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5 novembre 2019 2 05 /11 /novembre /2019 03:23

« Pour mieux regarder le réel, pour être contemporain de toutes les malversations possibles, pour tenir le coup, être comédien m’a paru comme une distraction totale. » (Michel Bouquet, sur France Culture le 25 mars 2019).


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Le bourgeois gentilhomme ! Un géant fête son 94e anniversaire ce mercredi 6 novembre 2019 : Michel Bouquet, comédien, acteur, lecteur, professeur au Conservatoire national supérieur d’art dramatique. Impressionnante vitalité, la même que Gisèle Casadesus qui tournait encore centenaire dans des films, mais elle avait abandonné le théâtre.

Michel Bouquet a, je crois, abandonné le théâtre il y a un ou deux ans, mais cela faisait depuis 2011 qu’il disait qu’il allait arrêter, que ce serait sa dernière pièce. Le théâtre est bien plus épuisant que le cinéma : la présence sur scène tous les soirs n’a rien à voir avec un tournage dont on peut recommencer les plans en cas de problème. Pas de filet pour le théâtre, mais en contrepartie, le feedback du public, une relation entre public et comédiens en direct, au moment du déroulement de la pièce. Il a vraiment abandonné le théâtre, il l’a confirmé à l’AFP le 12 avril 2019 : « Je ne peux plus y revenir. Je suis fatigué, il faut beaucoup de force pour parler avec des mots qui ne sont pas les siens, de rendre tout ça vrai. Maintenant, j’ai besoin d’une sorte d’intimité. » pour expliquer ses lectures de Jean de La Fontaine.

Alors que j’habitais à Grenoble, j’ai appris, dans les années 1990 (probablement en 1994), en septembre, que Michel Bouquet jouerait à Grenoble dans "Le Roi se meurt", pièce très connue du dramaturge Eugène Ionesco, au mois de novembre. Ionesco, l’un des auteurs que j’adore le plus, et "Le Roi se meurt", ma pièce préférée de lui, et Michel Bouquet, un acteur qui m’était cher ; il venait à moi, je ne pouvais pas ne pas y aller. Hélas, quand j’ai téléphoné quelques heures après la publication de l’annonce, il n’y avait déjà plus de place libre pour cette unique représentation. J’en ai ressenti comme une frustration, plus, comme un acte manqué, comme sentiment d’inachevé.

Alors, quand, Parisien, j’ai appris que, près de vingt ans plus tard, il continuait toujours à jouer cette superbe pièce dans un théâtre parisien (en tout, il en a fait plus de 800 représentations !), je n’ai pas hésité et j’ai bénéficié de la proximité de Noël pour avoir des places (les gens auraient d’autres choses à faire que fréquenter des théâtres à deux jours de Noël). Le 22 décembre 2012, alors qu’il était censé avoir déjà abandonné les planches, Michel Bouquet était au Théâtre des Nouveautés pour faire son énième numéro du Roi se meurt (mise en scène de Georges Werler). Pour préparer "Le Roi se meurt", le comédien a commencé avec Ionesco lui-même, déjà très malade, qu’il rencontrait chez lui. Ce soir de décembre 2012, il était exceptionnel, énergique, un soupçon cabotin, avec une présence personnelle qui devait l’épuiser. Et d’ailleurs, comment ne pas imaginer que mourir sur la scène du Roi se meurt serait pour lui une révérence inimitable ? Le 9 octobre 2014, interrogé par Laurent Dandrieu, il a déclaré à "Valeurs actuelles" : « Pour le moment, je vis ma vieillesse dans un état de grande sérénité. Bizarrement, compte tenu de ma tournure d’esprit, la mort ne me fait pas peur. ».

Le Michel Bouquet nonagénaire, bon vivant, chauve, souriant, du théâtre était pourtant très loin de l’homme froid que je connaissais dans les films au cinéma des années 1970 ou 1980. Un homme réservé, impassible, représentant surtout l’autorité, sans sentiment, cynique, sans émotion, sinon parfois des yeux un peu mouillés malgré tout. La différence, à part la "jeunesse" (il avait déjà la cinquantaine), à mon sens, ce ne sont pas ses yeux qui ont toujours exprimé une présence extraordinaire, mais sa bouche.

Sa bouche fermée, sèche, serrée, sévère, est devenue une bouche souriante du grand âge. Souvent, c’est l’inverse qui se produit avec l’âge et les rides, une bouche tombante (ce sera ma destinée). Chez Michel Bouquet, c’est l’inverse. Comme si le grand âge l’avait débridé, avait ouvert les vannes de son cœur et de sa joie à jouer. Car c’était visible au théâtre, il s’épanouit quand il jouait.

Michel Bouquet est aussi une voix, une voix grave, un conteur, un lecteur, un narrateur, une voix off, celle notamment du terrible "Nuit et Brouillard" d’Alain Resnais (1956) et du non moins terrible documentaire de Claude Chabrol "L’Œil de Vichy" (1992). Il a aussi lu de nombreux auteurs, comme La Fontaine, Céline, Victor Hugo, Jean-Paul Sartre, Cervantès, etc.

À 14 ans, il a découvert les grands auteurs et a découvert sa vocation. Il a découvert par exemple La Fontaine : « C’est quelqu’un qui réunit tout le monde dans quelque chose de très français, c’est le miracle de la compréhension du français, de ce qu’est le français, c’est une lucidité extraordinaire, et en même temps, c’est une compréhension de tous ces petits défauts qui accompagnent ces grandes qualités. Il comprend tout, il admet tout, et il condamne aussi. C’est un être très simple, d’une moralité exemplaire, c’est un être parfait. Et dans son cas, ça ne fait pas peur du tout. » (France Culture, interrogé le 25 mars 2019 par Tewfik Hakem).

Soixante-quinze ans de carrière : il a commencé au théâtre en 1944, au cinéma en 1947 et à la télévision en 1952. La somme de ses participations est "monstrueuse" ! Près d’une centaine de pièces, cent dix films, plus d’une cinquantaine de participations à la télévision…

Michel Bouquet a été un second rôle qui a excellemment réussi, au point d’avoir des premiers rôles, et au point d’être reconnu par la profession, certes tardivement au cinéma, mais tout de même : trois Molières du meilleur comédien dont un d’honneur en 2014 pour l’ensemble de sa carrière (les autres en 1998 et en 2005, ce dernier pour "Le Roi se meurt") et deux Césars du meilleur acteur (en 2002 et 2006), plus beaucoup d’autres prix, et cinq nominations pour un Molière (entre 1987 et 2016) et une nomination pour un César (en 2014).

Comme il le disait modestement à l’AFP le 12 avril 2019 : « J’ai fait ce que j’ai pu, comme j’ai pu, et je ne me suis pas trop posé de questions. J’ai fait mon bonhomme de chemin, mais sans aucune prétention intellectuelle. ». Malgré son air faussement orgueilleux, Michel Bouquet  a toujours été un modeste. À la question du journal "Le Monde" du 22 avril 2016 (posée par Annick Cojean) : « Quand vous réussissez ? Quand votre interprétation sonne parfaitement juste et que le public applaudit acteur et auteur ? », il a répondu très lucidement : « Eh bien, on se jette aux pieds de l’auteur et on cire ses chaussures pour qu’elles soient encore plus belles. Il n’y a aucune gloire à tirer. Aucun orgueil. ».

Avec raison, l’homme de théâtre est plus récompensé que l’homme du cinéma : il a commencé auprès de Jean Anouilh, André Barsacq et Jean Vilar, puis Albert Camus, René de Obaldia, Roger Planchon, Samuel Beckett, Diderot, Molière, Ionesco, etc. La clef du comédien, Michel Bouquet l’a dit sur France Culture le 29 avril 2016 : « Je n’ai jamais pensé que c’était l’exaltation de soi-même à soi-même qui faisait l’acteur. J’ai toujours pensé que ce qui fait l’acteur, c’est de bien comprendre ce que l’auteur a voulu dire et faire. Le devoir de l’acteur, c’est de trouver la familiarité avec l’auteur, et donc avec le rôle. ». Michel Bouquet a beaucoup joué avec son épouse depuis presque cinquante ans, Juliette Carré, notamment dans "Le Malade imaginaire" et "Le Roi se meurt", développant une très grande connivence sur scène.

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Au cinéma, ses réalisateurs préférés étaient sans doute Claude Chabrol, François Truffaut et Alain Resnais. On peut se rappeler le rôle de Javert dans la version du film "Les Misérables" de Robert Hossein (1982), également le peintre Renoir dans "Renoir" de Gilles Bourdos (2012). Parmi les premiers rôles au cinéma, il faut noter le très ressemblant François Mitterrand dans "Le Promeneur du Champ-de-Mars" de Robert Guédiguian (2005). Modèle et double avaient alors le même âge. C’était une adaptation d’un roman de Georges-Marc Benhamou. Michel Bouquet avait rencontré François Mitterrand alors déjà très malade.

Et la politique ? Pas question de s’engager dans la vie politique, comme tant d’autres "collègues". Il fut "pétrifié" lors de la Débâcle en 1940 (il avait 14 ans) et a considéré que la classe politique était responsable de cette absence de lutte. D’ailleurs, il est un grand pessimiste, au point qu’on projette sur lui une tendance d’anarchiste de droite, mais il ne craint pas les catastrophes futures car il sait qu’il a fait son temps. Cela ne l’a pas empêché de s’inquiéter des bouleversements climatiques pour ses enfants et petits-enfants, en cosignant une tribune dans "Le Monde" du 4 septembre 2018 en réaction à la démission de Nicolas Hulot du gouvernement.

