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19 mai 2018 6 19 /05 /mai /2018 01:52

« La nouveauté, selon le mot de Stravinski, ne saurait être que la recherche d’une place fraîche sur l’oreiller. La place fraîche se réchauffe vite et la place chaude retrouve sa fraîcheur. » (Jean Cocteau, 1941). Troisième et dernière partie.


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Le mariage pour tous a cinq ans et est en vigueur depuis la promulgation de la loi n°2013-404 du 17 mai 2013. Le sujet du mariage pour les couples homosexuels était déjà évoqué lors des débats parlementaires sur le PACS en 1998 et 1999, et il est devenu très présent dans les médias à partir de l’élection de François Hollande à la Présidence de la République le 6 mai 2012 car il correspondait à l’une de ses promesses électorales.

J’avais à l’époque évoqué ce sujet et j’avais exprimé une certaine réserve et surtout, une réticence sémantique. J’étais bien sûr favorable à la liberté, toutes les libertés, celle de choisir sa vie ou même, d’être ce qu’on est, et j’étais évidemment favorable à l’égalité, toutes les égalités, celle par exemple des droits qui protègent les conjoints. Qu’il n’y ait aucune différence entre les couples, sur la succession, sur la protection en cas de séparation, me paraissait raisonnable et juste, et c’est pour cela que le dispositif du PACS était insuffisant pour garantir cette égalité de droits.

J’étais même favorable à l’adoption d’enfants par un couple de personnes de même sexe dès lors qu’on permettait l’adoption à des personnes seules. Un enfant sera toujours dans un foyer plus enrichissant avec deux "parents" qu’avec un seul. Et la personne seule pourrait très bien être membre d’un couple homosexuel en l’ayant caché, mais cela restreindrait alors les droits de l’autre membre. Quant aux foyers composés d’un couple hétérosexuel "traditionnel", il est des situations où cela peut devenir un enfer pour un enfant. Bref, j’ai toujours été convaincu que l’orientation sexuelle des parents n’était pas un paramètre majeur du bon équilibre psychologique d’un enfant qui, au fil des années, sait faire la part des choses entre le modèle développé par les parents et ce qui lui conviendra le mieux pour sa propre vie future.

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Ma principale réticence était plutôt sur le mot "mariage" que je considérais réservé à la cellule sociale traditionnelle qu’on appelle famille et qui a été pendant de nombreux siècles la base première de toute sociabilité. C’est vrai qu’avec la multiplication des séparations (conséquence à la fois notamment du travail des femmes qui leur permet d’assurer leur autonomie financière et ne plus dépendre de leur éventuel mari pour vivre, et de l’allongement de l’espérance de vie), ce modèle de la famille traditionnelle pouvait être battu en brèche par l’existence des familles recomposées avec des fratries de parents différents. Ainsi, je préférais le mot "union civile" au mot "mariage" pour cette raison. Cela aurait eu l’avantage de ne heurter qu’une faible minorité de personnes et de ne pas créer une polémique majeure peu utile à la collectivité.

Mon autre réserve, c’est que je considère que l’État n’a pas à s’occuper de ce qu’il se passe sous la couette et que vouloir légiférer sur l’orientation sexuelle me paraissait plutôt malsain de ce point de vue. Pendant les débats en 2012 et 2013, la société française a été parfois divisée dans des clivages complètement surréalistes, entre pour et contre mariage pour tous, ou encore entre militants de la cause homosexuelle et homophobes, et même, ce qui paraît stupide, entre homosexuels et hétérosexuels. Pourtant, la société française était déjà suffisamment divisée pour se permettre de la diviser davantage, parfois par des manifestations d’un million de personnes, alors qu’elle aurait eu besoin d’un plus grand rassemblement, d’une plus grande cohésion.

L’un de ces corollaires de cette réserve, c’est qu’en autorisant le mariage pour les couples homosexuels (du reste, c’est valable aussi pour le PACS), l’État se permettait, par l’état-civil, de faire un fichier de personnes homosexuelles, et les allers et retours de l’histoire montrent que rien n’interdirait, dans un futur plus ou moins proche, qu’un dictateur qui aurait pris le pouvoir pourchasse de nouveau les personnes homosexuelles, comme ce fut le cas sous l’Occupation nazie et comme c’est encore le cas dans certains (rares) pays, comme l’Iran, l’Arabie Saoudite, le Soudan, la Mauritanie (où l’homosexualité est punie de mort), l’Inde, la Tanzanie, l’Ouganda et la Zambie (où l’homosexualité est punie de prison à vie).

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Mon évolution sur la loi en cinq ans est donc avant tout un principe de réalité. Comme je l’ai expliqué dans le premier article sur le sujet, la loi Taubira est une loi irréversible dans la mesure où personne, aucun gouvernement ne pourra revenir sur cette loi sans enfreindre certains principes constitutionnels comme l’égalité des citoyens devant la loi ou la rétroactivité de la loi.

L’autre principe de réalité est la situation internationale. La France n’a pas été parmi les premiers pays qui ont autorisé le mariage pour les couples homosexuels, et il y avait de véritables difficultés juridiques à refuser la reconnaissance d’un mariage contracté à l’étranger avec les différentes conventions internationales. Ainsi, alors qu’il n’est pas autorisé, le mariage d’un couple homosexuel contracté en Suède a été reconnu le 24 janvier 2017 en Estonie après une décision de justice en décembre 2016 qui fera jurisprudence dans ce pays. D’ailleurs, le premier mariage d’un couple homosexuel reconnu par la France n’est pas un mariage français mais la reconnaissance d’un mariage contracté en Belgique, et ce couple de frontaliers avait d’ailleurs été le premier couple ayant conclu un PACS.

Donc, aujourd’hui, il ne s’agit plus d’être pour ou contre mais de rester sur le principe de réalité. Il existe, point final. Il existe dans maintenant vingt-cinq pays, probablement d’ici un à deux ans, dans une trentaine de pays, et si l’Europe et les États-Unis ont ainsi "modernisé" leur mariage, cela n’empêche pas qu’en Asie et aussi en Afrique (à l’exception de l’Afrique du Sud qui l’autorise depuis onze ans), l’homosexualité est parfois même interdite et condamnée pénalement. Il paraît logique d’ailleurs qu’il y ait une harmonisation internationale sur le sujet, dès lors qu’on peut voyager, même si ce concept peut être foireux et pourrait aboutir à toutes les généralisations (par exemple, celle de la GPA qui ne me paraît pas pertinente).

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En fait, pour être bien clair, les opposants au mariage pour tous en 2013 étaient assez peu capables de donner des arguments vraiment recevables contre le projet sans s’en prendre à la liberté, à l’égalité voire à la fraternité (la haine des homosexuels rentrant dans un cadre antirépublicain). Le prétexte de l’opposition à l’adoption des enfants me paraissait peu convaincant pour la raison expliquée plus haut.

D’ailleurs, l’évolution des sondages en France est intéressante à observer. La société semblait coupée en deux entre partisans et opposants au début des années 2000, avec une lente progression des partisans. Au moment de l’adoption en avril 2013, le rapport des forces était en faveur du mariage pour tous, de l’ordre de 60%-40% et il a progressé en 2015 à environ 70%-30%. Aujourd’hui, à part quelques irréductibles, il ne fait plus réellement débat, il est admis et est entré dans les mœurs.

On a cependant parlé d’une augmentation d’actes d’homophobie en 2012 et 2013 à l’occasion du débat public et j’étais donc inquiet que l’adoption du mariage pour tous eût un effet contreproductif sur la tolérance de l’homosexualité dans la société. Le mot "tolérance" ne me paraît d’ailleurs pas le bon terme qui semble écrit "du bout des lèvres" avec une pointe d’arrogance ou de pitié. Je préférerais le mot de "normalisation" qui a cependant quelques connotations politiques qui pollueraient son sens ici.

L’association SOS Homophobie (créée le 11 avril 1994) a recueilli 3 517 témoignages d’actes homophobes en 2013, ce qui correspondait à 75% de hausse par rapport à l’année 2012 et plus du double qu’en 2011. La situation s’est améliorée par la suite mais reste encore à un niveau élevé (1 650 témoignages d’actes homophobes en 2017 correspondant à 1 505 situations uniques, dont 139 cas d’agression physique, soit +15% par rapport à 2016). Ces actes sont commis par des personnes qu’on pourrait appeler les "chauffards" de la tolérance.

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En revanche, la "normalisation" semblerait progresser dans les mentalités du plus grand nombre, au point qu’on peut maintenant voir souvent (peut-être même "trop souvent" par rapport à leur représentativité ?) des couples homosexuels dans des émissions de télévision (par exemple, la recherche ou la vente d’appartements).

À mon sens, au-delà de cette reconnaissance des couples homosexuels par le mariage pour tous, il y aurait beaucoup d’intérêt à ce que la loi évolue pour prendre en compte de nouveaux enjeux sociaux au sein des familles. Ainsi, je verrais deux types de nouveauté.

La première aurait pu être choisie à la place du PACS qui repose sur la constitution d’un couple basé sur la vie commune et la sexualité. On aurait pu proposer une sorte de contrat de cohabitation, qui ne serait plus basé sur un partenariat sexuel mais sur une simple vie commune. Cela aurait le mérite de protéger des colocataires ou des foyers pas forcément issus d’une cellule familiale traditionnelle. Par exemple, lorsqu’il y a des parents mais aussi des amis, des personnes sans lien de parenté, à charge, par exemple dépendantes. Ou encore une fratrie qui vit ensemble, etc.

La seconde me paraît aujourd’hui nécessaire avec la complexité accrue des familles recomposées. Il faudrait proposer un véritable statut de beau-parent, non dans le sens parent du conjoint mais dans le sens conjoint du parent. On pourrait ainsi envisager un troisième type d’adoption qui donnerait quelques droits au conjoint d’un parent sur l’enfant qu’il aura éduqué sans être son vrai parent et sans exclure aucun droit aux véritables parents. Ne serait-ce que pour avoir le droit de venir chercher l’enfant à l’école, ou encore, en cas de décès ou séparation du parent reconnu (pas forcément biologique), qu’il puisse y avoir, au moins par un droit de visite, le maintien d’une relation avec l’enfant ou les enfants avec qui il aura vécu et qu’il aura contribué à éduquer (voire en avoir la responsabilité éducative selon les situations).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 mai 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport 2018 de SOS Homophobie (à télécharger).
Les 5 ans du mariage pour tous.
Bientôt la PMA ?
Christiane Taubira.
Pierre Bergé.
L’avis du Conseil Constitutionnel du 17 mai 2013 (texte intégral).
La manif pour tous.
À quand l’apaisement ?
Et si l’on pensait plutôt aux familles recomposées ?
Deux papas ?
Le premier mariage lesbien.
L’homosexualité malmenée en Afrique.
Mariage gris.
Mariage nécrophile.
Mariage annulé pour musulman.
Le coming out d’une star de la culture.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180517-mariage-pour-tous-3.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/09/23/36410527.html


 

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18 mai 2018 5 18 /05 /mai /2018 01:34

« La nouveauté, selon le mot de Stravinski, ne saurait être que la recherche d’une place fraîche sur l’oreiller. La place fraîche se réchauffe vite et la place chaude retrouve sa fraîcheur. » (Jean Cocteau, 1941). Deuxième partie.



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Le mariage pour tous, c’est-à-dire aussi pour les couples homosexuels, est possible depuis maintenant cinq ans, par la loi n°2013-404 du 17 mai 2013. Après avoir présenté les principaux arguments pour et contre, et avant des commentaires personnels, je présente quelques éléments factuels.


Historique

En France, aucun texte ne spécifiait précisément que le mariage concernait l’union de deux personnes de sexe différent, si bien que rien, à part la tradition juridique, n’empêchait l’union d’un couple homosexuel par le mariage. Pour pousser à bout ce vide juridique, certains maires ont tenté de faire des mariages de couples homosexuels, comme le 5 juin 2004 où Noël Mamère, à l’époque député-maire de Bègles, a uni deux hommes.

