tout autant provocatrice : « Un détail de l’histoire aérienne de la guerre. ».

Le 20 janvier 1988, il a insulté une personne défunte en la calomniant : « Des Français comme les Oussekine, on peut s’en passer (…). On se souvient de la mort du petit casseur gauchiste nommé Malik Oussekine. Malgré son état de santé lamentable, il n’avait pas hésité à attaquer en pleine nuit les forces de police chargées du maintien de l’ordre. » (Journal du FN varois).

Le 1er juin 1988, il a agité le chiffon de la peur de l’autre : « Voter socialiste, cela signifie que d’ici dix à quinze ans, la mairie de Marseille sera dirigée par un Maghrébin. » (meeting électoral à Marseille).

Le 2 septembre 1988 (deux mois avant la mort de son bras droit Jean-Pierre Stirbois), il s’en est pris à un ministre centriste : « Monsieur Durafour et Dumoulin, obscur ministre de l’ouverture dans laquelle il a d’ailleurs immédiatement disparu, a déclaré : "Nous devons nous allier aux élections municipales, y compris avec le Parti communiste, car le Parti communiste, lui, perd des voix tandis que l’extrême droite ne cesse d’en gagner". Monsieur Durafour-crématoire, merci de cet aveu ! » (université d’été du FN au Cap d’Agde).

Autre ministre d’ouverture, Lionel Stoléru fut interpellé par Jean-Marie Le Pen le 5 décembre 1989 en lui demandant s’il avait la « double nationalité » au cours d’un duel télévisé sur la Cinq animé par Jean-Claude Bourret. Lionel Stoléru lui demanda alors : « Laquelle ? » et Jean-Marie Le Pen de répondre : « Je ne sais pas, je vous demande. ». Stoléru : « Non, je suis français. » en précisant : « Être juif, ce n’est pas une nationalité. Jusqu’à présent, c’est une religion. ». Le Pen : « Parfait, sinon j’aurais été un peu gêné. ». Peu avant, Lionel Stoléru lui avait expliqué que pour réprimer le travail clandestin, il avait organisé des descentes de police : « Sur ce problème du travail au noir, j’ai moi-même organisé des descentes dans le Sentier, des opérations coup de poing. », et Jean-Marie Le Pen lui a répondu : « Vraiment ? Vous pourriez faire une rafle, c’est le cas de le dire ! ».

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En janvier 1990, Jean-Marie Le Pen a précisé sa philosophie générale : « L’établissement, qu’il s’agit de renverser par une révolution de salut public, désigne la classe politique qui impose aujourd’hui son pouvoir. Les droits de l’Homme sont les tables de la Loi. Il a ses évangiles selon saint Freud et saint Marx. Il a son clergé, ses architectes et ses maçons. Son lieu de culte, le Panthéon républicain, ses rites, il prêche la morale. Le Front national a pour devoir d’assurer le retour des vraies élites, après avoir dépouillé la société française des corps parasitaires qui l’enserrent et l’asphyxient. (…) Ainsi advient-il, dans l’histoire des sociétés, des élites décadentes, des oligarchies coupées du peuple qu’elles avaient pour mission de servir et qu’elles ont trahi au bénéfice de leurs privilèges. (…) Nous nous proposons de dépouiller la société française des corps parasitaires qui l’enserrent et l’asphyxient. Il est logique que, de ce fait, les mass media du système veuillent étouffer le cri du peuple que nous exprimons contre l’établissement. La claque est au service de qui la paie. » (mensuel "Identité" : "Déstabiliser l’établissement").

Le 2 décembre 1990, il a lancé une nouvelle campagne d’affichage du FN (qui fut interdite par la justice le 22 janvier 1991) : « D’ardentes campagnes basées sur le sigle SIDA vont être menées partout. Ce sigle veut dire : S comme socialistes, gaspilleurs et destructeurs ; I comme immigration tiers-mondiste ; D comme délinquance, désordre, décadence ; A comme affaires, car les scandales politico-financiers sont devenus le pain quotidien honteux du système. » (conférence de presse citée par l’AFP).

Toujours obsédé par le nazisme, le 18 mars 1991, Jean-Marie Le Pen rumina : « Les politiciens internazis, corrompus et hypocrites du PS, et au premier rang François Mitterrand (…), ne se contentent pas de détrousser l’État et les citoyens. ».

Le 26 février 1995, il a commenté la mort du lycéen Ali Ibrahim, assassiné dans le dos quatre jours auparavant par des colleurs d’affiches du FN, ainsi : « Il s’agit d’un drame de l’autodéfense (…). Je le considère comme une victime ainsi que ceux qui se trouvent impliqués dans cette affaire, victimes de l’atmosphère qui règne dans ces banlieues (…). Ce genre d’événement arrive toujours trois ou quatre jours avant que je ne sois appelé à m’exprimer sur un grand média. ». Le 18 avril 1995, il a récidivé sur la mort d’Imed Bouhoud, assassiné par des skinheads au Havre : « Un simple dérapage ! ».

Le 21 juin 1995, il s’en est pris à Patrick Bruel alors que le FN venait de gagner les municipales à Toulon : « Toulon devra se passer des vocalises du chanteur Benguigui, qui a décidé de ne pas honorer ses contrats. Je ne crois pas qu’on en mourra à Toulon (…). Ces jappements de chiots mal lavés n’empêcheront pas le FN de continuer son action politique en faveur des Françaises et des Français, traités comme des parias dans leur propre pays. ».

Le 7 août 1995, il aurait prôné la violence comme action politique : « Je ne crois pas que nous pourrons gagner par les urnes. Il va falloir utiliser les armes. Je vous conseille à tous, dès la rentrée, de vous inscrire dans un sport de combat : la violence évite parfois de longs discours. » (université d’été du FN, selon un jeune militant qui a quitté le FN mais la réalité de ces propos a été fermement démentie par le FN).

Le 20 avril 1997, il a voulu montrer sa (supposée) bonne foi en jouant faussement le candide : « Que faut-il que je fasse pour ne pas être raciste ? Épouser une Noire ? Avec le sida, si possible ? » (cité dans "Le Monde").

Le 12 janvier 2005, il a soutenu : « L’Occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine, même s’il y eut des bavures, inévitable dans un pays de cinq cent cinquante mille kilomètres carré. » ("Rivarol"). Propos qu’il a confirmés le lendemain : « C’est vrai (…). Si on compare l’Occupation allemande de la France avec l’occupation d’un certain nombre d’autres pays européens, proportionnellement, c’est en France que celle-ci a été la moins douloureuse. » (RTL).

Le 20 février 2007, il a exprimé son empathie pour les chasseurs avec son mauvais goût habituel de la formule : « Dans le Marais de Paris, on peut chasser le chapon sans date d’ouverture ou de fermeture, mais dans le marais de Picardie, on ne peut chasser le canard en février. » (congrès de la Fédération nationale de la chasse).

Le 4 avril 2008, il est revenu une énième fois sur les crimes nazis : « Je ne me sens pas obligé d’adhérer à cette vision-là. Je constate qu’à Auschwitz, il y avait l’usine IG Farben, qu’il y avait quatre-vingt mille ouvriers qui y travaillaient. À ma connaissance, ceux-là n’ont pas été gazés en tout cas. Ni brûlés. » (mensuel "Bretons" n°32 publié le 24 avril 2008).

Le 21 février 2012, il s’est justifié à propos de ses fréquentations douteuses : « Oui, je ne suis pas chargé de traquer les criminels de guerre désignés par l’opinion publique, moi. Quand je vais quelque part, j’essaie de m’informer et j’essaie de m’informer le plus directement possible. Et en effet, rencontrer Karadzic, c’était une manière de se renseigner. » (iTélé).

Le 4 juillet 2013, il a décrit ainsi les "Roms" : « Vous avez quelques soucis, paraît-il, avec quelques centaines de "Roms" qui ont dans la ville une présence urticante et disons …odorante. » (meeting à Nice). Il les avait décrits déjà le 22 septembre 2012 d’une manière aussi peu flatteuse : « Les "Roms" volent naturellement, comme les oiseaux. »" (université d’été du FN à La Baule).

Enfin, le 20 mai 2014, l’avant-dernier en date, il a donné sa solution pour résoudre le problème de la démographie en Afrique : « Monseigneur Ebola peut régler ça en trois mois ! » (à Marseille). Le lendemain, il s’est enfoncé en voulant se dédouaner : « Moi, je suis un adversaire résolu de tout ce qui touche à l’intégrité des populations, mais on n’y peut rien. Je ne maîtrise pas ces phénomènes, j’essaie de voir quels vont être les équilibres de demain que nous devons prendre en compte. (…) Comme les guerres nucléaires ou internes, [le virus Ebola] est de nature à modifier cette évolution [démographique], qui en elle-même, est catastrophique. » (conférence de presse à Valence).

Ce court aperçu n’est évidemment pas exhaustif de tous les dérapages lepéniens, et on se demande s’ils sont mûrement réfléchis ou le résultat d’une spontanéité qui donne mesure du fond réel de sa pensée. Toutes ces polémiques lui ont valu une activité judicaire très intense accompagnée parfois de condamnations et même de périodes d'inéligibilité.

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Pense-t-il vraiment ce qu’il dit lorsqu’il lâche les petits scandales tout au long de sa très longue carrière (plus de cinquante-huit ans !) ? Ces nombreuses polémiques provocatrices ont-elles pour objectif de faire parler de lui ? Ou veut-il seulement se faire plaisir avec des bons mots douteux ? Est-ce une stratégie personnelle pour éviter une trop grande ascension électorale d’un parti qui a atteint un niveau record aux dernières européennes ? Il vient de se rendre compte à ses dépens que le FN qu’il avait fondé le 5 octobre 1972, qui était son bébé, un ramassis de groupuscules d’extrême droite, lui échappe de plus en plus depuis la succession de sa fille, le 16 janvier 2011, qui voudrait tant changer l’appellation en rassemblement bleu marine (elle aussi est abonnée aux tendances égocentrées).

Le FN et Jean-Marie Le Pen ont intrinsèquement la même philosophie politique. Parfois, elle s’est exprimée de manière plus crûe, en fonction des personnalités qui ont adhéré à ce parti. Dans le programme du FN pour les élections législatives de juin 2002, il est ainsi clairement posé : « Le cinéma est un art à part entière qui est né en France (les frères Lumière) et s’y est particulièrement épanoui : le Front national s’honore d’avoir compté dans ses rangs un des plus grands metteurs en scène français, Claude Autant-Lara. ».

Et justement, parlons de Claude Autant-Lara (1901-2000). Il a été élu député européen sur la liste menée par Jean-Marie Le Pen le 15 juin 1989 pour présider la première séance de la nouvelle assemblée en juillet, en tant que doyen (le FN avait l’habitude de faire élire à la proportionnelle les doyens des assemblées élues) pour démissionner ensuite. En septembre 1989, il avait doctement expliqué : « [Simone Veil] devrait s’occuper de sa cuisine, ce serait beaucoup mieux… Que vous le vouliez ou non, elle fait partie d’une ethnie politique qui essaie de s’implanter et de dominer. Oh ! Elle joue de la mandoline avec ça [les camps d’extermination]. Mais elle en est revenue, hein ? Et elle se porte bien… Bon, alors quand on me parle de génocide, je dis : en tout cas, ils ont raté la mère Veil ! (…) La gauche actuelle [est] dominée par la juiverie cinématographique internationale, par le cosmopolitisme et par l’internationalisme. (…) Oui, évidemment, [je suis pour le révisionnisme]. Quand on regarde les choses d’un peu près, on voit bien qu’on est bourré d’histoires, de mensonges… Auschwitz… Le génocide, on n’en sait trop rien. Le prétendu génocide… (…) N’est pas génocide qui veut ! » (interview dans le mensuel "Globe").

Le cinéaste était coutumier de telles déclarations, puisque le 18 novembre 1983, il avait spontanément raconté : « La guerre a provoqué le départ de nombreux cinéastes qui gagnèrent les États-Unis. Il y avait des places vacantes dans les studios. L’Occupation, ce fut le bon temps, je ne crains pas de l’affirmer. Les Allemands nous avaient délivré de l’influence détestable des Américains. » (interrogé par la presse en marge d’un colloque sur Stendhal à Lausanne).

Que Marine Le Pen le veuille ou non, le parti que son père a fondé et qu’elle préside depuis trois ans a une longue histoire, sulfureuse, et quand ses grandes références culturelles se montrent autant antipatriotes qu’un Claude Autant-Lara, heureux de la débâcle de la France, on a le droit de douter de la sincérité des dernières déclarations de la députée européenne qui fut élue une troisième fois pour rien (son inactivité au sein du Parlement Européen n’est pas très efficace dans la défense de la nation française)…

Je reviendrai dans un autre article sur l’une de ses premières véritables prestations dans un grand média public, qui a été diffusée en septembre 1982.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 juin 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Marine Le Pen et la faiblesse de ses arguments.
Se désister quand le FN est au second tour ?
Front républicain ?
La ligne Buisson écartée définitivement.
Syndrome bleu marine.
Le FN et son idéologie.
Les élections législatives partielles de 2013.
Le choc du 21 avril 2002.
Marine Le Pen candidate.

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  http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-marie-le-pen-des-flagrants-153128

 

 

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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 07:07

Refusant la discussion avec Martin Schulz, l’un des poids lourds des élections européennes du 25 mai 2014, la chef du FN a finalement montré sa légèreté programmatique face à un interlocuteur méthodique et …calme.


yartiMLP2014A01Depuis trois ans qu’elle est préside le Front national, on ne pourra vraiment pas dire que Marine Le Pen est victime d’un ostracisme dans les grands médias nationaux. Pour preuve, ce jeudi 10 avril 2014 sur France 2 où elle était encore l’invitée principale de la très longue émission de David Pujadas "Des paroles et des actes".


La forme

Comme dans son habitude, David Pujadas est assez peu perspicace pour poser ses questions, au contraire d’un Jean-Jacques Bourdin beaucoup plus incisif. Il serait même plutôt dans le genre Michel Drucker, prêt à aider son interlocuteur en cas de panne.

Quant à elle, Marine Le Pen était toujours égale à elle-même. Toujours à parler fort, sur un ton tellement élevé qu’elle en avait perdu sa voix à la fin de l’émission. Toujours à couper ses interlocuteurs à la limite de l’impolitesse. Toujours à botter en touche, à faire diversion, à parler de l’interlocuteur au lieu de son message, à rester uniquement dans les idées générales, à surfer sur une vague plus ou moins démagogique, à ne jamais préciser ses slogans.

Après tout, c’est son droit et apparemment, ce genre de comportement semble porteur vis-à-vis d’un électorat en pleine errance. Mais il ne faudra alors pas qu’elle se chagrine des réactions qu’elle peut provoquer, comme ce constat assez ironique du journaliste Daniel Schneidermann le matin du 11 avril 2014 : « C’est boulevard Le Pen, sur France 2. Des paroles et des actes n’est pas une émission, c’est un jeu vidéo, où Super Marine, des heures durant, pulvérise les bananes, dézingue les boucliers, et gagne des vies. Bing bing bing. Écrabouillés Saint-Cricq, Lenglet, Lamassoure, et le petit nouveau, le président du club de rugby de Toulon, Mourad Boudjellal, à qui la châtelaine de Saint-Cloud balance froidement sa montre à 150 000 euros. Comme tous les jeux vidéo, tout est fait pour créer l’addiction, et ça pourrait bien ne jamais s’arrêter. ».


Des ratés dans le moteur

Pourtant, Daniel Schneidermann a dû louper la fin de l’émission, car Marine Le Pen n’a pas été au top de sa forme ce jeudi soir.

La cause ?
Yann Galut, qui a 48 ans.

Yann Galut a remplacé au pied levé le Président du Parlement Européen, Martin Schulz, candidat social-démocrate à la Présidence de la Commission Européenne, qui devait débattre avec Marine Le Pen. Cette dernière, bien trop prudente, avait préféré décliner ce type de confrontation. C’est sûr, hors de l’Hexagone, l’ancienne candidate à l’élection présidentielle n’a plus beaucoup d’assurance.

