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11 mai 2019 6 11 /05 /mai /2019 03:31

« Il coche beaucoup de cases. Il parle à tout le monde, des conservateurs aux écolos. Il a acquis une stature de quasi-chef d’État en menant la négociation du Brexit. C’est le mieux placé. » (Source proche de LREM, citée par Public Sénat le 12 avril 2019).



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L’année dernière, dans un article de George Parker et Alex Barker paru dans "Le Nouvelle Économiste" le 26 mars 2018, en pleines négociations du Brexit, il était écrit de façon explicite : « Michel Barnier a lui aussi besoin (…) d’un accord cet automne, pour l’aider à obtenir le job qu’il convoite depuis longtemps. Ce n’est un secret pour personne que Michel Barnier espère devenir le prochain Président de la Commission Européenne. Un échec des négociations serait dommageable économiquement pour les deux parties, et détruirait ses espoirs d’achever sa propre carrière sur des sommets inespérés. ».

Depuis le 1er octobre 2016, Michel Barnier est en effet le "négociateur en chef chargé de la préparation et de la conduite des négociations avec le Royaume-Uni" en vue du Brexit. Ce poste, sans équivalent dans l’histoire européenne, est un rôle clef dans la période actuelle où le Brexit occupe principalement les esprits. Cela nécessite beaucoup de diplomatie et de contacts avec les vingt-sept gouvernements nationaux de l’Union Européenne qui doivent trouver un consensus sur la manière dont le Royaume-Uni aura à sortir.

Apprenant que la Premier Ministre britannique Theresa May voulait que son pays quittât l’union douanière et ne soit plus jamais lié par la Cour de Justice de l’Union Européenne, Michel Barnier a donné une règle très ferme dans les négociations, exprimée devant les députés européens le 13 mars 2018 à Strasbourg : « Nous en prenons acte. Mais alors il faut se rendre à l’évidence. On ne peut pas vouloir à la fois le statut d’un pays tiers et demander en même temps des avantages appartenant à l’Union et uniquement à l’Union (…). On ne peut pas, on ne pourra pas utiliser le marché intérieur à la carte (…), alors qu’il constitue un écosystème intégré et que les quatre libertés, y inclus la liberté de circulation, sont indivisibles et indissociables. On ne peut pas vouloir participer à nos agences sans l’engagement juridique d’adopter et d’appliquer le droit de l’Union et la juridiction de la Cour de Justice. On ne peut pas, on ne pourra pas solliciter de l’extérieur la reconnaissance mutuelle des règles et des standards, alors que cela ne peut reposer que sur la confiance, c’est-à-dire une loi commune, une supervision cohérente et une juridiction unique. ».

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Et d’ajouter : « Le Royaume-Uni choisit de quitter l’Union, choisit de quitter le marché unique et l’union douanière. Nous en prenons acte. Est-ce qu’il veut aussi quitter ou s’éloigner de notre modèle réglementaire ? Celui-là même que nous avons construit patiemment ensemble avec vous et vous avec nous depuis quarante-quatre ans. Un modèle réglementaire qui n’est pas seulement une question de normes, de standards ou de lois. Derrière lequel il y a en fait des choix de société que nous avons faits ensemble. L’économie sociale de marché, la protection sociale, la sécurité et un certain modèle alimentaire, la régulation financière. Je pourrais citer d’autres exemples de ces choix de société communs que nous avons faits à Vingt-huit et qui sont traduits, consolidés par ce modèle réglementaire. Et cette question est très importante. Est-ce que le Royaume-Uni veut aussi s’éloigner de ce modèle-là que nous avons fait avec lui et s’engager dans la voie de la compétition réglementaire, voire du dumping contre nous ? ».

