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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 06:29

« Notre temps n’est pas celui de la quiétude et de l’insouciance. Il ne doit pas non plus être celui du cynisme ou du défaitisme. Nous devons nous confronter aux défis qui sont les nôtres sans rien céder à la peur et nous devons le faire en sachant qui nous sommes et d’où nous venons. » (Emmanuel Macron, à Orléans le 8 mai 2016).


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Depuis qu’il a lancé son mouvement "En Marche" le 6 avril 2016 à Amiens, un peu à la manière de Barack Obama, c’est-à-dire avec un modèle participatif sur Internet comme lors de la campagne des présidentielles américaines de 2008, le Ministre de l’Économie Emmanuel Macron ne cesse de faire la une des journaux sur tous ses faits et gestes. Il revendique aujourd'hui 50 000 adhésions à son mouvement mais, on se rappelle aussi au printemps 2007 la frénésie des dizaines de milliers d'adhésions au MoDem sur Internet à la suite de l'élection présidentielle qui avait placé François Bayrou en troisième position. Dernier épisode médiatique marquant, le jeudi 19 mai 2016 avec son appel aux dons pour financer sa campagne de communication.


Torpille contre le PS ?

En concurrence directe avec le Premier Ministre Manuel Valls (la principale victime du macronisme, finalement) qui peine à se faire entendre alors que les deux hommes ont le même cœur de cible, le social-libéralisme, Emmanuel Macron est parvenu jusqu’à maintenant à conserver la confiance du Président de la République François Hollande (qui l’a encore confirmée le 17 mai 2016 sur Europe 1) alors qu’il le défie directement dans la compétition présidentielle. Pourtant, des personnalités, comme Robert Badinter le 12 avril 2016, avaient estimé que l’animation d’un mouvement politique était peu compatible avec les fonctions gouvernementales (ce qu’avait rappelé aussi Alain Juppé).

François Hollande est cependant trop fin connaisseur de l’histoire politique pour croire un instant que la vague de sympathie dont jouit son ancien collaborateur (secrétaire général adjoint de l’Élysée) dans les sondages puisse se transformer en seulement quelques mois en votes sonnants et trébuchants dans les urnes.

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Les chouchous des sondages sont souvent susceptibles de s’assembler. Ainsi, le 11 avril 2016 sur LCI, Nicolas Hulot, soutenu par Daniel Cohn-Bendit (dans l’émission "On n’est pas couché" le 26 mars 2016) mais qui a une très faible crédibilité politique (sa campagne pour la primaire de EELV en juin 2011 fut un désastre en communication politique), a annoncé son intérêt pour la démarche d’Emmanuel Macron : « Il ne m’a pas échappé qu’on avait des convergences. Évidemment, on a commencé à discuter mais il faut aller au-delà. Parce qu’il faut écouter la société civile, que la division gauche droite ne doit pas être une condition au dialogue. ». Il avait cependant refusé de le rejoindre le 4 février 2016 au sein du gouvernement en boudant un super-ministère de l’Écologie que François Hollande lui avait spécialement réservé (et tant pis pour Ségolène Royal !).

Cependant, un "ticket Macron-Hulot" irait, dans son principe, à l’encontre des principes élémentaires de la Ve République puisqu’on élit une seule personne à l’élection présidentielle et pas deux. Gaston Defferre, en "ticket" avec Pierre Mendès France avait payé très cher cette erreur de conception le 1er juin 1969.

Depuis un mois et demi, les soutiens politiques arrivent au compte-gouttes : après le maire PS de Besançon Jean-Louis Fousseret ("L’Est Républicain" du 25 avril 2016) et la présidente PS du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, Marie-Guite Dufay (le 26 avril 2016), « extrêmement intéressée par la démarche », le sénateur-maire PS de Lyon, Gérard Collomb, a déclaré sur BFM-TV le 18 mai 2016 son adhésion au macronisme politique : « Je crois que les choses vont se faire naturellement. Si au mois de décembre, François Hollande est toujours dans les sondages autour de 14/15%, et que Emmanuel Macron est toujours aux alentours de 28/30%, évidemment qu’à un moment donné, il sera le candidat. Cela se fera naturellement. » (à ma connaissance, il n’y a eu aucun sondage attribuant 28% à Emmanuel Macron en intentions de vote au premier tour ! L’IFOP fin avril 2016 lui attribuait environ 20%).