Le tribunal de grande instance de Bordeaux a alors annulé ce mariage le 27 juillet 2004, considérant que les textes évoquent un "mari" et une "femme" et que ce n’était pas possible de les identifier avec deux hommes. La cour d’appel de Bordeaux a confirmé cette annulation le 19 avril 2005 et la Cour de cassation l’a également confirmée le 13 mars 2007, juste avant l’élection présidentielle de 2007 : « Selon la loi française, le mariage est l’union d’un homme et d’une femme. » (arrêt du 13 mars 2007 de la Cour de cassation).

Saisi le 16 novembre 2010 par la Cour de cassation pour une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), le Conseil Constitutionnel a clairement affirmé le 28 janvier 2011 qu’il était nécessaire que le législateur adoptât un texte spécifique pour permettre le mariage de deux personnes de même sexe : « Aux termes de l’article 34 de la Constitution, la loi fixe les règles concernant "l’état et la capacité des personnes, les régimes matrimoniaux, les successions et libéralités" (…). Il est à tout moment loisible au législateur, statuant dans le domaine de sa compétence, d’adopter des dispositions nouvelles dont il lui appartient d’apprécier l’opportunité et de modifier des textes antérieurs ou d’abroger ceux-ci en leur substituant, le cas échéant, d’autres dispositions, dès lors que, dans l’exercice de ce pouvoir, il ne prive pas de garanties légales des exigences de caractère constitutionnel. » (décision n°2010-92 QPC du 28 janvier 2011).

En d’autres termes, le mariage sans précision est un mariage de deux personnes de sexe différent, mais il n’est anticonstitutionnel de modifier cette définition juridique si le législateur le décide. Ce qu’il a fait deux ans plus tard.

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Auparavant, il y a eu l’adoption du PACS (pacte civil de solidarité) par la loi n°99-944 du 15 novembre 1999 qui permet à un couple, hétérosexuel ou homosexuel, de s’unir civilement, cependant, pas devant le maire mais au greffe du tribunal d’instance. Le premier PACS a été enregistré le 18 novembre 1999 à Lille. Dans une succession, le PACS ne reconnaît pas le conjoint survivant comme héritier, ce qui pouvait, évidemment, créer des situations très difficiles et conflictuelles entre le survivant et les ayants droit.

Le Président Nicolas Sarkozy était partisan d’une union civile qui aurait donné les mêmes droits que le mariage aux couples homosexuels, mais a finalement renoncé à le présenter au cours de son quinquennat pour deux raisons : d’une part, une partie de son électorat refusait un tel projet, et d’autre part, il voulait réserver cette union civile aux seuls couples homosexuels, ce qui aurait été probablement déclaré anticonstitutionnel et aurait été invalidé par le Conseil Constitution selon le principe d’égalité des citoyens devant la loi.


Adoption de la loi sur le mariage pour tous

Le Président François Hollande a bénéficié d’une fenêtre législative exceptionnelle pendant les deux premières années de son mandat : en effet, il avait une majorité de gauche dans les deux assemblées, Assemblée Nationale, mais aussi Sénat. Il en a profité seulement pour le mariage pour tous et il a perdu la majorité sénatoriale dès septembre 2014.

Le projet de loi a été présenté par la Ministre de la Justice Christiane Taubira au conseil des ministres du 7 novembre 2012. Comme pour la loi sur l’IVG avec Simone Veil, et même pour l’abolition de la peine de mort avec Robert Badinter, il n’était pas explicitement clair que cette ministre fût la défenseure de ce projet. Valéry Giscard d’Estaing n’en avait pas parlé à Simone Veil lors de sa nomination à la Santé (cela aurait dû être le Ministre de la Justice Jean Lecanuet qui aurait dû le présenter, mais pour des raisons religieuses, il avait préféré ne pas le faire). Quant à l’abolition de la peine de mort, François Mitterrand avait prévu son ami radical Maurice Faure, nommé Ministre de la Justice du 22 mai 1981 au 22 juin 1981, mais, dilettante, ce dernier a préféré se retirer dans son département du Lot à rester dans le flot parisien.

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Fortement contesté par une partie de l’opposition, le projet de loi a été l’occasion de longues discussions au Palais-Bourbon. Le débat à l’Assemblée Nationale a commencé le 29 janvier 2013 et a duré 110 heures en séances publiques. Le texte a été adopté à l’Assemblée Nationale en première lecture le 12 février 2013 par 329 voix pour, 229 contre et 10  abstentions. Très majoritairement, les députés de gauche ont voté pour (sauf notamment Jérôme Lambert et Alfred Marie-Jeanne qui ont voté contre). À l’UMP, le vote contre fut très majoritaire (sauf notamment Bruno Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet, Pierre Lellouche, Nicole Ameline et Édouard Philippe qui se sont abstenus et Benoist Apparu et Franck Riester qui ont voté pour). À l’UDI, le groupe a voté majoritairement contre (sauf notamment Yves Jégo et Jean-Christophe Lagarde, qui ont voté pour, et Jean-Louis Borloo aussi aurait voulu voter pour mais par erreur, son vote fut comptabilisé parmi les contre).

Le débat commencé le 4 avril 2013, le Sénat a adopté en première lecture le projet de loi le 12 avril 2013 par un vote à main levée, avec 170 pour, 165 contre et 10 abstentions. Dans l’opposition, majoritairement défavorable au projet, Chantal Jouanno et Fabienne Keller ont notamment voté pour et Vincent Capo-Canellas, Roger Karoutchi, Alain Fouché et Alain Milon notamment se sont abstenus.

Le texte ayant été modifié par les sénateurs, les députés ont recommencé à débattre du texte du 17 au 19 avril 2013 et l’ont adopté définitivement, dans les mêmes termes que le Sénat, le 23 avril 2013 en seconde lecture, par 331 voix pour, 225 contre et 10 abstentions, avec les mêmes singularités entre groupes. L’adoption définitive a été planifiée très rapidement par le gouvernement, car la seconde lecture n’aurait dû se dérouler qu’en mai 2013 dans le calendrier parlementaire. Le gouvernement a trouvé un moyen juridique pour accélérer l’adoption alors que les "manifs pour tous" se faisaient de plus en plus importantes au fil des semaines.

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François Hollande a promulgué la loi le 17 mai 2013, la journée mondiale de lutte contre l’homophobie, quelques heures après la publication de l’avis conforme à la Constitution émis par le Conseil Constitutionnel. Ce sera probablement, dans les livres d’histoire des prochaines décennies, la seule réalisation qui restera du quinquennat de François Hollande. Ou plutôt, l’une des deux seules réalisations, la seconde étant la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016 sur la fin de vie.

Dans les prises de position, pendant les débats publics, hors parlementaires qui ont eu à se prononcer officiellement sur le sujet, on peut citer, parmi l’opposition, Dominique de Villepin, Monique Pelletier, Rama Yade, Roselyne Bachelot, Franck Louvrier et même Valéry Giscard d’Estaing qui étaient favorables au mariage pour tous. Dans la majorité, certaines personnalités ont au contraire exprimé réserves, doutes et réticences, ce fut le cas de Gérard Collomb et Lionel Jospin.


Situation internationale

Au 13 mai 2018, vingt-cinq pays représentant 1,1 milliard d’habitants (14,5% de la population mondiale) ont adopté une législation autorisant le mariage de couples homosexuels.

La France (17 mai 2013) est le treizième pays à avoir autorisé le mariage de couples homosexuels, après les Pays-Bas (3 avril 2001), la Belgique (1er juin 2003), l’Espagne (3 juillet 2005), le Canada (20 juillet 2005), l’Afrique du Sud (30 novembre 2006), la Norvège (1er janvier 2009), la Suède (1er mai 2009), le Portugal (5 juin 2010), l’Islande (27 juin 2010), l’Argentine (22 juillet 2010), le Danemark (15 juin 2012) et le Brésil (14 mai 2013).

Après la France, onze autres pays ont autorisé le mariage de couples homosexuels : l’Uruguay (5 août 2013), la Nouvelle-Zélande (19 août 2013), le Royaume-Uni (28 mars 2014), le Luxembourg (1er janvier 2015), les États-Unis (la Cour suprême a considéré le 26 juin 2015 qu’interdire le mariage des couples homosexuels était anticonstitutionnel), l’Irlande (16 novembre 2015), la Colombie (28 avril 2016), la Finlande (1er mars 2017), Malte (1er septembre 2017), l’Allemagne (1er octobre 2017) et l’Australie (9 décembre 2017).

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Le mariage pour les couples homosexuels est prévu aussi en Autriche (au plus tard le 1er janvier 2019) et à Taiwan (au plus tard le 24 mai 2019), et il est en projet au Mexique (la plupart de ses États ont déjà cette législation, dont Mexico dès le 22 décembre 2009), en Albanie, au Chili, au Pérou, en Suisse, à Panama, au Costa Rica (la loi du 4 juillet 2013 est déjà proche de l’autorisation) et au Venezuela.

Neuf pays européens reconnaissent une union civile entre personnes de même sexe avec quasiment les mêmes droits que le mariage : la Croatie (2003), la Slovénie (2005), la République tchèque (2006), la Suisse (2007), la Hongrie (2007), l’Autriche (2010), le Liechtenstein (2011), l’Estonie (2014), Chypre (2015), la Grèce (2015) et l’Italie (2016). Quatre pays européens interdisent explicitement les couples homosexuels : la Pologne, la Bulgarie, la Lettonie et la Lituanie.


Quelques statistiques en France

Le premier mariage entre deux hommes a été célébré le 29 mai 2013 à Montpellier et les deux premiers mariages entre deux femmes ont eu lieu le 1er juin 2013 à Montpellier et à Saint-Jean-de-la-Ruelle (la circulaire détaillant la loi a été rédigée le 29 mai 2013 et publiée seulement le 31 mai 2013 dans le Bulletin officiel du Ministère de la Justice).

Il n’est pas possible de connaître à ce jour exactement le bilan statistique de l’année 2017, mais il est possible déjà de voir les grandes lignes. À partir de la troisième année de mariage pour tous, c’est-à-dire 2015, le nombre de mariage de couples homosexuels représente environ 3% du nombre total de mariages célébrés dans l’année. Au début, il y a eu ce que j’appellerais improprement un "effet d’aubaine", car beaucoup de couples homosexuels attendaient depuis longtemps cette mesure, si bien qu’ils n’ont pas attendu dès lors que la loi était promulguée. D’autres se sont également dépêchés de se marier par crainte qu’un changement de majorité revînt sur cette loi en l’abrogeant.

2013 (seulement les 7 derniers mois) : 7 367 mariages de couples du même sexe sur 245 930 mariages au total (3,1%, mais le taux ne correspond pas à la réalité sur les 7 derniers mois).
2014 : 10 522 sur 238 592 (4,4%).
2015 : 7 751 sur 236 316 (3,3%).
2016 : 7 000 sur 235 000 (3,0%).
2017 : 7 000 sur 228 000 (3,1%).

"L’Express" du 23 avril 2018 a repris des statistiques des couples issues de l’INSEE, en ajoutant mariages et PACS pour l’année 2017. Il y a eu environ 424 000 mariages et PACS, dont 53% de mariages de couples hétérosexuels, 2% de mariages de couples homosexuels, 43% de PACS de couples hétérosexuels et 2% de PACS de couples homosexuels.

En 2013, il y avait, parmi les mariages de couples homosexuels, une majorité d’hommes (58%) et en 2017, c’st devenu équilibré, autant de couples d’hommes que de couples de femmes. L’évolution du mariage de couples homosexuels vers les mêmes considérations que pour les couples hétérosexuels se trouve aussi pour l’âge du mariage. En 2013, dans les couples homosexuels, l’âge moyen des mariés hommes était de presque 50 ans et des femmes, 43 ans, et en 2017, 44 ans pour les hommes et 31 ans pour les femmes. À comparer avec l’âge des mariés dans un couple hétérosexuel en 2017 : 38 ans pour les hommes et 35 ans et demi pour les femmes (en hausse progressive depuis plusieurs décennies).

Il n’y a pas de statistiques sur les divorces de couples homosexuels, dans la mesure où la sexualité n’est pas renseignée dans les dossiers (« Le sexe des demandeurs est très mal enregistré. »). En 2016, il y a eu 128 000 divorces prononcés, soit 4 400 de plus qu’en 2015. Selon "L’Express", un divorce de couple homosexuel avait été rapporté cinq mois après la promulgation de la loi. Dans les statistiques générales, près de 9 000 mariages sur 100 000 finissent par un divorce dans les cinq premières années et 40 avant la fin de la première année.