Désigné par Jean-Claude Juncker qui a toujours dit qu’il ne ferait qu’un mandat à la tête de la Commission, Michel Barnier fait ainsi figure, avant l’heure, de dauphin. Michel Barnier n’est pourtant candidat à rien. Ancien membre de l’UMP, vice-président du PPE (Parti populaire européen, le parti dont sont affiliés tant LR que la CDU allemande), premier parti du Parlement Européen et qui devrait le rester encore selon les projections des sondeurs pour les élections européennes prochaines, ayant une solide expérience européenne (je présente son cursus plus loin), il a postulé pour la fonction en 2014, sans succès.

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Avant 2014, le Président de la Commission Européenne est une personnalité nommée à l’unanimité par le Conseil Européen (l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement de l’Union Européenne) pour un mandat de cinq ans, éventuellement reconductible une fois. Mais en 2014, première vraie application du Traité de Lisbonne, le Parlement Européen, présidé par le social-démocrate allemand Martin Schulz, a voulu prendre le pouvoir.

Certes, dans les textes, le Conseil Européen continue de nommer le Président de la Commission Européenne, mais les élections de mai 2014 ont eu lieu avec une nouvelle règle non écrite et acceptée par les principaux partis politiques européens (PPE, PSE, ADLE, etc.) : le Président de la Commission Européenne devra être la tête de la liste du parti ayant obtenu le plus de députés européens à l’issue des élections.

La Commission Européenne est une sorte de gouvernement européen. À l’origine, ce n’était qu’une sorte d’agence technocratique visant à appliquer les décisions du Conseil Européen. Au fil des décennies, elle est devenue une véritable puissance d’initiative des directives (les lois européennes), en particulier par l’incarnation de Jacques Delors, au point que les reproches de manque de démocratie sont évidemment justifiés : une instance décisionnelle désignée à deux niveaux par des gouvernements certes légitimes, mais sans l’aval direct des citoyens européens a de quoi étonner sinon inquiéter.

Dans la réalité, pas une seule décision de la Commission Européenne n’a pas été une décision prise par le Conseil Européen, c’est-à-dire par les nations. Pas de décision supranationale, elles sont le résultat de l’accord des États membres, mais l’impopularité de certaines décisions a fait que les gouvernements nationaux ont rarement défendu ce qu’ils avaient pourtant approuvé voire initié à Bruxelles, dans une sorte de schizophrénie institutionnelle qui, par démagogie, leur permettait de ne pas assumer leur responsabilité politique : "Ce n’est pas nous, c’est Bruxelles !". Cet abandon de responsabilité est l’une des causes majeures du climat eurosceptique des dix dernières années.

Pour affronter cette critique et y remédier, les partis européens ont ainsi accepté en 2014 le principe d’un Président de la Commission Européenne qui soit élu par les électeurs européens, selon le principe classique d’une démocratie au régime parlementaire.

Insistons d’ailleurs sur le paradoxe : ce sont les plus europhobes qui fustigent le manque de démocratie des institutions (et ils n’ont pas tort même s’il y a eu des progrès depuis le Traité de Rome, notamment il y a quarante ans avec l’élection des députés européens au suffrage universel direct), mais ce sont les mêmes europhobes qui s’opposent à toute avancée démocratique en ce domaine : ce sont eux qui s’étaient opposés à l’élection directe du Parlement Européen en 1979, ce sont eux qui s’opposeraient à l’élection directe du Président de la Commission Européenne si d’aventure elle venait à être proposée. Pourquoi ? Parce qu’une telle élection directe serait l’avancée inéluctable vers une véritable Europe supranationale qu’elle n’a encore jamais été. L’Europe actuelle est une Europe des nations, et c’est pour cette raison qu’elle a un déficit de démocratie.

Ainsi, au sein du PPE, Michel Barnier, chef de file LR en France pour les élections européennes du 25 mai 2014, souhaitait être le chef de file du PPE pour ces élections. En allemand, il y a un mot désormais utilisé même en français pour désigner ce rôle : "Spitzenkandidat". Or, dans le groupe du PPE au Parlement Européen, les députés allemands de la CDU sont très influents par leur nombre (représentation de l’Allemagne, premier pays en population, et part de la CDU dans l’électorat allemand), si bien qu’ils peuvent faire la pluie et le beau temps.