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Au point même d’avouer qu’elle est souvent absente du Parlement Européen. Députée européenne depuis juin 2004, de nouveau candidate le 25 mai 2014, elle a même pris le temps de justifier intellectuellement son manque d’assiduité : par son absence, elle refuse de participer aux institutions européennes qu’elle combat.

Et puis, vous comprenez, je n’ai pas le temps, je dirige un grand parti national à Paris, j’ai eu aussi une campagne présidentielle qui m’a pris du temps. Personne pour lui dire : bien, mais alors, madame, démissionnez donc de votre siège de députée européenne, ne soyez pas candidate pour une fonction que vous exécrez, que vous négligez. Encore de la cuisine politicienne, encore de l’alimentaire du portefeuille. Marine Le Pen, décidément, est loin d’être hors du système.

Mais revenons à Yann Galut.


Yann Galut

Qui est Yann Galut ? Il y aurait plusieurs manière de le présenter. Je vais le faire très succinctement. Yann Galut est député socialiste de Bourges et d’après David Pujadas, il a eu l’occasion d’aller sur ce plateau de télévision parce qu’il a dirigé un livre sorti cette année contre le FN : "Le guide anti-FN" (éd. Librio Flammarion).

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Yann Galut n’est pas un inconnu dans le paysage politique. Très jeunes, il a milité dans les mouvements étudiants et antiracistes : à l’UNEF-ID (Union nationale des étudiants de France) en 1984 et à SOS-Racisme en 1987. Il fut permanent à la FIDL (Fédération indépendante et démocratique lycéenne) en 1988 (pourtant, il n’était plus lycéen), tout comme la future ex-ministre Delphine Batho. Il était également responsable international de SOS-Racisme aux côtés de Harlem Désir, et a intégré en 1992 le bureau national du MJS (Mouvement des jeunes socialistes), sous la direction de Benoît Hamon. Après ses études, en 1996, il est même devenu l’avocat de SOS-Racisme.

Son engagement électoral a commencé en mars 1995 avec sa participation à la liste municipale du maire sortant Jean-Claude Sandrier (PCF) battue par le député Serge Lepeltier (RPR). Mais deux ans plus tard, en juin 1997, ce fut la revanche ; il fut élu député de Bourges, battant le nouveau maire Serge Lepeltier (futur ministre), et est devenu ainsi le plus jeune député de France, à 31 ans. Avec l’échec de Lionel Jospin, il a perdu sa circonscription en juin 2002 et n’a pu la regagner qu’en juin 2012 avec l’élection du Président François Hollande.

Proche du mouvement altermondialiste ATTAC, luttant contre l’évasion fiscale au point d’enquêter sur l’exil fiscal de l’acteur Gérard Depardieu, défendant les étrangers en situation irrégulière de l’église Saint-Bernard à Paris, Yann Galut a créé au sein du PS une cellule de riposte argumentaire contre le FN sous le nom "La gauche forte".


Duel sur l’Europe

Le débat entre Marine Le Pen et Yann Galut était d’autant plus intéressant sur l’Union Européenne que tous les deux avaient voté non au référendum du 29 mai 2005.

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Sur la forme, Yann Galut a adopté un style très "soft", tout en douceur, aucune invective, pas de paroles déplacées, aucun haussement de voix, aucun anathème. Juste des arguments. Juste des questions. En face de lui, il n’y a eu qu’une personne qui ne répondait pas à ses questions, qui lui coupait sans cesse la parole, qui ne l’écoutait pas.

Yann Galut a attaqué Marine Le Pen sur trois sujets.

Le premier, c’est que la mise d’un place d’un protectionnisme, même différencié (en fonction de la situation de la concurrence en France), n’aiderait en aucune manière les entreprises françaises à renforcer leur compétitivité. Au contraire, elles seraient alors obligées d’acquérir leurs matières premières importées de manière bien plus coûteuse.

Le deuxième, c’est que la sortie de l’euro, sans évoquer la dette publique qui s’envolerait mécaniquement, augmenterait automatiquement le prix de l’essence d’au moins 20% et aurait un effet désastreux tant sur les ménages que sur la compétitivité des entreprises françaises.

Enfin, le troisième sujet, c’est que le FN n’a aucune position vraiment arrêtée sur la politique économique à suivre. Issu d’une doctrine ultralibérale professée par Jean-Marie Le Pen, s’étant réclamé de Ronald Reagan et ayant prôné la suppression pure et simple de l’impôt sur le revenu (il est très utile de relire les programmes des années 1980), le parti de Marine Le Pen propose aujourd’hui des mesures de droite dans le sud de la France et des mesures de gauche dans le nord de la France, en fonction de la sociologie de son électorat potentiel, montrant une évidente démagogie.

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À tout cela, Marine Le Pen n’a pas su répondre de manière très convaincante. Elle s’est même emmêlée les arguments qu’elle ressort habituellement, déstabilisée par le ton direct mais très calme de Yann Galut, confondant les droits de douane qu’elle voudrait réinstaurer et la sortie de l’euro qu’elle ne cesse pas de réclamer (deux choses complètement différentes).

Quand Yann Galut lui a demandé de préciser concrètement les propositions du FN, Marine Le Pen a été incapable de lui répondre, restant toujours dans le flou général, parlant de sujets périphériques comme le scrutin proportionnel. Du reste, le gouvernement de Manuel Valls reste dans le même flou artistique lorsqu’il s’agit de trouver 50 milliards d’euros d’économie.


Combattre par les arguments et pas par l’anathème contreproductif

Je ne connaissais pas le député Yann Galut, sans doute qu’en lisant sa notice biographique, j’aurais eu des réticences à lui trouver beaucoup de considération car j’ai toujours de la méfiance vis-à-vis d’élus qui n’ont jamais connu que des appareils de mouvements politiques ou syndicaux. Mais je dois bien reconnaître que les propos de Yann Galut ont été très percutants.

En effet, contrairement à une sorte de diabolisation qui ne fait que victimiser le FN, Yann Galut s’attaque au fond du discours, montre l’aspect soit creux (vide de réalité concrète, seulement des slogans efficaces), soit très nuisibles aux intérêts français (notamment aux entreprises).

Marine Le Pen a cru qu’elle aurait plus de facilité à débattre avec un député de base sans notoriété nationale qu’avec une grande pointure européenne (Martin Schulz). Si les deux journalistes qui ont suivi Yann Galut dans l’émission, Anne Fulda et Hervé Gattegno, n’ont pas semblé percevoir ce désappointement de Marine Le Pen, restant sur l’impression initiale de dynamisme et de force, les téléspectateurs attentifs auront compris la vacuité du discours de FN, censé seulement prendre des voix sans s’occuper de définir concrètement ce qui conviendrait à l’intérêt national de la France.

C’est en prenant une à une chaque mesure proposée par le FN et en les démontant, car elles sont démontables, que Marine Le Pen sera mise à nu. C’est ce travail pédagogique que la plupart des opposants au FN, et en particulier ceux du PS, n’ont jamais voulu réaliser, soit par paresse, soit par machiavélisme, préférant cogner, mais de manière contreproductive car ce sera toujours plus mollement que leur adversaire.

C’est pour cette raison que je salue la démarche argumentaire du député Yann Galut, qui a misé sur la réflexion et la raison.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 avril 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Marine Le Pen candidate.
Les propositions de Manuel Valls.
Martin Schulz.
François Hollande à tâtons.
Programme du FN.
Le syndrome bleu marine.
L’enjeu des élections européennes 2014.

yartiMLP2014A05


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/marine-le-pen-destabilisee-par-150585

 

 

 

 

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 07:05

Avec autant de communes dont on renouvelle le conseil municipal, il y a toutes les situations possibles et imaginables. L’une d’elle s’est répétée pour dix-neuf d’entre elles : la liste du FN a pris la première place au premier tour et serait bien placée pour l’emporter au second. Les réactions du PS et de l’UMP sont très différentes à cette nouvelle situation qui montre que les électeurs, dans leur majorité, pensent que le FN est devenu un parti comme les autres.


yartiFNfocus01Le dépôt des listes pour le second tour des élections municipales est clos depuis mardi 25 mars 2014 à 18h00. Officiellement, il y aura dimanche prochain 566 duels, 986 triangulaires, 207 quadrangulaires et même 16 pentangulaires parmi les villes de plus de 1 000 habitants.

Le premier tour des élections municipales du 23 mars 2014 a été un véritable coup de semonce pour le Parti socialiste et le pouvoir en place. Il est peu probable que le second tour infirme cette tendance, d’autant plus que la publication des dernières statistiques sur le chômage le 26 mars 2014 a confirmé la situation désastreuse de l’emploi qui empire plus que jamais (31 500 demandeurs de plus en février par rapport à janvier 2014 : la courbe a dû inverser l’inversion).


Un enjeu national pour les électeurs

Comme prévu, même si les spécificités locales doivent être prises en compte (un bon maire est relativement récompensé par ses électeurs, un maire clientéliste également), les tendances sont avant tout nationales : forte abstention chez les électeurs socialistes, et très forte mobilisation des électeurs du FN. Ces deux éléments ne sont pas corrélés mais renforcent l’effondrement du PS.

La preuve, c’est que le FN se retrouve parfois largement en tête dans certaines communes, dépassant le PS mais aussi l’UMP. Parfois, ce sont des listes de la gauche plus radicale, écologiste ou opposées au PS qui ont fait de beaux scores, comme à Grenoble mais aussi à Paris, même à Nantes ou à Lille. Ce sont des bastions socialistes qui sont mis en difficulté : Niort ("tombée" dès le premier tour avec la grande victoire d’un radical), Grenoble (l’absence d’accord entre les deux listes de gauche va probablement faire gagner les écologistes), et même Lille où Martine Aubry a quelques difficultés à maintenir son autorité.


Le FN présent partout, et surtout dans le Nord-Pas-de-Calais et le quart Sud-Est

L’un des enseignements, c’est que le FN n’est plus le parti d’avant 2011. Il est devenu, dans l’esprit des électeurs, un parti comme les autres, à combattre ou à soutenir, mais pas différent des autres. Dans les 585 villes de plus de 1 000 habitants (seuil à partir duquel l’élection se fait par listes bloquées sans panachage) où le FN a présenté des listes, une liste FN a gagné dès le premier tour (Hénin-Beaumont), et 323 listes FN se sont qualifiées pour le second tour (ont donc obtenu plus de 10%) avec une moyenne générale de près de 15% des suffrages (soit moins que le score de Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle du 22 avril 2012).

Les listes du FN ont obtenu, dans 110 villes, plus de 20% des voix (dans 22 villes, plus de 30%) et parfois, pour 19 d’entre elles, se sont hissées à la première place de l’offre municipale : Angles (20,8%), Armentières (20,6%), Aubagne (20,6%), Aurec-sur-Loire (27,2%), Avignon (29,6%), Bagnols-sur-Cèze (24,4%), Barr (20,7%), Beaucaire (32,9%), Billy-Montigny (26,9%), Boulogne-sur-Mer (21,6%), Brignoles (37,1%), Bruay-la-Buissière (36,8%), Béziers (44,9%), Carcassonne (21,9%), Carmaux (22,9%), Carpentras (34,4%), Carros (21,5%), Carvin (35,2%), Cavaillon (35,7%), Chaumes-en-Brie (23,4%), Chauny (20,2%), Châlons-en-Champagne (20,5%), Cluses (31,4%), Cogolin (39,0%), Corbas (25,0%), Cuers (23,0%), Digne-les-Bains (27,7%), Dourges (20,7%), Draguignan (22,7%), Dunkerque (22,6%), Échirolles (20,9%), Ensisheim (26,7%), Étréchy (22,3%), Forbach (35,8%), Frontignan (29,7%), Fréjus (40,3%), Gignac-la-Nerthe (20,3%), Givors (20,8%), Grasse (21,1%), Graulhet (28,6%), Harnes (20,1%), Hayange (30,4%), Istres (29,1%), L’Hôpital (24,0%), La Ciotat (23,8%), La Seyne-sur-Mer (26,3%), Le Luc (36,9%), Le Muy (27,6%), Le Passage (20,6%), Le Pontet (34,7%), Le Teil (21,9%), Le Val (20,8%), Lens (20,0%), Les Andelys (28,2%), Lunel (24,5%), Lézignan-Corbières (25,4%), Mainvilliers (22,2%), Mantes-la-Jolie (21,7%), Marseille (les quatre derniers secteurs respectivement 25,6%, 25,9%, 32,9% et 27,6%), Maubeuge (20,6%), Mauguio (20,5%), Menton (22,4%), Mer (22,1%), Metz (21,3%), Meulan (20,1%), Milhaud (23,5%), Monteux (25,0%), Montigny-en-Gohelle (28,9%), Mouy (24,9%), Mulhouse (21,9%), Mèze (21,6%), Neuville-en-Ferrain (21,5%), Nogent-sur-Seine (20,0%), Noyon (28,3%), Nîmes (21,7%), Oraison (27,2%), Outreau (25,5%), Perpignan (34,2%), Pierrelatte (21,9%), Pont-Sainte-Maxence (28,3%), Pontault-Combault (25,2%), Pégomas (24,9%), Rambervillers (21,5%), Saint-Germain-lès-Arpajon (20,0%), Saint-Gilles (42,6%), Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (21,0%), Saint-Priest (22,0%), Saint-Sulpice (20,0%), Savigneux (20,6%), Sin-le-Noble (23,7%), Six-Fours-les-Plages (29,5%), Soissons (22,1%), Tarascon (39,2%), Tonneins (23,6%), Trèbes (22,1%), Unieux (24,7%), Vallauris (21,0%), Valréas (36,1%), Vauvert (32,6%), Vedène (32,7%), Vierzon (20,5%), Villeneuve-Saint-Georges (26,1%), Villeneuve-sur-Lot (26,0%), Villers-Cotterêts (32,0%), Vitrolles (24,4%), Vitry-le-François (23,7%) et Viviers (22,2%).

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Ces scores très élevés sont parfois réalisés par des têtes de liste complètement inconnues dans la commune (comme à Avignon), ce qui renforce l’hypothèse d’une motivation des électeurs sur les seuls enjeux nationaux. Remarquons par ailleurs que dans la ville où le FN a démarré son aventure électorale en septembre 1983, à Dreux, le FN n’a recueilli que 13,5%.


Comment réagir face à cette situation électorale ?

La question se pose alors pour les autres partis de savoir que faire lorsque la liste du Front national est arrivée en première position et susceptible de l’emporter au second tour, plutôt à la majorité relative qu’à la majorité absolue, grâce à la présence de trois listes ou plus.

Le choix du PS a été assez clair : désistement des listes PS arrivées en troisième position (sauf pour celle de Patrick Mennucci dans un secteur de Marseille, nécessairement s’il veut continuer à concourir pour la mairie) et soutien implicite à la liste UMP (arrivée en deuxième position). C’est la stratégie du "front républicain".

Le choix de l’UMP a été aussi très clair, et curieusement, dès la soirée du premier tour, n’a pas donné lieu à des discussions entre ses responsables (peut-être que la ligne Buisson est définitivement écartée). Elle est celle-ci : aucun accord entre UMP et FN, aucun soutien au FN, mais pas de désistement quand la liste UMP arrive en troisième position derrière celle du FN et du PS. C’est la stratégie du "ni ni" (ni PS, ni FN). En fait, concrètement, quand aucune liste UMP, centriste ou divers droite n’est présente au second tour, l’UMP a choisi de faire barrage au FN, ce qui, implicitement, signifie le soutien à la liste de gauche.

Ces lignes sont donc très différentes et malgré quelques accrocs à gauche (en particulier à Béziers), elles ont été respectées. Le plus étonnant, sans doute, est le respect de la ligne UMP par tous les protagonistes des 323 communes où le FN est encore en lice. Les digues ont tenu. Cela dément toutes les supputations dont le PS accuse régulièrement l’UMP.

Seules deux communes ont réalisé la fusion entre une liste soutenue par l’UMP et une liste FN arrivée après elle, Villeneuve-Saint-Georges (pour faire barrage à la maire communiste sortante), et L’Hôpital (en Moselle), mais dans ces deux cas, il ne s’agit pas de listes UMP mais seulement divers droite qui ont par conséquent perdu le soutien de l’UMP pour le second tour.