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D’après certaines associations, il n’y a eu que quelques adoptions d’enfant pour des couples homosexuels (hors l’adoption de l’enfant du conjoint). Selon l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens, il y avait en 2005 plus de 30 000 enfants qui vivaient au sein d’un foyer homoparental en France.

Ce faible nombre d’adoptions n’est pas étonnant. C’était d’ailleurs ce qu’évoquait l’avis du Conseil Constitutionnel du 17 mai 2013, que la loi n’empêchait pas que les décisions soient prises pour les adoptions toujours dans l’intérêt de l’enfant, et la plupart des décisions considèrent aujourd’hui qu’un couple stable composé d’une maman et d’un papa était préférable à un couple homosexuel, sans pour autant qu’il y ait discrimination par rapport à l’orientation sexuelle des demandeurs (car dans ce cas, on pourrait aussi parler de discrimination par rapport à l’âge, par rapport au compte en banque, etc.).


Une adaptation, pas une révolution

Si le nombre de mariages de personnes de même sexe correspond à quelques milliers de cas par an pour une population de 67 millions d’habitants, et que le nombre d’adoptions d’à peine quelques dizaines pour une période de cinq ans, on peut considérer que la loi sur le mariage pour tous est une loi "marginale", probablement nécessaire pour accompagner l’évolution de la société, mais qui ne méritait pas tant d’énergie ni tant de passion, dans un camp ou dans un autre, pour des conséquences finalement infinitésimales.

Cette loi n’a pas révolutionné la société, elle a juste adapté le droit français pour se conformer à la protection des conjoints des couples homosexuels qui n’était pas assurée jusqu’en 2013. Le mariage, rappelons-le, a un double objectif, au-delà de la proclamation publique d’un couple (qui peut se faire dans d’autres cadres aujourd’hui, ne serait-ce que sur les réseaux sociaux) : il structure la cellule familiale pour l’accueil d’enfants et leur éducation et il protège juridiquement le conjoint le plus faible par rapport au plus fort (principalement, lorsqu’il y a une séparation et donc, conflit plus ou moins assumé).

Dans la troisième et dernière partie, j’évoquerai quelques réflexions personnelles.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 mai 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport 2018 de SOS Homophobie (à télécharger).
Les 5 ans du mariage pour tous.
Bientôt la PMA ?
Christiane Taubira.
Pierre Bergé.
L’avis du Conseil Constitutionnel du 17 mai 2013 (texte intégral).
La manif pour tous.
À quand l’apaisement ?
Et si l’on pensait plutôt aux familles recomposées ?
Deux papas ?
Le premier mariage lesbien.
L’homosexualité malmenée en Afrique.
Mariage gris.
Mariage nécrophile.
Mariage annulé pour musulman.
Le coming out d’une star de la culture.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180517-mariage-pour-tous-2.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/09/11/37629463.html

 

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17 mai 2018 4 17 /05 /mai /2018 02:28

« La nouveauté, selon le mot de Stravinski, ne saurait être que la recherche d’une place fraîche sur l’oreiller. La place fraîche se réchauffe vite et la place chaude retrouve sa fraîcheur. » (Jean Cocteau, 1941). Première partie.


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Ce jeudi 17 mai 2018, cela fait maintenant cinq ans que les couples français ont la possibilité juridique de se marier même s’ils sont homosexuels. Le "mariage pour tous", manière par euphémisme de désigner le mariage pour les couples homosexuels, est sorti de la cuisse de …François Hollande.

La promulgation de la loi n°2013-404 du 17 mai 2013 par François Hollande a ouvert une nouvelle "possibilité" pour la société française. Cette promulgation a été faite quelques heures après la publication de l’avis conforme du Conseil Constitutionnel présidé par Jean-Louis Debré (décision du Conseil constitutionnel n°2013-669DC en date du 17 mai 2013 qu'on peut lire ici dans son intégralité), le jour même de la "journée mondiale de lutte contre l’homophobie" le 17 mai (un petit clin d’œil des membres du Conseil Constitutionnel ?).

Cette loi a connu beaucoup de résistance auprès d’une partie non négligeable de la population, certes, minoritaire, donnant l’occasion de discussions parlementaires houleuses (4 999 amendements ont été défendus en séance plénière à l’Assemblée Nationale, ce fut l’une des sept lois les plus discutées de l’histoire de la Ve République), de débats publics pas moins houleux dans les médias ou même dans la rue avec de nombreuses manifestations, souvent avec des slogans créatifs (pour ou contre) et des fortes mobilisations (notamment pour la "manif pour tous").

Cette loi est devenue irréversible, bien que simple loi (donc, susceptible d’être modifiée ou abrogée par une autre simple loi). Cette irréversibilité a été comprise même par les responsables politiques les plus opposés à cette loi, et c’est normal car la France est un État de droit. Or, il y a plusieurs choses qu’un État de droit ne peut pas faire. Il ne peut pas faire des lois rétroactives. Donc, tous les couples homosexuels qui ont été mariés depuis 2013 ne peuvent pas être "démariés", ou du moins, sans leur consentement, car certains couples, comme pour les couples hétérosexuels d’ailleurs, ont déjà été défaits, par la possibilité du divorce (par chance, le législateur a prévu aussi le "divorce pour tous" !). Par ailleurs, un État de droit permet l’égalité en droits de tous les citoyens. Or, interdire de nouveau le mariage des couples homosexuels à partir de la promulgation d’une nouvelle loi, cela signifierait qu’il y aurait des couples homosexuels qui ont pu se marier et d’autres qui ne pourraient plus se marier. Cette inégalité est anticonstitutionnelle.

Donc, de fait, la loi sur le mariage pour tous est une loi irréversible. Comme elle n’allait pas de soi pour de nombreuses personnes, il aurait donc été intéressant d’en faire un sujet de référendum (dans les sondages, environ deux tiers des sondés étaient partisans d’un référendum sur le sujet). Probablement qu’un tel référendum aurait approuvé le mariage pour tous, car les sondages ont régulièrement montré que les gens y étaient plutôt favorables même si un clivage assez fort était marqué (les sondages ne sont toutefois que des sondages). Ce référendum aurait apaisé car il aurait donné le dernier mot au peuple et pas à une majorité socialiste déjà politiquement discréditée (bien que légitime) depuis longtemps (malgré sa fraîcheur électorale).

Dans la première partie de cet article, j’évoquerai les arguments émis par les uns et les autres, en tentant d’être le plus objectif possible, ensuite, dans la deuxième partie, je présenterai quelques considérations historiques et statistiques, et dans la troisième partie, je ferai part de mes commentaires personnels, réflexions, réticences et propositions.


Les arguments pour

Le mariage pour tous a été présenté par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault avec trois arguments martelés.

Un argument historique : l’adoption du mariage pour tous serait une avancée sociétale dans le sens de l’histoire, un progrès social et sociétal dans les traces de la légalisation des contraceptifs (1967), puis de l’avortement (1975), puis l’abolition de la peine de mort (1981), également de l’abaissement de l’âge de la majorité à 18 ans (1974), de la création du PACS (1999), etc. Cet argument ne tient pas beaucoup intellectuellement et politiquement : avec ce genre d’argument, on peut faire adopter tout et n’importe quoi. En mélangeant tout, non seulement on voulait politiser le débat (c’était voulu : le clivage entre les forces progressistes et les forces conservatrices), ce qui gauchisait un gouvernement trop soupçonné (à tort !) de faire la part trop belle aux entreprises, mais on en faisait aussi un sujet à enjeu national qui n’avait pas de raison d’être. Il n’y avait pas à mobiliser autant d’énergie, à déchaîner autant de passion pour une disposition relativement mineure dans la vie sociale (cela concerne quelques milliers de couples par an pour une population de 67 millions d’habitants, soit environ 0,01% de la population !). Ce si grand investissement médiatique et politique était d’autant moins pertinent que le pays restait plongé dans un chômage de masse et dans une crise d’identité que le débat sur le mariage pour tous a même renforcée (en amplifiant par exemple les agressions exprimant une certaine homophobie).

Un argument juridique : l’adoption du mariage pour tous serait la traduction d’une égalité des droits, tous les citoyens égaux devant le mariage, y compris les homosexuels. Cet argument, plutôt sympathique et recevable, a provoqué des débordements parmi certains opposants forcenés au mariage pour tous en imaginant l’évolution après cette loi (reprenant le premier argument) et en extrapolant pour dire n’importe quoi, craignant ensuite l’adoption du mariage zoophile (entre humains et animaux), du mariage pédophile (entre adultes et enfants), voire du mariage polygame (à plus de deux), ce dernier reprenant d’ailleurs ce que certains pourraient appeler l’islamophobie récurrente d’une certaine franche de la population. Tout cela "au nom de la liberté de tous". Cet argument a donc été, à mon sens, plutôt contre-productif.

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Enfin, un argument idéologique sinon philosophique : celui qui s’oppose au mariage pour tous serait un homophobe. Ce qui est, là aussi, un argument assez faible intellectuellement. Car cela signifierait qu’avant les années 2010, la quasi-unanimité de la population était homophobe puisque ce mariage pour tous était défendu seulement par une partie très infime de la population.

Dans l’argument juridique de l’égalité des droits, il a été également dit que cela donnait des droits à certaines personnes (les couples homosexuels qui veulent se marier), mais cela n’en retirait à personne. Ce qui est presque vrai, mais un peu faux quand même, car d’un point de vue juridique, le mariage ne concerne pas seulement l’union entre deux personnes libres et consentantes, il concerne aussi les enfants appelés à être élevés par ce couple, enfants biologiques ou adoptés.


Les arguments contre

Pour les opposants au mariage pour tour, c’est justement le principal argument pour dénoncer le projet, celui de l’adoption d’enfants par les couples homosexuels. Avec l’argument, qui ne tient d’aucune étude scientifique, selon lequel la vie d’un enfant dans un foyer homoparental serait perturbant pour son développement personnel.

Cet argument est facilement battu en brèche par la réalité de l’adoption possible déjà par les personnes seules, et donc, par des personnes capables d’être, également, homosexuelles. De plus, le développement harmonieux d’un enfant dépend essentiellement de l’amour que lui donne son entourage, et donc, ses parents avant tout, et cet amour n’est pas l’exclusivité des couples hétérosexuels. Et l’on peut toujours imaginer qu’il vaut mieux qu’un enfant vive avec deux parents de même sexe qu’avec un seul parent, alors que les foyers monoparentaux sont de plus en plus nombreux aujourd’hui.

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Peu d’opposants au mariage pour tous ont émis une opposition de principe sur l’union elle-même de personnes de même sexe, considérant qu’il serait plus difficile d’expliquer le pourquoi de cette opposition. Ce qui démontre une véritable évolution des consciences si l’on se remémore les débats publics concernant le PACS. C’est pourquoi toute l’argumentation est mise sur le fait que si un nouveau droit est créé pour les couples homosexuels, c’est au détriment des droits de l’enfant qui, lui, a le droit d’avoir de "vrais" parents, à savoir une mère et un père.

Dans le même ordre d’idée, les opposants prennent l’argument du progrès sociétal comme un argument qui conforte leurs craintes sur les enfants. En effet, s’il est adopté dans le cadre d’une avancée sociétale, le mariage pour tous ne pourrait n’être qu’une étape pour aller encore plus loin : la PMA autorisée pour les couples homosexuels femmes, même si elles n’ont pas de problème de stérilité. Ce qui signifierait que ce serait aussi le cas pour les couples hétérosexuels, ce qui risquerait rapidement d’aboutir à une société eugénique dans le sens où la PMA s’accompagne souvent de la préparation de plusieurs embryons et du choix de ceux-ci pour faire les tentatives. C’est cette sélection qui pourrait encourager les dérives eugéniques. D’ailleurs, la réflexion du Premier Ministre Édouard Philippe exposée dans "L’émission politique" le 28 septembre 2017 sur France 2 montre à l’évidence des évolutions dans les positions des uns et des autres. Autrefois fermement hostile, Édouard Philippe a dit clairement "faut voir" pour ne pas dire "pourquoi pas ?". Résultat dans quelques mois.