Amusante indépendance d’esprit qui lui a tout de même fait accepter des décorations. La République n’en est jamais avare avec ses artistes (et elle a bien raison). Ainsi, à chaque Président de la République, Michel Bouquet est monté en grade dans la Légion d’honneur : François Mitterrand le 19 mai 1983 (chevalier), Jacques Chirac le 3 avril 1996 (officier), Nicolas Sarkozy le 13 juillet 2007 (commandeur), François Hollande le 12 juillet 2013 (grand officier) et Emmanuel Macron le 13 juillet 2018 (grand-croix).

Ce n’est pas ce qui compte pour Michel Bouquet qui n’a jamais caché son humilité, n’hésitant pas à révéler (le 18 décembre 2009 sur France 5) qu’adolescent, il avait du mal de bien comprendre certains auteurs qu’il devait relire plusieurs fois (Tourgueniev, Saint-Simon, Gogol, etc.). Comprendre l’auteur, cela fut d’ailleurs l’obsession permanente du comédien pour s’investir dans son rôle. Dans un entretien avec Charles Berling, il s’est ainsi confié le 18 décembre 2001 sur France Culture : « Je m’occupe énormément du texte, je m’occupe énormément des secrets que contient le texte et j’essaye de découvrir les secrets de l’auteur qu’il a voulu cacher par l’écriture de ce texte. Je m’attache à révéler les zones d’ombre, peut-être même inconnues de lui, qui découlent de sa démarche d’écrire de cette façon-là ce qu’il a écrit. ».

Souhaitons à Michel Bouquet la meilleure forme possible malgré les années qui passent, pour continuer à transmettre son amour de la littérature en proposant de nouvelles lectures hors des sentiers battus…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 novembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Michel Bouquet.
Daniel Prévost.
Coluche.
Sim.
Marie Dubois.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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2 novembre 2019 6 02 /11 /novembre /2019 03:46

« Je n’ai jamais été à la mode, comment voulez-vous que je devienne ringard ? Tandis que vous, vous êtes pour l’instant à la mode, donc vous deviendrez ringard ! » (Daniel Prévost à Marc-Olivier Fogiel, "On ne peut pas plaire à tout le monde" sur France 3, le 19 octobre 2001).


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L’humoriste Daniel Prévost a fêté son 80e anniversaire le 20 octobre 2019. Quatre-vingts ans, c’est quasiment un vieillard ! Il paraît que les humoristes font rarement de vieux os. J’espère que Daniel Prévost démentira cette (fausse) rumeur aussi longtemps que possible. Daniel Prévost est un touche-à-tout du spectacle, un peu comme Sim, il est un acteur au cinéma et à la télévision, un comédien au théâtre, à l’occasion un chroniqueur à la télévision, un chanteur et même un écrivain puisqu’il a sorti une quinzaine de livres, certains qui racontent son enfance, son origine familiale, ses deuils…

Daniel Prévost a le don pour faire les personnages plutôt négatifs, petits, lâches, les rôles de petit chef prêt aux mesquineries, capable d’abuser de son petit pouvoir, avec le petit rictus pour bien montrer sa joie d’être sadique. Tendre sadique au grand cœur, car finalement, cette face si réussie du sadique, il ne l’assume évidemment pas dans la vie civile. Pour lui, c’est la manière d’user et d’abuser de l’humour et de l’esprit comique. Pourquoi réussit-il si bien à faire ce bas sadique ? Sûrement grâce à son sourire inimitable, son petit grincement de dents (les héhéhé des méchants dans les  bandes dessinées) et, bien sûr, à sa grande présence scénique.

Dans "Moustique", Yannic Duchesne dit le 14 janvier 2018 pour le décrire : « Prévost, c’est à la fois un homme mûr (…) et un enfant qui ne renonce jamais devant une farce. Il a la bouclette rieuse, les yeux vifs, la silhouette gainée et une propension à faire de tout tout le temps. (…) On honore trop peu les comiques au cœur chaud. ». Je suis évidemment de cet avis. Honorons-le !

Ses participations au cinéma sont très nombreuses, mais rarement avec le premier rôle. C’est le propre du second rôle, être connu par endurance, à force d’être présent un peu partout, surtout lorsque le partout, ce sont des films à grand succès commercial. En fait, Daniel Prévost a été connu très rapidement. S’il a commencé en 1961 (à 22 ans) au théâtre et en 1968 au cinéma, il a vite gagné en notoriété dès le début des années 1970 avec "Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" de Jean Yanne (sorti le 5 mai 1972) avec Jean Yanne, Michel Serrault, Bernard Blier et Jacques François. D’ailleurs, il est yannique, le Prévost, il a commencé sur les planches avec Michel Serrault et Jean Yanne, ce qui était pour lui une excellente école de l’art comique et absurde, du loufoque féroce, de l’humour vache et coriace, de l’esthétique caustique.

Daniel Prévost a ensuite gagné en notoriété avec sa participation dans l’émission satirique dominicale "Le Petit Rapporteur" animée par Jacques Martin de janvier 1975 à juin 1976 sur TF1 : il était l’un des chroniqueurs aux côtés de Pierre Bonte, Stéphane Collaro, Pierre Desproges et Piem, entre autres, et s’était particulièrement fait remarquer lors de son reportage dans le village de Montcuq en interrogeant son maire et en faisant beaucoup de plaisanteries avec le nom de ce village du Lot. Daniel Prévost et Pierre Desproges étaient à l’époque de sacrés complices dans leur audace. C’était l’époque (et l’émission) où Pierre Desproges, qui jouissait encore de l’anonymat, interviewait une Françoise Sagan très polie et patiente sur sa santé et ses vacances (la santé et les vacances de Desproges !).

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La voix de Daniel Prévost est également très connue car il l’a "prêtée" depuis une trentaine d’années à une marque de supermarché, Super U, pour des spots publicitaires tant à la télévision qu’à la radio. Je croyais que c’était un imitateur, mais ce n’est en fait pas le cas (d’ailleurs, je me demande quelles sont les conditions juridiques pour faire l’imitation d’un personnage célèbre pour un but publicitaire, au point peut-être de ternir la réputation dudit personnage). Daniel Prévost a utilisé sa voix aussi pour d’autres marques, comme Rivoire et Carret (avec Pierre Desproges), la MAAF, etc.

À ce jour, Daniel Prévost a joué dans quatre-vingt-sept films au cinéma et trente-trois téléfilms, ainsi que dans une trentaine de pièces de théâtre. L’un des rôles les plus dramatiques, ce fut dans le téléfilm "René Bousquet ou le Grand Arrangement", de Laurent Heynemann, diffusé sur Arte le 16 novembre 2007, où il était René Bousquet lui-même.

Restons au cinéma. Les vingt et un films qui ont obtenu le plus de succès, et dans lesquels il a participé, ont eu 65 millions d’entrées rien qu’en France ! Difficile de passer inaperçu, même dans un rôle mineur et discret.

Et le premier d’entre eux (12,3 millions d’entrées dans le monde, dont 9 en France), le film qui lui a fait d’ailleurs obtenir à juste titre le César du meilleur acteur pour le second rôle masculin en 1999, ce fut "Le Dîner de cons", excellent film-pièce de Francis Veber (sorti le 15 avril 1998) où Daniel Prévost a été au sommet de son art de montrer son sourire sadique tout en ne "punissant" pas. Il est en effet l’inspecteur des impôts, vantard mais cocu, venu aider un copain chez un grand bourgeois, et qui détecte tout de suite, dans le grand appartement, les tableaux rangés, les meubles luxueux cachés, mais qui est trop déprimé pour prendre plaisir à sévir… Dans son rôle de véritable "enfoiré", il est vraiment excellent, plus que les autres personnages, je trouve, même que Jacques Villeret qui a lui aussi obtenu un César pour son premier rôle dans ce film.

Voici quelques autres rôles intéressants de Daniel Prévost dans le cinéma français…

Dans "Uranus" de Claude Berri (sorti le 12 décembre 1990), avec Gérard Depardieu, Jean-Pierre Marielle, Michel Blanc, Philippe Noiret, Michel Galabru, Fabrice Luchini, etc., film pour lequel il a été sélection à la cérémonie des Césars, Daniel Prévost joue le cheminot communiste qui dénonce (injustement) un cafetier de cacher un ancien collabo après la Libération.

Dans "Astérix et Obélix contre César" de Claude Zidi (sorti le 3 février 1999), qui est la première adaptation cinématographique de la célèbre bande dessinée Astérix, Daniel Prévost joue Prolix, le charlatan qui se fait passer pour un devin, exploitant la crédulité des villageois.

Dans "La vérité si je mens ! 2" de Thomas Gilou (sorti le 2001), Daniel Prévost est le méchant directeur des achats d’une grande surface qui tente de profiter de sa position dominante pour étouffer les petits producteurs (et qui se fait finalement duper par eux, la morale est sauve).

Dans "Les Petits Ruisseaux" de Paul Rabaté (sorti le 23 juin 2010), avec Gilbert Melki, Gad Elmaleh, Bruno Solo, Richard Anconina et José Garcia, Daniel Prévost, qui a le rôle principal, joue un vieux pépère veuf qui se réveille à la vie grâce à un voisin et qui finit par fréquenter des hippies.