Le FN, un parti "différent" ?

Le PS et l’UMP se rejoignent en considérant le FN comme un adversaire. Mais l’UMP le considère comme un parti adversaire au même titre que les autres partis qui ne font pas partie d’une alliance avec elle. Alors que le PS a gardé une notion morale différente, mettant le FN sur un autre plan que ses autres partis adversaires.

Pourtant, il y a une véritable schizophrénie au PS de considérer le FN comme un parti qui ne mériterait pas d’avoir des élus mais de le laisser agir normalement comme un autre parti. Au pouvoir depuis deux ans, et après dix-sept ans d’exercice du pouvoir depuis 1981, le PS avait mille possibilités de dissoudre le FN s’il le considérait comme n’étant pas un parti comme les autres (professant la haine des étrangers par exemple). Mais il ne l’a pas fait. Il est maintenant prouvé que François Mitterrand, au contraire, cherchait à encourager le développement médiatique et électoral du FN à partir de début 1984 pour rendre plus difficile le retour au pouvoir du centre droit.

Mais la réalité électorale est pourtant sans complaisance : elle montre que le PS est bien plus victime du FN que l’UMP ne l’est. Deux preuves : le 21 avril 2002Lionel Jospin est évincé du second tour au profit de Jean-Marie Le Pen, et les différentes élections législatives partielles de 2013 et ces élections municipales de 2014 qui montrent que souvent, dans le jeu à trois, le FN est fort quand le PS est faible et que le PS est souvent en troisième position derrière l’UMP et le FN (même à Marseille !).

Il est sûr qu’en cas de triangulaire, ne pas se désister risquerait de laisser la situation du premier tour se reproduire au second, à savoir, lorsque le FN est en tête au premier tour, favoriser sa victoire au second tour. Mais c’est malgré tout mal comprendre le comportement des électeurs qui ne sont pas forcément fidèles à leur vote d’un tour sur l’autre.

Se désister, c’est croire que les électeurs de la liste qui se désiste vont se reporter mécaniquement sur la liste voulue, mais rien ne confirme cela. Le second tour des élections législatives du 17 juin 2012 montre au contraire que les électeurs ne sont pas du tout influencés par les consignes de vote entre les deux tours. Heureusement d’ailleurs, chaque électeur est libre et n’appartient à aucun parti ni aucun candidat (sauf pour les encartés).


Inefficacité du front républicain

Je crois ainsi que le désistement est une stratégie complètement contreproductive. S’il s’agit de contrer le FN sur le terrain électoral, il ne faut pas réduire l’offre électorale.

1. D’une part, le désistement conforte l’argument massue anti-système qu’utilise à longueur de débats le FN, à avoir l’UMPS, l’UMP égale le PS, tous ces partis se valent, et sont pourris. Pourtant, il est palpable qu’il y a de grandes différences entre l’UMP et le PS (et pas seulement sur le mariage gay), et que dire du FN qui, loin d’être antisystème, profite à fond du système ? Jusqu’à des rentes de situation depuis trente ans au sein d’une institution européenne alors qu’ils sont contre le principe même de la construction européenne (imaginez De Gaulle prendre sa retraite comme sénateur après 1969 !).

2. D’autre part, cela focalise nécessairement le débat sur pour ou contre le FN. C’est la seule chose qu’attend le FN, qu’on parle de lui, qu’on le victimise, qu’on l’ostracise pour pouvoir ensuite dire qu’il est seul contre tous, et donc, qu’il serait le seul à proposer enfin la bonne solution. Qu’importe que les candidats du FN (à quelques exceptions près) soient particulièrement incompétents et ignorants du mandat et de la collectivité où ils se portent candidats, l’intérêt, c’est de renforcer le maillage local du FN.

3. L’idée d’adopter une stratégie plus morale que politique, si elle est louable sur le plan des idées, n’est pas du tout efficace sur le plan des actes et ne fait que renforcer le FN. Cette stratégie a montré son échec depuis trente ans. Il ne s’agit pas de perdre son âme, il s’agit simplement de ne pas s’incliner devant le FN.

4. Surtout, elle sous-tend que les électeurs sont des entités instrumentalisables logiquement. C’est comme croire que l’échec de Lionel Jospin en 2002 provient des candidatures de Christiane Taubira et Jean-Pierre Chevènement. Bien sûr, arithmétiquement, si l’on additionne les voix de Taubira et Chevènement avec celles de Jospin, le résultat aurait dépassé celui de Jean-Marie Le Pen. Il est impossible de savoir ce qu’auraient fait les électeurs sans ces candidatures secondaires, mais il est probable que si des électeurs (plutôt de gauche, donc susceptible de voter pour Jospin) n’avaient pas voté Jospin, quelle que soit l’offre politique, ils n’auraient pas voté pour Jospin dans une configuration différente. En cas d’absence d’autres candidatures (de gauche), il serait fort probable que ces électeurs-là, parce que déçus par le gouvernement Jospin, auraient voté blanc ou se seraient abstenus, mais n’auraient certainement pas voté pour Lionel Jospin (l’absence d’offre électorale n’aurait pas réduit la cause de la colère contre Lionel Jospin).

5. En 2014, la situation est la même : la présence d’une liste PS ne signifierait pas que l’électeur du PS qui considérerait que rejeter le FN est plus important que voter pour le PS ne ferait pas un choix différent pour atteindre son but. Mais en toute liberté, car il y a bien évidemment d’autres électeurs qui ne voudraient pas tomber dans le calcul et qui voudraient seulement voter selon leur opinion politique.

6. D’ailleurs, rien ne prouve que le retrait d’une liste PS (mal placée) irait nécessairement bénéficier à la liste UMP. Le désistement pourrait au contraire bénéficier à la liste FN (ce genre de cas s’est produit aux législatives de juin 2012). Pourquoi ? Parce que, qu’on le veuille ou pas, les électeurs, dans leur grande majorité, considèrent le FN comme un parti ordinaire, un parti comme les autres. Cela s’est aperçu aux cantonales de mars 2011 où les candidats FN maintenus au second tour ont réussi à doubler leur score entre les deux tours, rassemblant des électeurs très éloignés d’eux. Les législatives partielles de 2013 ont également montré ce phénomène à chaque occasion. À la tête du FN depuis début 2011, Marine Le Pen a réussi à "dédiaboliser" son parti qui n’a pourtant rien changé de son idéologie et de ses vieilles lunes. L’emballage est juste plus respectable. Plus acceptable.

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7. Enfin, le désistement d’une liste arrivée en troisième position, dans une triangulaire où le FN est arrivé premier, pour favoriser la deuxième liste n’a aucun sens dans la durée. En effet, en se désistant, non seulement elle empêche ses électeurs de se prononcer selon leur opinion, mais surtout, elle n’aura aucun élu d’opposition dans la commune pendant six ans, laissant aux seuls élus du FN le monopole de l’opposition et de l’information des affaires municipales, lui donnant un atout supplémentaire pour gagner à l’élection suivante.


Le FN suffisamment fort pour gagner au scrutin majoritaire ?

Pour toutes ses raisons, et la principale, c’est que les électeurs ont définitivement fini de croire que le FN est un parti différent (même s’il l’est dans son idéologie), la stratégie du "front républicain" est vouée à l’échec. Pire, elle renforce encore un peu plus la progression électorale du FN qui sera peut-être en position, en juin 2017, de bénéficier du redoutable effet levier du scrutin majoritaire : désormais, dans une circonscription électorale, un candidat du FN est capable de rassembler la majorité absolue des suffrages exprimés. Cela vient d’être prouvé à Hénin-Beaumont le 23 mars 2014, et peut-être que dimanche prochain, d’autres exemples viendront le compléter.

C’est pour cela que, dans les conditions de 2014, je trouve la ligne adoptée par l’UMP comme sage : aucune compromission avec le FN, aucune alliance, aucune fusion (même si l’envie ne manque pas pour certains), mais aucun désistement pour aider un PS discrédité. Laisser aux électeurs leur liberté de choisir leur liste comme le veut la loi électorale (seuil de 10% au premier tour), quitte à se responsabiliser s’ils pensent qu’une liste a plus de chance qu’une autre d’éviter …une troisième.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 mars 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Premier tour des élections municipales du 23 mars 2014.
Enjeux des élections municipales de 2014.
Scrutins locaux : ce qui va changer.
Front républicain ?
La ligne buisson écartée définitivement ?
Syndrome bleu marine.
Le FN et son idéologie.
Les élections législatives partielles de 2013.
Historique de cette réforme des scrutins locaux.
Texte intégral de la loi votée définitivement le 17 avril 2013.
Analyse du scrutin du 17 avril 2013 : qui a voté quoi ?
Les dernières régionales (2010).
L’occasion perdue des Alsaciens.

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/se-desister-au-second-tour-149928

 












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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 07:50

Le débat surréaliste de la rentrée politique de cet automne 2013 s’est cristallisé autour du FN et d’hypothétiques configurations du second tour, à mille lieues des préoccupations économiques et sociales des Français.


yartiFNfocus08Je me demande vraiment quelle mouche a piqué la classe politique pour parler autant du Front national ces dernières semaines.

Ce n’est pas le bijoutier de Nice si soutenu par certains puisque Marine Le Pen a tenu le 17 septembre 2013 des propos on ne peut plus raisonnables et tempérés (à savoir, qu’il ne s’agit pas ici de légitime défense et que des passants auraient pour être tués par cette colère certes compréhensible mais qui devait s’exprimer dans le cadre normal de la justice).

Ce n’est pas non plus, comme c’est pourtant l’habitude, la faute des journalistes même s’ils savent que ce marronnier a toutes les chances de faire leurs choux gras dans leurs journaux écrits ou parlés.


Contre le sectarisme

À l’origine, quelques sondages, certes, mais surtout, réalimentant la "flamme", les propos très polémiques de l’ancien Premier Ministre François Fillon le 8 septembre 2013 sur Europe 1/iTélé qui remettait une nouvelle fois sur le tapis l’éventualité d’une second tour entre FN et PS et qui affirmait : « Je conseille de voter pour le moins sectaire » tout en précisant, à la question si un PS pouvait être plus sectaire qu’un FN : « Cela peut arriver, je ne dis pas que c’est toujours le cas, mais ça peut arriver. », remettant en cause la ligne fixée par Jean-François Copé assez dubitatif (interviewé au même moment sur RMC/BFM-TV : « ni FN, ni PS allié à l’extrême gauche de Jean-Luc Mélenchon ».

Les hiérarques du PS ont tout de suite protesté avec véhémence, sur-interprétant ces propos comme un appel à voter pour le FN, tandis que les responsables du FN souriaient avec un air de triomphe modeste, bien amusés d’être malgré eux au centre de cette nouvelle polémique.


Enjeux internes

Bien entendu, la véritable motivation de François Fillon n’était pas de s’adresser au PS, ni au FN, mais avant tout à l’UMP. Depuis un an et demi, la rivalité présidentielle se poursuit entre Jean-François Copé (président mal élu mais reconnu de l’UMP) et François Fillon (candidat déclaré à la primaire de l’UMP prévue en 2016).

Et c’était prévisible : après une position très droitière faite de petits pains au chocolat, Jean-François Copé s’est naturellement recentré depuis janvier 2013 dans un but de rassembler la droite parlementaire et d’en finir avec une impopularité qui l’a noyé dans ses perspectives présidentielles. Il le fait d’ailleurs de manière assez discrète et adroite, mais probablement très efficacement.

Parallèlement, François Fillon s’est, au contraire, excentré, droitisé, afin de tenter de séduire les militants de l’UMP qui sont, en grande partie, très clivés contre la gauche (la motion "La Droite forte" des jeunes Guillaume Peltier et Geoffroy Didier était largement arrivée en tête le 18 novembre 2012).

J’avais déjà envisagé que la rivalité Copé/Fillon n’était en aucun cas une rivalité idéologique entre droite dure et droite modérée mais bien une rivalité de personnes. Pour s’en convaincre, Jean-François Copé a parmi ses proches des modérés, comme Jean-Pierre Raffarin et Luc Chatel tandis que François Fillon a parmi ses lieutenants des personnalités très axées à droite, comme les députés niçois Éric Ciotti et Christian Estrosi.

Tout est donc posture pour l’horizon présidentiel de 2017. Les déclarations très russophiles de François Fillon le 19 septembre 2013 à Moscou devant le Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine faisaient partie de cette même stratégie de transgression dans le but de présenter un ensemble de réflexions politiques qui a vocation à être original et cohérent.

Les opposants à François Fillon avaient donc le beau rôle de se déclarer étonnés et surpris et de ne pas comprendre les déclarations de l’ancien Premier Ministre sur la comportement qu’il compte promouvoir au sein de l’UMP dans le cas d’un second tour FN/PS. Ni "front républicain", ni "ni-ni". Mais alors, quoi ? le FN ? Mettre le PS sur le même plan que le FN ?


La clef délivrée par François Baroin

Même ses amis se sont inquiétés et ont souhaité une clarification. Seul, François Baroin, le député-maire de Troyes, a expliqué sur RTL le 15 septembre 2013 qu’il était tout à fait exclu que François Fillon puisse voter un jour pour un candidat du FN : « Je sais qu’il ne votera jamais pour quelqu’un du FN et qu’il sera de tous les combats contre l’extrême droite. (…) Je n’ai aucun doute, aucune inquiétude là-dessus. (…) Je le connais, il a fait partie de tous les combats. C’est vingt ans de politique. (…) En 1998, ça secouait très fort. L’UMP n’existait pas. C’était le RPR. Il y a eu des alliances [avec le FN, aux régionales], on a sanctionné des gens. Mais pour monter au créneau, on n’était pas nombreux : il y avait Jacques Chirac, Philippe Séguin, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, François Fillon et moi. ça a permis de tenir. Et je ne l’oublie pas. ».

Tout en gardant silence quelques jours, François Fillon avait cependant intégré cette déclaration de François Baroin dès le lendemain dans son propre blog, si bien qu’on peut dire sans trop avoir peur se tromper que c’était la bonne interprétation.

Lors du comité politique de l’UMP le mardi 17 septembre 2013 au matin, François Fillon confirmait en effet qu’il ne voterait jamais pour un candidat du FN. Il l’a expliqué publiquement quelques heures plus tard : « J’ai expliqué à mes amis que j’avais combattu le Front national toute ma vie et que je n’avais pas l’intention de changer de position. J’ai toujours combattu les alliances avec le Front national et je les combattrai toujours. À titre personnel, jamais je ne voterai pour un candidat du Front national ! J’ai appelé à lutter contre tous les sectarismes, parce que c’est ennemi du redressement national. (…) Si nous voulons appeler à un rassemblement, nous devons nous adresser à ceux qui aujourd’hui sont tentés de voter pour le Front national, aussi à des hommes et femmes de gauche qui peuvent à un moment se retrouver autour d’un projet de redressement national. ».


Montagne et souris

Mais alors, à quoi cela a-t-il servi ? À rien d’un point de vue intellectuel, puisqu’on revient à la case départ, à savoir que le choix de l’UMP dans un second tour FN/PS resterait bien soit le PS soit l’abstention si le candidat PS n’était pas acceptable (imaginons la présence d’un Jean-Noël Guérini par exemple).

Tout cela pour rien ? Non, pas vraiment. François Fillon sait, comme la plupart des communicants (et en particulier Nicolas Sarkozy qui n’a jamais hésité à user du double langage), qu’il en restera toujours quelque chose parmi les militants droitiers de l’UMP et chez certains électeurs du FN : qu’il a fait un pas vers eux, tout en restant "clean" vis-à-vis de la classe politico-médiatique.

Inspiré essentiellement par les convictions très fortes et sociales de Philippe Séguin, François Fillon est donc en train d’étonner par sa souplesse intellectuelle, enfin, je parle de souplesse, mais c’était plutôt qu’il est décevant par sa "mollesse" de conviction : Jacques Chirac et Alain Juppé n’ont jamais, eux, malgré certaines circonstances électorales, failli à cette fermeté. Pourtant, ils étaient partis de bien loin, en septembre 1983, lorsque l’alliance entre le FN et le RPR était parvenue à battre la liste de gauche à Dreux dans une élection partielle.


