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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 05:39

« Plus l’homme acquiert de la puissance, plus il devient vulnérable. Ce qu’il doit le plus redouter, c’est le moment où, la création entièrement jugulée, il fêtera son triomphe, apothéose fatale, victoire à laquelle il ne survivra pas. Le plus probable est qu’il disparaîtra avant d’avoir réalisé toutes ses ambitions. » (Cioran). La dynamite Macron, deuxième partie.



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Je reviens sur mon article sur la "dynamite Macron". Entre-temps, Benoît Hamon a été désigné comme candidat du PS à l’élection présidentielle et de nombreux élus socialistes, proches de Manuel Valls, sont sur le point de rejoindre Emmanuel Macron. Les responsables d’En Marche ont même revendiqué 3 000 adhésions supplémentaires rien que pour la première journée qui a suivi la primaire socialiste. De son côté, Emmanuel Macron continue sa percée dans les sondages et serait même qualifié pour le second tour.


Passons maintenant la candidature d’Emmanuel Macron au peigne fin, selon ses forces et ses faiblesses, sans prétendre, bien sûr, à l’exhaustivité.


4. Forces

4.1. Un mouvement bien structuré

Son mouvement En Marche a revendiqué, au 8 février 2017, le nombre de 186 554 adhérents (130 149 au 1er janvier 2017 ; 173 364 au 1er février 2017) et la création, depuis plusieurs mois, d'environ 3 000 comités locaux, non seulement en France mais aussi à l’étranger (500 adhérents au Maroc, par exemple). Par comparaison, le PS aurait environ 80 000 adhérents à jour de cotisation. Il faut certes rappeler qu’une adhésion à En Marche, c’est juste un clic et c’est gratuit. Et c'est non exclusif, cela veut dire qu'on peut rester membre d'un autre parti.

Autre comparaison : plus de 10 000 personnes, parfois venues de loin (à leurs frais), étaient présentes au premier grand meeting de campagne d’Emmanuel Macron le 10 décembre 2016 à la Porte de Versailles de Paris (environ 12 000 personnes). C’est moins que le meeting de François Fillon à la Villette le 29 janvier 2017. Mais sept jours avant le meeting d’Emmanuel Macron, le PS avait réuni seulement environ 2 000 personnes à la convention de la Belle Alliance populaire, le 3 décembre 2016 à la Villette à Paris, pour un objectif de 5 000 personnes avec aide aux transports...

Les meetings à Lille le 14 janvier 2017 et à Quimper le 16 janvier 2017 ont réuni aussi beaucoup de monde, respectivement environ 4 500 et 2 500 personnes, là où certains grands candidats à la primaire socialiste ont eu du mal à réunir quelques centaines de personnes.

La mobilisation d’environ 2 millions de votants à la primaire socialiste du 29 janvier 2017 a apporté évidemment un bémol à ces comparaisons : "l’effet primaire" amplifie la capacité à se mobiliser, et la popularité de Benoît Hamon s'envole.


4.2. L’écoute

Le point fort du candidat Emmanuel Macron, c’est l’écoute. L’écoute de ses adhérents, au moyen de sondages, de questionnaires, d’encouragements à la réflexion, de réunions locales. C’est sans doute la raison principale de l’engouement pour sa candidature, l’écoute. Les Français ont besoin d’être écoutés. C’est la révolution numérique qui veut que tout ne vienne plus seulement d’en-haut. Il faut qu’il y ait un dialogue de la base vers les décideurs.

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Cela peut aboutir à quelques excès. Par exemple, à propos du meeting de la Porte de Versailles à Paris du 10 décembre 2016, il était plus facile de retrouver sur Internet le sondage auprès des participants sur leurs impressions (ce qui, politiquement, n’a aucun intérêt, seulement pour l’équipe de campagne), que le texte même du discours.

Le site Internet d’En Marche est très intéractif, et j’aurais presque tendance à dire, trop interactif. On l’a trop l’impression que la forme l’emporte sur le fond, que le contenant est plus important que le contenu. L’agence de communication recrutée est particulièrement efficace.

Le risque d’une trop grande écoute, c’est qu’elle comble un grand vide de contenu. Une absence de vision. Une absence de projet. En quelques sortes, Emmanuel Macron a joué avec les mêmes facilités que Jean-Marie Le Pen lors de sa première (grande) campagne présidentielle, en 1988, où l’on pouvait lire en gros sur des affiches : « Mon programme, c’est le vôtre ! ». Ainsi, il ne se foulait pas beaucoup et caressait dans le sens du poil par une forte imprécision et ambiguïté. Un flou qui peut créer des malentendus.