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Et comme on peut aller toujours plus loin dans les avancées sociétales, avec l’argument massue de l’égalité des droits, si les couples homosexuels femmes ont la possibilité de faire des enfants, pourquoi pas les couples homosexuels hommes ? Et ainsi, l’autorisation de la GPA sera l’étape suivant (probablement pas ultime), rompant ainsi un nouveau tabou, celui de monnayer la conception d’un enfant.

Sur les risques de poursuite de l’évolution sociétale, il y a quelques raisons d’être lucides : lors de l’adoption de PACS en 1999, ses promoteurs ont assuré la main sur le cœur qu’il n’était pas question d’ouvrir le mariage aux couples homosexuels (Élisabeth Guigou, porteuse du PACS en tant que Ministre de la Justice, déclara ainsi : « Il n’est pas question (…) que deux personnes physiques de même sexe (…) puissent se marier. ». Il a fallu moins de quinze ans pour que cette ouverture soit devenue une réalité juridique sinon une évidence sociale.

En extrapolant ainsi les risques d’avancées sociétales, les opposants au mariage pour tous, préjugeant du futur (avec sans doute pertinence), préfèrent stopper le plus tôt possible cette évolution, au risque de se retrouver "vieux jeu" en défendant la structure de la famille traditionnelle : un papa, une maman, des enfants.

Il y a eu également une série d’arguments anti-mariage pour tous qui se voulaient défenseurs des personnes homosexuelles elles-mêmes. J’en citerai deux.

Le premier est tout à fait recevable. En permettant aux couples homosexuels de se marier, on dresse à l’état-civil, de fait, un fichier des personnes homosexuelles. Or, si jamais un dictateur venait à prendre le pouvoir (tout est toujours possible) et s’il était ouvertement homophobe, alors la répression contre les personnes homosexuelles déjà fichées serait rapide.

Deux voire trois réponses à cet argument. D’une part, avec les réseaux sociaux sur Internet, il est certainement assez facile, aujourd’hui, de "ficher" les personnes qui revendiquent leur homosexualité (pas qui "avouent", car il n’y a d’aveu que lorsqu’il y a faute, or l’homosexualité, jusqu’à preuve du contraire, n’est pas une faute). Donc, pas besoin de l’état-civil pour en faire la "liste" la plus exhaustive. D’autre part, il est maintenant acquis que la nature de la sexualité n’est pas intégrée dans les fichiers d’état-civil (les prénoms peuvent porter à confusion, comme Claude, Camille, Alix, Yann, Dominique, etc., et ne suffisent pas à déterminer l’orientation sexuelle d’un couple). Ainsi, les statistiques des divorces ne permettent pas (à ce jour) de déterminer le nombre des couples homosexuels qui divorcent par rapport au nombre des couples hétérosexuels qui divorcent au cours de la même période. Aucune indication n’est fournie à ce sujet. Enfin, dernière réponse plus sociale et éducative : c’est justement en "dédramatisant" l’homosexualité, en la normalisant par le mariage pour tous que l’homosexualité sera acceptée par toute la société et qu’un apprenti dictateur, même homophobe, n’aura plus les bases pour réprimer l’homosexualité sans mettre une grande partie de la population contre lui, au risque de menacer son propre pouvoir politique.

Le second argument de ce type, c’est de dire que les couples homosexuels sont vraiment "vieux jeu". Maintenant, quand on vit en couple, on ne se marie plus, c’est le cas des hétérosexuels et voici que les homosexuels veulent faire comme les hétérosexuels il y a trente ou cinquante ans alors qu’ils sont généralement des modernes porteurs des modes du futur. La ringardise ne leur sied pas ! Ou encore, en considérant que le mariage pour tous est du "conformisme bourgeois", comme l’a soutenu Benoît Duteurtre qui a écrit deux tribunes, une titrée "Noce gay pour petits-bourgeois" (dans "Libération" le 2 juin 2004), et une autre titrée "Pourquoi les hétéros veulent-ils marier les homos ?" (dans "Libération" le 10 octobre 2012). Argument qui s’auto-oppose par un simple : "et alors ?".


Grande effervescence

Comme je l’ai indiqué en introduction, les arguments avancés par les uns et les autres n’ont pas beaucoup de valeur universelle. Ils sont plus basés sur des éléments circonstanciels.

La loi sur le mariage pour tous propose de donner un droit supplémentaire aux personnes dont l’orientation sexuelle peut être différente. Mais elle n’ôte pas forcément un droit aux enfants. Les décisions concernant les enfants restent tributaires d’un juge ou d’une autorité publique, seule capable d’apprécier une situation concrète, particulière.

Le 17 mai 2013, le Conseil Constitutionnel a indiqué précisément : « Le Conseil a vérifié le respect de cette exigence [l’exigence de conformité de l’adoption à l’intérêt de l’enfant prévue par le dixième aliéna du Préambule de la Constitution de 1946 qui a toujours valeur constitutionnelle] par les dispositions applicables tant aux couples de personnes de même sexe qu’à ceux formés d’un homme et d’une femme. Ces couples sont soumis, en vue de l’adoption, à une procédure d’agrément. Le Conseil Constitutionnel a jugé que, pour tous les couples, les dispositions relatives à cet agrément ne sauraient conduire à ce que celui-ci soit délivré sans que l’autorité administrative ait vérifié, dans chaque cas, le respect de l’exigence de conformité de l’adoption à l’intérêt de l’enfant. Par ailleurs, la loi déférée ne déroge pas à l’article 353 du code civil qui impose au tribunal de grande instance de ne prononcer l’adoption que si elle est conforme à l’intérêt de l’enfant. ». Cela exprimé après avoir constaté que « la loi contestée n’a ni pour objet, ni pour effet, de reconnaître aux couples de personnes de même sexe un "droit à l’enfant" ».

Ainsi, on préférera toujours confier un enfant à un couple homosexuel plein d’amour, équilibré psychologiquement et capable de subvenir matériellement aux besoins de l’enfant pendant une vingtaine d’années, plutôt qu’à un couple hétérosexuel un peu dérangé psychologiquement, un peu porté sur l’alcool et sans emploi…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 mai 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport 2018 de SOS Homophobie (à télécharger).

Les 5 ans du mariage pour tous.
Bientôt la PMA ?
Christiane Taubira.
Pierre Bergé.
L’avis du Conseil Constitutionnel du 17 mai 2013 (texte intégral).
La manif pour tous.
À quand l’apaisement ?
Et si l’on pensait plutôt aux familles recomposées ?
Deux papas ?
Le premier mariage lesbien.
L’homosexualité malmenée en Afrique.
Mariage gris.
Mariage nécrophile.
Mariage annulé pour musulman.
Le coming out d’une star de la culture.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180517-mariage-pour-tous.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/les-5-ans-du-mariage-pour-tous-1-204105

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/05/17/36383176.html


 

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16 mai 2018 3 16 /05 /mai /2018 02:21

L'association SOS Homophobie créée en 1994 récolte les milliers de témoignages d'actes homophobes en France. Chaque année, elle publie son rapport sur ces phénomènes en hausse ces dernières années. On peut y lire les dernières statistiques de l'année précédente.

Cliquer sur le lien pour télécharger le rapport (fichier .pdf) :
https://www.sos-homophobie.org/sites/default/files/rapport_annuel_2018.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171014-mariage-homosexuel.html

Et aussi :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180517-mariage-pour-tous-3.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180517-rapport-sos-homophobie.html


 

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24 février 2018 6 24 /02 /février /2018 02:55

« Le baccalauréat est une grande institution républicaine à laquelle nous sommes tous attachés. Cependant, l’échec trop important en licence l’a peu à peu fragilisé car il n’est plus suffisamment un tremplin vers la réussite dans l’enseignement supérieur. (…) Avec un baccalauréat remusclé et un lycée plus simple, plus à l’écoute des aspirations des lycéens, nous allons leur donner les moyens de se projeter vers la réussite dans l’enseignement supérieur et de vivre leurs années de lycée avec bonheur. » (Jean-Michel Blanquer, le 14 février 2018). Seconde partie.



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Après avoir présenté le Ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, et rappelé quelques éléments peu satisfaisants de la situation actuelle du lycée et du baccalauréat, voici la réforme que le ministre a présentée le mercredi 14 février 2018.


Une réforme pour préparer les lycéens aux études supérieures

Conformément au programme présidentiel du candidat Emmanuel Macron, le gouvernement a voulu réformer une institution utile mais qui répond de moins en moins aux impératifs de notre époque. Le baccalauréat actuel ne prépare pas assez les étudiants ni à la réussite dans les études supérieures ni à leur vie professionnelle.

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C’est le sens de cette réforme qui a été conçue avec beaucoup de précaution et dont on peut lire la présentation ici.

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Sollicité par la lettre de mission du 10 novembre 2017, l’universitaire Pierre Mathiot, agrégé en science politique, ancien directeur de l’IEP de Lille de 2007 à 2015 et ancien délégué ministériel au parcours d’excellence de 2016 à 2017, a remis un rapport au ministre le 24 janvier 2018 contenant ses propositions, à l’issue de l’audition de plus de 250 représentants d’organisations et d’institutions et de l’analyse de plus de 46 000 réponses (dont 40 000 provenant de lycéens) à la consultation en ligne organisée en décembre 2017 (lire son rapport ici).


Ce qui ne change pas

On peut rappeler rapidement que tout n’est pas bouleversé, en particulier, le système des mentions est maintenu, le bac est obtenu à partir d’une moyenne générale de 10/20, sans qu’il n’y ait de note éliminatoire ni plancher, et l’oral de rattrapage est aussi maintenu en tant que seconde chance.

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En revanche, trois changements majeurs vont être mis en œuvre dans les trois prochaines années.


1. La fin des sections du bac général

Aujourd’hui, il y a trois sections (L littéraire, ES économique et social et S scientifique). 52% des élèves du lycée général sont en série S mais 40% des bacheliers S déclarent ne pas vouloir s’engager dans des études scientifiques, ce qui est assez contreproductif.

C’est une véritable révolution. Tous les lycéens de bac général vont avoir un tronc commun et devront se choisir des options, des "disciplines de spécialité" : « Il n’y aura plus de série en voie générale, mais des parcours choisis par chaque lycéen en fonction de ses goûts et de ses ambitions. La voie technologique conserve son organisation en séries. Des ajustements seront apportés pour proposer un socle de culture commune articulé avec les enseignements de spécialité et l’aide à l’orientation. ».

En début d’année de Seconde, un test numérique donnera le positionnement du nouveau lycéen en mathématiques et en français. En Première, le lycéen devra choisir trois disciplines de spécialité. En Terminale, le lycéen choisira d’approfondir deux disciples de spécialités parmi les trois choisies en Première.

Le tronc commun permettra de conserver à chaque bachelier une certaine culture générale. Chaque lycéen continuera à étudier deux langues vivantes (l’écrit sera évalué selon les standards européens et l’oral aussi, à partir de février de l’année de Terminale). Les autres matières du tronc commun ("socle de culture commune") sont : le français ; la philosophie ; l’histoire géographie ; l’enseignement moral et civique ; l’éducation physique et sportive ; les humanités scientifiques et numériques (*). En tout, le tronc commun mobilisera 16 heures de cours par semaine en Première et 15 heures 30 en Terminale.

Les disciplines de spécialité sont : les arts ; l’histoire géographie, géopolitique et sciences politiques (*) ; les humanités, littérature et philosophie ; les langues et littératures étrangères ; les mathématiques ; les sciences informatiques et numériques (*) ; les sciences de la vie et de la Terre ; les sciences de l’ingénieur ; les sciences économiques et sociales ; la physique chimie. En tout, les trois puis deux disciplines de spécialité mobiliseront 12 heures par semaine (chaque discipline de spécialité fait 4 heures par semaine en Première et 6 heures en Terminale), ce qui fera un total de 28 heures de cours par semaine en Première et 27 heures 30 en Terminale.

À cela, il faut rajouter, chaque semaine, 1 heure 30 consacrée à l’aide à l’orientation (dès la Seconde), et un ou deux enseignements facultatifs (maximum un en Première et deux possibles en Terminale), chacun d’une durée de 3 heures par semaine. En Terminale uniquement : arts ; LCA ; éducation physique et sportive ; troisième langue vivante ; mathématiques expertes ; mathématiques complémentaires ; droit et grands enjeux du monde contemporain.