Le FN poussé involontairement par ses adversaires

Ces nombreux mouvements de va-et-vient depuis le début du quinquennat de Nicolas Sarkozy en 2007 sont évidemment contreproductifs. Ils donnent raison idéologiquement au FN et une grande moitié des sympathisants de l’UMP ne trouverait d’ailleurs pas ridicule une alliance UMP/FN (irréaliste vu les profondes divergences sur la politique économique et européennes). Cette banalisation renforce bien sûr le FN avec cette maxime : "on préfère l’original à la copie".

Comme ce n’est pas l’objet ici, je passerai sur les arguments de fond concernant le FN et pourquoi il est nécessaire, à mon avis, de le combattre dans tous les cas (ce sera l’objet d’un autre article). Mais c’est clair que l’argument des socialistes est lui aussi complètement contreproductif. Cela ne suffit pas de dire comme François Hollande le 15 septembre 2013 sur TF1 : « La question ne se pose pas ! ». Quand un parti vaut autour de 18%, la question se pose toujours de savoir soit pourquoi on veut l’isoler électoralement, soit pourquoi autant de personnes sont susceptibles de voter pour lui.

Sans doute que le premier critère, ce serait de ne pas prendre les Français pour des demeurés, de ne pas leur mentir, comme parler de « pause fiscale » quand le contribuable a pu juger sur pièce (avis d’imposition) à quel point il est "matraqué" fiscalement (les 1,2 à 1,6 millions de nouveaux assujettis à l’impôt sur le revenu, essentiellement des personnes à bas revenus, pourront d’ailleurs apprécier à sa juste valeur cette expression complètement découplée de la réalité) ou alors évoquer l’inversion de la courbe du chômage en août 2013 quand le nombre de "cessations d’inscription pour défaut d’actualisation" a plus augmenté que n’a diminué le nombre de demandeurs d’emploi inscrits (lire le bulletin officiel du 25 septembre 2013).

C’est bien le problème dans ce duo convictions/ambitions : les ambitions doivent servir des convictions, sinon, ce n’est que carriérisme et arrivisme.

À ce titre, François Mitterrand (14 ans) et Jacques Chirac (12 ans) ont fait fort puisqu’ils ont passé la plupart de leur carrière politique à grimper et lorsqu’ils sont arrivés au sommet de la pyramide, ils n’avaient pas grand chose à proposer sinon, dans les faits et malgré quelques actes symboliques, que de l’immobilisme. Jacques Chirac est cependant resté dans les faits ferme contre l'extrême droite même s'il n'avait pas hésité à stigmatiser certains immigrés pour se positionner électoralement : « Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d'or où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, eh bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et il faut le comprendre, si vous y étiez, vous auriez la même réaction. » (Orléans le 19 juin 1991).

François Hollande semble être également de la farine à convictions molles. (À ce titre, peu de personnes pourraient contester que Nicolas Sarkozy avaient des convictions à l’Élysée, qui étaient discutables dans certains cas mais qui avaient au moins le mérite d’exister).


Le PS, mal placé pour donner des leçons de morale

Si la cloison d'étanchéité entre l’UMP et le FN n’a pas encore été rompu électoralement, c’est clair que c’est déjà le cas idéologiquement. Mais le PS est loin d’être bien placé pour faire la morale à l’UMP sur ce sujet.

L’ancien directeur adjoint de cabinet de François Mitterrand avait en effet reconnu que l’Élysée avait demandé en début 1984 à Antenne 2 d’inviter régulièrement Jean-Marie Le Pen à l’émission "L’Heure de vérité" animée par le journaliste François-Henri de Virieu, ce qui a permis au FN d’avoir un large écho médiatique qui s’est immédiatement traduit par l’élection de 10 députés européens FN le 17 juin 1984. Le choix très politicien de la proportionnelle intégrale pour les législatives du 16 mars 1986 a également largement bénéficié au FN qui a pu créer un groupe parlementaire de 35 députés.

Bien plus récemment, aux dernières élections législatives, les responsables locaux du PS du Vaucluse (en particulier le président du conseil général), qui n'ont pas été exclus, auraient apparemment tout fait (selon "L’Express" du 28 mai 2013) pour faire élire la jeune Marion Maréchal-Le Pen (à 22 ans), petite-fille de Jean-Marie Le Pen et nièce de Marine Le Pen. Cette aide tacite (en faisant maintenir la candidate du PS contre les directives nationales de son parti) avait pour but un retour d’ascenseur de la part du FN pour conforter un député PS. En clair, s’il y a eu, pour des élections essentielles (législatives), des accords locaux entre le FN et un parti gouvernemental, c’est bien avec le PS et pas avec l’UMP. Qu’on se le rappelle !


Marion Maréchal-Le Pen, une rivale potentielle…

Une parenthèse d’ailleurs à propos de Marion Maréchal-Le Pen : son élection pourrait être interprétée comme l’enracinement sur du très long terme de la famille Le Pen et donc, du FN. La carrière politique de Jean-Marie Le Pen ayant duré cinquante-cinq ans (1956-2011), même si, à 86 ans, il recommencera (selon toutes les probabilités électorales) un nouveau mandat de cinq ans au Parlement européen, celle de Marine Le Pen (45 ans), commencée en 2002, a toutes les chances de durer autant, ainsi que celle de Marion Maréchal-Le Pen, la plus jeune députée de l’histoire de toutes les républiques, commencée en 2010, si bien qu’on peut imaginer que la famille Le Pen soit en mesure d’occuper l’espace politico-médiatique encore une bonne cinquantaine d’années, au moins jusqu’en …2062 !

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Au contraire, une autre interprétation pourrait proposer l’idée non pas d’un renforcement mais d’un germe possible de division. L’élection de Marion Maréchal-Le Pen, si elle prenait un peu plus d’envergure médiatique (et était introduite dans les sondages de popularité), elle pourrait à terme se poser en rivale (légitime) de sa tante pour le leadership de leur entreprise familiale, avec quelques différences idéologiques (Marion Maréchal-Le Pen paraît bien plus conservatrice que Marine Le Pen dans certains domaines, notamment sur des sujets de société). Fin de la parenthèse.


À l’UMP, un jeu parfois trouble

Ce qui vient d’être dit précédemment (à savoir la compromission de certains cadres du PS dans des alliances incertaines avec le FN) n’exclut pas que l’UMP, depuis Nicolas Sarkozy, souhaite jouer sur les deux tableaux, d’une part, en adoptant une opposition électorale sans réserve au FN (qui le lui rend bien), d’autre part, en épousant parfois ses propres thèmes en pensant récupérer ses électeurs.

Par exemple, rien de plus inquiétant de retrouver, parmi les 35 propositions pour la France de François Fillon (présentées le 24 juillet 2013), celles concernant l’immigration, demandant un blocage législatif de l’immigration chaque année, remettant en cause le droit du sol et (surtout), une exclusion de certains étrangers (pourtant cotisants) aux prestations sociales : « Parce que chacun doit faire ses preuves, je propose de réserver l’accès aux prestations sociales aux migrants légaux présents depuis plusieurs années sur notre territoire. » sans préciser d’ailleurs le nombre d’années.


Vers un rassemblement des centristes ?

C’est cette ambiguïté qui a de quoi inquiéter les électeurs modérés de l’UMP et leurs alliés. C’est ce qui a fait dire sur France 3 au député-maire centriste de Drancy, Jean-Christophe Lagarde, secrétaire général de l’UDI, juste avant la séance des questions au gouvernement du 17 septembre 2013 : « Et nous en avons un peu assez des hésitations de nos partenaires. ».

Sans doute le combat contre le FN sera clairement le marqueur des alliances électorales à droite et au centre, un point de rassemblement entre UDI et MoDem qui feront des listes communes aux élections européennes du 25 mai 2014 et un point qui pourrait être de divergence au sein de l’UMP. La question pourrait précipiter la réunification des centristes, non seulement l’UDI et le MoDem mais également le pôle centriste au sein de l’UMP, médiatiquement et politiquement quasi-inexistant.

Le 16 septembre 2013, l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin avait même tweeté ainsi son angoisse : « Alerte rouge. Le vote FN est une ligne de fracture pour l’UMP. C’est notre pacte fondateur qui est en cause. » et, malgré le comité politique d’apaisement du 17 septembre 2013, il renouvelait ses craintes et ses menaces sur BFM-TV le 19 septembre 2013 : « Si le parti de l’UMP choisissait une voie qui n’est pas la mienne, naturellement je le quitterais. S’il y avait cette logique de droitisation, si on devait revenir à une logique d’une droite bipolaire, il est clair que ma place serait d’être au centre. » (je l’avais même "rêvé" dès… avril 2008, et cela avait fait grand bruit à l’époque !).


Mauvais débat pour 2014

Pourtant, toute cette agitation médiatique autour du FN et de ses éventuelles alliances électorales n’a pas beaucoup de raison d’être en septembre 2013. En effet, il n’est pas question, pour l’instant, d’élections au scrutin majoritaire uninominal à deux tours qui sont les seules capables d’apporter des duels entre PS et FN.

Les deux élections majeures qui préoccupent aujourd’hui la classe politique (sans compter les sénatoriales de septembre 2014), ce sont les élections municipales des 23 et 30 mars 2014 et les élections européennes du 25 mai 2014.

Pour les européennes, la question n’a aucun sens puisqu’elles sont à la proportionnelle intégrale à l’échelon de grandes régions. Donc, chaque parti a vocation à se présenter sous sa propre couleur et sans alliance douteuse puisqu’il n’y aura pas de second tour.

Pour les municipales, le mode de scrutin semble sortir complètement de l’esprit des commentateurs de la polémique de ces dernières semaines : pourtant, la probabilité de se retrouver dans la configuration d’un second tour FN/PS est quasi-nulle. En effet, le scrutin est un mélange de proportionnelle avec prime majoritaire dans la répartition et de majoritaire à deux tours.

La liste qui a obtenu plus de 50% des voix au premier tour a gagné l’élection, et si aucune n’a obtenu la majorité absolue, alors seules, celles qui ont obtenu au moins 10% des suffrages exprimés peuvent rester au second tour. Ce mode de scrutin existe depuis mars 1983, il n’est donc pas nouveau (mais cela semble sortir des considérations). En clair, il est très peu probable qu’une liste PS ou qu’une liste UMP fasse moins de 10% au premier tour dans une commune. Par conséquent, même si une liste FN parvenait à se maintenir au second tour (il est probable qu’elles seraient nombreuses dans ce cas-là), il y aurait toujours une liste UMP et une liste PS au second tour. Donc, un choix possible pour les électeurs.


La question pour plus tard

Donc, la question d’un duel FN/PS ne se posera pas en 2014.

Elle se posera plus aisément dans le cas des futures élections départementales (nouvelle appellation des cantonales) de mars 2015 et des futures élections législatives de juin 2017 (ou plus tôt en cas de dissolution).

Mais certains cas ont déjà eu lieu depuis juin 2012 à l’occasion de quelques élections législatives partielles. Or, les cas où le candidat du FN s’est retrouvé en duel au second tour, c’étaient uniquement les cas où il affrontait un candidat UMP mais jamais un candidat PS.

Avec la poursuite de la chute de popularité du Président François Hollande (en septembre 2013, un sondage a indiqué une chute de 5points soit seulement seulement 23% qui lui font confiance), et malgré tous les talents de communication pour faire croire à une inversion de la courbe du chômage alors les emplois dans le secteur privé ne cessent d’être détruits, il y a de fortes chances pour que la plupart des éventuels duels de second tour avec le FN se fassent en présence d’un candidat UMP et pas PS.

Enfin, il y a toujours de la part des personnalités politiques une certaine prétention et surtout, une certaine propension à l’infantilisation à vouloir donner des consignes de vote à leurs électeurs entre deux tours : ils sont bien plus adultes qu’on ne le croit et sont suffisamment "éclairés" pour faire leur choix en conscience.


Qu’en restera-t-il de ce buzz finissant ?

Probablement la banalisation du Front national en tant que parti comme les autres.

Avec une audience entre 15 et 20% de l’électorat, il serait difficile d’interdire le FN. Il aurait fallu le faire lorsqu’il n’était que groupuscule, avant 1982 par exemple, comme le fut "Ordre nouveau" le 28 juin 1973 (la loi du 10 janvier 1936 permet en effet au gouvernement de dissoudre des organisations politiques susceptibles de troubler l’ordre public). Mais l’enracinement électoral et local du FN depuis trente ans montre à l’évidence qu’il n’est pas un groupe armé et que ce parti répond à toutes les conditions classiques de la vie démocratique.

La "doctrine" de l’UMP est donc passée ce 17 septembre 2013 du "ni-ni" (qui avait pris place dès mars 2011 au "front républicain") à : "ni sectaire, ni extrémiste". Si l’honneur est sauf, d’un point de vue moral, la polémique a sans doute renforcé la conviction d’une majorité des sympathisants de l’UMP de nouer des alliances locales UMP/FN pour battre la gauche. En ce sens, et même s’il le réfute, François Fillon aura fait bouger les lignes… dans le mauvais sens, même si lui-même se sent moralement irréprochable.

Heureusement, il existe encore des personnalités, au sein de l’UMP, comme Nathalie Kosciusko-Morizet ou Bruno Le Maire, qui n’hésitent pas à rester clairs sur ce sujet, et qui sont devenues les cibles du FN comme le fut en son temps l’honorable Bernard Stasi qui n’hésitait pas à casser les idées reçues : « Réveillons-nous, citoyens, sortons de nos torpeurs, et marchons pour construire, autrement que par le verbe, cet insaisissable vivre ensemble. » (janvier 2007).

Avec un PS qui nie la réalité fiscale et sociale et qui refuse de combattre le FN sur le seul champ des arguments politiques par une sorte d’évidence morale de moins en moins évidente pour le corps électoral et une UMP qui a de plus en plus de mal de résister aux pressions de leurs militants sur les idées du FN et même, le cas échéant, à ses sirènes électorales si tentantes, le FN et ses hiérarques ont toutes les raisons de sourire. À moins que…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 septembre 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le PS a choisi le FN au second tour dans le Vaucluse (28 mai 2013).
Fillon et ses 35 propositions pour la France (24 juillet 2013).
Fillon et le FN (17 septembre 2013).
François Baroin le 15 septembre 2013.
François Fillon.
François Baroin.
François Hollande.
Bernard Stasi.
Marine Le Pen.
Le Front national et son programme.
Législatives partielles, la dérive vers le FN.
Front républicain ?
Double jeu ?

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-syndrome-bleu-marine-141452

 

 

 

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 07:18

Pas de nouveau député FN après la huitième législative partielle mais un score au second tour qui continue de donner des sueurs froides aux états-majors des partis parlementaires.


yartiOiseD01Dimanche 23 juin 2013 a eu lieu le second tour de l’élection législative partielle dans la troisième circonscription du Lot-et-Garonne pour désigner le successeur de l’ancien ministre Jérôme Cahuzac (qui sera auditionné ce mercredi 26 juin par la commission d'enquête sur son affaire). Le premier tour du 16 juin 2013 avait non seulement permis au candidat du Front national d’être présent au second tour mais avait aussi empêché celui du Parti socialiste d’y être.

Or, ce second tour entre un candidat de l’UMP et un candidat du FN a renouvelé le précédent de la deuxième circonscription de l’Oise de mars 2013. À savoir, que la tactique dite du front républicain invoquée par la direction des partis n’est vraiment plus appliquée par les électeurs de base. Les consignes ont, une fois encore, volé en éclat.

Les résultats sont sans ambiguïté.

Le candidat de l’UMP, Jean-Louis Costes, a été élu avec 53,8% des voix. S’il peut se réjouir de sa victoire (dans une circonscription en or pour la gauche), l’UMP n’a pas de quoi pavoiser : son score reste très faible. Moins certes que celui de son collègue Jean-François Mancel dans l’Oise, mais suffisamment faible pour ne pas faire de triomphalisme exalté déplacé.

