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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 05:28

« Et puis, il y a l’homme qui veut sauver le socialisme sans le dire. J’ai nommé Emmanuel Macron. Pour Emmanuel Macron, il n’existe pas de culture française. (…) Pas d’identité, mais aussi complice de crime contre l’humanité ! (…) Visiblement, monsieur Macron dit ce que son auditoire veut entendre. (…) Tout cela dénote un sérieux problème de colonne vertébrale. Emmanuel Macron vient de dévoiler les lignes de son programme économique (…). François Hollande aurait pu le signer. C’est de la soupe tiède alors que la France a besoin de transformation économique. » (François Fillon, le 24 février 2017 à Maisons-Alfort).


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Il y a quelques jours, je posais la question de l’appartenance d’Emmanuel Macron à la gauche. Si lui-même se revendique de la gauche et a été un ministre d’un gouvernement qui s’est positionné à gauche, Emmanuel Macron a cependant voulu s’extraire de la prison des étiquettes, comme l’avait fait François Bayrou de 2002 à 2017, mais avec une différence.

Le mot d’ordre de François Bayrou était : ni droite ni gauche, ce qui lui a valu une traversée du désert (dont il n’est pas sorti) et une solitude particulièrement prononcée dans un système dirigé par un second tour de l’élection présidentielle. Tandis qu’Emmanuel Macron s’est cru plus malin en prônant : et la droite, et la gauche !

Si c’est plus efficace d’un point de vue électoral (si l’on en croit les intentions de vote), cela ne clarifie pas pour autant son positionnement. Pourtant, comme Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ont été incapables, comme prévu, de s’unir, il est peu probable que l’un des deux soit présent au second tour.

Cela signifie que si jamais Emmanuel Macron franchissait la qualification du second tour, il serait forcément opposé soit à Marine Le Pen (le plus probable), soit à François Fillon (hypothèse hautement improbable si l’on en croit les sondages actuels). Concrètement, cela signifierait qu’il serait mécaniquement positionné à gauche de l’échiquier politique.

Et ce n’est pas vraiment étonnant, puisque Emmanuel Macron fait du François Hollande, mais avec la traduction politique de ses convictions. À savoir, au lieu de chercher coûte que coûte à préserver l’intérêt du parti socialiste, il a préféré le faire éclater et aller jusqu’au bout de la démarche, en assumant pleinement son social-libéralisme (chose que n’a même pas osé faire Manuel Valls lui-même).

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Emmanuel Macron a prévu de présenter son (vrai ?) "programme" ce jeudi 2 mars 2017. Mais il avait déjà esquissé quelques grandes lignes dans "Les Échos" du 24 février 2017. C’est la raison de la critique très acerbe de François Fillon lors de son meeting à Maisons-Alfort le 24 février 2017.

L’une des erreurs que François Fillon a pointée du doigt, c’est qu’Emmanuel Macron a pris pour argent comptant les prévisions budgétaires du gouvernement actuel. Or, la réalité est que les gouvernements ont toujours été trop optimistes sur leurs prévisions, plus encore quand il s’agit de bâtir un programme électoral.

Ainsi, François Fillon lui a reproché la tiédeur : Emmanuel Macron voulait d’abord réduire la dépense publique de 100 milliards d’euros, et finalement, cela évolue à 60 milliards d’euros : « En quelques jours, 40 milliards ont disparu du programme. C’est ce qu’on appelle avoir des convictions. ». Pire : Emmanuel Macron a proposé 50 milliards d’euros d’investissements (qui ne seraient que pour financer des dépenses courantes, selon François Fillon), cela signifie qu’il n’y aurait que 10 milliards d’euros de réduction en réalité : « Par ailleurs, on voit mal comment il pourrait réussir à mettre en œuvre 50 milliards d’investissements publics, alors qu’il a été incapable d’en mettre 10 en œuvre quand il était conseiller puis ministre de François Hollande. ».