J’ai présenté ici les disciplines prévues par la réforme prévue pour l’enseignement général. Le bac technologique conserve ses séries et se voit juste adapter certaines disciplines pour le tronc commun (cette réforme ne s’applique qu’au bac général et technologique, pas aux bacs professionnels qui feront l’objet d’une réforme ultérieure).

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La nouveauté pourra sembler compliquée au début de la réforme (il faudra savoir ce que recouvrent certaines disciplines et à quelle filière elles s’ouvriront dans le supérieur). De plus, le nouveau système pourrait fermer quelques portes dès la fin de la Première, quelques mois plus tôt quand dans le système actuel (par exemple, il semble qu’un élève de Terminale ne pourrait pas choisir ses disciplines de spécialité de manière à se laisser libre de choisir de faire des études d’ingénieur ou de médecine, car le choix de ses disciplines de spécialité va déterminer la voie à prendre dans le supérieur).

L’idée de la réforme est que les trois années du lycée servent aussi à préparer le projet professionnel ou, au moins, le projet d’études supérieures de l’élève, pour que le choix des disciplines de spécialité se fasse dans le cadre de la meilleure stratégie possible.

De même, les enseignements nouveaux (indiquées par *) sont proposés « pour tenir compte pleinement des transitions scientifiques et technologiques de notre temps avec leurs implications humaines et sociales ».


2. Le contrôle continu

Actuellement, il y a entre 12 et 16 épreuves spécifiques au baccalauréat, sur deux années. Cet examen est d’une grande lourdeur administrative : en 2017, il y a eu 2 900 sujets distribués dans 4 411 centres d’examen (18 850 candidats dans 152 centres d’examen établis dans 91 pays), et 4 millions de copies corrigées par 170 000 correcteurs et examinateurs. Un tel nombre engendre nécessairement des erreurs et des dysfonctionnements, voire des incidents récurrents, que la presse évoque régulièrement. En outre, cette organisation pèse aussi sur des lycéens qui ne passent pas le bac, en raison de l’occupation des salles et de la mobilisation des enseignants.

Les épreuves correspondant à plus de 50% de la note du bac se déroulent durant une seule semaine, pour sanctionner les trois années de lycée. Elles peuvent donc ne pas traduire la réalité de l’effort et du travail fournis par le candidat. Dans la plupart des pays de l’OCDE, le baccalauréat est le résultat du mélange d’un examen et d’un contrôle continu. C’est ce que veut introduire Jean-Michel Blanquer. Le bac professionnel (qui n’est pas concerné par cette réforme) est déjà partiellement sanctionné par un contrôle continu.

Le contrôle continu se fera sur les disciplines communes à tous les lycées d’enseignement général selon l’organisation de l’établissement de l’élève à partir de la classe de Première. Les épreuves de contrôle continu seront anonymes et corrigées par des enseignants différents de ceux du candidat. Il correspondra à 40% de la note finale du bac (dont 10% correspondant aux bulletins scolaires).

Un exemple d’organisation des épreuves de contrôle continu, c’est leur déroulement en janvier et avril de l’année de Première et en décembre de l’année de Terminale. Pour garantir l’égalité entre les candidats, les sujets seront choisis dans une "banque nationale numérique de sujets".

L’avantage, c’est de réduire l’organisation matérielle du bac et surtout, de favoriser les élèves qui travaillent avec régularité et assiduité. L’introduction du contrôle continu va désavantager le simple "bachotage" ponctuel qui n’apporte aucune connaissance sur le long terme.

La principale objection serait de considérer qu’il y aurait des inégalités de notation en fonction des lycées. La subjectivité des notations est un vieux débat dans l’Éducation nationale. Néanmoins, rien ne permet d’affirmer que cette subjectivité en contrôle continu serait supérieure à celle existant déjà avec les épreuves actuelles en fin de Terminale. Les correcteurs reçoivent de toute façon des consignes provenant du rectorat et elles sont appliquées plus ou moins bien selon chaque personne. L’anonymat de l’élève étant respecté même en contrôle continu, les conditions restent donc identiques à celle du bac actuel. Il est d’ailleurs spécifié : « Une harmonisation sera assurée. ».

Seulement six épreuves feront objet d’un examen final : les épreuves anticipées, écrites et orales, de français continueront à se dérouler à la fin de l’année de Première ; les deux épreuves portant sur les disciplines de spécialité auront lieu juste après les vacances de printemps de Terminale ; à la fin de l’année de Terminale, tous les candidats auront les mêmes épreuves, l’écrit de philosophie et le "grand oral".


3. Le "grand oral" du baccalauréat

C’est une innovation majeure, probablement plus symbolique que conséquente sur l’obtention même du baccalauréat, puisque qu’il ne comptera que pour 10% de la note finale. Il pourra cependant faire la différence pour une mention.

Cet "oral terminal"ou "oral final" devant un jury de trois personnes (dont une non enseignante) durera 20 minutes et sera divisé en deux partie : la présentation d’un projet préparé dès la classe de Première par l’élève et adossé à une ou deux disciplines de spécialité, et une partie d’échanges avec le jury « permettant d’évaluer la capacité de l’élève à analyser en mobilisant les connaissances acquises au cours de sa scolarité, notamment scientifiques et historiques ». À la notion de "grand oral", il faudrait donc plutôt songer à celle de "soutenance de projet".

En me référant moi-même à mes années lycéennes, je pourrais imaginer qu’une telle annonce m’aurait fait frémir. La timidité (heureusement temporaire) et l’absence de préparation à l’oral m’avaient rendu très angoissante toute épreuve orale. Or, ce n’est pas dans un état de stress et de peur qu’on peut montrer la valeur de ses compétences ou connaissances.

En début d’école d’ingénieur, il est courant qu’on dise aux étudiants que dans leur vie professionnelle, la moitié de leur temps d’activité sera occupée par la communication (écrite et surtout, orale) : rapports, réunions, présentations de projet, négociations, etc., tout ce qui détermine l’évolution tant de la carrière que des activités est dans la communication. Sans compter évidemment les entretiens de recrutement, les épreuves orales à certains concours ou examens d’entrée ou de fin d’études (IEP, ENA, soutenance de thèse de doctorat, etc.).

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C’est justement à cause de cette angoisse que cette épreuve doit avoir lieu : « Savoir s’exprimer dans un français correct est essentiel pour les études, pour la vie personnelle et professionnelle. Parce que l’aisance à l’oral peut constituer un marqueur social, il convient justement d’offrir à tous les élèves l’acquisition de cette compétence. ».

L’idée, c’est effectivement que dès la classe de Seconde, le lycéen soit amené à être préparé à cette épreuve orale. Ainsi, en Seconde, l’élève bénéficiera chaque semaine de 2 heures d’accompagnement personnalisé consacrées à la consolidation de l’expression écrite et orale.

Comme l’a expliqué Jean-Michel Blanquer lors de "L’émission politique" animée par Léa Salamé sur France 2 le 15 février 2018, l’idée n’est pas que le jury soit "sadique" mais qu’il soit au contraire bienveillant vis-à-vis du candidat, pour qu’il puisse exprimer ses connaissances ou ses idées dans les meilleures conditions.

Les Français qui ont déjà travaillé avec les Américains, dans des conditions professionnelles où l’on ne fait "pas de cadeau", ont pu s’en rendre compte : les Américains sont bien plus équipés pour user d’une communication efficace et parfois s’imposer même s’ils n’ont pas raison. Le faire-savoir est malheureusement aussi important, parfois plus, que le savoir-faire et le faire tout court. Si la classe politique en France est assez complétente dans ce faire-savoir, ce n’est pas le cas de tous ceux qui travaillent en France et cette carence pourrait même avoir son coût économique dans la perte de marchés, dans l’arrêt de certains projets, etc.


Objectif 2021

Cette réforme va concerner tous les élèves actuellement de Troisième et ceux plus jeunes. Le nouveau baccalauréat sera appliqué à partir de juin 2021. La réforme se fera donc sur trois ans avec un nouveau parcours lycéen qui commencera à la rentrée 2018 en classe de Seconde. La classe de Terminale sera d’ailleurs appelée, à partir de la rentrée 2020, la "classe de maturité".

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Il sera difficile de voir les premiers effets de cette réforme avant la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron. En effet, il faudra attendre véritablement en été 2024 pour connaître le taux de réussite des étudiants en licence ayant obtenu ce nouveau baccalauréat.

Comme on le voit, une meilleure réflexion sur l’orientation au moment du lycée permettrait probablement une meilleure stratégie d’études supérieures après le bac. Car c’est cela l’essentiel : l’absence de motivation, l’absence d’objectifs professionnels ont fait souvent que de nombreux étudiants errent dans une filière universitaire ou une autre, souvent sans réussite diplômante et avec un grand gâchis tant humain, temporel que financier (des étudiants et aussi de l’État).

Évidemment, cette réforme ambitieuse et audacieuse ne pourra être menée à bien qu’avec la participation et le soutien de tout le corps enseignant, car ce seront les enseignants qui la feront vivre et qui la feront évoluer, puisqu’elle permet une grande souplesse.

Quant aux établissements d’études supérieures, ils devront aussi d’adapter et revoir leur réflexion et leur stratégie d’admission de leurs futurs étudiants, dont le parcours aura été bien plus individualisé qu’auparavant.

La réforme Blanquer est donc très ambitieuse car elle nécessite l’appui de tous les acteurs de l’éducation et de l’université. Elle sera un élément de réponse intéressant à la perpétuelle interrogation sur la finalité des études : à but culturel ou à but professionnel. Je répondrais simplement : les deux, pardi !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 février 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La présentation complète de la réforme Blanquer du 14 février 2018 (à télécharger).
Le rapport de Pierre Mathiot sur le baccalauréat remis le 24 janvier 2018 (à télécharger).
La réforme du baccalauréat.
Jean-Michel Blanquer.
Prime à l’assiduité.
Notation des ministres.
Les internats d’excellence.
L’écriture inclusive.
La réforme de l’orthographe.
La dictée à  l’école.
La réforme du collège.
Le réforme des programmes scolaires.
Le français et l’anglais.
La patriotisme français.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180214-blanquer-baccalaureat.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/le-baccalaureat-blanquer-2-2-201814

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/02/24/36168543.html


 

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23 février 2018 5 23 /02 /février /2018 02:10

« Le baccalauréat est une grande institution républicaine à laquelle nous sommes tous attachés. Cependant, l’échec trop important en licence l’a peu à peu fragilisé car il n’est plus suffisamment un tremplin vers la réussite dans l’enseignement supérieur. (…) Avec un baccalauréat remusclé et un lycée plus simple, plus à l’écoute des aspirations des lycéens, nous allons leur donner les moyens de se projeter vers la réussite dans l’enseignement supérieur et de vivre leurs années de lycée avec bonheur. » (Jean-Michel Blanquer, le 14 février 2018). Première partie.


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Le mercredi 14 février 2018, la très importante et ambitieuse réforme du baccalauréat et du lycée a été adoptée par le conseil des ministres. Cette réforme, très marquante car elle aura des effets sur la vie quotidienne d’une grande partie des Français et de leurs enfants, est à la fois originale, audacieuse, courageuse et rationnelle. Comme avec d’autres réformes, celle-ci s’inspire avant tout d’un état des lieux et des pistes pour améliorer une situation de plus en plus catastrophique (voir le classement PISA), situation issue notamment d’un certain "dogmatisme pédagogique" ou "idéologisme" récurrent.


Jean-Michel Blanquer, le ministre qu’il fallait

Le superviseur de la réforme est le Ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer (53 ans) dont la personnalité semble consensuelle. Au contraire d’un provocateur, style éléphant dans un magasin de porcelaines, comme le mammouth Claude Allègre, Jean-Michel Blanquer est un délicat et agit avec une grande habileté politique. Il ne s’est mis à dos ni les lycéens, ni les enseignants, ni les chefs d’établissement, ni les parents d’élèves (les électeurs). Pour l’instant (je l’écris par prudence).