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Dans "Je sais rien, mais je dirai tout" de Pierre Richard (sorti le 6 décembre 1973), satire antimilitariste avec Pierre Richard, Bernard Blier et Luis Rego, Daniel Prévost joue un policier (dont le patron est Pierre Tornade).

Dans "La Maison du bonheur" de Dany Boon (sorti le 7 juin 2006), avec Michèle Laroque, Line Renaud, Laurent Gamelon et Michel Vuillermoz, Daniel Prévost joue un rôle ordinaire pour lui, celui ici de l’escroc cynique, un agent immobilier véreux qui cherche à duper un acquéreur de maison surendetté.

Dans "Le Petit Nicolas" (sorti le 30 septembre 2009) et "Les Vacances du Petit Nicolas" (sorti le 9 juillet 2014), tous les deux de Laurent Tirard, adaptation du célèbre personnage de René Goscinny et Sempé, avec Valérie Lemercier, Kad Merad, Sandrine Kiberlain, Anémone, etc., Daniel Prévost joue le rôle de Mouchebourne, le patron du père du Petit Nicolas.

Dans "Le plus beau métier du monde" de Gérard Lauzier (sorti le 11 décembre 1996), Daniel Prévost campe le voisin épieur et lâche, dans une cité HLM, de Gérard Depardieu, devenu prof de banlieue difficile après un divorce.

Enfin, je termine par "Musée haut, musée bas" de Jean-Michel Rives (sorti le 19 novembre 2008), avec Isabelle Carré, Pierre Arditi, Michel Blanc et Gérard Jugnot, film assez déconcertant et intéressant, composé de beaucoup de sketchs, où Daniel Prévost est à la recherche d’une place de parking.

Dans "On est pas couché" le 28 avril 2018 sur France 2, Daniel Prévost faisait de l’amour son hymne à la vie en disant à Laurent Ruquier : « Depuis le début de la vie, tout le monde cherche l’amour (…). Le chien, l’homme, la femme, tout le monde cherche quelque chose. Pourquoi ? Parce que je pense que sans amour, on s’emmerde. Sans amour, il n’y a rien, il n’y a pas de vie (…). Je ne peux pas croire une fois que quelqu’un qui est seul soit heureux, tu vois ce que je veux dire… ».

Paroles d’autant plus fortes qu’il est lui-même veuf. Paroles qui accompagnent son dernier livre qui parle de la mort de sa femme ("Tu ne sauras jamais combien je t’aime" éd. Le Cherche Midi, 2018) : « Je rumine des pensées, des points de vue : après tout, c’est un chagrin ordinaire, chaque être humain est passé par là, moi-même n’ai-je pas déjà éprouvé des deuils dans ma famille, parmi mes proches (…) ? Et tous ces morts autour, tous les morts du monde que je ne connais pas ? C’est trop ! J’arrête. Non ! Pas elle, pas Kirsten ! Pas besoin d’être raisonnable. Cela ne m’est d’aucun secours. »


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 octobre 2019)
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Pour aller plus loin :
Daniel Prévost.
Coluche.
Sim.
Élie Kakou.
Pierre Desproges.
Thierry Le Luron.
Pierre Dac.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/daniel-prevost-sadique-non-218925

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15 octobre 2019 2 15 /10 /octobre /2019 03:03

« [Elle] a été longtemps l’incarnation de la jeune femme jolie mais accessible, solaire et sympathique. » (Dominique Besnehard, France Inter le 27 avril 2019).


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L’actrice Marie Dubois (Claudine Huzé) est morte, près de Pau, il y a exactement cinq ans, le 15 octobre 2014, elle avait 77 ans (née le 12 janvier 1937 à Paris). À l’âge de 23 ans, une cécité à l’œil gauche lui a révélé la présence d’une maladie qui l’a tuée à petit feu et pour laquelle elle a voulu communiquer (à partir de 2001), la sclérose en plaques. Heureusement pour elle, pendant une vingtaine de ses jeunes années, la maladie l’a laissée tranquille, lui donnant la possibilité de jouer au cinéma avec les plus grands réalisateurs et les plus grands acteurs français. Aurélie Filippetti, alors Ministre de la Culture, est venue chez elle en 2013 pour lui remettre la Légion d’honneur.

Peut-être à cause de sa maladie, ou peut-être par son esprit anti-star, elle n’a pas eu la carrière qu’elle aurait méritée, malgré la notoriété qui en a fait l’une des jeunes stars du cinéma de la Nouvelle Vague. Elle était belle, et elle n’était pas une simplette, elle avait du tempérament d’acier : « Ma blondeur, mon air tendre m’ont figée sur un emploi d’ingénue alors que je suis une violente, une vraie. Quelle erreur ! ».

Elle a souvent joué les seconds rôles, ceux de l’éblouissante femme prête à s’effacer derrière des premiers rôles plus importants. Après une apparition dans un film d’Éric Rohmer, elle fut recrutée par François Truffaut qui en tomba amoureux. Son petit test de rôle réalisé par François Truffaut est à cet égard très intéressant (voir vidéo plus loin, le réalisateur cherche à lui faire dire des insultes), ce qui l’a amené à l’adopter pour "Tirez sur le pianiste" (1960), dans un grand rôle avec Charles Aznavour, et pour "Jules et Jim" (1962). De François Truffaut, elle a avoué bien plus tard : « Je l’ai aimé comme on chaparde le fruit de l’arbre défendu, dans un jardin qui ne vous appartient pas. ».

Elle a multiplié les rôles dans les années 1960 et 1970, avec notamment "Une femme est une femme" de Jean-Luc Godard (1961), "Le monocle noir" de Georges Lautner (1961), "Week-end à Zuydcote" d’Henri Verneuil (1964), "La Chasse à l’homme" d’Édouard Molinaro (1964), "La Ronde" de Roger Vadim (1964) avec Jane Fonda et Jean-Claude Brialy, "L’Âge ingrat" de Gilles Grandier (1964) avec Jean Gabin dont elle joue la fille rebelle, "Les Grandes Gueules" de Robert Enrico (1965) avec Bourvil et Lino Ventura, "Le Voleur" de Louis Malle (1966), "Gonflés à bloc" de Ken Annakin (1969) avec Bourvil, Peter Cook, Mireille Darc et Tony Curtis, "La Maison des Bories" de Jacques Doniol-Valcroze (1970) pour certainement le plus beau rôle de sa carrière, "Vincent, François, Paul… et les autres" de Claude Sautet (1974) avec Gérard Depardieu, Michel Piccoli dont elle joue l’épouse, Yves Montand, Serge Reggiani, etc., "L’Innocent" de Luchino Visconti (1976), "Nuit d’or" de Serge Moati (1976), "Mon oncle d’Amérique" d’Alain Resnais (1980) avec Roger Pierre et Nicole Garcia, "L’Ami de Vincent" de Pierre Granier-Deferre (1983), "Rien ne va plus" de Claude Chabrol (1997), etc.

Le film qui lui a apporté une célébrité accrue fut évidemment "La Grande Vadrouille" de Gérard Oury (1966) où elle a joué le rôle de la belle Juliette, l’amour de Bourvil, l’acteur principal du film avec Louis de Funès. Mais elle a brillé aussi dans l’excellent film d’Alain Corneau, "La Menace" (1977) où elle joue le rôle de l’épouse malheureuse et jalouse d’Yves Montand, se suicidant après s’être disputé avec sa rivale Carole Laure, suicide qui devient rapidement un meurtre pour la police (et pour l’inspecteur Jean-François Balmer). Elle a reçu pour l’occasion le César de la meilleure actrice dans un second rôle féminin en 1978. Marie Dubois a reçu aussi le Prix d’interprétation de l’Académie nationale du cinéma en 1972 pour son rôle dans "Les Arpenteurs" de Michel Soutter (1972).

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Ce fut après le tournage de "La Menace" que la sclérose en plaques a repris le dessus sur sa vie. Marie Dubois a réduit alors ses participations dans les films (et aussi à la télévision et au théâtre) jusqu’à pratiquement arrêter en 1995. Elle expliquait en 1998 à la télévision : « J’ai eu un répit de dix-huit ans où j’ai pu faire normalement mon métier. Après cela, je l’ai fait avec des problèmes dans mes jambes et puis, maintenant, j’ai de plus en plus de mal à marcher. ». Après les béquilles, le fauteuil roulant lui a été nécessaire jusqu’à la fin de sa vie pour se déplacer.

Courageuse et souriante malgré la maladie, elle s’est engagée publiquement à partir des années 2000, notamment en participant à un film de campagne de lutte contre la sclérose en plaques réalisé par Alain Corneau en 2001 : « Ce témoignage, c’est ma manière à moi d’être solidaire avec tous ceux et celles qui sont dans mon cas ; si cette campagne peut aider les chercheurs à trouver des traitements qui guérissent la sclérose en plaques, alors… quelle victoire ! (…) Jusqu’à maintenant, cette maladie qui touche 70 000 malades reste mystérieuse à plus d’un titre. (…) Rappelons qu’une personne sur mille est atteinte en France et deux malades sur trois sont des jeunes femmes. (…) Très invalidante, cette maladie est la seconde cause de handicap chez les jeunes adultes après les accidents de la route. » (propos recueillis par David Bême, Doctissimo, le 12 février 2003).

