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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 06:03

« Pour être candidat, il faut d’abord réunir au moins 500 parrainages d’élus avant la fin de la période de réception. Ces 500 parrainages doivent provenir de 30 départements et collectivités d’outre-mer différents. Il n’est pas permis que plus de 10% des parrainages proviennent d’un même département. (…) Ces parrainages doivent être envoyés par voie postale au Conseil Constitutionnel. (…) Le Conseil Constitutionnel vérifie (…) que le candidat souhaite bien participer à l’élection présidentielle. Un candidat ne peut être désigné contre son gré, même s’il a reçu le nombre suffisant de parrainages. Le candidat doit signer deux documents concernant sa déclaration patrimoniale. (…) Une fois ces deux documents remis au Conseil Constitutionnel, la candidature est validée. » (site Internet du Conseil Constitutionnel).



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Mon titre est volontairement provocateur car plus beaucoup de monde ne miserait sur une telle configuration, celle qui aurait été "naturelle", à l'issue de deux primaires auxquelles le peuple a pleinement participé, renouvelant le clivage droite/gauche entre les deux principaux partis gouvernementaux. François Fillon, si les intentions de vote se maintiennent encore à un plancher d'environ 18%, semble en difficulté pour "remonter la pente" et retrouver l'une des deux premières places (dans une élection a priori "imperdable"), et Benoît Hamon, après sa contre-performance du débat du 20 mars 2017 sur TF1, se refait dépasser par Jean-Luc Mélenchon dans les sondages.

Beaucoup d'élus LR commenceraient à se convaincre que leur champion ne serait plus en mesure de se retrouver au second tour de l'élection présidentielle et voudraient tout miser sur les élections législatives de juin 2017, pariant sur une cohabitation avec Emmanuel Macron (avec François Baroin comme Premier Ministre). Mais ce serait oublier un peu vite que la logique institutionnelle est implacable et qu'elle donnerait très certainement une majorité parlementaire (au moins relative) à Emmanuel Macron si ce dernier était élu à la Présidence de la République quelques semaines auparavant.

Le problème d'Emmanuel Macron, ce serait plutôt que ses soutiens et donc, sa future majorité parlementaire, seraient très hétérogènes et il aurait encore plus de difficulté que François Hollande avec ses "frondeurs" lorsqu'il voudrait mettre en chantier ses propres réformes. Quels sont les points communs politiques entre Bertrand Delanoë, Dominique Perben, Jean-Paul Delevoye, François de Rugy, Daniel Cohn-Bendit, Gérard Collomb, etc. alors qu'ils se sont opposés politiquement les uns contre les autres pendant plus d'une vingtaine d'années ? Le point critique d'Emmanuel Macron serait d'ailleurs dans le choix de son Premier Ministre, qui, malgré ses déclarations favorables à la nomination d'une femme à Matignon, aurait de bonnes raisons de se porter sur François Bayrou ou Jean-Yves Le Drian (qui vient d'annoncer officiellement son soutien ce jeudi 23 mars 2017).

Pourtant, tout reste encore très incertain sur "l'ordre d'arrivée" (ce n'est pas une course hippique mais épique !) des cinq "grands" candidats, d'autant plus que maintenant, il y a onze candidats à l'élection présidentielle, pas seulement cinq. Ce mardi 21 mars 2017, en effet, a été formellement publiée au Journal Officiel de la République française la liste officielle des onze candidats à l'élection présidentielle déjà rendue publique le 18 mars 2017 par le Conseil Constitutionnel.

Lors du journal télévisé du samedi 18 mars 2017, le candidat Nicolas Dupont-Aignan a eu raison d’exprimer sa colère contre le principe du débat télévisé qui a eu lieu ce lundi 20 mars 2017 sur TF1. En effet, seulement cinq candidats à l’élection présidentielle ont participé à ce débat : François Fillon, Emmanuel Macron, Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. On les appelle improprement les "grands candidats" par opposition aux "petits candidats" dont la première épreuve est la collecte des 500 parrainages.