Jean-Michel Blanquer est un ultra-compétent de la chose éducative. Après de brillantes études (IEP Paris, maîtrise de philosophie, DEA en sciences politiques, docteur en droit et agrégation de droit public), il a suivi une carrière d’universitaire chercheur, puis est devenu directeur adjoint du cabinet du Ministre de l’Éducation nationale Gilles de Robien de 2004 à 2007, recteur de l’académie de Créteil de 2007 à 2009 où il a pris des initiatives d’expérimentation de certaines mesures novatrices (vous souvenez-vous de la prime à l’assiduité en octobre 2009 ?), il fut nommé directeur général de l’enseignement scolaire par le ministre Luc Chatel de 2009 à 2012, et enfin directeur général de l’ESSEC (une des meilleures écoles de commerce avec HEC) de 2013 à 2017.


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Souvent considéré comme "de droite", marqué par sa très grande amitié (quasi-fraternelle) avec François Baroin (son camarade de promotion à Sciences Po Paris), proche d’Alain Juppé et de l’Institut Montaigne, Jean-Michel Blanquer est aussi très apprécié à gauche, notamment par son prédécesseur Jean-Pierre Chevènement qui l’a même invité, lors d’un colloque de son think tank, la Fondation Res Publica, à venir discuter du "moment républicain en France" à la Maison de la Chimie, à Paris, le 11 décembre 2017 aux côtés de l’ancien Premier Ministre Bernard Cazeneuve, du président du groupe LREM à l’Assemblée Nationale Richard Ferrand, du physicien Étienne Klein et du philosophe Marcel Gauchet (en absence de journalistes !).

Pourtant, ce n’est pas le premier Ministre de l’Éducation nationale à être très compétent, habile politiquement, intelligent, sympathique, sans idéologie car pragmatique, et même courageux. Ce n’est pas le premier et pourtant, il semble se détacher de ses très nombreux et illustres prédécesseurs par deux points particuliers de sa personnalité qui encourage les gens à adhérer à sa méthode sinon à sa politique : il écoute ses interlocuteurs, et il efface sa personnalité derrière son action. Il part en effet de l’existant, du réel et il essaie de trouver les moyens pour amener la situation au but fixé. Il est, en quelques sortes, l’anti-Vincent Peillon.

L’idéologue Vincent Peillon vivait sur une autre planète et toutes ses propositions, qui ont miné le quinquennat de François Hollande sur l’éducation et que ses successeurs socialistes Benoît Hamon et Najat Vallaud-Belkacem ont reprises et assumées, a abouti à des catastrophes que la jeunesse française va payer encore longtemps.

Mais si la nécessité de changer l’organisation actuelle de l’enseignement scolaire est comprise, il n’était pas question, pour Jean-Michel Blanquer, de revenir à une organisation plus ancienne qui avait été efficace à l’époque. Pas question de revenir sur le collège unique comme le préconisaient certains ultras de LR. Ni évidemment de revenir aux uniformes scolaires comme l’avait proposé très stupidement François Fillon dans son programme présidentiel qui prenait ainsi le goût assez rance d’un retard de plus d’un demi-siècle.

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Jean-Michel Blanquer veut en effet revenir aux fondamentaux, mais sans revenir au passé. Car la situation a complètement changé, des années 1970 par exemple, tant sur le plan social (d’autres modes de vie se sont développés) que sur le plan technologique (télécommunications, numérique, etc.). Il fallait donc imaginer, créer, innover une nouvelle organisation qui s’adapterait le mieux à la modernité du monde nouveau.

Cela me fait assez sourire que les contradicteurs professionnels cherchent à coller à cette réforme du baccalauréat l’étiquette "de droite" ou encore l’étiquette du "libéralisme" (le libéralisme est d’ailleurs plutôt une valeur "de gauche" si l’on connaît un peu l’histoire des idées politiques). Comment parler de libéralisme quand l’État entend restructurer son organisation scolaire ?

Le vrai libéralisme (auquel je m’opposerais évidemment le cas échéant), ce serait plutôt de supprimer carrément tous les examens, tous les diplômes, et de laisser faire le marché : que les entreprises recrutent ses employés sans diplômes qui n’apportent d’ailleurs aucune garantie de compétences. Toute intervention de l’État, et l’existence même d’un diplôme national comme le baccalauréat (qui n’est pas remis en cause) en est une, va à l’encontre du principe du libéralisme.

Quant à l’étiquette "de droite", elle fait un peu sourire car finalement, la fin des séries au baccalauréat général, ce "lycée unique", est l’aboutissement du collège unique, réalisé par la réforme Haby lors du septennat de Valéry Giscard d’Estaing. Avant cette réforme qui a une quarantaine d’années, il existait une Quatrième C par exemple. La réforme Haby a rendu le collège unique et ainsi que la classe de Seconde générale. Les réformes suivantes ont "détruit" la "Terminale C" (définie comme la sacro-sainte élite) en "Terminale S". Et la réforme Blanquer achève ainsi la Terminale S en série générale avec options.

Or, comme pour l’abaissement de la majorité à 18 ans ou la loi sur l’IVG, le collège unique, bien qu’institué par un gouvernement "de droite" (que je qualifierais plutôt de "centre droit"), était plutôt une mesure "de gauche" dans le sens d’une plus grande égalité entre les élèves. Cette réforme Blanquer va au bout de cette logique et ce serait au contraire une réforme qui accroîtrait les inégalités ? Cette étiquette ne serait donc pas très cohérente. D’ailleurs, s’il y a une chose que le Président Emmanuel Macron a réussie depuis 2017, c’est d’avoir fait valser les étiquettes !

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En fait, la situation actuelle a accru les inégalités sociales. Ne rien faire est donc la meilleure de solution pour ne rien améliorer du tout. Personne, aucun ministre, n’a jamais osé toucher au baccalauréat mais tout le monde voulait réformer l’enseignement du collège et du lycée (avec de nouveaux programmes), ce qui, sur le plan de la méthode, était illogique. Le sociologue François Dubet, qui avait remis un rapport sur "Le Collège de l’an 2000" à la ministre Ségolène Royal en 1999, a expliqué à la matinale de France Inter le 15 février 2018 que la méthode était judicieuse : pour réformer efficacement l’enseignement, il fallait d’abord réformer le but à atteindre, à savoir le baccalauréat.


Quelle est cette situation ?

Il y a eu 641 688 bacheliers admis en 2017, soit un taux de réussite de 87,9%, en légère baisse par rapport à 2016 (88,6%), mais en constante progression sur le long terme (74,9% en 1995). Il y a quarante ans, ce taux était inférieur à 60%. Parmi ces bacheliers, 176 104 proviennent de bacs professionnels. La part des bacheliers dans une génération est de 78,9%, ce qui est considérable. Près de la moitié des candidats ont obtenu une mention (moyenne générale supérieure à 12/20) : 53,4% pour le bac général, dont 13,0% ont obtenu la mention très bien (moyenne générale supérieure à 16/20), 15,5% pour les seules séries S.

Le baccalauréat ouvre en principe la porte des études supérieures. S’il est réjouissant d’observer la progression d’une génération par rapport au niveau d’instruction (même si on peut toujours critiquer le "bac" qui "ne serait plus ce qu’il était", ce qui est un peu vrai, mais pas tout à fait), on peut en revanche s’inquiéter de son rôle de ticket d’entrée à l’université. Ou plutôt, regretter que son rôle de ticket de sortie soit si mauvais.

En effet, malgré un taux de réussite d’environ 90% au baccalauréat général et technologique, « 61% des étudiants ne parviennent pas au terme des études dans lesquelles ils se sont initialement engagés », selon le ministre. Et « seulement 27% des étudiants obtiennent leur licence [niveau bac+3] en trois ans ».

De plus, la fonction de ticket d’entrée à l’université du baccalauréat est très hasardeuse puisque la plupart des établissements supérieurs recrutent leurs étudiants avant même l’obtention du bac qui reste évidemment une condition nécessaire d’admission, mais pas suffisante. Le ministre constate donc : « Actuellement, compte tenu de son calendrier, le baccalauréat n’est pas pris en compte pour l’entrée dans l’enseignement supérieur. ».

Dans le prochain article, je présenterai les trois points les plus importants de la réforme Blanquer.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 février 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La présentation complète de la réforme Blanquer du 14 février 2018 (à télécharger).
Le rapport de Pierre Mathiot sur le baccalauréat remis le 24 janvier 2018 (à télécharger).
La réforme du baccalauréat.
Jean-Michel Blanquer.
Prime à l’assiduité.
Notation des ministres.
Les internats d’excellence.
L’écriture inclusive.
La réforme de l’orthographe.
La dictée à  l’école.
La réforme du collège.
Le réforme des programmes scolaires.
Le français et l’anglais.
La patriotisme français.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180214-jean-michel-blanquer.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/le-baccalaureat-blanquer-1-2-201810

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/02/23/36168468.html



 

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14 février 2018 3 14 /02 /février /2018 22:40

Le ministre Jean-Michel Blanquer a présenté les grandes lignes de sa réforme du baccalauréat et du lycée qui a été adoptée au conseil des ministres du 14 février 2018. On peut lire sa présentation.

Cliquer sur le lien pour télécharger la présentation (fichier .pdf) :
http://cache.media.education.gouv.fr/file/BAC_2021/00/0/DP_BAC_BDEF_web_898000.pdf

Sur la réforme du baccalauréat :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180214-blanquer-baccalaureat.html


SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180214-rapport-reforme-baccalaureat.html



 

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24 janvier 2018 3 24 /01 /janvier /2018 22:41

L'universitaire Pierre Mathiot a remis son rapport de proposition sur la réforme du baccalauréat à Jean-Michel Blanquer le 24 janvier 2018. Ce rapport a été publié.

Cliquer sur le lien pour télécharger le rapport (fichier .pdf) :
http://cache.media.education.gouv.fr/file/Janvier/44/3/bac_2021_rapport_Mathiot_884443.pdf

Sur la réforme du baccalauréat :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180214-blanquer-baccalaureat.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180124-rapport-mathiot-baccalaureat.html



 

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7 janvier 2018 7 07 /01 /janvier /2018 01:04

« La nouveauté, selon le mot de Stravinski, ne saurait être que la recherche d’une place fraîche sur l’oreiller. La place fraîche se réchauffe vite et la place chaude retrouve sa fraîcheur. » (Jean Cocteau, 1941). Première partie.


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Ce jeudi 17 mai 2018, cela fait maintenant cinq ans que les couples français ont la possibilité juridique de se marier même s’ils sont homosexuels. Le "mariage pour tous", manière par euphémisme de désigner le mariage pour les couples homosexuels, est sorti de la cuisse de …François Hollande.

La promulgation de la loi n°2013-404 du 17 mai 2013 par François Hollande a ouvert une nouvelle "possibilité" pour la société française. Cette promulgation a été faite quelques heures après la publication de l’avis conforme du Conseil Constitutionnel présidé par Jean-Louis Debré (décision du Conseil constitutionnel n°2013-669DC en date du 17 mai 2013 qu'on peut lire ici dans son intégralité), le jour même de la "journée mondiale de lutte contre l’homophobie" le 17 mai (un petit clin d’œil des membres du Conseil Constitutionnel ?).

Cette loi a connu beaucoup de résistance auprès d’une partie non négligeable de la population, certes, minoritaire, donnant l’occasion de discussions parlementaires houleuses (4 999 amendements ont été défendus en séance plénière à l’Assemblée Nationale, ce fut l’une des sept lois les plus discutées de l’histoire de la Ve République), de débats publics pas moins houleux dans les médias ou même dans la rue avec de nombreuses manifestations, souvent avec des slogans créatifs (pour ou contre) et des fortes mobilisations (notamment pour la "manif pour tous").

Cette loi est devenue irréversible, bien que simple loi (donc, susceptible d’être modifiée ou abrogée par une autre simple loi). Cette irréversibilité a été comprise même par les responsables politiques les plus opposés à cette loi, et c’est normal car la France est un État de droit. Or, il y a plusieurs choses qu’un État de droit ne peut pas faire. Il ne peut pas faire des lois rétroactives. Donc, tous les couples homosexuels qui ont été mariés depuis 2013 ne peuvent pas être "démariés", ou du moins, sans leur consentement, car certains couples, comme pour les couples hétérosexuels d’ailleurs, ont déjà été défaits, par la possibilité du divorce (par chance, le législateur a prévu aussi le "divorce pour tous" !). Par ailleurs, un État de droit permet l’égalité en droits de tous les citoyens. Or, interdire de nouveau le mariage des couples homosexuels à partir de la promulgation d’une nouvelle loi, cela signifierait qu’il y aurait des couples homosexuels qui ont pu se marier et d’autres qui ne pourraient plus se marier. Cette inégalité est anticonstitutionnelle.