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Car la nouvelle leçon de ce scrutin, c’est évidemment le score du candidat du FN, Étienne Bousquet-Cassagne, jeune étudiant, qui a obtenu 46,3%, ce qui est très élevé pour un parti en principe rejeté par plus de 70% des Français. Il a même devancé le candidat UMP dans cinquante des cent vingt et une communes de la circonscription.

En nombre de voix, c’est même plus impressionnant puisqu’il a recueilli 15 647 voix, soit presque 7 100 voix supplémentaires par rapport au premier tour ! En d’autres termes, il a presque doublé son assise électorale.

Qui sont ces 7 100 voix ? Des électeurs du FN qui ne s’étaient pas mobilisés au premier tour ? Probablement pas, puisque, avec déjà 26,0%, le FN avait déjà largement dépassé son score de 2012.

Il faut d’ailleurs souligner qu’en plus de cette augmentation du score (+20%), la participation a augmenté entre les deux tours, passant de 45,9% à 52,5%, ce qui signifie que le vote pour le FN n’est plus par défaut, dans une sorte de bénéfice d’une abstention massive, mais par adhésion pour éviter l’élection du candidat UMP. Il est aussi à noter que les votes blancs ou nuls ont plus que triplé entre les deux tours (1 640 à 5 624).

Il faut évidemment imaginer quelles auraient été les réactions du PS si un second tour PS vs FN avait eu lieu dans les même conditions : on aurait entendu sans l’ombre d’un doute des procès en fascisme contre l’UMP, procès de collusion, d’alliance, etc.

Heureusement, ici, le PS est dans l’incapacité de faire ce type de reproche (Michel Sapin a quand même eu la malhonnêteté intellectuelle de le faire ce lundi) et devrait même reconnaître que l’UMP est le premier parti à faire barrage au FN puisque le PS n’est même plus qualifié pour batailler au second tour.

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La réalité, comme je l’avais déjà analysé pour la partielle de l’Oise, c’est que ce sont des électeurs de gauche, et en particulier les électeurs socialistes du premier tour, qui ont voté "franchement" pour le candidat du FN. C’est d’autant plus troublant qu’au contraire de l’Oise, le candidat de l’UMP n’était pas particulièrement critiquable d’un point de vue moral (alors que le candidat UMP dans l’Oise avait été impliqué dans quelques affaires politico-financières qui pouvaient faire réfléchir) et que le candidat du FN n’avait aucune expérience ni compétence particulière sinon sa pugnacité sur le terrain depuis un an.

Jean-Louis Costes a déjà indiqué, au lendemain de son élection, que certains militants socialistes avaient fait campagne ouvertement contre lui entre les deux tours, malgré les consignes de faire barrage au FN.

Quand on écoute les explications des socialistes sur leur huitième échec depuis leur arrivée au pouvoir, on a l’impression d’être sur une autre planète. Le PS devrait quand même comprendre ce qu’il se passe réellement en France. Il faut qu’il arrête de se donner les raisons bidons de ses échecs. Je suis d’ailleurs persuadé que François Hollande n’est pas dupe de sa langue de bois ni de ses éléments de langage.

Ce n’est pas l’affaire Cahuzac (dans l’Oise, pas de Cahuzac en cause), ce n’est pas la présence de candidat écologiste (le PS a pu gagner 2012 malgré des candidats EELV), ce n’est pas non plus (nouvelle idée provenant du Ministre de l’effondrement contreproductif Arnaud Montebourg) les maladresses arrogantes et récurrentes de José Manuel Barroso, mis en place autant par l’UMP que par le PS à la Présidence de la Commission Européenne (répétons et insistons que le PS a soutenu sa désignation en 2004 et sa reconduction en 2009), ce ne sont pas ces raisons-là qui ont hissé le FN à plus de 45% de l’électorat au second tour.

Le "problème" est tout autre. L’enjeu, c’est que le FN n’est plus une source de répulsion électorale. La dédiabolisation par Marine Le Pen a été un succès au-delà de toute prévision. Des circonscriptions aussi différentes que la deuxième de l’Oise et la troisième du Lot-et-Garonne en apportent la preuve : ce ne sont pas des considérations sur la personnalité des candidats ou sur le contexte local qui sont en cause, ce sont des considérations purement nationales.

Le processus a été mis en place en mars 2011 à l’occasion des élections cantonales, également au scrutin majoritaire. Non seulement de très nombreux candidats du FN ont pu franchir la qualification au second tour, mais ils ont su rassembler une très grande partie de l’électorat, parfois en doublant leur score du premier tour et en frôlant la majorité absolue.

D’ailleurs, dans la situation actuelle, le FN aurait plutôt intérêt à ne pas insister sur sa revendication d’un scrutin proportionnel aux élections législatives : aujourd’hui, par son effet levier, le FN est capable de bénéficier du scrutin majoritaire, d’autant plus qu’il nourrit aujourd’hui une prétention à devenir majoritaire.

Ce qui est maintenant une évidence que doivent reconnaître tous les états-majors politiques, c’est que le FN est capable de faire le plein des voix des oppositions. J’exprime les oppositions au pluriel puisqu’il est probable (c’était observé en 2011 et 2012) que cela aurait été le cas également dans des seconds tours qui opposeraient PS et FN. En clair, le FN ne faisant plus peur est capable de ratisser large, dans tout l’éventail des traditions politiques de l’électorat.

La perspective d’un 21 avril 2002 devient donc maintenant de plus en plus probable en 2017 si la situation de l’emploi et de la croissance ne s’améliore pas rapidement. Mais allons un peu plus loin et allons jusqu’aux élections législatives.

Au contraire de 2002 où le FN de Jean-Marie Le Pen avait toujours mordu la poussière aux élections législatives, les prochaines élections législatives générales (juin 2017 ou avant en cas d’improbable dissolution) pourraient au contraire donner au FN une impulsion supplémentaire.

Imaginons que les candidats du FN puissent rester au second tour dans un tiers ou deux cinquièmes des circonscriptions du pays (Marine Le Pen a estimé que dans l’état actuel de l’opinion publique, son parti pourrait en gagner une quarantaine), et si l’on retire les éventuels cas de triangulaires, imaginons qu’il reste au second tour entre un quart et un tiers de circonscriptions qui auraient un candidat du FN face à un autre candidat soit de l’UMP soit du PS.

Comment la consigne du vote anti-FN pourrait-elle être donnée de manière massive, dans autant de circonscriptions, sans qu’il n’y ait une traduction politique autre que purement électorale (faire battre le FN à tout prix) ? C’est sans doute cette contradiction qui profite au FN actuellement.

Le choix du PS à préférer un candidat de l’UMP au candidat du FN, ce qui peut être compréhensible, ne pourrait être pertinent que s’il se proposait également de gouverner avec l’UMP pour réaliser les grandes réformes dont la France a besoin, en s’évitant un clivage artificiel gauche/droite. La fièvre électorale du FN ne permet plus au PS de continuer à se quereller vainement avec l’UMP alors que les grandes lignes politiques sont les mêmes (assainissement des finances publiques, impulsion dans la construction européenne, encouragement au développement économique et industriel).

On pourra l’appeler unité nationale ou autre chose, mais vouloir absolument s’opposer à un parti qui est aujourd’hui capable de rassembler systématiquement au second tour entre 45 et 50% de l’électorat, c’est nécessairement devoir gouverner avec l’ensemble des forces qui refusent ce parti. Sinon, c’est laisser un boulevard électoral à cette "petite bête qui monte, qui monte"…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 juin 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’affaire Cahuzac.
Les électeurs du PS aussi votent FN.
La 2e circonscription de l’Oise.
La 3e circonscription du Lot-et-Garonne.
Un front républicain face au FN ?
Analyse du programme du FN
Scrutin des futures élections locales.
L’union nationale.

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-fn-la-petite-bete-qui-monte-qui-137835

 

 

 

 

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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 07:16

Nouvelle "déculottée" électorale pour le PS à la dernière élection législative partielle, parallèlement à une montée en flèche du FN.


yartiPartielle2013473T101Les résultats du premier tour de l’élection législative partielle de la troisième circonscription du Lot-et-Garonne du 16 juin 2013 ont été catastrophiques pour le parti socialiste et le gouvernement, comme ce fut déjà le cas pour la deuxième circonscription de l’Oise il y a trois mois.

Une circonscription symbolique puisqu’elle fut celle de l’ancien Ministre du Budget Jérôme Cahuzac qui avait renoncé à briguer une nouvelle fois sa circonscription le 18 mai 2013, convaincu par les premiers sondages qui indiquaient qu’avec sa candidature, le candidat officiel du PS, Bernard Barral, ne serait pas qualifié pour le second tour.

Finalement, même sans candidature Cahuzac, le PS n’a pas été capable de franchir le premier tour. Il le doit en particulier à une abstention massive qui provient de son incapacité, depuis treize mois, à donner une vision nationale et un espoir d’avenir au peuple français. Le PS n’a pas gagné une seule élection législative partielle depuis son retour aux affaires, et pour plusieurs d’entre elles, il n’a même pas été capable de se retrouver au second tour. Au total, huit échecs désastreux et il ne reste au PS que trois sièges d'avance pour garder la majorité absolue au Palais-Bourbon.

Pourtant, cette circonscription autour de Villeneuve-sur-Lot était traditionnellement à gauche et malgré deux intermèdes centristes, son siège fut occupé par des socialistes depuis un quart de siècle.


Résultats du premier tour du 16 juin 2013

Les résultats du premier tour sont sans ambiguïté. Dix-sept candidats s’étaient présentés au premier tour. Sur les 75 163 électeurs inscrits, seulement 45,9% se sont déplacés, soit près de 17% de moins qu’il y a un an, le 10 juin 2012.

Le candidat de l’UMP, Jean-Louis Costes (49 ans), conseiller général et maire de Fumel, est arrivé en tête avec 28,7% (27,0% en 2012). Le candidat du FN, Étienne Bousquet-Cassagne (23 ans), étudiant, est arrivé en deuxième avec 26,0% (Catherine Martin, FN, avait eu 15,7% en 2012), et le candidat du PS, Bernard Barral (66 ans), chef d’entreprise à la retraite, n’a obtenu que 23,7% (Jérôme Cahuzac avait eu 46,9% en 2012), soit moins que 12,5% des inscrits, le seuil pour se maintenir au second tour.

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Quant aux "petits" candidats, entre autres, Marie-Hélène Loiseau (FG) a fait 5,1% (4,5% en 2012), Lionel Feuillas (EELV) a rassemblé 2,8% (2,0% en 2012) et Yamina Kichi (MoDem) 2,3%. Les trois partis qu’ils représentent ont fait du surplace alors que chacun a eu son heure de gloire nationale, mais de façon très éphémère (le futur MoDem en avril 2007, les futurs EELV en juin 2009 et le FG en avril 2012).

Pour l’anecdote, parmi quelques candidats farfelus, on peut citer Anne Carpentier, du "Pari d’en rire" (sic), avec 3,3% (mieux que les écologistes ou le MoDem) ainsi que trois prétendants permanents et velléitaires à une candidature à l’élection présidentielle, qui n’avaient jamais mis les pieds dans cette circonscription, François Asselineau (0,6%), Nicolas Miguet (0,4%) et Rachid Nekkaz (0 voix !).


Analyse du scrutin

Les explications sur ce total désaveu total par les hiérarques du PS (un perte de près de 15 000 électeurs !) sont assez pitoyables. La première explication, reprises en boucle, et énoncée notamment par le Président François Hollande sur M6 le soir même (« Lorsqu’il y a des scandales, en l’occurrence, c’en était un, il y a toujours la tentation de l’extrême droite. ») ou par sa ministre Marisol Touraine, c’est que c’est la réponse à l’affaire Cahuzac, une réaction contre une affaire de fraude fiscale.

Pourtant, c’est aller un peu vite en besogne et c’est laisser penser que les électeurs sont incapables de faire la différence entre une responsabilité individuelle (celle de l’homme Cahuzac qui ne se présentait pas) et une responsabilité collective (celle du candidat du PS pour cette élection et celle du gouvernement socialiste plus généralement puisque son parti est au pouvoir). Une explication qui irait contre le propre principe de l’élection de François Hollande : avec un tel raisonnement, les électeurs auraient alors refusé leur confiance en 2012 à François Hollande en raison du scandale invraisemblable de son ami socialiste Dominique Strauss-Kahn (or, il n’en a rien été)…

Le candidat du PS, sans doute pas le plus adapté aux circonstances, a même eu le toupet d’accuser le beau temps comme cause de son infortune électorale. Le terrain était lourd !

Mais ce qu’il ressort aussi souvent des responsables socialistes, c’est la division de la gauche, en particulier la présence des candidats écologistes et du Front de gauche. Pour le Front de gauche, c’est assez étonnant puisque ce dernier n’est pas au gouvernement. En revanche, le PS a raison de signaler qu’une candidature EELV n’a pas beaucoup de raison lorsqu’il y a un accord au plus haut niveau entre PS et EELV.

Pourtant, comme lors de la débâcle de Lionel Jospin le 21 avril 2002, cela semble assez évident que si le PS n’est pas au second tour dans cette partielle, c’est simplement par défaut d’électeurs …du PS : la forte abstention montre une absence de mobilisation essentiellement de l’électorat du PS (mais pas seulement), et un PS incapable de convaincre son électorat traditionnel à venir se déplacer pour le soutenir.

Mais comme on peut voir aussi que, si c’est une catastrophe pour le PS, ce n’est pas un triomphe pour l’UMP qui n’a même pas obtenu 30%. Certes, il a gardé son niveau du 10 juin 2012, mais il a quand même perdu en route plus de 3 500 électeurs. En ce sens, il faut saluer l’humilité de Jean-Louis Costes qui a été, lui aussi, estomaqué par le niveau actuel du FN : « Jamais le Front national n’a fait un score aussi élevé dans ce territoire, dans cette circonscription, dans cette Aquitaine qui est un territoire de migration, d’immigration depuis plusieurs siècles ; d’avoir aujourd’hui un Front national, c’est dramatique. ».

Le grand vainqueur du premier tour est évidemment le Front national qui, avec son très jeune candidat, a gagné près de 1 000 électeurs par rapport à 2012 avec un gain de plus de 10%. Le FN avait d’ailleurs présenté le candidat qui avait obtenu le meilleur score dans la région Aquitaine (17,9%), à savoir Étienne Bousquet-Cassagne, "parachuté" puisque candidat le 10 juin 2012 dans la deuxième circonscription du Lot-et-Garonne (celle de Marmande).

Petite satisfaction personnelle pour l’étudiant du FN : il est même en tête à Villeneuve-sur-Lot, avec 27,64%, dépassant nettement ses autres concurrents, Bernard Barral (25,04%) et Jean-Louis Costes (24,99%).


Le gouvernement socialiste dans le collimateur

La vraie explication du désastre de la gauche n’a donc rien à voir avec Jérôme Cahuzac puisque dans les sept autres circonscriptions que le PS a perdues (comme les 17 mars, 2 et 9 juin 2013), l’ancien ministre n’était pas en cause. La seule explication, évidente, c’est l’absence de vision et l’absence d’espoir d’avenir du gouvernement actuel.

Le PS aurait mieux fait d’encourager discrètement Jérôme Cahuzac à ne pas abandonner son siège, quitte à s’y opposer en public, cela lui aurait évité de laisser une possibilité au FN d’obtenir un député supplémentaire.

Car c’est bien là l’un des deux enseignements de ce premier round de partielle. Depuis septembre 2012, le pouvoir socialiste s’est effondré dans l’opinion publique et sa politique n’apporte aucune vision : voulant à la fois redresser les comptes publics mais refusant de le dire clairement pour garder une aile gauche qui, de toute façon, lui fait désormais défaut, elle n’est pas capable de faire face à la crise car le PS ne s’y était jamais préparé (faisant en 2012 la danse de la croissance selon la méthode Coué) et n’offre qu’une dérisoire « boîte à outils » qui fait très "Bob le bricoleur" mais certainement pas capitaine d’industrie.