Même tiédeur sur l’assurance-maladie : Emmanuel Macron veut limiter les dépenses de 2,3%, alors que c’était déjà 1,8% en 2016 : « Emmanuel Macron réussit l’exploit de faire pire que François Hollande ! ».

Idem pour la réduction du nombre de fonctionnaires : « Emmanuel Macron propose la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires, sur 6 millions d’agents publics, soit moins de 2% des effectifs actuels. C’est inférieur aux 150 000 postes que nous avons supprimés entre 2007 et 2012. ».

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La mesure la plus inconséquente révélée le 24 février 2017 fut sans doute la volonté d’Emmanuel Macron d’exonérer 80% des Français de la taxe d’habitation en 2020. C’est une taxe qui est souvent très coûteuse pour les ménages. Une telle mesure est donc "foncièrement" démagogique et électoraliste (il ne dit rien sur la taxe foncière, elle aussi très coûteuse).

Visiblement, c’est une mesure hors sol qui prouve bien qu’Emmanuel Macron ne connaît pas grand chose à la réalité de la France. La taxe d’habitation est l’une des premières ressources directes des communes. Sa mesure vise à réduire de 10 milliards d’euros, soit 36% de l’ensemble de leurs ressources propres, dans une période déjà de baisse des dotations de l’État et de surendettement de beaucoup de collectivités locales.

Cela a même engendré dès le lendemain un communiqué très inquiet de l’Association des maires de France, par la voix de son président, François Baroin (LR) et de son vice-président André Laignel (PS), qui « mettent solennellement en garde contre toute mesure démagogique, non financée et attentatoire aux libertés locales ».

Emmanuel Macron a beau prévoir une compensation par l’État, la réalité est que c’est forcément toujours par une augmentation de l’impôt et des taxes de ceux qui en paient encore que sera compensé le manque à gagner. Comme toujours, la classe moyenne paiera les frais des mesures démagogiques des candidats à l’élection présidentielle.

C’est inconséquent car ce n’est pas la première mesure qui montre qu’Emmanuel Macron voudrait étatiser ce qui n’était pas du ressort de l’État. En supprimant la taxe d’habitation, Emmanuel Macron mettrait une croix sur plus de deux siècles d’autonomie financière des communes et redonnerait à la gestion des communes un ascendant désastreux de l’État. C’est le contraire de la conception d’un François Bayrou qui a toujours prôné le renforcement de la décentralisation.

Cette étatisation se constate aussi dans la volonté d’Emmanuel Macron de redonner à l’État la compétence de l’assurance-chômage, en réduisant les cotisations des salaires mais en augmentant la CSG.

Par ailleurs, mais cela a dû lui échapper, c’est aussi remettre en cause le financement de l’audiovisuel public (à savoir France Télévisions, Radio France et France Monde), dont la redevance est payée en même temps que la taxe d’habitation. Étonnant que son ami Matthieu Gallet (et pas "amant" comme il l’a précisé le 6 février 2017 au Théâtre Bobino à Paris, pour répondre aux rumeurs provenant de la Russie), président de Radio France, ne lui ait pas expliqué cette petite subtilité.

En fait, on peut comprendre l’inconséquence des mesures prônées par Emmanuel Macron par sa manière de construire son programme. François Fillon a construit son projet présidentiel d’une manière très professionnelle, en rencontrant pendant quatre ans environ 7 000 professionnels des sujets abordés, et en discutant avec eux, François Fillon a pu comprendre les problèmes, les atouts, les réformes des secteurs auditionnés. Emmanuel Macron, lui, ne construit son programme que pour sa communication.

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Grâce à ses maintenant 200 000 adhérents d’En Marche (200 477 exactement revendiqués au 24 février 2017), et à ses 4 000 comités locaux, Emmanuel Macron bénéficie d’une force de frappe de lecture d’opinions inégalée. En effet, chaque réunion de comité local ne signifie pas l’écoute réelle de la base, mais le test d’opinions de mesures proposées "d’en haut". Ainsi, il a un outil très efficace, et gratuit aussi, pour hiérarchiser, prioritiser les propositions qui rencontreraient, dans ces comités, la plus forte adhésion.