Donc, de fait, la loi sur le mariage pour tous est une loi irréversible. Comme elle n’allait pas de soi pour de nombreuses personnes, il aurait donc été intéressant d’en faire un sujet de référendum (dans les sondages, environ deux tiers des sondés étaient partisans d’un référendum sur le sujet). Probablement qu’un tel référendum aurait approuvé le mariage pour tous, car les sondages ont régulièrement montré que les gens y étaient plutôt favorables même si un clivage assez fort était marqué (les sondages ne sont toutefois que des sondages). Ce référendum aurait apaisé car il aurait donné le dernier mot au peuple et pas à une majorité socialiste déjà politiquement discréditée (bien que légitime) depuis longtemps (malgré sa fraîcheur électorale).

Dans la première partie de cet article, j’évoquerai les arguments émis par les uns et les autres, en tentant d’être le plus objectif possible, ensuite, dans la deuxième partie, je présenterai quelques considérations historiques et statistiques, et dans la troisième partie, je ferai part de mes commentaires personnels, réflexions, réticences et propositions.


Les arguments pour

Le mariage pour tous a été présenté par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault avec trois arguments martelés.

Un argument historique : l’adoption du mariage pour tous serait une avancée sociétale dans le sens de l’histoire, un progrès social et sociétal dans les traces de la légalisation des contraceptifs (1967), puis de l’avortement (1975), puis l’abolition de la peine de mort (1981), également de l’abaissement de l’âge de la majorité à 18 ans (1974), de la création du PACS (1999), etc. Cet argument ne tient pas beaucoup intellectuellement et politiquement : avec ce genre d’argument, on peut faire adopter tout et n’importe quoi. En mélangeant tout, non seulement on voulait politiser le débat (c’était voulu : le clivage entre les forces progressistes et les forces conservatrices), ce qui gauchisait un gouvernement trop soupçonné (à tort !) de faire la part trop belle aux entreprises, mais on en faisait aussi un sujet à enjeu national qui n’avait pas de raison d’être. Il n’y avait pas à mobiliser autant d’énergie, à déchaîner autant de passion pour une disposition relativement mineure dans la vie sociale (cela concerne quelques milliers de couples par an pour une population de 67 millions d’habitants, soit environ 0,01% de la population !). Ce si grand investissement médiatique et politique était d’autant moins pertinent que le pays restait plongé dans un chômage de masse et dans une crise d’identité que le débat sur le mariage pour tous a même renforcée (en amplifiant par exemple les agressions exprimant une certaine homophobie).

Un argument juridique : l’adoption du mariage pour tous serait la traduction d’une égalité des droits, tous les citoyens égaux devant le mariage, y compris les homosexuels. Cet argument, plutôt sympathique et recevable, a provoqué des débordements parmi certains opposants forcenés au mariage pour tous en imaginant l’évolution après cette loi (reprenant le premier argument) et en extrapolant pour dire n’importe quoi, craignant ensuite l’adoption du mariage zoophile (entre humains et animaux), du mariage pédophile (entre adultes et enfants), voire du mariage polygame (à plus de deux), ce dernier reprenant d’ailleurs ce que certains pourraient appeler l’islamophobie récurrente d’une certaine franche de la population. Tout cela "au nom de la liberté de tous". Cet argument a donc été, à mon sens, plutôt contre-productif.

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Enfin, un argument idéologique sinon philosophique : celui qui s’oppose au mariage pour tous serait un homophobe. Ce qui est, là aussi, un argument assez faible intellectuellement. Car cela signifierait qu’avant les années 2010, la quasi-unanimité de la population était homophobe puisque ce mariage pour tous était défendu seulement par une partie très infime de la population.

Dans l’argument juridique de l’égalité des droits, il a été également dit que cela donnait des droits à certaines personnes (les couples homosexuels qui veulent se marier), mais cela n’en retirait à personne. Ce qui est presque vrai, mais un peu faux quand même, car d’un point de vue juridique, le mariage ne concerne pas seulement l’union entre deux personnes libres et consentantes, il concerne aussi les enfants appelés à être élevés par ce couple, enfants biologiques ou adoptés.


Les arguments contre

Pour les opposants au mariage pour tour, c’est justement le principal argument pour dénoncer le projet, celui de l’adoption d’enfants par les couples homosexuels. Avec l’argument, qui ne tient d’aucune étude scientifique, selon lequel la vie d’un enfant dans un foyer homoparental serait perturbant pour son développement personnel.

Cet argument est facilement battu en brèche par la réalité de l’adoption possible déjà par les personnes seules, et donc, par des personnes capables d’être, également, homosexuelles. De plus, le développement harmonieux d’un enfant dépend essentiellement de l’amour que lui donne son entourage, et donc, ses parents avant tout, et cet amour n’est pas l’exclusivité des couples hétérosexuels. Et l’on peut toujours imaginer qu’il vaut mieux qu’un enfant vive avec deux parents de même sexe qu’avec un seul parent, alors que les foyers monoparentaux sont de plus en plus nombreux aujourd’hui.

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Peu d’opposants au mariage pour tous ont émis une opposition de principe sur l’union elle-même de personnes de même sexe, considérant qu’il serait plus difficile d’expliquer le pourquoi de cette opposition. Ce qui démontre une véritable évolution des consciences si l’on se remémore les débats publics concernant le PACS. C’est pourquoi toute l’argumentation est mise sur le fait que si un nouveau droit est créé pour les couples homosexuels, c’est au détriment des droits de l’enfant qui, lui, a le droit d’avoir de "vrais" parents, à savoir une mère et un père.

Dans le même ordre d’idée, les opposants prennent l’argument du progrès sociétal comme un argument qui conforte leurs craintes sur les enfants. En effet, s’il est adopté dans le cadre d’une avancée sociétale, le mariage pour tous ne pourrait n’être qu’une étape pour aller encore plus loin : la PMA autorisée pour les couples homosexuels femmes, même si elles n’ont pas de problème de stérilité. Ce qui signifierait que ce serait aussi le cas pour les couples hétérosexuels, ce qui risquerait rapidement d’aboutir à une société eugénique dans le sens où la PMA s’accompagne souvent de la préparation de plusieurs embryons et du choix de ceux-ci pour faire les tentatives. C’est cette sélection qui pourrait encourager les dérives eugéniques. D’ailleurs, la réflexion du Premier Ministre Édouard Philippe exposée dans "L’émission politique" le 28 septembre 2017 sur France 2 montre à l’évidence des évolutions dans les positions des uns et des autres. Autrefois fermement hostile, Édouard Philippe a dit clairement "faut voir" pour ne pas dire "pourquoi pas ?". Résultat dans quelques mois.

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Et comme on peut aller toujours plus loin dans les avancées sociétales, avec l’argument massue de l’égalité des droits, si les couples homosexuels femmes ont la possibilité de faire des enfants, pourquoi pas les couples homosexuels hommes ? Et ainsi, l’autorisation de la GPA sera l’étape suivant (probablement pas ultime), rompant ainsi un nouveau tabou, celui de monnayer la conception d’un enfant.

Sur les risques de poursuite de l’évolution sociétale, il y a quelques raisons d’être lucides : lors de l’adoption de PACS en 1999, ses promoteurs ont assuré la main sur le cœur qu’il n’était pas question d’ouvrir le mariage aux couples homosexuels (Élisabeth Guigou, porteuse du PACS en tant que Ministre de la Justice, déclara ainsi : « Il n’est pas question (…) que deux personnes physiques de même sexe (…) puissent se marier. ». Il a fallu moins de quinze ans pour que cette ouverture soit devenue une réalité juridique sinon une évidence sociale.

En extrapolant ainsi les risques d’avancées sociétales, les opposants au mariage pour tous, préjugeant du futur (avec sans doute pertinence), préfèrent stopper le plus tôt possible cette évolution, au risque de se retrouver "vieux jeu" en défendant la structure de la famille traditionnelle : un papa, une maman, des enfants.

Il y a eu également une série d’arguments anti-mariage pour tous qui se voulaient défenseurs des personnes homosexuelles elles-mêmes. J’en citerai deux.

Le premier est tout à fait recevable. En permettant aux couples homosexuels de se marier, on dresse à l’état-civil, de fait, un fichier des personnes homosexuelles. Or, si jamais un dictateur venait à prendre le pouvoir (tout est toujours possible) et s’il était ouvertement homophobe, alors la répression contre les personnes homosexuelles déjà fichées serait rapide.

Deux voire trois réponses à cet argument. D’une part, avec les réseaux sociaux sur Internet, il est certainement assez facile, aujourd’hui, de "ficher" les personnes qui revendiquent leur homosexualité (pas qui "avouent", car il n’y a d’aveu que lorsqu’il y a faute, or l’homosexualité, jusqu’à preuve du contraire, n’est pas une faute). Donc, pas besoin de l’état-civil pour en faire la "liste" la plus exhaustive. D’autre part, il est maintenant acquis que la nature de la sexualité n’est pas intégrée dans les fichiers d’état-civil (les prénoms peuvent porter à confusion, comme Claude, Camille, Alix, Yann, Dominique, etc., et ne suffisent pas à déterminer l’orientation sexuelle d’un couple). Ainsi, les statistiques des divorces ne permettent pas (à ce jour) de déterminer le nombre des couples homosexuels qui divorcent par rapport au nombre des couples hétérosexuels qui divorcent au cours de la même période. Aucune indication n’est fournie à ce sujet. Enfin, dernière réponse plus sociale et éducative : c’est justement en "dédramatisant" l’homosexualité, en la normalisant par le mariage pour tous que l’homosexualité sera acceptée par toute la société et qu’un apprenti dictateur, même homophobe, n’aura plus les bases pour réprimer l’homosexualité sans mettre une grande partie de la population contre lui, au risque de menacer son propre pouvoir politique.

Le second argument de ce type, c’est de dire que les couples homosexuels sont vraiment "vieux jeu". Maintenant, quand on vit en couple, on ne se marie plus, c’est le cas des hétérosexuels et voici que les homosexuels veulent faire comme les hétérosexuels il y a trente ou cinquante ans alors qu’ils sont généralement des modernes porteurs des modes du futur. La ringardise ne leur sied pas ! Ou encore, en considérant que le mariage pour tous est du "conformisme bourgeois", comme l’a soutenu Benoît Duteurtre qui a écrit deux tribunes, une titrée "Noce gay pour petits-bourgeois" (dans "Libération" le 2 juin 2004), et une autre titrée "Pourquoi les hétéros veulent-ils marier les homos ?" (dans "Libération" le 10 octobre 2012). Argument qui s’auto-oppose par un simple : "et alors ?".


Grande effervescence

Comme je l’ai indiqué en introduction, les arguments avancés par les uns et les autres n’ont pas beaucoup de valeur universelle. Ils sont plus basés sur des éléments circonstanciels.

La loi sur le mariage pour tous propose de donner un droit supplémentaire aux personnes dont l’orientation sexuelle peut être différente. Mais elle n’ôte pas forcément un droit aux enfants. Les décisions concernant les enfants restent tributaires d’un juge ou d’une autorité publique, seule capable d’apprécier une situation concrète, particulière.

Le 17 mai 2013, le Conseil Constitutionnel a indiqué précisément : « Le Conseil a vérifié le respect de cette exigence [l’exigence de conformité de l’adoption à l’intérêt de l’enfant prévue par le dixième aliéna du Préambule de la Constitution de 1946 qui a toujours valeur constitutionnelle] par les dispositions applicables tant aux couples de personnes de même sexe qu’à ceux formés d’un homme et d’une femme. Ces couples sont soumis, en vue de l’adoption, à une procédure d’agrément. Le Conseil Constitutionnel a jugé que, pour tous les couples, les dispositions relatives à cet agrément ne sauraient conduire à ce que celui-ci soit délivré sans que l’autorité administrative ait vérifié, dans chaque cas, le respect de l’exigence de conformité de l’adoption à l’intérêt de l’enfant. Par ailleurs, la loi déférée ne déroge pas à l’article 353 du code civil qui impose au tribunal de grande instance de ne prononcer l’adoption que si elle est conforme à l’intérêt de l’enfant. ». Cela exprimé après avoir constaté que « la loi contestée n’a ni pour objet, ni pour effet, de reconnaître aux couples de personnes de même sexe un "droit à l’enfant" ».