François Hollande n’a pourtant pas manqué de lucidité quand, sur M6 ce dimanche, il a remarqué : « C’est quand il n’y a plus d’espérance qu’il y a des votes extrêmes. ». On pourrait presque croire qu’il était le chef de l’opposition ; Jean-François Copé, François Fillon et Jean-Louis Borloo n’ont pas dit autre chose. Le premier a parlé de « nouveau désaveu cinglant pour François Hollande et sa politique », le deuxième : « C’est la sanction d’une majorité sans cap ni autorité (…) élue sur des promesses intenables. » et le troisième a vu les électeurs « sanctionner à nouveau l’absence de cap de François Hollande ».


Le FN à son niveau le plus fort

Ce qui est inquiétant, c’est que c’est toujours sous un gouvernement de gauche que le FN réussit ses meilleures percées électorales. C’est le second enseignement.

La première percée eut lieu au cours du dernier gouvernement de Pierre Mauroy, à Dreux en septembre 1983 puis aux européennes de juin 1984 où, venant de nulle part, le FN réussit à conquérir plus d’un électeur sur dix, allant jusqu’à gagner en mars 1986, après près de deux ans de gouvernement dirigé par Laurent Fabius, un groupe à l’Assemblée Nationale, grâce à la proportionnelle mise en place sournoisement par François Mitterrand.

Après avoir lentement progressé jusqu’aux alentours de 14-15%, Jean-Marie Le Pen a réussi une nouvelle percée à l’issue du (long) gouvernement de Lionel Jospin en se qualifiant au second tour de l’élection présidentielle en 2002 et en gagnant la confiance d’environ 18% des électeurs.

C’est justement ce socle électoral qu’a retrouvé Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2012, malgré un baisse en 2007 provenant de la stratégie électorale de Nicolas Sarkozy qui a fonctionné une fois mais pas deux.

Les sondages actuellement sont très élogieux pour le FN puisque pour les élections européennes de 2014, avec un mode de scrutin proportionnel, le FN se hisse aux premières places et dépassent dans tous les cas les intentions de vote en faveur du PS.

Depuis 2013, les scores qu’atteignent les candidats du FN aux législatives partielles sont nettement plus hauts qu’en 2012, gagnant parfois 10% au premier tour et surtout, c’est là le sujet essentiel, capable de rassembler sur leur nom au second tour, comme dans la deuxième circonscription de l’Oise, près d’un électeur sur deux.


Incertitude pour le second tour

Cela signifie, évidemment, que rien n’est joué pour le 23 juin 2013 à Villeneuve-sur-Lot et les cent seize autres communes de la circonscription. Le candidat de l’UMP n’est absolument pas assuré de remporter la seconde manche malgré le rassemblement des républicains dont il bénéficie actuellement, celui du PS notamment.

Ce "front républicain" est aujourd’hui une arme à double tranchant puisque Étienne Bousquet-Cassagne l’utilise aussi pour fustiger "l’UMPS", décelant une collusion entre l’UMP et le PS. Pourtant, c’est loin d’être une collusion, vu tous les sujets de divergences économiques entre les deux grands partis de gouvernement (sans parler du mariage pour les couples homosexuels). Il s’agit juste d’un choix électoral par défaut et s’il y avait eu vraiment collusion, pourquoi y aurait-il eu deux candidats, un UMP et un PS au premier tour ?


Le FN devrait remercier les responsables du PS…

Il reste que le PS a toujours été maladroit dans sa tentative d’utiliser le FN comme boulet ingérable pour le centre droit. Que ce soit François Mitterrand, Lionel Jospin ou François Hollande, avec des sujets "chiffon rouge" classiques tels que le droit de vote pour les étrangers, lorsqu’il est au pouvoir, le PS favorise tellement le FN qu’il en perd le droit d’être présent lui-même au second tour.

La nouveauté depuis les cantonales de mars 2011 et le processus de dédiabolisation mis en œuvre par Marine Le Pen, c’est qu’il n’existe plus de cordon sanitaire au sein de l’électorat de base, quel qu’il soit, de droite comme de gauche, et que de plus en plus de personnes considèrent que le FN propose une véritable politique d’alternance.

Il ne s’agit plus de dire, avec impuissance, la main sur le cœur, comme Bernard Barral : « Ce soir, j’ai mal à mon cœur, et surtout à la France ! », mais plutôt de s’occuper des vrais problèmes des Français, à savoir, du chômage, de la compétitivité des entreprises, de l’encouragement à toutes les initiatives économiques (avec le projet de Sylvia Pinel qui dénature complètement le statut d’auto-entrepreneur, on est vraiment mal parti), d’amplifier l’aide aux jeunes en difficultés (c’est aussi mal parti en décidant de supprimer les internats d’excellence) etc.

Mais le PS est toujours resté en vase clos, François Hollande se croit toujours premier secrétaire du PS, confond gouvernement de la République et comité directeur du PS, et pense qu’en favorisant le vote FN, par sa politique gouvernementale, par ses tentatives de récupération (comme lors de cette tragédie) ou par ses combines (comme ce fut le cas dans la circonscription de la jeune Marion Maréchal-Le Pen en juin 2012), il pourrait toujours l’emporter sur l’UMP.

C’est une erreur stratégique de trop jouer avec le feu : on s’y brûle toujours les bulletins de vote, sinon les doigts. Et 2017 n’est plus si loin…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 juin 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’affaire Cahuzac.
Un an de pouvoir socialiste.
Les électeurs du PS aussi votent FN.
La 2e circonscription de l’Oise.
Un front républicain face au FN ?
Analyse du programme du FN.
Scrutin des futures élections locales.
Et le Front de gauche dans tout cela ?


 

 

  http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-gouvernements-socialistes-137460

 

 

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 06:47

Retour sur les résultats du second tour de l’élection législative partielle de la seconde circonscription de l’Oise du 24 mars 2013.


yartiOiseB01À la suite de la démission de Jérôme Cahuzac de son siège de député, il y aura, les 16 et 23 juin 2013, une élection législative partielle dans la troisième circonscription du Lot-et-Garonne, celle de Villeneuve-sur-Lot, une terre habituellement très favorable au PS mais qui pourrait, comme en juin 2002, basculer à l’UMP (selon les premiers sondages).

Le parti socialiste joue gros dans cette élection, tant les sondages pour le gouvernement sont catastrophiques (IFOP, BVA, TNS Sofres, YouGov etc.).

Le candidat du FN compte bien répéter l’exploit de sa camarade de la deuxième circonscription de l’Oise qui, les 17 et 24 mars 2013, avait réussi non seulement à se qualifier au second tour mais aussi à rassembler près de la moitié de l’électorat.

Le temps du front républicain est complètement révolu. Le temps où les socialistes et les communistes, même en se bouchant le nez, votaient pour Jacques Chirac pour barrer la route à Jean-Marie Le Pen, en donnant une victoire de 82%, digne des républiques bananières, est terminé.


Il n’y a plus de front anti-FN

Les premières brèches eurent lieu entre les deux tours des élections cantonales de mars 2011, lorsque l’UMP avait refusé le principe de front UMP-PS contre le FN. En fait, ce ne sont pas les appareils mais les électorats qui ont fait ces brèches. Certains candidats du FN ont ainsi gagné parfois 20% entre le premier et le second tour, que son adversaire fût PS ou UMP. Il n’y a donc plus, dans le comportement électoral, d’ostracisme contre le FN.

Notons d’ailleurs que cette notion de "front républicain" qui vise à isoler électoralement le FN est contre-productive et peut avoir des effets dévastateurs dans l’électorat en donnant appui à ceux qui parlent d’UMPS, dénonçant une sorte de collusion entre les deux grands partis de gouvernement UMP et PS (on voit cependant la "pertinence" d’un tel concept pour le mariage des couples homosexuels, par exemple).

Mais ce ne sont pas les consignes des partis qui sont en cause. Quels électeurs, attachés à leur liberté individuelle, se soucieraient-ils vraiment des consignes pour le second tour ? Ils ont voté en leur âme et conscience au premier tour, parfois avec des motivations très différentes, et au nom de quoi pourrait-on leur faire voter mécaniquement pour un autre candidat au second tour si leur candidat du premier n’était plus présent ? Au nom de quoi ne voteraient-ils pas en leur âme et conscience au second tour également ?

D’ailleurs, les études d’opinion l’ont confirmé sur plusieurs décennies, les consignes de second tour n’ont aucune influence sur l’électorat mais sont essentielles dans la posture politique. Par exemple, dire qu’on va voter pour François Hollande au second tour inconditionnellement et deux mois après, dix mois après, se revendiquer d’une opposition ferme et brutale, c’est montrer qu’on prend ses électeurs un peu légèrement pour des imbéciles.


Posture politique

La posture politique est essentielle car elle permet l’étanchéité (ou pas) de certains élus, à défaut de maîtriser son électorat. Et il faut bien admettre qu’il y a une perméabilité nouvelle entre l’électorat de l’UMP et celui du FN. Ainsi, si les états-majors des deux partis (UMP et FN) sont fermement opposés à toutes sortes d’alliance électorale (et on le comprend quand on voit leur programme économique et européen complètement incompatible), leurs "sympathisants" (mot dont il faudrait préciser la définition) le sont beaucoup moins. Au contraire.

Dans le sondage IFOP publié le 17 avril 2013 (téléchargeable ici), 53% des sympathisants de l’UMP et 72% des sympathisants du FN seraient favorables à des accords électoraux entre l’UMP et le FN pour les élections locales, soit, grosso modo (vu l’imprécision des sondages), une moitié des sympathisants de l’UMP et les trois quarts des sympathisants du FN.

C’est une évidence que la radicalisation du discours de l’UMP depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à sa présidence en 2004 a fait naturellement évoluer un certain nombre de ses militants et les a poussés à retrouver quelques affinités avec les thèses anti-immigration du Front national.

Néanmoins, la césure en deux parts quasiment égales de l’UMP lors du vote interne du 18 novembre 2012 a montré également qu’il y avait une moitié qui ne s’y reconnaissait pas, ou même, les deux tiers si l’on ne prend en compte que le jeu des motions et pas celui des personnes (sur lesquelles se sont greffées des considérations plus affectives et moins idéologiques).

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Jean-François Copé a stoppé net ses discours très sécuritaires depuis janvier 2013. Pour se reconstruire une réelle légitimité, il a besoin, au contraire, de recentrer son discours (il l’avait encore rappelé à l’occasion des "manifs pour tous" qu’il n’y aurait aucune collusion entre UMP et FN). Ce n’est pas un hasard non plus si l’ancien Premier Ministre François Fillon avait évoqué, à propos du FN, une « différence d’approche irréconciliable » dans un documentaire réalisé par Franz-Olivier Giesbert et diffusé le 8 mai 2013 sur France 3, pour se différencier de Nicolas Sarkozy.


Relations entre FN et centre droit

La perméabilité entre le parti de centre droit parlementaire et le FN a été un sujet de débat depuis le 4 septembre 1983 et l’élection municipale partielle de Dreux où le candidat RPR avait conquis la mairie sur la maire PS sortante grâce à la fusion de sa liste avec celle du FN (dirigée par le redoutable Jean-Pierre Stirbois) qui avait acquis un sixième de l’électorat. Neuf mois plus tard, la gestation était arrivée à terme : le FN faisait jeu égal avec le PCF aux élections européennes de juin 1984 avec 10% au niveau national.

Dès le début, il y a eu deux écoles. La première, plus parmi les élus locaux, ne voyait aucun mal à faire des alliances locales avec le FN pour battre la gauche, leur priorité (pour faire face au gouvernement socialo-communiste). La seconde, plus exprimée parmi les leaders nationaux, voulait au contraire former un "cordon sanitaire" étanche entre centre droite et FN. Les réflexions pouvaient s’être développées par la morale (Bernard Stasi et Simone Veil furent bien seuls au début pour imposer cette étanchéité) ou par l’intérêt électoral (Jacques Chirac a montré une fermeté permanente à ce sujet). L’intérêt immédiat et ponctuel de s’allier avec le FN était effectivement vite perdu à moyen terme avec la perte de tout l’électorat modéré, bien plus nombreux.


La grande perméabilité des électorats

Depuis le second tour des élections cantonales du 27 mars 2011, cette étanchéité est clairement terminée au sein de l’électorat dans sa globalité. Les socialistes, encore en mars 2013, n’ont rien compris à ce qu’il s’est passé dans la seconde circonscription de l’Oise. Ils ont encore parlé d’une osmose entre le FN et l’UMP alors que justement, ces deux partis étaient restés seuls en lice au second tour. Ils prétendent encore qu’il y a mélange des deux électorats… en se croyant moralement irréprochables sur ce sujet.

Or, il n’en est rien. Si la candidate du FN a réalisé un score inimaginable il y a encore quelques mois dans l’Oise, en doublant son score du second tour, c’est parce qu’elle est devenue une candidate comme une autre, sans l’étiquette d’infamie qui était autrefois associée au Front national. Les opposants à Jean-François Mancel ont naturellement continué à s’opposer à lui avec un autre candidat qu’au premier tour.

En clair, les électeurs socialistes du premier tour sont tout aussi prêts à voter au second tour pour le FN contre l’UMP que les électeurs UMP du premier tour sont prêts à voter au second tour pour le FN contre le PS. Cela veut dire que le FN est parvenu à bénéficier d’une sorte de large ratissage de toutes les oppositions. Cela n’en fait pas un parti à l’électorat cohérent, mais cela en fait un parti capable désormais d’avoir des élus au scrutin majoritaire, et cela, c’est très nouveau depuis la montée du FN en 1984.

Sans doute il y a des explications, conjoncturelles (la crise économique, la faille précoce de François Hollande, l’affaire Cahuzac) et structurelles (l’opération de dédiabolisation du FN par Marine Le Pen a été couronnée de succès, malgré quelques retours en arrière comme l’hommage appuyé à l’historien Dominique Venner qui s’est indécemment suicidé devant des touristes le 21 mai 2013).


Course aux idées ?

Dédiabolisation ? Oui, ce n’est pas un succès, c’est un triomphe dans les médias. Rappelez-vous au milieu des années 1980. Personne ne voulait débattre (en public) avec un représentant du FN. Les responsables quittaient même les plateaux de soirée électorale le cas échéant. Aujourd’hui, non seulement Marine Le Pen a eu l’occasion de débattre avec à peu près toutes les forces politiques, y compris le NPA de Philippe Poutou, mais elle est aussi le chouchou des médias.

Est-ce un mal ou un bien ? Impossible de lire dans les étoiles, mais la démocratie nécessite évidemment le débat entre personnes ayant des opinions différentes, sinon, ce ne serait plus la démocratie. À force de refuser le débat, certains en font leur miel et avancent discrètement mais sûrement.

Le résultat, pourtant, c’est que les idées du FN ont non seulement contaminé les discours du centre droit depuis une dizaine d’années, mais aussi, depuis une année, ceux de la gauche, et c’est cela la nouveauté.

Entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2012, le staff de François Hollande n’avait pas hésité à venir à la pêche de cet électorat très particulier, y compris Arnaud Montebourg dès le lendemain du premier tour. Au final, François Hollande a gagné le second tour avec seulement un million cent mille voix d’avance, ce qui est très peu comparativement à la force de frappe de Marine Le Pen au premier tour (six millions quatre cent mille voix) qui avait lancé le 1er mai 2012 un appel à ne pas choisir l’un ou l’autre des candidats du second tour.


De nombreuses voix socialistes pour le FN

Deux études sérieuses (à télécharger ici) ont été réalisées sur le report des voix entre le premier tour et le second tour de l’élection législative partielle de mars 2013 dans l’Oise. Elles confirment que l’électorat de gauche, en particulier socialiste, est maintenant capable, autant que l’électorat de l’UMP (voire mieux), de voter pour le FN au second tour.

Une première étude, proposée par l’IFOP, se base sur les résultats de quelques scrutins depuis 1997. Aux législatives 1997, un candidat FN au second tour progressait un peu plus par rapport à son score du premier tour face à un candidat de gauche (donc, avec l’appui de la droite) que face à un candidat de droite (avec l’appui de la gauche) : +14% dans le premier cas, et +9% dans le second cas.