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Selon le sénateur socialiste François Patriat, macroniste ("La Tribune" du 3 mai 2016), dix-sept sénateurs PS seraient intéressés par le mouvement d’Emmanuel Macron, dont l’ancienne ministre Nicole Bricq (qui n’a pas été conviée à la réunion de Stéphane Le Foll "Hé ho la gauche !" du 25 avril 2016). Parmi les députés socialistes, on peut citer aussi Pascal Terrasse, Richard Ferrand et l’ancien député Olivier Véran (le suppléant de l’ancienne ministre Geneviève Fioraso à Grenoble).

Emmanuel Macron, qui est également soutenu par Ségolène Royal qui avait tenté la même expérience cybernétique en 2006 avec ses "Désirs d’avenir", a même reçu un encouragement inattendu le 19 avril 2016 de la part de l’ancien Ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis : « Je l’aime beaucoup. (…) [Il est] le seul ministre français de l’administration de François Hollande qui semblait comprendre ce qui était en jeu au sein de la zone euro. (…) C’est quelqu’un d’honnête (…). C’est quelqu’un que je respecte. Je crois que c’est mutuel. » ("L’Opinion").


La fin de la préemption lepénienne de Jeanne d’Arc

Au-delà de ces ralliements qui, signalons-le, ne concernent que des élus socialistes désespérés par l’effondrement de leur "champion" dans les sondages, Emmanuel Macron tente de jalonner son parcours du combattant. Et l’étape la plus récente l’a amené à Orléans, sur l’invitation du député-maire LR Olivier Carré, aux fêtes johanniques, dans la ville de la "vivante énigme", selon l’expression de l’historien Jules Michelet qui a revisité Jeanne d’Arc à l'aune républicaine.



Jeanne d’Arc était l’une des héroïnes de l’histoire de France ranimée par la IIIe République avec Vercingétorix notamment pour créer un nouveau roman national. Elle a été préemptée pendant plus d’une trentaine d’années par Jean-Marie Le Pen qui d’ailleurs la célébrait avec une semaine d’avance pour faire concurrence aux manifestations syndicales du 1er mai et surtout, le cas échéant, organiser un grand rassemblement entre les deux tours d’une élection présidentielle lorsqu’elle avait lieu. Pour la première fois, d’ailleurs, Marine Le Pen a interdit cette année à son parti (le FN) de participer à une telle célébration, au point de demander l’exclusion de ceux qui avaient suivi Jean-Marie Le Pen ce 1er mai 2016 (en particulier Bruno Gollnisch).

Cette préemption ne provenait d’ailleurs pas de la récupération du FN mais de tous les autres partis ou responsables politiques qui n’osaient plus célébrer Jeanne d’Arc de peur d’être associés au FN. Emmanuel Macron a donc rompu avec cette préemption en n’hésitant pas à faire sa déclaration d’amour (à télécharger ici) à la Pucelle d’Orléans : « Nul ne peut l’enfermer ; tant l’ont pourtant convoquée ou récupérée. Ils l’ont trahie en ne la méritant pas. Ils l’ont trahie en la confisquant au profit de la division nationale. Manipulation des uns, mais aussi faiblesse des autres, car Jeanne d’Arc (…), [c’est] notre histoire commune. ».

Et de rappeler que les légendes servent le présent et pas le passé : « Les grandes figures de l’histoire ne nous parlent pas. Elles n’ont jamais cherché à nous envoyer un message. Nous seuls les faisons parler, nous seuls construisons leur légende et nous nous appuyons sur elles pour mieux nous comprendre. Il n’y a pas non plus d’hommes ou de femmes providentiels ; je n’y crois pas. Il n’y a que l’énergie du peuple et le courage de celles et ceux qui se jettent dans l’action. ».