Dans son ouvrage autobiographique sorti en 2002, "J’ai jamais menti, j’ai pas tout dit…" (éd. Plon), Marie Dubois a confié : « La mort de ne me fait pas peur. La foi m’est naturelle. ». Marie Dubois, discrète et plaisante, n’est jamais entrée dans le "star system". Et elle s’est effacée aussi discrètement qu’elle est apparue sur le grand écran. Heureusement, il reste les films…


1. Entretien de recrutement ("crash test") par François Truffaut (1959)






2. "La Grande Vadrouille" de Gérard Oury (8 décembre 1966)






3. "Vincent, François, Paul… et les autres" de Claude Sautet (2 octobre 1974)






4. Chanson "15 juillet à 5 heures" avec Serge Lama le 10 avril 1976






5. "La Menace" d’Alain Corneau (28 septembre 1977)






6. "Mon oncle d’Amérique" d’Alain Resnais (21 mai 1980)






7. Quelques minutes biographiques le 16 octobre 2014 sur France 3






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 octobre 2019)
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Pour aller plus loin :
Marie Dubois.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191015-marie-dubois.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/marie-dubois-entre-douceur-et-218583

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/10/13/37708860.html




 

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28 septembre 2019 6 28 /09 /septembre /2019 03:40

« J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes. Maintenant, je donne ma sagesse et mon expérience, et le meilleur de moi-même aux animaux. » (Brigitte Bardot, le 17 juin 1987).


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La réponse au titre est évidemment oui : les jeunes stars ont le droit de vieillir. La preuve, Brigitte Bardot fête ce samedi 28 septembre 2019 son 85e anniversaire ! C’est déjà beaucoup, c’est toujours impressionnant, surtout lorsqu’on a connu, comme elle, les projecteurs de la célébrité dès les 20 ans ! Déjà à 70 ans, elle se disait : « Si je ne les avais pas, c’est que je serais morte ! Donc, il faut accepter le temps qui passe. Et je me dis que je l’ai bien employé, ce temps, de façon positive, pour un combat qui en vaut la peine. C’est du temps qui a servi à quelque chose. » ("France Dimanche", le 24 septembre 2004).

Jeune actrice, elle fut un véritable phénomène de société, elle marqua son époque aussi profondément que Marylin Monroe. Elle a secoué les cœurs de bien des jeunes hommes d’une même génération. Heureusement, ce n’était pas ma génération ! Elle était jeune et belle, certes, mais pas seulement. J’étais déjà passablement moins jeune quand j’ai découvert les films où elle jouait, au fil des rediffusions. Et ce qui est frappant, ce n’est pas sa beauté, car après tout, les jeunes actrices ont toujours été belles. Sinon, j’imagine mal qu’elles auraient franchi l’étape du casting.

Brigitte Bardot, elle, dégageait un charme fou, inégalable, était une présence, émettait des ondes magnétiques. Tout le monde était électrifié par son regard magnétique (oui, ce sont les courants de Foucault !), par son sourire enjoué, son esprit espiègle, et par son irrésistible ingénuité.

Elle a été plus charmante que belle. Et après, comment pourrait-on lui en vouloir ? Elle a eu la sagesse ou la lassitude d’arrêter assez jeune sa carrière au cinéma, dès juin 1973, c’est-à-dire avant ses 40 ans ! Elle aurait pu s’isoler, s’enfermer dans sa tour d’ivoire, dans une misanthropie et profiter de la vie pendant le temps qu’il lui reste, pour une longue retraite dorée, paisible, loin du brouhaha médiatique.

Bon, c’est vrai, peut-être est-elle un peu misanthrope sur les bords, voire beaucoup. Peut-être au fur et à mesure qu’elle défend les animaux, qu’elle veut les protéger, elle se rend compte que les humains sont décidément incorrigibles, qu’ils se moquent de la souffrance des animaux. Cette passion est tout à son honneur, et probablement qu’avec ses jeunes années, ce sera cela qu’il faudra retenir de sa riche existence.

Ses jeunes années, sulfureuses dit-on injustement. Injustement, car lorsqu’on regarde la nudité qu’elle a dévoilée dans les années 1950, comme elle le dit maintenant, c’était « de la petite bière en comparaison de ce que l’on voit aujourd’hui » (France 5, le 26 octobre 2007) ! C’est sûr qu’elle n’hésitait pas à se dévoiler. Le film qui a fait enflammer sa notoriété fut "Et Dieu …créa la femme" (un titre génial pour le marketing !) réalisé par Roger Vadim et sorti le 7 juillet 1956, aux côtés du superbe Jean-Louis Trintignant (25 ans). Elle avait presque 22 ans. Mais après tout, l’audacieux roman "Bonjour tristesse" de Françoise Sagan était déjà sorti depuis près de trois ans. Brigitte Bardot a eu une très dense carrière cinématographique, de 1952 à 1973. C’est toute une époque qui se voulait sulfureuse, et bien avant mai 68 !

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De cette période de jeunesse et de gloire, Brigitte Bardot n’en a tiré aucun souvenir heureux : « Dès que je me penche sur le passé, j’ai le cafard. Parce que les choses ont beaucoup changé… Mes parents sont morts, mes animaux sont morts, la plupart des personnes que j’ai aimées sont mortes. J’évite donc au maximum de me tourner vers le passé qui me fait terriblement mal. Je préfère penser au présent et à l’avenir. » ("France Dimanche", le 24 septembre 2004).

Avec l’âge, Brigitte Bardot est restée libre et sulfureuse, mais pas sur la sexualité ou son corps, plutôt sur les idées qu’elle peut exprimer, mais reconnaissons-lui qu’elle ne s’exprime qu’en son seul nom, comme tout citoyen, qu’elle ne parle pour personne d’autres (d’humains du moins !), et qu’elle n’a aucune responsabilité ni mandat électif qui fait que ses propos n’ont aucune raison d’être plus amplifiés que ceux d’un client de café du commerce.

C’est vrai que la sulfureuse est devenue une conservatrice qui a peur d’être bousculée dans ses certitudes. Elle a exprimé des propos que l’on pourrait interpréter comme de la haine (ce que la justice notamment interprète ainsi parfois) contre l’islam (et plus particulièrement l’abattage rituel des animaux), contre l’immigration… des propos qui, automatiquement, la situent dans une partie de l’échiquier politique bien définie : « Ce que je réprouve profondément, c’est que soi-disant pour une religion, pour un culte, pour un rituel, on en arrive à faire souffrir des animaux dans de telles conditions. C’est ce qui est à la base de tous les procès de racisme que l’on me fait à cause du fait que je m’attaque à une religion. » ("Le Droit de savoir", sur TF1 le 9 mars 2004).

Cela fait une vingtaine d’années qu’elle défraie la chronique, parfois judiciaire donc, mais faut-il s’arrêter à cela dès lors qu’elle ne représente qu’elle-même ? Reproche-t-on à Salvador Dali ses propos politiques provocateurs ? Pour Céline, c’était un petit peu différent, car la question a été de savoir si, par l’expression de son antisémitisme, il a encouragé la collaboration voire la déportation et l’extermination des Juifs. Pour Brigitte Bardot, elle n’a fait que parler, et à ma connaissance, ses paroles, aussi détestables qu’haineuses, n’ont eu, heureusement, aucune conséquence concrète.

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Venons-en donc plutôt à sa passion, qui, sincère, est, elle, très constructive et qui se résume à la protection des animaux. Elle a été sensibilisée par… Marguerite Yourcenar qui, de son Canada, a alerté la presse dès 1968 sur le massacre des bébés phoques. Son engagement n’était pas facile : « J’ai dû apprendre ce nouveau sacerdoce pour lequel mon amour et mon cœur ne suffisaient pas. Tous ceux qui s’engagent vraiment dans la protection animale savent à quel point il est difficile d’acquérir l’expérience nécessaire dans ce domaine si vaste dans lequel je me suis retrouvée seule, au début totalement perdue, méprisée, ridiculisée. Brusquement confrontée à un univers infini de douleurs muettes. » (2014).

Brigitte Bardot a participé à une expédition polaire sur la banquise pour s’en rendre compte par elle-même en mars 1977, ce qui l’a beaucoup marqué, à double titre, par la réalité de l’horreur, mais aussi par l’avalanche de critiques qu’elle a reçue dans la figure (sa passion pour les bébé phoques étant considérée comme un moyen marketing pour se faire mousser, la suite a montré que ce n’était pas du tout cela) : « face à un monde hostile et impitoyable, témoin impuissant d’un massacre insoutenable, haïe par les chasseurs canadiens, montrée du doigt par les associations "sérieuses" de l’époque, hormis les militants de Greenpeace » (2014).

Elle a décidé de créer sa Fondation (la Fondation Brigitte-Bardot, FBB) le 30 avril 1986, d’abord sous la forme d’une association, puis sous la forme d’une fondation, reconnue d’utilité publique le 21 février 1992. Elle a vendu aux enchères tous ses objets précieux (bijoux, costumes de scène, meubles, etc.) le 17 juin 1987 à la Maison de la Chimie à Paris pour investir les sommes dans sa fondation, en y léguant aussi, en décembre 1991, sa maison (La Madrague) à Saint-Tropez.