4.3. La pensée positive

Comme l’a fait remarquer Renaud Dély le 18 janvier 2017 sur LCI, les discours d’Emmanuel Macron sont positifs et optimistes. C’est réjouissant. Ils ne sont pas dans une sorte de déclinisme ambiant qu’on peut retrouver avec Manuel Valls (nous sommes en guerre), François Fillon (nous sommes en faillite) ou encore Marine Le Pen (nous ne sommes plus français). Les personnes positives sont toujours considérées avec sympathie.


4.4. Attrape-tout et usine de recyclage

Le contexte politique donne à Emmanuel Macron un véritable boulevard et il a su saisir l’opportunité de préempter le positionnement très ancien de François Bayrou. Certes, les vagues successives de ralliements peuvent avoir un arrière-goût de panique et d’opportunisme.

Il faut en distinguer deux origines.

La première est socialiste. C’est le sauve-qui-peut qui s’est amplifié avec la désignation de Benoît Hamon à la primaire socialiste. Emmanuel Macron reprend malgré lui le flambeau du hollandisme révolutionnaire ou du vallsisme combatif.

Dès le 11 décembre 2016, Ségolène Royal, dont l’inimitié avec Manuel Valls est assez connue, laissait entendre sa grande sympathie pour Emmanuel Macron. Même Jean-Marc Ayrault, le 15 janvier 2017, voyait en Emmanuel Macron un "homme de gauche" que les socialistes donc pourraient soutenir, le cas échéant.

Ce sont souvent des élus locaux, des adjoints au maire, des maires, des députés, des sénateurs, des conseillers départementaux, des conseillers régionaux "d’origine socialiste" qui petit à petit rejoignent la campagne d’Emmanuel Macron. Il y a là un véritable piège, celui d’être une machine de recyclage du socialisme désuet.

La seconde origine, c’est la droite ou la "société civile", expression assez détestable pour parler des personnalités non politiques mais ayant une influence dans le monde économique, culturel, médiatique. Parmi ces derniers, on peut évoquer Alain Minc, Pierre Bergé, mais aussi, pour les anciens ministres de "l'autre bord", Anne-Marie Idrac, Jean-Paul Delevoye, Renaud Dutreil, Serge Lepeltier, Jean Arthuis. Concrètement, et sans offenser aucune de ces personnalités, la plupart de ces personnes sont plutôt des "has been". Bref, à part quelques rares cas, leur avenir est derrière elles, et elles se raccrochent à un nouveau train en marche (grâce aux sondages).

Il suffit de voir qui décide réellement au sein d’En Marche et là, il n’y a pas d’ambiguïté : ce sont des parlementaires toujours socialistes. Avec une exception, puisque c'est Jean-Paul Delevoye qui est chargé de l'investiture des candidats En Marche aux élections législatives de juin 2017 (sous la houlette d'Emmanuel Macron lui-même).


4.5. Renouvellement

Avec Emmanuel Macron, Manuel Valls a vieilli de vingt ans ! L’ancien maire d’Évry qui voulait se montrer comme le jeune du renouvellement socialiste a pris non seulement des rides à cause d’Emmanuel Macron mais aussi à cause de ses autres concurrents de la primaire socialiste qui sont de la même génération, voire plus jeunes que lui.

La désignation de Benoît Hamon montre que le besoin de renouvellement est important. Le changement de génération. Les mélenchonistes parlent de "dégagisme" en oubliant que Jean-Luc Mélenchon a lui aussi l’âge de prendre sa retraite et de laisser à d’autres le soin de défendre ses idées (il m’a semblé qu’il ne voulait pas la retraite à 65 ans mais à 60 ans ! quel âge a-t-il ?).

Néanmoins, la réalité du renouvellement chez Emmanuel Macron prête à confusion. Lui, c’est sûr, est une tête nouvelle et il était quasiment inconnu des Français en été 2014, et quasiment inconnu du monde politique avant 2011. Les plus attentifs ont pu s’apercevoir qu’il avait travaillé pour Jacques Attali dans sa commission nommée par Nicolas Sarkozy pour renforcer la croissance économique.

La question est de savoir si une armée de bras cassés, d’anciens responsables politiques en mal de rebondissements et d’élus inquiets pour leur réélection correspond bien à la définition du renouvellement.

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À l’évidence, beaucoup des adhérents d’En Marche n’ont jamais fait de politique, comme ce fut le cas lors de la vague d’adhésions au MoDem en 2007 et 2008. Ceux qui n’étaient pas politiques sont repartis assez rapidement après y être venus, déçus par ce qu’est finalement la vie politique.