Forte de cette influence allemande, la Chancelière allemande Angela Merkel, présidente de la CDU, alliée au PP espagnol, a refusé la candidature de Michel Barnier et a encouragé la candidature de Jean-Claude Juncker, qui fut longtemps le Président de l’Eurogroupe (du 1er janvier 2005 au 21 janvier 2013) en tant que Premier Ministre du Luxembourg. Ce dernier fut donc finalement désigné "Spitzenkandidat" pour le PPE, face à d’autres "Spitzenkandidats" (je mets le pluriel en français), Martin Schulz pour les sociaux-démocrates, Guy Verhofstadt pour les centristes (démocrates libéraux) et l’actuel Premier Ministre grec Alexis Tsipras pour la gauche dite radicale.

Ces leaders ont pour la premier fois débattu publiquement ensemble à la télévision (y compris à la télévision française le 15 mai 2014). Le PPE ayant gagné les élections européennes, le 15 juillet 2014, Jean-Claude Juncker fut ainsi "élu" le 15 juillet 2014 par le Parlement Européen à la tête de la Commission Européenne. Son mandat a commencé le 1er novembre 2014. Évincé par le PPE, Michel Barnier avait alors renoncé à se présenter aux élections européennes de mai 2014, laissant le leadership de l’UMP à Alain Lamassoure.

En fait, plus qu’une investiture, il s’agissait d’un vote de ratification par les parlementaires du choix du Conseil Européen (du choix donc des chefs d’État et de gouvernement). Cette ratification est l’une des grandes avancées du Traité de Lisbonne et là encore, il y a un paradoxe à fustiger le manque de démocratie et à s’opposer au Traité de Lisbonne qui donne au contraire plus de pouvoir aux instances élues démocratiquement. C’est vrai que la démagogie ne se soucie pas de cohérence.

La situation de 2019 est cependant très différente. Entre-temps, il y a eu le Brexit, Angela Merkel est passablement diminuée sur le plan politique, en particulier, elle n’est plus présidente de la CDU (c’est AKK qui lui a succédé) et elle n’est plus qu’une Chancelière en sursis, et surtout, Emmanuel Macron a été élu Président de la République française.

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Or, Emmanuel Macron, déjà très réticent sur le principe du "Spitzenkandidat", veut redonner plus de pouvoirs à la France et a compris qu’il est le seul capable de prendre le leadership de l’Europe : les autres grands pays sont en grande difficulté intérieure (Allemagne, fin de règne ; Espagne, gouvernement ultra-minoritaire ; Italie, gouvernement eurosceptique ; Royaume-Uni, en instance de séparation ; Pologne, gouvernement "illibéral" ; etc.).

Ses initiatives pour relancer la construction européenne sont pour l’instant restées lettres mortes (discours de la Sorbonne le 26 septembre 2017, lettre aux citoyens européens le 4 mars 2019). Il entend bien faire de la période 2019-2024 une période qui sortirait de l’enlisement et de l’immobilisme qui a caractérisé la dernière décennie qui s’est achevée par le Brexit. Or, le poste le plus adapté pour "relancer l’avenir", disons-le comme cela, c’est bien la Présidence de la Commission Européenne, comme l’avait fait, en son temps, en 1985, Jacques Delors (Acte unique européen, Traité de Maastricht, Espace de Schengen, Erasmus, etc.).