Or, TF1 a voulu être fin : le calendrier officiel prévoit que le Conseil Constitutionnel publie la liste officielle des candidats à l’élection présidentielle le 21 mars 2017. En proposant un débat la veille, la chaîne de télévision pouvait montrer sa bonne foi qu’elle ne pouvait pas inviter tous les candidats, y compris les "petits", puisque la liste n’était pas encore offiellement publiée.

Mais c’était compter sans la réforme des parrainages, qui a accentué la transparence du processus par la publication, deux fois par semaine, de la situation en cours des parrainages pour chaque candidat à la candidature. Le dernier délai de réception des parrainages validés, directement envoyés par les élus concernés (auparavant, les candidats pouvaient aussi les transmettre eux-mêmes), était vendredi 17 mars 2017 en fin d’après-midi et la dernière publication de mise à jour de samedi 18 mars 2017 dans la matinée ne donnait guère d’incertitude sur le nombre et l’identité des candidats retenus par le Conseil Constitutionnel.

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Après le 21 mars 2017, les médias sont évidemment tenus à la stricte égalité de traitement. Le Conseil d’État avait d’ailleurs débouté Nicolas Dupont-Aignan car il n’était pas certain que TF1 ne lui proposerait pas plus tard un temps de parole qui compenserait son absence de lundi soir. Avec cette idée, on imaginerait la réaction des "petits candidats" si l’on leur proposait un débat …uniquement entre "petits candidats" ! (Marine Le Pen l'a pourtant proposé au cours de ce débat).

Pourquoi choisir d'inviter certains et pas d’autres candidats ? Parce qu’il y a les sondages ! Nicolas Dupont-Aignan est pourtant le seul des "petits candidats" à sortir des 1%-2% pour être "positionné" entre 3% et 5% juste avant ce débat, ce qui n’est pas si négligeable que cela (rappelons François Bayrou qui était dans cette zone d’intentions de vote en 2002 et qui a fini à presque 7% le 21 avril 2002). D'ailleurs, sa colère contre TF1 l'a même fait grimper en intentions de vote au-dessus des 5%, parfois flirtant avec les 6% dans certaines enquêtes d'opinion d'après-débat.

Depuis deux à trois semaines, les sondages sont assez stables, comme si chaque candidat était dans une guerre de position. En gros, Emmanuel Macron et Marine Le Pen seraient en tête, crédités d’environ 25% des intentions de vote, à peu près à égalité, viendrait ensuite François Fillon avec un retard de 5 à 7% environ (autour de 18%), puis les deux derniers "grands candidats", ceux de "gauche", Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, seraient en queue de peloton, autour de 11-13%, à peu près à égalité aussi. Les démonstrations de force de ces deux derniers le week-end dernier, l’un à Bercy (15 à 20 000 personnes) et l’autre à la Bastille (100 000 personnes) n'auraient pas vraiment fait évoluer les lignes.

Mais les lignes, forcément, évolueront, parce que les électeurs indécis ou désabusés seraient encore nombreux, parce que beaucoup de ceux qui expriment leur intention de vote ne seraient pas encore vraiment certains de leur vote (à part le "noyau dur électoral" de Marine Le Pen et de François Fillon). La candidature ovni d’Emmanuel Macron, véritable surprise de cette précampagne présidentielle qui vient de finir, pourrait se révéler beaucoup plus fragile exposée à la confrontation avec les autres candidats. Il se trouve qu'Emmanuel Macron a su montrer, le 20 mars 2017, une "pugnacité douce", sachant répondre à la fois courtoisement et fermement aux interpellations à son encontre (formulées principalement par Marine Le Pen et par Benoît Hamon).

Et c’est là où je veux en venir. Les sondages martèlent depuis deux mois que Marine Le Pen et Emmanuel Macron seraient forcément au second tour (Marine Le Pen depuis bien plus longtemps d’ailleurs). Pourtant, avant le 20 mars 2017, aucun des deux n’avait encore participé à un débat contradictoire avec un concurrent direct, et il faut bien reconnaître que les interviews par des journalistes tournent souvent à l’avantage des candidats lorsque ceux-ci ont un peu le sens de la communication, en raison de la carence des journalistes sur le fond, leur incapacité à contester des contrevérités ou à revenir à la charge quand une question est contournée et laissée sans réponse.