Car c’est bien de cela qu’il faut parler : Emmanuel Macron n’a rien innové en termes de démarche politique. Certes, il n’est pas dans un parti existant, il a créé son propre parti, mais avec les mêmes fonctionnements, ou dysfonctionnements. Les investitures aux élections législatives ne seront décidées que par le seul Emmanuel Macron tandis que les partis traditionnels (LR et PS) ont commencé à démocratiser leurs procédures de candidature (avec des mini-primaires localement).

Il n’y a rien de nouveau à redécouvrir le fonctionnement des partis politiques tel qu’il l’était dans les années 1970.


4.6. Sur l’école

À force d’écouter les gens, on peut faire quelques propositions intéressantes. Si les propositions économiques n’éblouissent pas par leur originalité et nouveauté, celles sur l’école sont plus volontaristes. En effet, Emmanuel Macron considère que les classes cruciales sont au début de l’école primaire où l’acquisition des bases est essentielle.

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Il propose donc que les classes soient dédoublées pour que les enseignants soient plus proches de leurs élèves, puissent mieux s’adapter à leur niveau, et mieux réagir à leurs difficultés : « Investir massivement dans les écoles maternelle et primaire, notamment dans les réseaux d’éducation prioritaire, par exemple en divisant par deux, dans ces zones, la taille des classes de CP. ».


5. L’extraction du sable de Lannion…

Emmanuel Macron n’a pas que des forces. Il a aussi quelques faiblesses qui passent étrangement inaperçues dans le filtre des médias (peut-être à la manière de Donald Trump). Avant de consacrer le prochain article sur les principales faiblesses de la candidature d’Emmanuel Macron, je présente ici une "inexactitude" (pour ne pas dire plus) sortie de la bouche d’Emmanuel Macron interviewé par France 3 Bretagne le 16 janvier 2017 dans le cadre de son déplacement à Quimper.

Interrogé sur le désastre écologique que représenterait l’extraction du sable de la baie de Lannion, l’ancien ministre a répondu : « Je ne l’ai pas autorisée. Si j’avais suivi strictement la loi quand j’étais arrivé ministre, j’aurais donné l’autorisation immédiatement. ». Or, ces paroles sont factuellement inexactes.

En effet, Emmanuel Macron, en tant que Ministre de l’Économie, a signé le 14 septembre 2015 un décret dont l’article 1 est très clair : « Il est accordé à la société Compagnie armoricaine de navigation la concession de sables calcaires coquilliers dite "concession de la Pointe d’Armor", portant sur les fonds marins du domaine public maritime au large des départements du Finistère et des Côtes-d’Armor. ».

Son article 3 donne la précision que cette concession dure quinze ans (à partir du 16 septembre 2015) et que le volume maximal d’extraction est de 250 000 mètres cube par an. Enfin, renforçant la responsabilité du ministre, l’article 8 déclare (banalement) : « Le Ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique est chargé de l’exécution du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la République française. ».

Sans m’étendre ses les dégâts écologiques que provoquerait l’extraction de ce sable très particulier, l’ancien ministre Emmanuel Macron a refusé d’endosser la responsabilité qui était pourtant la sienne dans cette affaire… tout comme il refuse d’endosser la responsabilité du désastre économique qu’a représenté ce quinquennat alors qu’il fut le conseiller économique puis le propre ministre de François Hollande, et à ces titres, à l’origine de toutes les initiatives présidentielles sur le plan économique…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 février 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron va-t-il dynamiter la présidentielle 2017 ? 
Programme d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Emmanuel Macron est-il de gauche ?
François Bayrou.
Bernard Cazeneuve.
Benoît Hamon.
François Fillon.
Primaire socialiste de janvier 2017.
Les investissements productifs.
La France archaïque.
Et si… ?
L’élection présidentielle en début janvier 2017.
Ramasse-miettes du système politique français.
JJSS, un Macron des années 1970.
Le Centre aujourd’hui.
Manuel Valls.
François Hollande.
Une colombe dans un nid de crocodiles.
Hollande démacronisé.
Michel Rocard.
Populismes.
Mystère ou Mirage Macron ?
Discours d’Emmanuel Macron le 8 mai 2016 à Orléans (à télécharger).
La vivante énigme d’Emmanuel Macron.
Le saut de l'ange.
La Charte de En Marche (à télécharger).
Emmanuel Macron à "Des paroles et des actes" (12 mars 2015).
La loi Macron.
Casser le clivage gauche/droite.
Paul Ricœur.
La France est-elle un pays libéral ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161210-macron-2.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-va-t-il-dynamiter-189212

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/02/15/34817653.html

 

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