De plus, cela fait longtemps que la France n’a pas obtenu un poste majeur au sein des institutions communautaires. Il y en a quatre. Aucun Français n’a été Président du Conseil Européen (fonction très récente). Un Français a été gouverneur (président) de la Banque centrale européenne (fonction récente) : Jean-Claude Trichet (2003-2011). Deux Français ont été Présidents de la Commission Européennne : Françoix-Xavier Ortoli (1973-1977) et Jacques Delors (1985-1995). Enfin, six Français ont été Présidents du Parlement Européen : Robert Schuman (1958-1960), Alain Poher (1966-1969), Georges Spénale (1975-1977), Simone Veil (1979-1982), Pierre Pflimlin (1984-1987) et Nicole Fontaine (1999-2002). L’ancien ministre giscardien Alain Lamassoure avait cru en ses chances de succéder à Martin Schulz le 17 janvier 2017, mais le groupe PPE lui a préféré l’Italien Antonio Tajani.

Parce qu’il était en pleines négociations sur le Brexit, Michel Barnier pouvait difficilement mener campagne en France en même temps, ce qui a fait qu’il n’a pas voulu être chef de file de LR en France pour les élections européennes, d’autant plus qu’il n’apprécie pas vraiment les positions eurosceptiques de Laurent Wauquiez, président de LR. En revanche, il est totalement macron-compatible, d’autant plus que LREM ne peut pas prétendre à occuper la Présidence du Parlement Européen dans la mesure où ce parti ne s’inscrit que très artificiellement dans le paysage politique européen (a priori, les futurs élus de la liste LREM devraient s’inscrire au groupe centriste ADLE, ce qui a été une condition déterminante pour la participation des radicaux à cette liste).

Parallèlement, le PPE a déjà choisi son "Spitzenkandidat" pour 2019, au cours de son congrès le 8 novembre 2018 à Helsinki, avec le soutien de Viktor Orban, Sebastian Kurz et Laurent Wauquiez. Il s’agit d’un Allemand (Bavarois) pas très consensuel et certainement peu apprécié à gauche, assez jeune (46 ans) et surtout inexpérimenté dans les fonctions exécutives, Manfred Weber (élu avec 492 voix sur 619 face au Finlandais Alexander Stubb).

Président du groupe PPE au Parlement Européen depuis 2014 (il a succédé au Français Joseph Daul), Manfred Weber a déclaré le 7 novembre 2018 : « Il m’apparaît clair que nous devons trouver des réponses communes dans la gestion des affaires externes en passant d’un mécanisme de décision à l’unanimité à un mécanisme de majorité qualifiée. Et à l’intérieur, nous devons trouver des réponses au populisme et au nationalisme, et pour moi, la réponse est que nous devons nous reconnecter avec les gens, avec leurs préoccupations, prendre en compte leurs craintes et y apporter des réponses. ».

Poussé par Angela Merkel, Manfred Weber n’a pas forcément la vocation à être Président de la Commission Européenne mais il pourrait servir de "monnaie d’échange" pour obtenir le très stratégique poste de gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE). Cela, c’est la spéculation d’un proche d’Emmanuel Macron cité par "Public Sénat" le 12 avril 2019. Le mandat de l’actuel gouverneur, Mario Draghi, s’achève le 1er novembre 2019.

Or Michel Barnier, officiellement candidat à rien, serait la personnalité idéale pour succéder à Jean-Claude Juncker, dont le mandat s’achève aussi le 1er novembre 2019, au lendemain de l’échéance du Brexit fixée au 31 octobre 2019 lors du Conseil Européen du 10 avril 2019 (cette date de report du Brexit n’a donc pas été prise par hasard). En effet, il serait un excellent candidat de compromis entre les différentes tendances non seulement du PPE mais plus généralement des groupes politiques au sein du Parlement Européen. Tout se décidera au Conseil Européen des 20 et 21 juin 2019.