Plus tard, il est revenu à ce sujet : « On ne peut rien réussir seul, (…) il ne suffit ni d’être aimé des gens ni de les aimer, mais (…) il faut leur faire confiance, croire dans les initiatives individuelles, dans le courage, dans le risque pris, dans notre jeunesse, dans chacun d’entre nous car l’énergie française, cette énergie de tous, c’est celle qui permet le sursaut aux moments les plus sombres. ». Un discours très "langue de bois" car quelle personnalité politique dirait le contraire ?

Le chroniqueur littéraire Marin de Viry a commenté le 11 mai 2016 : « Et d’ailleurs Emmanuel Macron a une expression intéressante, quand il dit que les grandes figures de l’histoire ne nous parlent pas, c’est nous qui leur parlons. Manière de dire que Jeanne est plastique, qu’elle peut incarner l’unité de la France en régime républicain et laïque. Malheureusement, non. Elle incarne la trilogie : la France, le Roi, et Dieu. Elle a déjà été brûlée, il est inutile de l’écarteler rétrospectivement en la faisant agnostique et républicaine. La République la célèbre parce qu’elle ne peut pas ne pas la célébrer. Mais elle sait qu’elle célèbre en même temps le roi et la religion. ».


Macron, nouvelle Jeanne d’Arc ?

Un peu cousu de fil blanc. Il n’a pas fait cette déclaration d’Orléans de manière très fine et subtile puisque, entre les lignes, il était difficile de ne pas deviner que ce qu’il disait de Jeanne d’Arc était en fait une sorte d’autodescriptif à usage autopromotionnel…  Il l’a fait aussi en associant le 8 mai au 9 mai, la fête de l’Europe : « En Europe comme en France, la tentation de céder aux facilités contemporaines, le risque de dislocation sont là. La Grande-Bretagne pourrait décider de quitter l’Europe alors que toute son histoire l’y inscrit, parce que d’aucuns seraient prêts à oublier la construction inédite de paix et de liberté qu’est notre continent. ».

Ainsi, l’histoire de Jeanne d’Arc se confondrait un peu avec celle de… Emmanuel Macron : « Au commencement, (…) elle se fond dans la multitude, dans cette masse d’anonymes (…). Mais elle sent déjà en elle, dès l’enfance, une liberté qui sommeille, un désir irrépressible de justice. Elle sait qu’elle n’est pas née pour vivre, mais pour tenter l’impossible. Comme une flèche, sa trajectoire est nette. Jeanne fend le système. ».

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C’était si lisible qu’Emmanuel Macron a même parlé de sa nomination à l’Élysée puis au gouvernement : « Jeanne est bergère, mais elle se fraie un chemin jusqu’au roi. (…) Jeanne n’est personne, mais elle porte sur ses épaules la volonté de progrès et de justice de tout un peuple. ».

Et aussi de son éventuelle candidature à l’élection présidentielle de 2017 : « Elle était un rêve fou, elle s’impose comme une évidence. ». Cela fait résonance aux propos de Gérard Collomb : « Cela se fera naturellement. » (18 mai 2016) !

Analogie gaullienne aussi : « Jeanne libère Orléans. Le 8 mai, le siège est levé et la ville est délivrée. Le 8 mai 1945, comme en écho, le pays sera libéré du joug de l’occupant, parce que le Général De Gaulle et quelques-uns avaient tôt cru que l’énergie du peuple valait mieux que la défaite et la soumission. ».

Comparaison avec Jeanne d’Arc, comparaison avec De Gaulle, c’est devenu alors très clair chez Emmanuel Macron : « Cette même énergie, je la sens, là, parmi vous, aujourd’hui. ».


Réconcilier les Français

Emmanuel Macron rassembleur : « Jeanne naît dans une France déchirée, coupée en deux (…). Elle a su rassembler la France pour la défendre dans un mouvement que rien n’imposait (…). Elle a rassemblé des soldats de toutes origines et alors même que la France n’y croyait pas, se divisait contre elle-même, Jeanne a eu l’intuition de son unité, de son rassemblement. ».