Or, aux cantonales de 2011, il n’y a plus eu de différence dans les progressions : +11% que ce soit face à un candidat de gauche ou face à un candidat de droite, et aux législatives de 2012, +16% face à un candidat de gauche et +17% face à un candidat de droite (donc, avec un report de voix légèrement supérieur à gauche).


L’étude angoissante de Joël Gombin

Une seconde étude, réalisée par le politologue Joël Gombin, propose une analyse statistique des reports de voix dans chaque bureau de vote dans la deuxième circonscription de l’Oise : « Même s’il est probable que [la candidate du FN] ait bénéficié du soutien d’abstentionnistes de premier tour qui ne se seraient mobilisés pour elle qu’au second tour, l’analyse objective des grandes masses en présence conduit à penser qu’une part significative de ces électeurs gagnés au second tour provient des rangs de la gauche. ».

Joël Gombin a ainsi évalué que 43% des électeurs de la candidate du PS au premier tour se seraient reportés sur la candidate du FN : « Il n’existe pas, dans ce cas d’espèce en tout cas, de frontière étanche entre un électorat socialiste et des candidats frontistes, comme on l’a longtemps cru, et le FN possède désormais une réelle capacité de mobilisation au second tour. ».

Le politologue a également estimé que 19% des voix du candidat UMP au premier tour seraient passées au FN au second tour et 25% dans le sens inverse (du FN au premier tour vers l’UMP au second tour).

Le plus remarquable est sans doute que seulement 20% des électeurs de la candidate du PS auraient suivi la consigne nationale du PS à faire barrage au FN au second tour en votant pour le candidat de l’UMP. Quant aux électeurs du Front de gauche (son candidat est arrivé en quatrième place et n’a obtenu que 6,6% des suffrages exprimés), seulement 15% d’entre eux auraient voté au FN au second tour (c’est le plus faible report de voix estimé) tandis que 62% d’entre eux se seraient abstenus ou auraient voté nul.

Autre point intéressant, la candidate du FN a très mal fixé son électorat du premier tour puisqu’elle en perdrait 38% entre les deux tours, dont près de 2 000 voix seraient retournées au candidat de l’UMP au second tour : « Si tous ses électeurs de premier tour l’avaient soutenue au second tour, [la candidate du FN] serait la nouvelle députée de la [deuxième] circonscription de l’Oise. ».

La conclusion de Joël Gombin est sans ambiguïté et a de quoi faire frémir le PS : « Si ces dynamiques se confirment durant le cycle électoral 2014-2015, elles pourront faire très mal à gauche comme à droite. Il est sans doute temps que la gauche arrête de penser que le Front national, c’est le problème de la droite, sans quoi elle risque de perdre, un jour, et les élections, et son honneur. ». Du reste, c’est bien le candidat du PS, Lionel Jospin, qui fut la première victime présidentielle du FN en avril 2002. Nul doute que si Marine Le Pen réussissait à se qualifier au second tour en 2017, ce serait également au détriment du candidat du PS (probablement François Hollande).

Selon "L’Express" du 20 avril 2013, cette étude de Joël Gombin serait remontée jusqu’à l’Élysée et Matignon et aurait inquiété les plus hauts dignitaires du socialisme gouvernemental.


Sur le terrain, exaspération à gauche

Sur le terrain, certains élus locaux s’en rendent compte. Ainsi, le maire UMP de Grandvilliers, une petite ville picarde de trois mille habitants située à une trentaine de kilomètres de Beauvais, a constaté : « Dans le bureau de vote n°2, [la candidate du FN] a obtenu 202 suffrages sur 319 exprimés [soit 63%]. C’est étonnant car, en général, ces électeurs habitent en partie dans des logements sociaux, votent à gauche. ».

Pris en "micro-trottoir", un ouvrier de Granvilliers qui a toujours voté à gauche expliquait sa désillusion en votant FN : « Choisir le FN, c’est un vote de rejet. (…) Finalement, c’est encore pire que Sarkozy. » en évoquant les 200 euros qu’il a perdus à la suite de la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires.

Même conclusion avec ce maçon de 46 ans qui avait toujours voté à gauche : « [Le Président et le gouvernement] prennent les Français pour des vaches à lait ! (…) Je ne sais pas si, une fois au pouvoir, ce sera mieux [avec le FN], mais je n’ai pas de remords, ce Président n’est pas fait pour gouverner. Il n’a pas la carrure. ».


Bête immonde ?

Contrairement à ce que prétendait encore le 1er mai 2013 le sénateur David Assouline, porte-parole du PS, le FN n’est pas la "bête immonde" des "pires heures de notre histoire". En tout cas, pas selon la grande majorité des électeurs. En continuant ce genre de discours récurrent nettement contreproductif, le PS serait presque à inciter les électeurs à soutenir le FN pour défendre la démocratie.

Le FN n’est qu’un capteur de colère qui a réussi à rassembler ceux qui ne supportent plus la déconnexion des gouvernants avec la réalité populaire, et depuis trois ans, le FN a réussi à ne plus faire peur. Au contraire de son père, qui ne voulait absolument pas gouverner (voir sa réaction spontanée lorsqu’il apprend son maintien au second tour en 2002), Marine Le Pen a tout fait pour se donner les moyens d’arriver au pouvoir. À ce titre, le scrutin majoritaire pourrait même maintenant l’avantager, vu le grand potentiel des reports de voix (comme expliqué dans cet article).

yartiOiseB03

Seul, le PS reste dans une vision simpliste et anachronique du phénomène FN et n’a rien compris de la lente évolution des électeurs. Mais tous les états-majors, y compris à l’UMP, craignent désormais que les listes du FN se hissent en première place aux élections européennes de 2014.

Il s'agit de combattre le FN avec des arguments dans un débat d'idées, pas par cet effet irrationnel de répulsion qui n'a plus lieu d'être et qui ne dupe plus personne.

Le Front national n’a rien à voir avec le passé.
Mais j’aimerais qu’il n’ait non plus rien à voir avec l’avenir.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 mai 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Second tour de l’Oise : un avertissement au PS …et à l’UMP.
Le front républicain en mars 2011.
Le 21 avril 2002 et le choc national.
Études postélectorales sur la législative partielle de l’Oise (à télécharger).
Nouvelles règles du jeu pour les scrutins locaux.
Sondage IFOP du 17 avril 2013 (à télécharger).
Conférence de presse de François Hollande.
Hollande, un an après.
Y’a d’la joie…
Les idées du Front national.
Marine Le Pen.
Étude de Joël Gombin (25 mars 2013).
"Le Figaro" du 27 mars 2013.
"L’Express" du 20 avril 2013.
Le candidat PS aussi à la pêche aux voix du FN.
Morale molle et ambitions dures.


 

 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-socialistes-aussi-votent-pour-136273

 

 

 

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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 09:25

Dans une analyse publiée par l'IFOP le 26 mars 2013, il est prouvé que les électeurs de gauche se sont reportés autant que les électeurs de droite sur la candidate du FN entre les deux tours de l'élction législative partielle de la 2e circonscription de l'Oise des 17 et 24 mars 2013 (Jérôme Cahuzac a démissionné entre les deux tours).

Cliquer sur le lien pour télécharger cette analyse (fichier .pdf) :
http://www.ifop.com/media/pressdocument/559-1-document_file.pdf


Par ailleurs, une autre analyse statistique, réalisée par le chercheur Joël Gombin, montre également ce phénomène.

Cliquer sur le lien pour lire cette étude :
http://www.joelgombin.fr/que-sest-il-passe-dans-la-2e-circonscription-de-loise/


Lire cet article sur les reports de voix sur le FN :

http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-116609945.html



SR

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 07:00

Tirades bien construites, ton assuré, regard parfois arrogant, mot souvent pour rire, mais aussi beaucoup de contradictions et un certain enfermement dans son propre discours. Au final, une belle comédie, bien rythmée, avec ses moments de communion et ses moments de tension. Et un bon client pour une émission politique.


yartiMelenchon13A01La dernière émission de David Pujadas, "Des paroles et des actes", diffusée en direct sur France 2 le jeudi 25 avril 2013 fut incontestablement un moment médiatique important de la semaine. Pour invité, Jean-Luc Mélenchon, l’ancien candidat à l’élection présidentielle du Front de gauche.


Un one-man-show qui n’a pas manqué de sel

Je l’avais cru un peu plus courtois que d’habitude au début de l’émission, mais très vite, il est revenu avec ses attitudes à la limite de la politesse, comme la remarque un peu désobligeante quand il a appris que Jacques Attali allait être un de ses contradicteurs (« C’est tout ce qu’ils ont trouvé au parti socialiste ? ») ou ce mépris en appelant le journaliste François Lenglet par un impérieux « Lenglet » très tendance Georges Marchais, repris par sa proie qui lui a imposé du « Monsieur Lenglet ». Un adolescent à qui on explique les bonnes manières, qu’il faut dire bonjour au monsieur.

Évidemment, Jean-Luc Mélenchon est un très bon débatteur, a des idées originales, a du talent pour les exposer, mais la ficelle était un peu grosse durant cette (trop) longue émission : il semblait réciter (bien) des leçons qu’il avait lui-même apprises et le dialogue était peu constructif. D’ailleurs, non seulement il était incapable d’écouter son interlocuteur, non seulement il le coupait sans arrêt, mais il cherchait surtout à amuser la galerie, le pire, sans doute, étant de reprendre Jacques Attali sur la fable du scorpion qui piquait une tortue, la version mélenchontesque étant avec une grenouille, contradiction complètement inutile qui n’apportait rien au fond sinon faire diversion sur ses propres contradictions.

yartiMelenchon13A02

Lui-même a répété plusieurs fois que ce type d’émission était "physique" en oubliant que s’il parlait un peu plus calmement, un peu plus posément, il se fatiguerait physiquement sans doute un peu moins. Mais cette véhémence fait partie (attachante) du personnage, tout en passion pour le débat politique et en exaltation pour sa "poésie" (esquissant parfois du second degré pris pour du premier degré).

Malgré ces petits défauts, Jean-Luc Mélenchon a mené une émission qui a pu toucher le fond des choses, avec certaines idées intéressantes et même, certaines convergences parfois imprévisibles.


L’amnistie des syndicalistes

Le premier sujet concernait l’amnistie des condamnations de syndicalistes qui avait été votée au Sénat et qui a été rejetée par le gouvernement mercredi. Visiblement, il a pris ce sujet à cœur et était complètement écœuré du revirement du gouvernement.

Pourtant, on pourrait comprendre ce changement de pied. Le gouvernement, au contraire, a été sage en ne donnant pas prise au laxisme dans un climat de corruption et d’impunité généralisée, mais aussi, de répression assez musclée dans les manifestations contre le mariage pour les couples homosexuels.

Accepter cette amnistie, ce serait faire deux poids deux mesures dans une société qui doute déjà de sa justice. La saisine du Conseil supérieur de la magistrature annoncée par Christiane Taubira au Sénat le jeudi après-midi à propos du "mur des c*ns" dans un local du Syndicat de la magistrature (où Manuel Valls était épinglé parmi d’autres personnalités plutôt de droite mais aussi des pères d’enfants victimes d’horribles meurtres) allait également dans ce sens raisonnable.

Mais le problème, c’est que Jean-Luc Mélenchon y croyait très fort et avait promis à ses fidèles que cette loi d’amnistie pourrait être adoptée. Sur le fond, c’est absolument insoutenable et je me demande encore aujourd’hui comment il a pu réunir une majorité de sénateurs.

Ce qui a meurtri Jean-Luc Mélenchon, c’est que c’était une promesse personnelle du Président François Hollande lorsqu’il l’avait rencontré en tête à tête juste après son élection. Tout en convenant qu’il est toujours très difficile d’avoir une discussion suivie avec François Hollande, en ajoutant pour la galerie : « Tout le fait rire ! ».

Plus grave, c’est l’intimidation envers les députés (de gauche). Jean-Luc Mélenchon, en effet, veut faire pression sur les députés pour qu’ils votent cette amnistie malgré la consigne présidentielle, en les menaçant d’aller les faire battre jusque dans leurs villages s’il le fallait. Ce n’est pas très "républicain", lui qui aime tant se le revendiquer. Ni très "démocrate".


Premier Ministre de François Hollande ?

Si Jean-Luc Mélenchon a raison de parlé de situation d’urgence, il a tort lorsqu’il dit ne pas vouloir attendre 2017. C’est pourquoi il s’imaginerait aisément comme le prochain Premier Ministre, chargé de négocier un virage à gauche dans le quinquennat. Tout de suite !

Cette idée montre à l’évidence que Jean-Luc Mélenchon est encore un adolescent, prenant ses rêves pour des réalités. Car le Front de gauche ne représente pas grand chose dans l’opinion publique. Électoralement, seulement 11,1% le 22 avril 2012, et la dernière législative partielle (2e circonscription de l’Oise), le candidat FG n’a obtenu que 6% le 17 mars 2013 malgré une situation qui aurait pu être plutôt profitable à ce parti (notamment avec les fermetures d’usine).

Dans son travail de sape, Jean-Luc Mélenchon a cité plusieurs l’interview du jour dans le journal "Le Monde" de Claude Bartolone, Président de l’Assemblée Nationale, qui souhaiterait, lui aussi, un changement de cap (donné comme l’un des premiers ministrables, Claude Bartolone prépare donc les mentalités).

Et c’est encore plus étonnant de s’imaginer Premier Ministre de la Ve République, en citant très justement l’article 20 de la Constitution, alors qu’il a appelé à manifester le 5 mai 2013 pour l’avènement d’une hypothétique 6e République au contenu aussi flou que sa politique économique (idée marketing initiée d’ailleurs par Arnaud Montebourg). De toute façon, ce ne sont pas les institutions qu’il faut changer, c’est la mentalité d’impunité des hommes qu’il faut changer.


L’économie comme un radiateur

Jean-Luc Mélenchon a utilisé une étrange métaphore pour parler de l’économie nationale : il voudrait la purger comme on purge les radiateurs. Ponctuellement, on retire de l’air. Sauf que… ce n’est que du "y a qu’à". Éliminer la dette publique, alors que son interlocuteur économique lui a rappelé que chaque semaine, l’État français emprunte 8 milliards d’euros sur les marchés financiers. Refuser le remboursement de la dette, c’est non seulement s’empêcher tout déficit budgétaire (donc, un tour de vis bien plus draconien que maintenant), mais c’est aussi ruiner de nombreux Français qui sont porteurs de la dette.

yartiMelenchon13A03

Le leader du Front de gauche a cependant assez bien vendu une idée qu’il considère comme pas assez exploitée, celle de miser toute l’économie sur la mer. La mer comme l’équivalent du secteur spatial des années 1960 qui a rendu la France très compétitive dans ce domaine. Une idée d’ailleurs largement approuvée et même initiée par Jacques Attali qui a toujours estimé que ce sont les pays qui ont des grands ports qui s’en sortiront, avec le développement de la globalisation des échanges. Jean-Luc Mélenchon y voit surtout de nouveaux territoires écologiques à conquérir (éoliennes etc.) puisqu’il n’y a plus de terres vierges.

Jean-Luc Mélenchon n’a pas répondu sur les avantages de la concurrence, entre des abonnements téléphoniques à la baisse à cause du marché concurrentiel, et des lunettes qui coûtent 250 euros plus cher que la moyenne européenne à cause d’absence de situation concurrentielle. Il a surtout évoqué le lieu de fabrication des téléphones eux-mêmes (alors que la question portait sur l’abonnement) mais il a eu l’honnêteté de dire qu’il ne connaissait rien au marché des lunettes, tout comme il a douté, sur une question sur la politique familiale du gouvernement, que Liliane Bettencourt reçoive encore des allocations familiales (à la baisse pour les plus riches).


Débat avec Jacques Attali

Jacques Attali, essayiste, énarque, ancien conseiller spécial de François Mitterrand, "intellectuel de gauche", "mondialiste", a commencé le débat avec beaucoup de prudence en flattant l’ego de Jean-Luc Mélenchon, en lui disant qu’il appréciait sa vision du monde, que ses idées étaient intéressantes, etc.