Il y a tout juste quinze ans, le 27 septembre 2004, Brigitte Macron, la veille de ses 70 ans, a même envoyé une lettre au Président Jacques Chirac (qui vient de s’éteindre) pour lui demander de mieux protéger les animaux : « Après tant d’années passées à combattre l’injustice, la cruauté, à œuvrer pour améliorer la condition animale et dénoncer le comportement de l’homme qui se montre, si souvent, barbare envers son frère dit "inférieur", je désespère d’être un jour entendue. ».

Sa fondation (FBB) agit pour protéger tous les animaux partout dans le monde. Elle a pour seul membre d’honneur un parrain de choix, le dalaï-lama, et son conseil d’administration compte trois représentants des ministères de tutelle (Intérieur, Écologie et Agriculture). En 2019, la fondation est présente dans plus de soixante-dix pays, reçoit le soutien financier de 75 000 donateurs qui permet d’employer cent vingt salariés et un grand réseau de bénévoles (avec plus de six cents délégués et inspecteurs). Elle s’était proposée en 2012-2013 pour sauver les éléphantes du Parc de la Tête d’Or menacées d’euthanasie par le préfet de Lyon (finalement, ce fut Stéphanie de Monaco qui fut choisie). Elle fait du lobbying (le mot n’a rien de péjoratif s’il est transparent) auprès des parlementaires pour mieux réglementer l’abattage rituel, la vivisection, la chasse à courre, l’hippophagie, etc.

Parmi les références de Brigitte Bardot dans son engagement en faveur des animaux, au-delà de Marguerite Yourcenar et du dalaï-lama, on peut citer (entre autres) saint François d’Assise, Théodore Monod (l’amoureux des déserts), Dian Fossey (la protectrice des gorilles), Paul MacCartney, Allan Bougrain Dubourg, …et aussi l’association L214 qui diffuse des vidéos volées sur les conditions d’abattage des animaux : « Ce qui a provoqué un scandale, choqué et écœurée une grande partie de la population. Ces vidéos ont fait prendre conscience de l’horreur, l’épouvante, la souffrance qu’endurent les animaux qui se retrouvent dans les assiettes. (…) Merci L214 d’avoir ouvert les yeux des consommateurs et de faire connaître le véganisme qui, grâce à vous, prend de plus en plus d’ampleur dans notre pays et dans le monde. » (2014).

Se confiant à Caroline Berger le 24 septembre 2004 pour "France Dimanche", Brigitte Bardot a évoqué la perspective de sa mort : « Ca me terrifie ! Je me bats contre la mort, vous ne pouvez pas savoir… Elle me tétanise. ». Et s’il n’y avait qu’une chose à retenir d’elle, de son existence, non, ce ne serait pas la pulpeuse et pimpante actrice sex symbol mondialement connue, mais : « mon combat pour les animaux ». Avis aux "mâles" déçus…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 septembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Brigitte Bardot.
Louis Lumière.
Georges Méliès.
Jeanne Moreau.
Louis de Funès.
Le cinéma parlant.
Les Shadoks.
Johnny Hallyday.
Annie Cordy.
Marie Trintignant.
Philippe Magnan.
Micheline Presle.
Vanessa Marquez.
Jacques Marin.
Sim.
Michel Aumont.
Claude Zidi.
Pierre Richard.
Lino Ventura.
Line Renaud.
Jean Lefebvre.
John Wayne.
Kirk Douglas.
Élie Kakou.
Jean Bouise.
Pierre Desproges.
Anémone.
Gérard Oury.
Zizi Jeanmaire.
Jean-Pierre Marielle.
"Les Éternels".
Jacques Rouxel.
François Berléand.
Niels Arestrup.
"Acting".
"Quai d’Orsay".
Michel Legrand.
Gérard Depardieu.
Maria Pacôme.
Ennio Morricone.
Francis Lai.
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Maurice Chevalier.
Charlie Chaplin.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190928-brigitte-bardot.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/brigitte-bardot-libre-et-218192

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/09/25/37662974.html



 

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25 septembre 2019 3 25 /09 /septembre /2019 09:25

« Le directeur général de ces sociétés-là [les actuelles sociétés de l’audiovisuel public] aura la responsabilité juridique de la direction de la publication. La partie éditoriale, à savoir les programmes, ce qui est mis à l’antenne ou pas, ce qui est mis sur Internet ou pas, tout cela sera du ressort des entreprises éditrices de programmes. » (Franck Riester, le 25 septembre 2019 sur France Info).



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L’annonce était prévue il y a une dizaine de jours. Le projet de réforme de l’audiovisuel public a été présenté par le Ministre de la Culture Franck Riester ce mercredi 25 septembre 2019 dans la matinale de France Info. Les grandes lignes avaient été données dans une interview au "Figaro" la veille, où le ministre a résumé l’objectif général de la réforme : « Ce projet (…) vise à réaffirmer notre souveraineté culturelle. ».

On se souvient qu’au début de son quinquennat, le 4 décembre 2017, le Président Emmanuel Macron avait semé le trouble parmi les personnels de l’audiovisuel public. En effet, selon "L’Express" et "Télérama", il aurait tiré à boulets rouges sur les entreprises publiques au cours d’une réunion à l’Élysée avec les députés de la majorité membres de commission des affaires culturelles et de l’éducation, en disant : « L’audiovisuel public, c’est une honte pour nos concitoyens, c’est une honte en termes de gouvernance, c’est une honte en ce que j’ai pu voir ces dernières semaines de l’attitude des dirigeants. », évoquant, surtout pour France Télévisions, « la mauvaise gestion, le gaspillage, la médiocrité des programmes et des contenus, les relations malsaines entre l’audiovisuel et ses partenaires extérieurs (animateurs, producteurs, etc.) » . Et pourtant, jamais l’audiovisuel public ne s’est aussi bien porté, notamment Radio France avec sa station phare France Inter qui fait désormais jeu égal avec RTL (parfois la dépassant dans les études de Médiamétrie) et ses contenus numériques sont les premiers en terme de téléchargements de podcasts.

Comme après chaque nouvelle élection présidentielle depuis quinze ans, une réforme de l’audiovisuel public a été confirmée le 3 janvier 2018 par Emmanuel Macron. Mais ce pas de charge avec des critiques parfois largement injustifiées (soulignant une certaine méconnaissance du sujet), c’était de la gouvernance d’avant-gilets jaunes. L’automne dernier est passé par là et la réforme présentée ce mercredi matin est donc beaucoup plus modeste, beaucoup plus soft.

Il s’agit de poursuivre la coopération entre les entreprises de l’audiovisuel public. Depuis quelque temps, France Télévisions et Radio France ont initié plusieurs projets communs, comme la création de la chaîne d’information continue franceinfo (différente en partie de la radio France Info), ou la mutualisation du réseau local de France 3 avec le réseau France Bleu.

Le gouvernement souhaite renforcer structurellement cette coopération. Il va donc créer, pour le début de l’année 2021, une société holding nommée France Médias. Celle-ci regroupera tous les acteurs de l’audiovisuel public, à savoir France Télévisions (la télévision publique), Radio France (la radio publique et les orchestres), France Médias Monde (l’audiovisuel extérieur, regroupant notamment Radio France International et France 24), ainsi que l’INA (Institut national de l’audiovisuel, chargé d’archiver toutes les émissions publiques, je recommande à ce sujet l’excellente émission "Rembob’Ina" de Patrick Cohen sur LCP, qui rediffuse certaines anciennes émissions des années 1970 ou 1980 que certains téléspectateurs déjà anciens avaient peut-être déjà vues à l’époque).

France Télévisions, créée le 1er août 2000, emploie près de 10 000 personnes (9 842 en 2017) pour un budget d’environ 3 milliards d’euros (2017). Radio France, créée le 1er janvier 1975, a près de 5 000 employés (4 920 en 2015) pour un budget d’environ 650 millions d’euros (2016). France Médias Monde, créé le 4 avril 2008 (son appellation date du 27 juin 2013), emploie environ 1 700 collaborateurs (1 714 en 2013) pour un budget d’environ 250 millions d’euros (2014). L’INA, créé le 6 janvier 1975, rassemble près de 1 000 employés (952 en 2017) pour un budget d’environ 40 millions d’euros (2017).

Les chaînes de télévision Arte et TV5 ne participeront pas à cette holding à cause de participations étrangères à leur capital, qui rendraient l’opération juridique très compliquée. En revanche, les coopérations avec ces chaînes restent encouragées et sont même renforcées.

Il faut bien comprendre que le choix de créer une société holding signifie surtout le choix, à mon avis raisonnable, de ne pas fusionner toutes les entreprises citées dans une seule et même entreprise. Cela signifie que, dans tous les cas, les sociétés actuelles garderont leur autonomie éditoriale.

C’est ce qu’a confirmé Franck Riester sur France info ce mercredi 25 septembre 2019 : « Il y aura une société mère, une société holding, qui détiendra (…) 100% des actions des quatre sociétés qui seront membres du groupe (…) et ce sont ces sociétés-là qui garderont la ligne éditoriale, qui garderont la décision sur la programmation, et les directeurs ou directrices générales de ces entreprises seront les directeurs de publication. (…) La société holding, on veut que ce soit une société légère en charge de la stratégie, en charge de l’organisation, de la cohérence des projets et des organisations, peut-être de trouver des dispositions pour trouver des effets levier en termes d’optimisation de tous ce que sont les fonctions support, mais le contenu, les décisions de contenus, les décisions sur les informations, etc, resteront bien évidemment dans les entreprises éditrices de programmes. ».