Ainsi, on préférera toujours confier un enfant à un couple homosexuel plein d’amour, équilibré psychologiquement et capable de subvenir matériellement aux besoins de l’enfant pendant une vingtaine d’années, plutôt qu’à un couple hétérosexuel un peu dérangé psychologiquement, un peu porté sur l’alcool et sans emploi…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 mai 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport 2018 de SOS Homophobie (à télécharger).
Les 5 ans du mariage pour tous.
Bientôt la PMA ?
Christiane Taubira.
Pierre Bergé.
L’avis du Conseil Constitutionnel du 17 mai 2013 (texte intégral).
La manif pour tous.
À quand l’apaisement ?
Et si l’on pensait plutôt aux familles recomposées ?
Deux papas ?
Le premier mariage lesbien.
L’homosexualité malmenée en Afrique.
Mariage gris.
Mariage nécrophile.
Mariage annulé pour musulman.
Le coming out d’une star de la culture.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171014-mariage-homosexuel.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/05/17/36411401.html


 

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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 05:14

« On ne dit pas "un petit directeur", on dit "un chef de rayon". On ne dit pas "un grand directeur", on dit "un chef de diamètre". (…) Le féminin de "directeur" est "la femme du directeur". » (au mot "directeur" du "Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis" de Pierre Desproges, éd. du Seuil, 1985).


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Ah, il est loin le temps où le regretté Pierre Desproges pouvait impunément provoquer les féministes ! Il serait aujourd’hui peut-être mis à l’index, dénoncé pour machisme déplacé, écartelé sur la place publique, démembré par les réseaux sociaux…

La société française adore se jeter, comme les habitants d’un petit village gaulois, dans des bagarres aux enjeux que l’on pourrait croire dérisoires. Pourtant, dans la nouvelle polémique sur l’écriture inclusive, il y a des enjeux essentiels, et le principal est sans doute la survie de la langue française dans un monde globalisé et anglicisé.

Cette polémique n’est pas nouvelle mais elle a été "rafraîchie" par la publication d’un manuel scolaire pour des écoliers de CE2 par les éditions Hatier en septembre 2017 écrit entièrement en écriture inclusive, et devant l’agitation médiatique, l’Académie française a même cru devoir intervenir par un communiqué alarmiste publié le 26 octobre 2017.

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D’abord, de quoi s’agit-il ? J’avais déjà lu quelques textes ainsi écrits (surtout en titre ou très courts) et cela m’avait fortement agacé par leur illisibilité. On ne prend pas plaisir à lire de telles lourdeurs.

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L’écriture inclusive (l’expression me paraît inadéquate) tend à supprimer dans le langage écrit toute forme de… de quoi ? J’allais écrire de "machisme" mais en écrivant "machisme", je me disais que je faisais le "jeu" des promoteurs d’une telle écriture. Alors, écrivons plutôt, l’écriture inclusive tend à éliminer la domination du masculin sur les mots. Oui, je sais, ce n’est pas très satisfaisant non plus. En fait, j’ai du mal à l’exprimer car, avouons-le tout net, je trouve cette idée complètement stupide, d’autant plus stupide qu’elle me paraît inutile. On aurait pu croire qu’on était le premier avril, mais ceux (et celles) qui promeuvent ce type d’écriture sont hélas le plus sérieux du monde.

En clair, il s’agit d’arrêter la suprématie du masculin sur le féminin dans l’expression écrite. Cela oblige alors de rajouter des lourdeurs d’écriture avec un nouveau caractère (le point central) qu’il m’est impossible de proposer ici (je me réduirais donc au simple point sur le sol). Ainsi, au lieu de parler des agriculteurs en général, je devrais écrire, selon ces dictateurs de cette pensée sectaire, des agriculteurs.rices. Comme ça, pas de jaloux, ou plutôt, pas de jalouse ! Sauf que c’est complètement illisible. Et inesthétique (oui, j’aime l’esthétique d’un texte, même si ce n’est pas son élément le plus important). Comment lire un tel mot ? C’est lourd, très lourd.

Heureusement, même s'ils se sont montrés prudents, les deux ministres en charge de la langue française, la Ministre de la Culture Françoise Nyssen et le Ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer ont désapprouvé l'utilisation de l'écriture inclusive.

Le pire est évidemment pédagogique. Cela va créer de nouvelles discriminations intellectuelles (comme avec la nouvelle orthographe). Le principe de l’écriture inclusive est encore admissible pour des personnes qui sont à l’aise avec l’expression française, mais pour ceux qui apprennent, les écoliers d’abord, les étrangers ensuite ? Cela ne peut que perturber leur acquisition de la langue française qui n’est pas des plus faciles : « On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture, visuelle ou à voix haute, et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs. » (Académie française).

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Ce qui est délirant, c’est que ce n’est pas le résultat d’un problème posé et de sa résolution, mais que ce sont les suites d’un véritable délire dogmatique voire sectaire. C’est croire que le genre des mots est assimilable au genre des personnes. Pierre Dac n’aurait jamais osé autant de loufoquerie !

Déjà que je m’agace d’entendre les discours des personnalités politiques (je n’ose plus dire "hommes politiques" !) qui commencent souvent par "Françaises et Français" et qui continuent souvent par "les Françaises zet les Français" ("les Trifouilleuses et les Trifouilleux", etc.), comme si en s’adressant aux seuls Français, on pouvait exclure les Françaises. Comme si les "droits de l’homme" étaient réservés aux seuls "mâles" (les étrangers, d’ailleurs, préfèrent parler des "droits humains", ce qui évite toute contestation sexuée).

Certes, dans certains cas, ces précisions sont nécessaires et heureuses, comme lors des offres d’emploi, domaine où il faut absolument lutter contre toutes les formes de discrimination. Donc souvent, dans les annonces d’offre, on lit, suivie de la fonction, la mention "(h/f)" pour préciser que le recruteur recherche aussi bien un homme qu’une femme (mention juridiquement inutile car il est interdit de ne vouloir recruter que des femmes ou que des hommes, mais sociologiquement heureuse, car cela va mieux en le disant). Nécessairement, si l’on recherche "un agriculteur" (pris dans le sens générique), alors on privilégiera une pseudo-écriture inclusive comme "recherchons agriculteur/trice" pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté.

Dans sa condamnation ferme de l’écriture inclusive, l’Académie française (qui n’est pas opposée aux évolutions de la langue, même quand elles sont douteuses), dans son unanimité, a lancé un véritable cri d’alarme : « Devant cette aberration "inclusive", la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd’hui comptable devant les générations futures. Il est déjà difficile d’acquérir une langue, qu’en sera-t-il si l’usage y ajoute des formes secondes et altérées ? Comment les générations à venir pourront-elles grandir en intimité avec notre patrimoine écrit ? Quant aux promesses de la francophonie, elles seront anéanties si la langue française s’empêche elle-même par ce redoublement de complexité, au bénéfice d’autres langues qui en tireront profit pour prévaloir sur la planète. » (26 octobre 2017).

On pourrait d’ailleurs imaginer que l’utilisation de cette écriture inclusive aurait peut-être progressé depuis l’éclatement du scandale sexuel du producteur américain Harvey Weinstein le 10 octobre 2017 et que bien des "hommes", qui auraient un peu quelque chose à se reprocher, joueraient le jeu pour se montrer proches et soucieux des femmes… Mais ce ne sont que de vilaines supputations, et les agressions sexuelles voire les viols ne sont en rien comparables à de simples tournures sémantiques qui ne traumatiseront jamais personne dans sa chair ou son âme.

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C’est sûr qu’en apparence, le français ne propose pas un troisième genre, le neutre. En allemand, on peut ainsi l’utiliser à bon escient, en disant par exemple "das Mädchen" au lieu de "die" (sauf au pluriel) car on considère que les "petites filles" ne sont pas encore des femmes, ne sont pas encore "formées", pas vraiment "féminines", même si la pratique tend, en parlant d’elle, à utiliser le pronom "sie" plutôt que "es" (neutre). Du reste, le russe donne aussi cette forme neutre au même mot.

Ce serait intéressant d’imaginer les doctrinaires antisexistes avec l’allemand : ils pourraient s’offusquer que la "petite fille" est neutre et pas féminine, mais ils devraient alors s’offusquer aussi que l’article au pluriel pour tous les genres (en français "les") est "die", soit le même article que celui du féminin singulier ("la"). Idem pour le pronom personne au pluriel, "sie" et le voussoiement ("Sie") qui est le même pronom que le féminin singulier "sie".

En français, d’ailleurs, le masculin ne l’emporte pas systématiquement quand on veut parler des deux sexes de manière générique. Aucun féministe ou aucune féministe (je n’ose indiquer de genre ici) ne serait capable de proposer une solution pour supprimer le féminin systématique lorsqu’on veut parler d’un homme comme d’une personne, comme d’une victime, comme d’une recrue, comme d’une star, comme d’une vedette, comme d’une sentinelle, comme d’une silhouette, comme d’une vigie, comme d’une dupe, comme d’une fripouille, comme d’une estafette, comme d’une b*rne (ou tout autre gros mot du genre p*te), etc. Il doit sûrement y avoir encore d’autres mots féminins pour désigner aussi des hommes.

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On pourrait même imaginer que l’expression des professions au genre indéterminé pourrait se décliner au féminin pour certaines d’entre elles, en disant (pour inclure les hommes et les femmes travaillant ainsi) "les infirmières", "les puéricultrices", etc. reprenant ainsi le contexte socio-culturel actuel ou historique (mais on dira toujours "les professeurs" même si une majorité d’entre eux sont des femmes). Cette idée pourrait cependant conforter au contraire le sexisme dans les professions et ne pas être logique avec le principe du "neutre générique" qui veut que l’indétermination du genre se décline au masculin et pas au féminin.

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C’est d’ailleurs la meilleure "défense" des opposants à cette dogmatique écriture inclusive : le neutre existe en français et se décline comme le masculin. Le meilleur exemple, c’est le pronom impersonnel. Le "on" (qui est singulier et pas pluriel, souvent utilisé à tort au pluriel par confusion avec le pronom "nous"), ou encore le "il" dans "il pleut" ou "il faut", on imagine mal dire "elle pleut" ou "elle faut"…

On n’aurait pas cette confusion mentale entre le genre des mots et le genre des personnes si la grammaire française s’enseignait comme en allemand, en russe, en latin ou en grec ancien, à savoir avec des tableaux de déclinaisons au lieu des appellations très françaises de COD (complément d’objet direct) et COI (complément d’objet indirect), qui font office, en français, d’accusatif et de datif.

Lorsque j’étais en sixième, j’ai mieux compris la grammaire française dès lors que j’apprenais parallèlement la grammaire allemande pour cette raison-là. Les tableaux de déclinaisons sont beaucoup plus logiques et rationnels. Car le français aussi a des déclinaisons, mais on ne le présente pas sous cette forme. Les pronoms personnels, par exemple, sont déclinables.

Nominatif : je, tu, il/elle, nous, vous, ils/elles.
Accusatif : me, te, se, nous, vous, leur/se.
Datif : me, te, se, nous, vous, leur/se.

Cette présentation serait évidemment "révolutionnaire" (ce qui n’est pas mon genre !) et nécessiterait avant de l’enseigner une évaluation fiable. Mais je pense que les esprits rationnels et logiques y gagneraient. Et cette présentation aurait épargné aux locuteurs de la langue française cette stupidité sans nom que représente l’écriture inclusive.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 octobre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Communiqué de l’Académie française du 26 octobre 2017.
L’écriture inclusive.
La réforme de l’orthographe.
La dictée à  l’école.
La réforme du collège.
Le réforme des programmes scolaires.
Le français et l’anglais.
La patriotisme français.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171026-ecriture-inclusive.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/la-declinaison-non-inclusive-198154

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/10/28/35813041.html






 

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