Ce qui m’étonne, c’est que les journalistes n’ont pas encore été suffisamment douchés par les différents résultats d’élections ou de consultations récentes, qui ont contredit les sondages, pour ne pas être un peu plus prudents dans leurs analyses. Ainsi, le Brexit, l’élection de Donald Trump mais aussi la désignation de François Fillon et de Benoît Hamon aux deux "grandes" primaires de novembre 2016 et janvier 2017. On peut aussi rappeler les sondages lors de l'élection présidentielle de 2002 (Daniel Schneidermann a de la mémoire !).

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Comment François Fillon a-t-il gagné alors qu’on prédisait une victoire d’Alain Juppé sur Nicolas Sarkozy ? Comment Benoît Hamon a-t-il gagné alors qu’on prédisait une victoire d’Arnaud Montebourg sur Manuel Valls ? Grâce aux débats contradictoires.

Pas pour leur capacité à débattre, car tous les candidats impliqués, enfin, les "grands" (je ne parle pas des "clowns" comme Jean-Luc Bennahmias), sont des personnalités politiques aguerries et très fortes dans les débats contradictoires. Mais parce que ces deux candidats, François Fillon et Benoît Hamon, ont été les seuls à avoir travaillé réellement leur programme (qu’on soit d’accord avec celui-ci ou pas, c’est un autre histoire). Un débat contradictoire montre assez vite ceux qui ont bossé ou pas. Marine Le Pen, par exemple, a déjà été épinglée sur son incapacité à fournir des précisions chiffrées sur son programme alors qu’elle était en condition confortable (interview). Au cours du débat du 20 mars 2017, Marine Le Pen n'a fait que "distributeur de billets", dépensant des dizaines de milliards d'euros, par-ci, par-là, sans aucune crédibilité sur leur financement (et donc sur leur future réalité !).

François Fillon a commencé l’élaboration de son programme dès février 2013 ! Il a mis quatre ans à le construire, écoutant sept mille personnalités qualifiées dans tous les domaines où l’action de l’État a une influence. Benoît Hamon a, lui aussi, commencé à travailler son programme tôt, en fin 2014, bien avant les autres candidats de la primaire socialiste. Les débats contradictoires n’ont été qu’un révélateur du sérieux dans leur démarche présidentielle. Manuel Valls, peu préparé à sa candidature, a bâclé en une semaine sa plaquette programmatique. Arnaud Montebourg ne croyait pas en lui. Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ont misé sur leur personnalité, leur notoriété, et pour Alain Juppé, sa popularité, pour se présenter. Pendant les débats de la primaire LR, François Fillon s’est gardé de toute interaction avec ses concurrents, évitant tout attaque et ne se concentrant que sur ses propositions d’une manière très constructive.

Paradoxalement, ceux qui sont hissés en tête des sondages n’avaient pas encore eu à "subir" cette épreuve du feu du débat contradictoire car ils se sont autoproclamés candidats à l’élection présidentielle sans passer par une primaire. Ils ont eu donc un petit avantage, c’est qu’ils ont pu avancer avec un peu plus d’ambiguïté programmatique au cours de la précampagne présidentielle, tandis que le programme des candidats désignés par une primaire était discutable très tôt. Ils ont certes montré ce 20 mars 2017 qu'ils savaient franchir cette épreuve du débat sans écueil majeur, mais ils n'ont pas été non plus très percutants.

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C’était là l’enjeu de ce premier débat organisé par TF1 ce lundi 20 mars 2017. D’autres débats seront probablement organisés ultérieurement, France 2 prépare déjà un débat le 20 avril 2017, mais ils seront probablement moins rythmés et structurants car tous les candidats devront y participer. On a vu qu’un débat à six ou sept était particulièrement laborieux et ennuyeux, alors à onze ?…

Car la liste des parrainages publiée par le Journal Officiel le 21 mars 2017 a proclamé qu’il y a onze candidats à l’élection présidentielle de 2017 : François Fillon (3 635 parrainages), Benoît Hamon (2 039 parrainages), Emmanuel Macron (1 829 parrainages), Jean-Luc Mélenchon (805 parrainages), Jean Lassalle (708 parrainages), Nicolas Dupont-Aignan (707 parrainages), Nathalie Arthaud (637 parrainages), Marine Le Pen (627 parrainages), François Asselineau (587 parrainages), Philippe Poutou (573 parrainages) et Jacques Cheminade (528 parrainages).