Donc, pour le ministre, la création de France Médias ne signifiera « absolument » pas le retour à l’ORTF. Au contraire, en créant une société holding, le gouvernement souhaite renforcer l’indépendance de l’audiovisuel public par rapport au pouvoir politique. En effet, actuellement, chacune de ces sociétés sont détenues par un actionnaire unique, l’État, et c’est en fait à la fois Bercy (avec l’agence des participations de l’État) et le ministère de tutelle, le Ministère de la Culture (ou le Quai d’Orsay pour France Médias Monde), qui sont les référents actuels.

Avec France Médias, au contraire, le gouvernement sera minoritaire dans le capital de la holding : en effet, selon le ministre, « l’État aura trois représentants sur douze administrateurs. C’est la meilleure façon d’assurer l’indépendance de l’audiovisuel public. ». Les autres membres seront en principe nommés par le CSA et les parlementaires.

Cette indépendance est aussi assurée par le nouveau mode de nomination des dirigeants des entreprises publiques. Actuellement, c’est le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) qui a la charge de procéder à ces nominations. Mais pour le gouvernement, cette attribution fait du CSA juge et partie, puisqu’il est chargé aussi de surveiller que la réglementation soit bien appliquée, en tant que structure de régulation. Auparavant, la réforme de Nicolas Sarkozy qui avait refait nommer ces dirigeants par l’Exécutif, ce qui était moins hypocrite selon le Président de la République de l’époque, laissait toute nomination dans le doute de collusion qui n’était pas satisfaisante non plus pour assurer l’indépendance.

Désormais, ces dirigeants seront nommés directement par le conseil d’administration de leurs sociétés filles. La composition des conseils d’administration aura donc une grande importance.

Franck Riester a évoqué aussi l’intérêt d’une holding pour superviser une stratégie de long terme : « On peut constater qu’avec la révolution numérique, il y a un changement des usages de nos compatriotes. Ils regardent de plus en plus la radio, ils écoutent de plus en plus la télé, et ce, quand ils veulent, sur n’importe quel support, toujours sur le poste de télévision, toujours sur le poste de radio, mais aussi sur leur smartphone. Ces usages changent. Il est très important d’avoir une stratégie globale pour toucher tous ces publics dans leur diversité en leur proposant des contenus audiovisuels spécifiques en fonction des supports. Pour cela, il faut une coordination globale. ».

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Un exemple assez simple à comprendre : chaque interview des invités de la matinée dans les stations de radio peut être reprise si l’invité dit une chose importante (exemple extrême, la démission de Nicolas Hulot, pas même annoncée au Président de la République mais dévoilée le 28 août 2018 sur France Inter). Or, n’avoir qu’une bande son n’est pas très engageant pour les rediffusions. Ainsi, ces interviews sont filmées en caméra fixe, et peuvent être reprises dans un journal télévisé et surtout, sur le site Internet de la radio. Le problème, c’est que Radio France n’a pas beaucoup de compétence pour l’image, c’est plus le rôle de France Télévisions.

Autre exemple inversé : la création de la chaîne d’information continue a réussi surtout grâce à la compétence de la radio France Info capable de tenir des flashs d’information très fréquents, évidemment évolutifs en fonction de l’évolution de l’actualité, alors que la chaîne de télévision France 2 était beaucoup moins souple dans ses journaux télévisés.

Autre sujet qui peut inquiéter, le financement de l’audiovisuel public, actuellement acquis par la redevance de l’audiovisuel public (réservé aux seuls propriétaires de poste de télévision, mais qui finance aussi la radio publique). Or, cette redevance, payée en même temps que la taxe d’habitation, disparaîtra avec la suppression définitive de la taxe d’habitation.

Un autre moyen de financement est donc à l’étude. Il reste préférable que ce soit un moyen propre, c’est-à-dire une ressource directement affectée à l’audiovisuel public et pas simplement une subvention annuelle de l’État provenant du budget général qui pourrait être remise en cause d’une année à l’autre.

Au contraire, avec les contrats d’objectifs et de moyens (COM), l’État a posé comme principe depuis une dizaine d’années une stabilité budgétaire avec une vision de quatre à cinq ans. Rien n’est encore défini à ce sujet. Ce nouveau financement doit intervenir à partir du 1er janvier 2023. Les sociétés filles restent donc avec leur structure budgétaire jusqu’à cette date. Ensuite, ce sera France Médias qui répartira le financement entre les différentes filiales, avec le nouveau financement à définir.

L’intérêt d’une telle réforme, au-delà de celui d’amplifier le mouvement de coopération entre les sociétés publiques, est aussi celui de la puissance pour que le service public puisse peser dans le monde numérique, et celui d’une grande lisibilité du service public auprès des citoyens (qui le financent comme contribuables).

Il y a toutefois des inquiétudes suscitées par ce regroupement purement structurel (et pas éditorial).

Par exemple, l’une des grandes différences entre Radio France, spécialisée en son et en musique, et France Télévisions, spécialisée en image, c’est que Radio France est productrice de toutes ses émissions, tandis que France Télévisions ne produit pas ses émissions mais fait appel à des producteurs extérieurs (ce qui a pu engendrer quelques abus avec des animateurs qui ont créé leur propre société de production). Pour Radio France, maîtriser sa production a une double fonction stratégique : son indépendance (ce qui fait que ses animateurs et chroniqueurs sont moins bien rémunérés mais qui cela leur donne une bonne visibilité), et sa haute qualité (il suffit d’écouter une station du réseau de Radio France et une station privée pour s’en rendre compte, notamment lors de diffusion d’un concert).

L’inquiétude serait alors que l’usage d’une externalisation de la production se généralise et se fasse dans le futur également pour les émissions de radio, ce qui non seulement ôterait l’avantage compétitif en qualité, mais aussi réduirait les marges de manœuvres financières (car cela coûterait a priori plus cher).

Parmi les autres mesures de la réforme de l’audiovisuel (annoncées dès le 3 septembre 2019), qui concernent les chaînes de télévision privées : l’interdiction de publicités ciblées à la télévision, la possibilité de faire une troisième coupure de télévision pour les films ou téléfilms qui durent de plus de 90 minutes, la possibilité de diffuser des films tous les jours de la semaine, et l’obligation pour les plateformes de streaming en ligne (comme Nextflix et Amazon Prime Vidéo) de financer la production française à hauteur d’au moins 16% de leur chiffre d’affaires réalisé en France.

L’agenda de la réforme est le suivant : après examen au CSA et au Conseil d’État, le projet ne sera pas voté au Parlement avant l’été 2020. Cela signifie que le successeur de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions dont le mandat s’achèvera en août 2020, sera désigné selon la procédure actuelle par le CSA au printemps prochain, pour un mandat de deux ans (ce qui peut favoriser la reconduction de la présidente actuelle). Ce sera seulement à partir de 2022 que les patrons des entreprises publiques seront nommés par leur conseil d’administration respectif, avec avis conforme du CSA. Quant au président de la holding France Médias, futur grand manitou de l’audiovisuel public, il sera également nommé par son conseil d’administration, avec avis conforme du CSA et sans veto parlementaire.

Dans l’ensemble, on est loin des "bouleversements" et "chamboulements" annoncés le 4 décembre 2017 à l’Élysée. Mais c’est heureux. Toute entreprise complexe nécessite d’évoluer doucement si l’on veut que ceux qui y contribuent, dirigeants et employés, soient pleinement impliqués dans l’adaptation nécessaire et déjà engagée aux nouvelles mœurs technologiques et sociales. L’application de cette réforme se fera donc au cours du prochain quinquennat, et dépendra évidemment de nouveaux dirigeants de ces entreprises publiques qui seront désignés par la suite.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 septembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Franck Riester : France Médias ne sera absolument pas l’ORTF.
Sibyle Veil, présidente de Radio France.
L’inexactitude de Nicolas Sarkozy sur l’audiovisuel public.
Publiphobie hésitante chez les députés.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190925-france-medias.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/franck-riester-france-medias-ne-218127

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/09/24/37660541.html





 

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 09:30

(audio et vidéo)

Denis Westhoff, le fils de Françoise Sagan, et Sophie Charnavel, directrice des éditions Plon, ont été les invités de Léa Salamé à la matinale de France Inter le jeudi 19 septembre 2019. Ils ont parlé de la publication, le jour même, d'un manuscrit retrouvé de la romancière Françoise Sagan, "Les quatre coins du cœur". On peut réécouter cette interview.

Cliquer sur le lien pour télécharger l'enregistrement audio de l'interview (fichier .mp3) :
http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/11710-19.09.2019-ITEMA_22152995-0.mp3

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190924-francoise-sagan.html

SR
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190919-francoise-sagan.html







 

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8 septembre 2019 7 08 /09 /septembre /2019 03:56

« De quelque façon que vous envisagiez votre rôle dans la vie, tout ce que vous pouvez faire, c’est de le jouer aussi bien que possible. » (Brian Wilson Aldiss, 1964).


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Cela fait un siècle, le 9 septembre 1919, qu’est né à Paris un acteur qui semble désormais oublié, Jacques Marin. L’occasion de retrouver quelques-unes de ses traces dans la culture française (et sur l’Internet).