L’un des rares journalistes français à très bien connaître les affaires européennes, Jean Quatremer, correspond à Bruxelles de "Libération", a publié un article le 17 décembre 2017 titré : "Michel Barnier, futur Président de la Commission Européenne ?" et qui le conclut ainsi : « Le chef de l’État [Emmanuel Macron] veut un Français à la tête de l’exécutif communautaire, mais il sait que cela ne sera pas une personnalité étiquetée La République en marche, puisque ce parti n’appartient à aucune famille politique. Cela ne peut donc être qu’un conservateur Macron-compatible, acceptable par les Allemands, et Barnier correspond parfaitement à ce portrait. ». Interviewée dans "Le Parisien" du 9 avril 2019, la tête de liste LREM Nathalie Loiseau a confirmé : « Mon rêve serait d’avoir un Président de la Commission français. ». En s’excluant d’elle-même d’une possible candidature, car elle ne se considère pas encore assez politique.

D’ailleurs, Michel Barnier a même déjà exposé ce qui pourrait être son programme d’action le 21 janvier 2019 à la Sorbonne, ce qui n’est pas une coïncidence, sur les pas d’Emmanuel Macron, en défendant le même concept de "souveraineté européenne" qui « ne se substitue pas à la souveraineté nationale [mais] la démultiplie, l’amplifie ». Selon Michel Barnier, quatre grands domaines de souveraineté européenne sont encore à construire : la diplomatie européenne et la défense européenne, le numérique, l’économie et la monnaie, enfin, l’écologie. Il a proposé notamment une vision commune des relations avec l’Afrique, rappelant que l’Europe fournit la plus grande aide au développement (75 milliards d’euros en 2017) sans que cette politique soit réellement portée.

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Parmi les "Spitzenkandidats", face à Manfred Weber, les sociaux-démocrates européens ont choisi le Néerlandais Frans Timmermans, actuel Premier Vice-Président de la Commission Européenne. Rien n’est joué sur l’hypothèse Michel Barnier à la Présidence de la Commission Européenne car le maintien provisoire éventuel du Royaume-Uni dans l’Union Européenne renforcerait le groupe des sociaux-démocrates et donc, modifierait les équilibres politiques au sein du Parlement Européen.

Cependant, Michel Barnier, originaire de LR, pourrait faire consensus en France car il serait non seulement soutenu par LREM mais également par les centristes voire les écologistes si l’on en juge par les déclarations récentes de leur tête de liste respectif. Ainsi, Jean-Christophe Lagarde, tête de liste UDI, approuve : « S’il avait l’idée d’être candidat, ce serait une très bonne idée pour la France et pour l’Europe. ». Quant à Yannick Jadot, tête de la liste EELV, il l’apprécie : « Il a démontré sa compétence. Il est droit. ». Ces deux déclarations sont citées par Public Sénat le 12 avril 2019 (dans un article de Jérémy Marot).

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Revenons au parcours de Michel Barnier, l’un des douze Rénovateurs de l’opposition il y a juste trente ans, en avril 1989, pour pousser à la retraite les deux rivaux de la droite modérée de l’époque : Jacques Chirac, président du RPR (1976-1995), et Valéry Giscard d’Estaing, président de l’UDF (1988-1996). Comme d’autres, il fut un jeune espoir qui a eu beaucoup de mandats politiques très jeune.

Né le 9 janvier 1951 à La Tronche (c’est l’hôpital universitaire de Grenoble), passionné de politique, engagé chez les jeunes gaullistes de l’UJP, diplômé de Sup de Co Paris (dans la même promo que Jean-Pierre Raffarin, celle de 1972), il fut élu député de Savoie à l’âge de 27 ans, en mars 1978, mais son premier mandat était à l’âge de 22 ans, élu conseiller général de Savoie. Au début de sa carrière, il collabora dans le cabinet de plusieurs ministres gaullistes : Robert Poujade (Environnement) de 1973 à 1974, Pierre Mazeaud (Jeunesse et Sports) de 1974 à 1976, et Antoine Rufenacht (Commerce et Artisanat) de 1976 à 1978, le prédécesseur de l’actuel Premier Ministre Édouard Philippe à la mairie du Havre.