Le problème, c’est que ce sont des mesures "inconséquentes", c’est-à-dire, dont les conséquences n’ont pas été étudiées ni anticipées, car ce ne sont pas des professionnels des secteurs qui bâtissent ce programme, mais une agence de communication. C’est cela qui fait peur, quand on sait que maintenant, les candidats, une fois élus, n’osent plus ne pas appliquer leur programme : je suis au contraire pour qu’ils n’appliquent pas ce qu’il y a de plus inconséquent dans leur programme, et la suppression de la taxe d’habitation pour 80% des habitants en fait partie.

Lorsqu’en voyage à l’île de la Réunion, François Fillon a expliqué le 12 février 2017 que la candidature d’Emmanuel Macron, c’était « le radeau de sauvetage de tous les naufragés du hollandisme », il ne pouvait avoir que raison. Le Président du Sénat, Gérard Larcher, invité du "Grand Jury" de RTL, LCI et "Le Figaro", le 26 février 2017, a aussi lâché que « Macron, c’est François Hollande relooké ! ».

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Une opinion également partagée par l’ancien collègue socialiste du gouvernement, Michel Sapin, qui lui a succédé à Bercy, qui a convenu le 27 février 2017, avec malice, qu’il y avait une évidente « cohérence » entre le quinquennat de François Hollande et le projet d’Emmanuel Macron : « [Il] veut poursuivre la réduction du déficit, je ne peux qu’être d’accord avec quelque chose que nous faisons depuis des années. (…) Il prévoit de baisser les dépenses de 12 milliards d’euros par an, c’est un rythme qui me dit quelque chose. (…) Quant à la baisse d’impôt de 10 milliards pour les ménages, là aussi, cela me rappelle quelque chose. ». Ce qui a fait titrer "Le Figaro" le même jour : « Le baiser de la mort de Sapin à Macron sur sa stratégie économique » !

Emmanuel Macron est d’autant plus l’héritier de François Hollande qu’il n’aurait jamais existé politiquement sans ce dernier. Imaginer qu’il puisse devenir Président de la République alors que son mentor reste le plus impopulaire de tous les Présidents de la République française de l’histoire de l’après-guerre (le sondage IFOP pour le "Journal du dimanche" publié le 19 février 2017 a encore confirmé les seulement 19% de satisfaction, mais il y a eu pire puisque cela a dégringolé en novembre 2014 jusqu’à 13% !), cela paraît à la fois paradoxal et complètement surréaliste...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er mars 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’héritier de François Hollande.
Autorité et liberté.
François Bayrou se maconise.
La démocratie française est devenue quantique (24 avril 2007).
La réduction du paquet d'onde centriste (10 mai 2007).
Comptes à débours.
Emmanuel Macron va-t-il dynamiter la présidentielle 2017 ? 
Programme d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Emmanuel Macron est-il de gauche ?
Bernard Cazeneuve.
Benoît Hamon.
François Fillon.
Primaire socialiste de janvier 2017.
Les investissements productifs.
La France archaïque.
Et si… ?
L’élection présidentielle en début janvier 2017.
Ramasse-miettes du système politique français.
JJSS, un Macron des années 1970.
Le Centre aujourd’hui.
Manuel Valls.
François Hollande.
Une colombe dans un nid de crocodiles.
Hollande démacronisé.
Michel Rocard.
Populismes.
Mystère ou Mirage Macron ?
Discours d’Emmanuel Macron le 8 mai 2016 à Orléans (à télécharger).
La vivante énigme d’Emmanuel Macron.
Le saut de l'ange.
La Charte de En Marche (à télécharger).
Emmanuel Macron à "Des paroles et des actes" (12 mars 2015).
La loi Macron.
Casser le clivage gauche/droite.
Paul Ricœur.
La France est-elle un pays libéral ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170224-macron.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-le-dauphin-190247

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/03/01/34986779.html


 

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