L’expression "Français moyen" ne veut pas dire grand-chose. Elle est une tournure, sinon une posture, qui ne se base que sur l’apparence, et sur la projection que celle-ci évoque dans une sorte de "mémoire collective", mais "mémoire collective", tout comme "opinion publique", ne veulent pas dire grand-chose non plus.

La France est diversité et unité, à l’image de la belle devise de l’Union Européenne (Unis dans la diversité). Il n’y a donc pas un visage plus "français" qu’un autre, surtout dans un pays qui est présent quasiment sur tous les continents. On le voit aussi pour incarner la République française, les bustes de Marianne dans les mairies ont pour modèles des femmes très différentes, on peut juste supposer que probablement toutes ces femmes se rejoignent dans la beauté, une beauté diversifiée.

Pourquoi ai-je voulu évoquer ce concept de "Français moyen" ? Parce que aussi contestable que puisse être ce concept, il est incontestable néanmoins que Jacques Marin a personnifié avec excellence cette figure du "Français moyen" dans le cinéma français telle que l’on pouvait l’imaginer dans les années 1950, 1960 et 1970.

On n’a pas le choix de la tête qu’on a, et pourtant, Jacques Marin avait tout pour se fondre dans la grande foule française. Des yeux avec des paupières un peu refermées pouvant trahir un petite lâcheté, une petite pointe de regard hagard pouvant faire imaginer l’absorption de vin, la petite moustache franchouillarde au possible… C’est une grosse caricature, évidemment, mais un bon comédien utilise son apparence pour se fondre dans un scénario de film. D’autres l’ont fait extraordinairement, comme Louis de Funès, Bernard Blier, etc. …et même Sim. Le ressort comique procède de la caricature.

Dans l’aspect "Français moyen", il y a un concept ultérieur (illustré par Cabu) du "beauf". C’est le physique idéal de l’image qu’ont eue les cinéastes du "collabo" sous l’Occupation nazie. Une sorte de Pierre Laval en plus doux, en moins politisé. Jacques Marin a joué ainsi l’épicier collabo dans "Mais où est don cpassée la septième compagnie ?" de Robert Lamoureux en 1973. Dans le même registre, on aurait pu imaginer Jacques Marin jouer le rôle de Robert Bidochon dans la célèbre bande dessinée de Christian Binet, avec son béret basque et ses moustaches.

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Concrètement Jacques Marin, quiconque connaît le cinéma français des premières décennies de la Cinquième République ne peut ignorer qui il était. On ne peut que le reconnaître dans les centaines de rôles qu’il a joués. Des seconds voire des troisièmes rôles, souvent transparents, souvent sans intérêt dans l’histoire, mais qui sont indispensables à la bonne tenue de l’ensemble. D’autres ont montré à quel point leur apport était succulent, je pense notamment à Robert Dalban et à Jean Bouise, mais il y en a des dizaines qui, modestement, ont apporté cette valeur ajoutée d’humanité à certains films.

Probablement que le rôle récurrent le plus joué par Jacques Marin fut celui de commissaire de police. Avec son chapeau, sa moustache, son cigare, son imperméable, il donnait l’allure des policiers des années 1950, à l’époque d’avant le taser, d’avant le flash-ball, etc.

La boulimie de travail de Jacques Marin était impressionnante. Il a commencé à jouer en 1946 et travailla avec de nombreux grands réalisateurs et comédiens. Jean Gabin fut l’un de ses grands amis. Il était également un excellent anglophone par son épouse, si bien qu’il a joué également dans de nombreux films américains en anglais, aux côtés de grands acteurs américains (et actrices : Audrey Hepburn par exemple).

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Jacques Marin a également joué dans de nombreux téléfilms pour la télévision et dans de très nombreuses pièces de théâtre, certaines retransmises en direct à la télévision (dans l’émission "Au Théâtre ce soir").

Mais Jacques Marin n’était pas qu’une image, il était aussi une voix, car paradoxalement, son anglophonie l’a amené à faire de très nombreux doublages en français de films et de dessins animés américains, peut-être que le plus connu de ses doublages est la voix du shérif de Nottingham dans le dessin animé "Robin des Bois" sorti en 1973.

Il a arrêté sa carrière cinématographique au début des années 1990, et il est mort à l’âge de 81 ans à Cannes, le 10 janvier 2001, à l’hôpital, il avait choisi de vivre sur la Côte d’Azur pour sa retraite. Dix-huit ans plus tard, son souvenir s’efface peu à peu dans les esprits, et c’est dommage.

Voici donc quelques exemples où Jacques Marin est apparu dans sa carrière dont des sketchs qu’on pourra juger largement dépassés de nos jours (technologiquement et sociologiquement).


1. Sketch du téléphone avec notamment Jean Lefebvre.






2. Sketch du médecin.






3. Cinéma : "Les bons vivants" de Gilles Grangier et Georges Lautner (1965).






4. Théâtre : "Sacrés fantômes" avec notamment Odette Laure (7 mai 1976).






5. Ovni audiovisuel : "Cinematon" de Gérard Courant (1994).






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6 septembre 2019 5 06 /09 /septembre /2019 02:46

« Moi, j’ai toujours été un peu touche-à-tout dans ce métier, j’ai bricolé un peu dans la radio, la télévision, le cinéma, le théâtre, les livres, et puis je pense que je suis heureux dans ce petit train départemental. J’ai pris un omnibus, moi, pour faire ma carrière. Je suis parti de la gare de départ il y a cinquante ans et j’arrive à peine. Alors que maintenant, les mômes, ils prennent un TGV, ils sont rendus tout de suite et ils tapent dans le butoir. » (Sim, le 9 mai 2009 sur France 2).


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Il y a dix ans, le 6 septembre 2009, à Fréjus, l’humoriste Sim s’en est allé des suites d’une pneumonie, laissant le monde du spectacle dans la tristesse alors qui pendant une cinquantaine d’années, il avait passé son temps à faire rire tout le monde. Il avait 83 ans (né le 21 juillet 1926). Sim n’était pas un arriviste, pas un ambitieux, il ne rêvait pas d’être une star. Il a rarement cherché à séduire mais bourré d’autodérision, il s’est jeté dans l’humour comme d’autres se jettent dans un bain chaud.

Ce n’était pas une star. Certes, il s’est marié trois fois, mais les deux premières fois, c’était pour apprendre (et faire un enfant). La dernière fut la bonne, et cela pendant quarante-deux de mariage : « Je n’ai pas eu la chance-là [de trouver une femme fortunée pour ma retraite], mais par contre, elle a un cœur qui vaut tous les coffres-forts ! » (9 mai 2009). Tout est dit dans cette formule. Son amour émouvant. Et aussi, son sens étincelant de la formule.

Il a tout fait et rien fait. Son principe était du touche-à-tout. Bien sûr, il fallait bien manger et donc, il a accepté de tout faire, et d’ailleurs, il a défini la retraite ainsi : la possibilité de choisir. La possibilité de dire non, de ne faire que ce qu’il aimerait.

Son père était un électricien du cinéma, et pour travailler dans le film d’Abel Gance sur Napoléon, au lieu d’aller en Corse, ils sont allés tourner dans les Pyrénées, cela coûtait moins cher. À Sim, cette économie lui a sauvé la vie ! Là, l’électricien a rencontré une jolie bergère et les deux ont engendré Simon Jacques Eugène Berryer : « Je me suis dit : allons au plus simple. J’ai pris les trois premières lettres de mon prénom, Sim. Et j’ai eu de la chance de ne pas m’appeler Constant. » (9 mai 2009).

Laurent Ruquier a invité Sim dans son émission du samedi soir quelques mois avant sa mort, si bien qu’il a pu retracer toute la carrière de ce drôle de comique qu’était Sim, dont la tête, vieille et supposée laide, a été son principal atout pour faire rire.

Sim a raconté dans cette émission que son premier baiser avec une femme, il l’a eu à 15 ans. C’était pendant la guerre, à Nantes. Il avait entraîné la fille dans une tranchée et au moment du baiser, des bombardements ont eu lieu. Depuis ce temps-là, il s’est toujours méfié des baisers.

Dans les années 1950, il a commencé sa carrière par un concours de grimaces, et il n’a pas eu tort car sa gueule, elle était chouette ! Bien plus tard, il a fait un livre sur cela, "Elle est chouette, ma gueule" (éd. Flammarion), c’était son premier livre en 1983, et ce fut un énorme succès puisqu’il en a vendu plus d’un million d’exemplaires (ce qui est énorme pour un livre ; pour comparaison, "Soumission" de Michel Houellebecq s’est vendu à 600 000 exemplaires).

Sur l’écriture, qu’il a vaguement pratiquée, on peut dire que ses bouquins se lisent comme on boit du petit lait, avec rythme et humour. Il a publié neuf livres, le dernier peu avant sa mort, "Et la retraite, bordel ?" (éd. Le Cherche Midi). Certains auraient voulu qu’il s’investît plus densément dans l’écriture.

Mais il n’a jamais voulu être un écrivain, encore moins un romancier : « Quand j’écris, j’essaie de me doubler d’un lecteur. Je veux savoir si je ne vais pas m’ennuyer. C’est peut-être le sens du spectacle qui fait que je ne veux pas ce qu’on appelle tirer à la ligne, remplir des pages pour en faire un nombre suffisant pour faire un livre. Cela ne m’intéresse pas du tout. Je mets très longtemps. Si je bute contre une idée ou une phrase, j’arrête, je peux reprendre quinze jour après, mais pendant quinze jours, j’y pense. » (9 mai 2009).