Sa collection de mandats est assez importante, qu’il a assurés successivement ou simultanément, selon les lois sur le cumul du moment. Je résume rapidement.

Michel Barnier fut élu conseiller général de mars 1973 à septembre 1999, président du conseil général de Savoie de mars 1982 (à l’âge de 31 ans) à septembre 1999. Il fut élu député de mars 1978 à mai 1993. Il fut élu sénateur de Savoie de septembre 1995 à octobre 1995, puis de septembre 1997 à septembre 1999, et également député européen de juin 2009 à février 2010.

Il fut nommé quatre fois ministres sous trois Présidents de la République (François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy) et quatre Premiers Ministres (Édouard Balladur, Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et François Fillon) : Ministre de l’Environnement du 30 mars 1993 au 11 mai 1995, Ministre délégué aux Affaires européennes du 18 mai 1995 au 2 juin 1997, Ministre des Affaires étrangères du 31 mars 2004 au 31 mai 2005 et, enfin, Ministre de l’Agriculture et de la Pêche du 19 juin 2007 au 23 juin 2009.

Entre 2005 et 2007, il fut écarté de la vie politique nationale et fut ainsi nommé au Conseil d’État le 15 septembre 2005 (décret du 23 juillet 2005). Par ailleurs, de février 2006 à juin 2007, il fut vice-président de la holding Mérieux Alliance (groupe dans le secteur de la biologie et pharmacie).

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Parallèlement à cette trajectoire nationale et locale prestigieuse qui l’a fait promoteur des Jeux Olympiques d’Albertville 1992 dès l’année où il fut élu à la tête du département, en 1982, Michel Barnier fut nommé deux fois membre de la Commission Européenne, et cette expérience est évidemment un atout majeur pour postuler à sa Présidence : Commissaire européen chargé de la Politique régionale du 13 septembre 1999 à 31 mars 2004 et Commissaire européen chargé du Marché intérieur et des Services, du 10 février 2010 au 1er novembre 2014. Enfin, il est le négociateur en chef du Brexit depuis le 1er octobre 2016.

Au-delà de ces fonctions européennes officielles, Michel Barnier fut l’un des acteurs importants de la construction européenne pendant les années 2000. Ainsi, le 14 décembre 2001, en tant que commissaire européen, il fut désigné représentant de la Commission Européenne dans l’instance de direction de la Convention sur l’avenir de l’Union présidée par Valéry Giscard d’Estaing et qui a rédigé le TCE, il s’est alors spécialisé dans le domaine de la défense européenne.

En 2006, il fut nommé conseiller spécial du Président de la Commission Européenne José Manuel Barroso, chargé de la création d’une force européenne de protection civile. Entre le 30 septembre 2006 et le 4 juin 2007, il fut également membre du groupe Amato pour proposer une solution après le rejet référendaire du TCE par deux États membres, travaux qui ont abouti au Traité de Lisbonne (étaient membres de ce groupe dirigé par Giulio Amato, notamment les personnalités suivantes : Dominique Strauss-Kahn, Jean-Luc Dehaene, Wim Kok, Chris Patten, Otto Schily, Costas Simitis).

Un tel CV donne à Michel Barnier une grande légitimité à vouloir présider la future Commission Européenne. Il reste toutefois que jamais rien n’est acquis jusqu’à la dernière minute…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 avril 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Michel Barnier, pas très loin de la Présidence de la Commission Européenne.
Le testament européen de Jean-Claude Juncker.
Européennes 2019 (1) : la France des Douze ?
Le retour aux listes nationales aux élections européennes (2 décembre 2017).
Jean Monnet.
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.
Le programme du CNR.
Discours de Robert Schuman le 9 mai 1950 au Salon de l’Horloge à Paris (texte intégral).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190412-michel-barnier.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/michel-barnier-pas-tres-loin-de-la-214325

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/04/12/37255570.html




 

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