Mais c’était pour dire ensuite que ne pas rembourser la dette publique, ce n’était pas crédible. Que si Jean-Luc Mélenchon, au gouvernement, annonçait cela, la réaction internationale serait …un éclat de rire ! Et la première victime serait évidemment la France qui ne pourrait plus emprunter et qui devrait donc renforcer l’austérité pour avoir un budget équilibré (on peut se permettre de s’isoler du monde seulement si on n’a besoin de personne d’extérieur).

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Du coup, le clivage a pu être posé correctement. Pour Jacques Attali, il n’existe que trois manières de rembourser la dette publique : par la croissance, par la guerre ou par l’inflation. Jean-Luc Mélenchon lui a alors fait ajouter une quatrième manière qui ne marchait pas et qui, pourtant, serait en cours, l’austérité.

La guerre est évidemment exclue, et Jean-Luc Mélenchon a été très clair ; lui, il choisirait l’inflation. Cela a donc eu le grand mérite de clarifier sa politique, ses électeurs sont prévenus. Car pour Jacques Attali, l’inflation serait une catastrophe pour les plus pauvres, surtout si elle n’était décidée qu’en France et pas en Europe.

Jacques Attali a fait d’ailleurs un rappel intéressant. L’inflation avantage les jeunes (moins de 40 ans) car ils n’ont encore aucune épargne et surtout des dettes. En revanche, à partir de 40 ans, ils commencent à avoir un patrimoine et préfèrent le moins d’inflation possible. C’est la génération des seniors qui gouverne actuellement, d’où la raison pour laquelle la limitation de l’inflation est son premier objectif depuis quelques temps.

La fin du débat a été beaucoup moins douce. En conclusion, juste avant de quitter le plateau de télévision, Jacques Attali a donc résumé en disant que les mesures que préconisaient Jean-Luc Mélenchon étaient valables seulement à l’échelle européenne (ce qui supposerait aussi de construire une Europe politique ; lui verrait un intérêt à créer un autre parlement européen spécifiquement pour la zone euro). Et de terminer en disant que si c’était appliqué seulement en France, le pays deviendrait comme …la Corée du Nord ! Jean-Luc Mélenchon a trouvé le coup dur car il n’a même pas pu lui répondre sur la Corée du Nord.


Moralisation de la vie politique

Jean-Luc Mélenchon a excellé sur l’affaire Cahuzac en fustigeant les mesures proposés au conseil des ministres du 24 avril 2013. Il a trouvé (avec raison) révoltant que sous prétexte de la faute d’un seul ministre, François Hollande ait répandu la suspicion sur tous les élus. Il a employé une expression très forte : « loi des suspects ». Pour lui, ce qui compterait, ce serait de publier la liste des trois mille Français qui auraient des comptes dans des paradis fiscaux. Il s’est lui-même résolu à publier son patrimoine uniquement pour éviter cette suspicion généralisée et couper court aux rumeurs le concernant, véhiculées par l’extrême droite.


Pas très clair sur le Mali

En revanche, il n’a pas été très percutant sur l’engagement des forces françaises au Mali. Il a prétendu à tort que cette intervention n’avait aucun objectif (alors que les objectifs avaient été clairement annoncés par François Hollande dans son allocution télévisée du 11 janvier 2013), a laissé entendre que c’était un mensonge d’avoir parlé de "surprise" de l’avance islamiste vers la capitale etc. et je n’ai toujours pas compris pourquoi il a refusé de répondre à la question pourtant répétée plusieurs fois : est-il d’accord ou pas avec cette intervention au Mali ?


Débat avec Benoist Apparu

Ancien Ministre du Logement du Président Nicolas Sarkozy, Benoist Apparu a fait une prestation excellente face à Jean-Luc Mélenchon. Il a certainement gagné ses galons de grand débatteur à cette occasion, un peu à la surprise de son contradicteur qui ne l’imaginait pas si incisif.

Benoist Apparu a mis le doigt sur le véritable talon d’Achille de ce que propose Jean-Luc Mélenchon. Tout le discours du leader du Front de gauche a été de parler de créer un rapport de forces favorable. Pour convaincre les Allemands, les Européens, de la pertinence d’un changement de cap. Il a d’ailleurs mis la France dans le camp des pays du Sud européen (et a évoqué la proximité de la France avec le Maghreb).

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Benoist Apparu a d’abord laissé avancer son interlocuteur : oui, l’écart entre Nicolas Sarkozy et François Hollande au second tour du 6 mai 2012 était très faible, de l’ordre du million de voix, donc, oui, l’apport des voix du Front de gauche a été décisif pour la victoire de François Hollande. Et là, évidemment, déception de Jean-Luc Mélenchon puisqu’il n’a rien obtenu. Pas même l’amnistie pourtant promise "les yeux dans les yeux".

En écoutant cela, l’ancien ministre sarkozyste souriait. Sa démonstration était faite. Il n’avait plus qu’à ramasser les fruits. Benoist Apparu a donc résumé les choses : en somme, Jean-Luc Mélenchon veut imposer aux Européens un rapport de forces pour imposer sa politique économique inflationniste en 2013 …alors qu’en 2012, il n’a même pas été capable d’établir un rapport de forces convenable avec François Hollande ! Bref, tout ce discours sur ces rapports de forces au sein de l’Europe est aussi réaliste que le Père Noël.

L’argument est très convaincant : s’il n’a pas été capable de convaincre François Hollande, comment pourra-t-il convaincre à la fois Angela Merkel et David Cameron ?

Très étrangement, Jean-Luc Mélenchon s’est laissé distancer dans ses échanges avec Benoist Apparu qui s’est donc montré redoutable. Nul doute que ce dernier s’en servira dans les années à venir…


Et le futur proche ?

À la fin de l’émission, Jean-Luc Mélenchon a évoqué deux rendez-vous. La rue, avec la manifestation "coup de balai" (terme qu’un correspondant à Paris d’une agence de presse italienne a désigné comme "grilliste", du nom de Beppe Grillo) du 5 mai 2013, où il a tablé sur 100 à 200 000 manifestants, disant qu’avec ce nombre, le gouvernement devrait l’écouter (le million de participants à la "manif pour tous" des 13 janvier et 24 mars 2013 contre le "mariage pour tous" ont dû sourire).

Enfin, les élections européennes de 2014 où il a prédit que le Front de gauche devancerait le PS (eh alors ? EELV a fait jeu égal avec le PS le 7 juin 2009, autour de 16%, et aujourd’hui, les écologistes ne valent plus grand chose à la bourse électorale, 2 à 3%).


Numéro bien rodé

Bref, la prestation de Jean-Luc Mélenchon a été un spectacle à part entière. Il a su une nouvelle fois exploiter son talent verbal mais ressemble un peu à un adolescent qui n’a pas encore vu qu’un monde extérieur existait autour de lui. Incapacité à laisser les autres parler, incapacité à admettre ses propres contradictions, incapacité à préciser concrètement les mesures qu’il préconiserait s’il avait le pouvoir.

Après Georges Marchais, après Arlette Laguiller, nul doute que les Français vont continuer à garder de la franche sympathie pour le personnage flamboyant de Jean-Luc Mélenchon. En revanche, pour la plupart, ils ne leur confieraient certainement pas leur argent …ou leur voix.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 avril 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Débat Mélenchon vs Cahuzac (7 janvier 2013).
Débat Mélenchon vs Copé (17 novembre 2011).
Débat Mélenchon vs Marine Le Pen (14 février 2011).
Mélenchon, allié objectif de Sarkozy (24 mars 2012).
Mélenchon sur TF1 (5 mars 2012).

yartiMelenchon13A06



http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/melenchon-la-grenouille-qui-134882





 

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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 06:56

Le PS éliminé au premier tour, l’UMP élu de justesse face au FN au second tour. Les cauchemars vont envahir l’esprit des principaux présidentiables dans les mois à venir. Le syndrome de l’Oise…


yartiSueursFroides01En parlant de l’élection législative partielle de la 2e circonscription de l’Oise, Éric Dupin avait parlé dans "Slate" du 23 mars 2013 d’un cauchemar du premier secrétaire du PS Harlem Désir appelant à voter UMP à l’élection présidentielle de 2017. Il faisait référence au premier tour du 17 mars 2013 où la candidate du PS, Sylvie Houssin, avec seulement 21,4% des voix (-9,1% par rapport au 10 juin 2012), avait perdu en dix mois de pouvoir près de dix mille suffrages sans ticket pour être présente au second tour.


L’UMP pas plus souriante que le PS

Pourtant, l’examen des résultats du second tour du 24 mars 2013 devrait aussi diffuser cette étrange impression de cauchemar à l’UMP. Si le second tour s’était soldé par un duel inégal entre Florence Italiani (FN) et Jean-François Mancel, député UMP sortant (invalidé le 25 janvier 2013), soutenu également par la gauche, et si l’issue prévisible a bien eu lieu, à savoir la réélection de Jean-François Mancel, il n’y a eu que huit cents voix d’écart entre les deux candidats. L’UMP ne doit donc son élection que de justesse, avec 51,4%.

La différence était pourtant très large au premier tour : Jean-François Mancel avait eu 40,6% et Florence Italiani 26,6%, et normalement, la candidate du FN ne devait avoir aucune réserve de voix.

Il faut bien sûr relativiser les leçons d’une élection partielle, d’autant plus que la personnalité de Jean-François Mancel (65 ans), président du conseil général de l’Oise pendant près de vingt ans (du 1er avril 1985 au 31 mars 2004), ancien secrétaire général du RPR, n’est pas exempte de reproche en terme de gestion.

Par ailleurs, l’Oise est un département particulièrement attrayant pour le FN et dans la 2e circonscription, Jean-François Mancel avait été battu par la candidate socialiste (Béatrice Marre) en juin 1997 à l’occasion d’une triangulaire au second tour à cause de la présence du FN. Le 17 juin 2012, il avait été réélu de justesse déjà (avec seulement soixante-trois voix d’avance) dans une triangulaire avec la candidate du FN, Florence Italiani, qui avait recueilli 22,3% (soit légèrement moins qu’au premier tour, tant en % qu’en nombre de voix).

Enfin, la très forte abstention, tant au premier tour (67,2%) qu’au second tour (65%) de cette élection partielle doit bien sûr tempérer les conclusions que certains voudraient définitives. D’autant plus qu’une autre législative partielle s’est déroulée au même moment à Wallis-et-Futina qui a donné une large majorité à la gauche, avec une forte participation (75,7%), mais il n’y avait aucun candidat ni de droite ni du centre.


Le vrai problème, l’incapacité à mobiliser l’électorat

Pour autant, c’est bien l’abstention des élections socialistes qui a empêché Lionel Jospin d’atteindre le second tour de l’élection présidentielle le 21 avril 2002. Et rien d’autre. L’incapacité du PS à mobiliser ses troupes pour défendre son champion.

Or, l’UMP, à peine sortie d’une grave crise interne, n’est pas mieux servie dans la mobilisation de son électorat. La présidente du Front national Marine Le Pen, c’est de bonne guerre, n’a donc pas tort de crier qu’une victoire au second tour dans un scrutin majoritaire était désormais possible, même en présence de seulement deux candidats. Une configuration qu’elle verrait bien pour l’élection présidentielle de 2017 en reprenant le vieil objectif de son père : éliminer la gauche au premier tour, et éliminer la droite au second tour.

yartiSueursFroides02

Au contraire du 17 juin 2012 où Florence Italiani avait plafonné à son score du premier tour, ce 24 mars 2013, elle a quasiment doublé son nombre de voix entre le premier et le second tour, ce qui permet à Marine Le Pen de fanfaronner dès les résultats connus : « Notre candidate a pulvérisé les capacités de progression face au candidat du système, comparativement aux élections de juin dernier. ».

Mais là aussi, il faut relativiser : en nombre de voix, Florence Italiani n’a pas réuni plus de voix qu’en juin 2012, mais a juste su mobiliser au second tour son électorat à moitié dormant au premier tour. En effet, la moitié de ses électeurs de juin dernier ne s’étaient pas déplacés au premier tour mais ont vu, par ce duel symbolique, une occasion de donner un sens à leur vote du second tour.

A priori, Jean-François Mancel n’a pas réussi à faire le plein de ses propres électeurs de juin dernier. Mais le plus grave, d’un point de vue politique, c’est qu’il ne semble pas y avoir eu beaucoup d’électeurs de gauche à se reporter sur le candidat UMP.

C’est cette idée qui pourrait donner un boulevard à Marine Le Pen en 2017 : le PS et l’UMP ne sont plus capables de mobiliser leur propre électorat et la mécanique du front républicain ne fonctionnera plus comme le 5 mai 2002. Le Front national serait donc un parti capable d’être majoritaire, au même titre que le PS et l’UMP.


Un contexte très défavorable

Il faut dire aussi que la démission surprise de Jérôme Cahuzac (le 19 mars) et la mise en examen surprise de Nicolas Sarkozy (le 21 mars), qui sont des symptômes finalement normaux d’une démocratie saine (la justice égale pour tous), n’ont pas apporté une image très rassurante des deux principaux partis de gouvernement dans un contexte de crise économique majeure.

Un autre sujet de satisfaction pour Marine Le Pen est sans aucun doute que le match, qu’elle avait déjà gagné en 2012, contre le (co)président du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon, a été de nouveau largement gagné dans cette partielle. En effet, la surenchère dans la démagogie ne favorise que son aile droite, droite extrême, au détriment de son aile gauche, gauche radicale. Le 17 mars, le candidat mélenchoniste (Pierre Ripart) n’avait même pas recueilli deux mille voix (avec 6,6%) soit 30% de moins que le 10 juin 2012.


Le seul chemin : construire ensemble

Si le Président François Hollande, connu pour ne jamais rien décider, laissait entrevoir ce jeudi 28 mars 2013 sur France 2 qu’il se satisferait de ce climat politique, il donnerait à Marine Le Pen, plus vite que prévu, des perspectives prometteuses mais inquiétantes.

Pourtant, s’il y a bien une chose qui exaspère les électeurs et qui les incite à rester chez eux lors des scrutins, c’est lorsqu’on les prend pour des imbéciles.

Or, c’est à peu près ce que fait le PS en refusant d’admettre qu’il conduit aujourd’hui une politique sensiblement équivalente à celle du quinquennat précédent (retour à l’équilibre budgétaire, renforcement de la compétitivité, TSCG, refonte du code du travail, Grand Paris, politique de la sécurité, politique industrielle, etc.) qu’il cherche à emballer dans un clivage droite/gauche dépassé, avec une phraséologie socialiste qui ne dupe plus personne et quelques projets sociétaux qui hérissent la droite (comme le mariage des couples homosexuels ; Jean-François Mancel s'y était déclaré en 2011).

Le courage en politique, c’est d’aller au-delà de ces clivages totalement archaïques et anachroniques, et de bâtir enfin une grande coalition, celle qu’avait conduite le chancelier Schröder il y a une dizaine d’années et qui a permis à l’Allemagne de redémarrer son industrie et donc son économie. À situation exceptionnelle, majorité exceptionnelle. C’est l’unité nationale que prône depuis plusieurs années François Bayrou.

Ce n’est qu’en impliquant tous les partis gouvernementaux dans la recherche des meilleures solutions, indiscutables dès lors qu’un consensus aurait été établi, au-delà des luttes politiciennes sans intérêt, que les électeurs auront le sentiment qu’on les respecte et, dès lors, seront prêt à participer à l’effort national par leur soutien.

Cela fait plus de trente ans que le PS tient un langage décalé. Maintenant qu’il est (à nouveau) au pouvoir, c’est lui qui a l’initiative pour enfin parler vrai, et rassembler vraiment.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 mars 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Analyse détaillée du programme du FN.
Démagogie populaire.
Procédé sournois.
Marine Le Pen.
Marine et Giulia.
Marine Le Pen vs Jean-Luc Mélenchon.
Le Pen au 2e tour ?
Le front républicain ?


yartiSueursFroides03 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/sueurs-froides-dans-l-oise-132999

 

 

 

 

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