Cette liste est d’ailleurs une pépite de transparence (bravo au gouvernement d’avoir réalisé cette petite réforme !). On peut ainsi voir que certains non-candidats ont recueilli malgré tout des parrainages, comme Alain Juppé (313), François Baroin (45), Laurent Hénart (7), Yannick Jadot (5), Jean-Louis Borloo (3), même François Hollande (7) ! Et beaucoup avec un seul parrainage : Éric Besson, Bernard Cazeneuve, Daniel Cohn-Bendit, Lionel Jopsin (et pourquoi pas DSK ?!), Patrick Kanner, Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire, Hervé Morin et Laurent Wauquiez. Les personnes citées issues du parti "Les Républicains", sauf Bruno Le Maire, ont pourtant parrainé la candidature de François Fillon (y compris Alain Juppé et François Baroin).

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Au jeu "Dis-moi qui te parraine et je te dirai qui tu es", le plus instructif est bien sûr la candidature d'Emmanuel Macron qui est parrainée essentiellement par des élus de gauche, quasiment aucun élu de centre droit ou de droite ne l'a parrainée.

En tout, seulement 14 296 élus ont envoyé un parrainage, soit environ un tiers des élus ayant cette prérogative. Parmi les candidats qui ont échoué dans leur collecte de parrainages, notons Rama Yade (353), Alexandre Jardin (165), Charlotte Marchandise (135) et Oscar Temaru (109). Sans surprise, certains habitués de cette précourse pour une tribune n’ont encore pas réussi leur recherche de signatures : Pierre Larrouturou (33), Nicolas Miguet (15), Jacques Nikonoff (6) et l'ancien candidat écologiste Antoine Waechter (11). À ces derniers, il faut aussi rajouter les échecs de Michèle Alliot-Marie (74), Bastien Faudot (29), Jean-Pierre Gorges (70), Henri Guaino (33), Jean-Claude Martinez (3), Didier Tauzin (84) et Christian Troadec (53).

Parmi les candidats qui ont obtenu suffisamment de signatures, en dehors des "grands" déjà connus, deux sont "nouveaux" sur la "scène nationale présidentielle", François Asselineau, énarque et ancien collaborateur de Charles Pasqua, et Jean Lassalle, député et ancien proche de François Bayrou au MoDem, dont le tour de France à pieds en 2013 lui a permis de rencontrer de nombreux maires ruraux. Enfin, terminons avec le critère de renouvellement. Six de ces onze candidats l’étaient déjà en 2012 : Jean-Luc Mélenchon (11,1%), Nicolas Dupont-Aignan (1,8%), Nathalie Arthaud (0,6%), Marine Le Pen (17,9%), Philippe Poutou (1,1%) et Jacques Cheminade (0,2%).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 mars 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Qui a reçu les 14 296 parrainages pour l'élection présidentielle ?
La liste officielle des onze candidats à l'élection présidentielle (à télécharger).
Premier débat télévisé du premier tour de l’élection présidentielle (20 mars 2017).
Les 500 parrainages.
Liste des parrainages des candidats à l’élection présidentielle au 18 mars 2017.
Le grand remplacement.
Campagne en état d’urgence.
Autorité et liberté.
Comptes à débours.
Et si… ?
L’élection présidentielle en début janvier 2017.
François Fillon.
Emmanuel Macron.
Benoît Hamon.
Jean-Luc Mélenchon.
Marine Le Pen.
François Hollande.
Manuel Valls.
François Bayrou.
Nicolas Sarkozy.
Alain Juppé.
Primaire de la droite et du centre (novembre 2016).
Primaire des socialistes (janvier 2017).
Primaire des écologistes (novembre 2016).

_yartiPresidentielle2017AN02



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170321-presidentielle2017-aq.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/candidats-2017-vers-un-second-tour-190931

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/03/23/35083816.html

 

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