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Si la ficelle était un peu grosse, Emmanuel Macron n’en a pas pour autant moins raison dans sa volonté d’en finir avec des clivages artificiels : « La France réussira si elle parvient à réconcilier les France, celle qui aime le cours du monde et celle qui le craint, celle qui croit en elle et celle qui doute. Il ne s’agit pas de forger une unité factice qui nierait nos différences. Mais une réconciliation qui trace un chemin qui nous est commun pour que la France continue d’embrasser son destin. ».

Cet objectif aurait dû être celui de tous les Présidents de la République, garants des institutions. Valéry Giscard d’Estaing voulait, durant son premier septennat, l’atteindre mais s’est retrouvé pris en tenaille entre un RPR avide de pouvoir et un PS trop occupé dans son union de la gauche. François Mitterrand et Nicolas Sarkozy n’ont jamais voulu cette réconciliation malgré les tentatives de débauchages individuels auxquelles ils ont procédé en 1988 et en 2007. Jacques Chirac, réélu le 5 mai 2002 avec plus de 82%, a raté l’occasion historique de réaliser cette unité nationale. Quant à François Hollande, il n’a jamais que raisonné en voulant seulement faire la synthèse au sein de son parti socialiste divisé et déchiré qui ne représente pas la France.

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Après De Gaulle, cet objectif a été porté par d’autres avant Emmanuel Macron. Outre Valéry Giscard d’Estaing, on pourrait évidemment citer Pierre Mendès France, Raymond Barre, Jacques Delors, Michel Rocard, François Bayrou, Jean-Pierre Raffarin et peut-être même, si l’on en croit son début de campagne, Alain Juppé. C’est la condition minimale pour le redressement de la France, la faire se réconcilier avec elle-même et Emmanuel Macron l’a très bien compris.


S’inscrire dans l’histoire…

Reprenant à son compte l’héritage de Victor Hugo, Léon Gambetta, Jean Jaurès, Charles Péguy et Jean Zay, Emmanuel Macron s’est voulu le défenseur de l’esprit républicain : « Notre République ne commence pas avec la République ; elle commence bien avant ; elle s’ancre dans cette histoire millénaire avec laquelle nous devons savoir renouer (…). [Jeanne d’Arc] contribue à forger cette identité française. (…) Ce n’est pas non plus une identité fixe ou fermée car elle s’accomplit dans la France, elle s’accomplit dans l’Europe. (…) C’est un projet fou, au fond, forgé sur une culture et recherchant l’universel, exigeant et généreux. (…) Ne jamais subir, peser sur le destin du monde, c’est ce qui fait que les Français sont eux-mêmes et que la France restera elle-même. ».

L’histoire des élections présidentielles et les mécanismes qui les sous-tendent, en particulier sur la nécessité de financer une campagne électorale coûteuse, et donc la nécessité d’avoir à son service un grand parti fort, organisé, structuré, dévoué et combatif, laissent très peu de chance à Emmanuel Macron de réussir son obamisation en 2017. Tout comme Ségolène Royal, ancienne "petite" secrétaire d’État, n’était pas parvenue à atteindre le graal de toute carrière politique qui se respecte… mais la France bouge peut-être beaucoup plus qu’on ne le croit ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 mai 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours d’Emmanuel Macron le 8 mai 2016 à Orléans (à télécharger).
La vivante énigme d’Emmanuel Macron.
Le saut de l'ange.
La Charte de En Marche (à télécharger).
Emmanuel Macron à "Des paroles et des actes" (12 mars 2015).
La loi Macron.
François Hollande.
Manuel Valls.
Alain Juppé.
François Bayrou.
Le Centre aujourd’hui.
Casser le clivage gauche/droite.
Paul Ricœur.
La France est-elle un pays libéral ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160412-macron-D.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-et-sa-vivante-181150

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/05/25/33654815.html


 

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