Comme beaucoup d’artistes, Sim a connu une vie difficile au début de sa carrière, pour être connu. Il fallait accepter des petits boulots, faire des sketchs de cabarets en cabarets, faire rire dans les soirées… Il a ainsi connu beaucoup de futurs "grands" qui n’étaient encore pas connus. Ainsi, il a partagé une chambre avec Jacques Brel et les deux étaient plutôt désespérés, chacun remontant le moral de l’autre. Jacques Brel a d’ailleurs failli casser sa guitare car il n’était pas écouté, bruit ambiat était plus fort que ses chansons.

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Sim fut aussi "dresseur de tétons" avec Charles Aznavour ! Cela ne s’invente pas. Pour maintenir les seins comme il le fallait pendant son spectacle, Pamela avait besoin qu’on les excitât un peu, en tout bien tout honneur, bien sûr ! Il fut aussi un grand copain de Pierre Brasseur qui était rejeté par ses collègues pendant les tournages, à cause de son comportement de grand buveur nocturne.

Sim a connu aussi Coluche à ses débuts dans les cabarets. Lui en vieille dame, Coluche en habit de camionneur, Coluche l’a poussé dehors et ils sont rentrés dans le premier hôtel venu. Et Coluche a demandé au gardien une chambre pour un quart d’heure ! À partir d’un moment, la réputation de Sim comme amuseur public était faite, si bien que beaucoup d’artistes refusaient de se produire après lui car c’était difficile de faire rire encore après sa prestation.

Comédien, Sim a fait un peu (très peu) de théâtre et aussi, il a fait du cinéma. Mais jamais il n’a voulu faire une carrière au cinéma. Son premier film était "Les Gaîtés de l’escadrille" en 1958. Sim n’a tourné que dans une vingtaine de films, dont beaucoup de navets qu’il n’osait plus évoquer (il fallait bien manger). Il pouvait toutefois se prévaloir d’avoir fait des films avec Michel Audiard (dont "Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais …elle cause ! " en 1970, où il faisait une libellule !). Sa fierté était d’avoir tourné dans le premier film de Guy Lux  ("Drôles de zèbres" en 1977) et dans le dernier film de Federico Fellini ("La Voce della luna" en 1990). Il faut également citer "Les Mariés de l’an II" de Jean-Paul Rappeneau en 1971 avec Marlène Jobert et "son père", Pierre Brasseur, "Le Roi des bricoleurs" de Jean-Pierre Mocky en 1977, et deux participations dans Astérix (en 1999 et 2008) où il jouait avec merveilles le rôle du vieil Agecanonix aux côtés d'Arielle Dombasle.

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Sim a aussi joué quelques rôles pour la télévision dont le plus connu est le comte Théo de Montalenvert, pour épicer certains épisodes de la série de celui qu’il considérait comme un véritable frère (qu’il n’a jamais eu), Victor Lanoux : "Louis la Brocante". Il faut noter d’ailleurs qu’au théâtre, Sim a peu joué, mais surtout dans des pièces de Victor Lanoux.

Artiste de variétés, Sim s’est beaucoup fait connaître du grand public à la télévision, par ses prestations dans les années 1970-1980. D’abord chez Guy Lux, où il interprétait quelques sketchs et de nombreuses chansons, parfois très pourries ! Cependant, en 1978, avec Patrick Topaloff, ils ont réussi à faire une parodie de "Grease" ("You’re the One That I Want") : "Mais où est ma ch’mise grise ?" et leur disque, enregistré à la va-vite, a fait un carton, deux fois disque d’or !

Ensuite, il est intervenu très régulièrement dans les fameuses "Grosses Têtes" animées (sur RTL et parfois sur TF1) par Patrick Bouvard qui fut un grand ami de Sim. Dans les années 1970 à 1990, il fut en effet, tant à la radio (une voix) qu’à la télévision (une gueule), l’un des participants les plus imaginatifs et drôles de la bande.

C’était donc chez Guy Lux puis chez Philippe Bouvard qu’il a fait beaucoup de sketchs qui, parfois, ont mal vieilli. Son personnage le plus connu est la baronne de La Tronche-en-Biais (qui dit bien ce que ça veut dire !). C’était une idée de Fernand Reynaud qui lui a proposé de faire ce personnage dans des sketchs chez Guy Lux.

Pour lui rendre hommage, je propose ici quelques-uns de ses nombreux sketchs et chansons pour retourner un peu dans un passé pas si lointain de la télévision de grand-papa.


1. Le permis de conduire (version avec Pierre Louis).






2. Le permis de conduire (version avec Jacques Balutin).






3. La princesse (interrogée par Léon Zitrone).






4. Une chanson avec Carlos.






5. Le sumotori.






6. Le ramoneur.






7. La femme de ménage à Bobino.






8. Le kiné.






9. Scapin.






10. Le dentiste.






11. Torture médiévale.






12. Tintin et Milou.






13. Coqs gaulois.






14. Le costaud des Batignolles.






15. Les clowns avec Pierre Bellemare et Jacques Pradel.






16. Surprise avec Daniel Prévost.






17. Les chaussures vernies.






18. Le manoir familial.






19. Rétrospective de l’INA.






20. Sim chez Laurent Ruquier ("On n'est pas couché") le 9 mai 2009 sur France 2.






21. Mais où est ma chemise grease ? (avec Patrick Topaloff).






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29 août 2019 4 29 /08 /août /2019 17:44

« Moi comme les autres, on est partagé entre l’irritation d’être regardé, interrogé, et le plaisir d’être regardé et interrogé, et vu, et aimé par les autres. On a ça simultanément en soi. » (Michel Aumont, France 3, le 3 avril 1993).


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Pudeur, timidité, discrétion… ces qualités sont rarement celles d’un acteur et pourtant, elles le furent pour Michel Aumont qui vient de brutalement disparaître ce jeudi 29 août 2019 à l’âge de 82 ans (il est né le 15 octobre 1936 à Paris). Le 3 avril 1993, il se faisait l’antistar : « Quand je suis rentré il y a trente-cinq ans, les acteurs du Français [Comédie-Française] étaient presque tous (…) des acteurs vedettes. Et bon, cette période est passée, indéniablement. ».

Michel Aumont fut un immense comédien, au talent exceptionnel. J’avais eu déjà l’occasion de louer sa carrière et ses interprétations il y a presque trois ans. Des centaines de représentations au théâtre, avec des rôles parmi les plus grands qui lui valurent quatre Molière, des dizaines et des dizaines de films au cinéma (avec les plus grands réalisateurs et les plus grands acteurs français) qui font qu’il est impossible de ne pas le reconnaître.

Il était reconnu, mais peut-être pas connu avec un nom presque anonyme, ce qui n’était certainement pas pour lui déplaire. À ce titre, il était justement excellent dans les seconds rôles car les seconds rôles doivent toujours s’effacer derrière les stars, mais justement, Michel Aumont n’avait pas l’esprit de star. Il aimait juste jouer la comédie : « Je suis comédien, tout bêtement ! ».





Dans un entretien accordé le 20 juin 2016 à Laurent Beauvallet pour "Ouest-France", il est revenu sur cette modestie : « On n’est jamais sûr de soi, c’est toujours à recommencer. Je m’escrime à chaque fois comme si c’était la première fois. Je suis un acteur d’instinct. ». Et ses rôles préférés : « Au cinéma, celui que j’ai préféré, c’est "Les invités de mon père", d’Anne Le Ny. J’aimais beaucoup ce bon pépé, très simple et humain. Et le film était joli. Au théâtre, comme je suis très cabotin, je veux jouer les premiers rôles, pas les seconds. ».

Pour le Ministre de la Culture Franck Riester, il « avait su conquérir le cœur des Français, passant du théâtre au cinéma avec cette générosité discrète qui emplissait chacun de ses rôles. Sociétaire honoraire de la Comédie-Française, il avait l’aisance des grands. » (Twitter, 29 août 2019).

Sa voix très posée l’a conduit aussi à lire des textes classiques essentiels, comme "Le Banquet" de Platon recommandé par France Culture. Pour "L’Enseignant", Robert Leroux écrivait à ce sujet : « Son talent de narrateur permet d’en préserver toutes les subtilités en rendant "digeste" et accessible à tous ce banquet qui reste l’un des grands écrits fondateurs de la philosophie. ». Jean-Yves Patte et Claude Colombini Frémeaux qualifiaient l’acteur ainsi : « Un lecteur-acteur, un guetteur d’esprit, un quêteur qui nous offre des instants précieux, rares. ».

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Comme je l’avais déjà indiqué, je trouve que l’une des meilleures interprétations de Michel Aumont a été dans "Cours privé", réalisé par Pierre Granier-Deferre (sorti le 12 novembre 1986), un film assez glauque avec un rôle encore plus glauque, directeur d’une école privée qui cherche à draguer et intimider une nouvelle professeure, la très belle et séduisante Élizabeth Bourgine.

Dans "Le Placard", réalisé par Francis Veber (sorti le 17 janvier 2001), chronique sociale dans le milieu de l’entreprise, Michel Aumont est un jeune retraité, homosexuel, amoureux des chats et directeur de conscience d’un comptable sans imagination qui a la trouille d’être licencié.





Autre grand classique, plus ancien, auquel a participé Michel Aumont (alors jeune), ce fut "Le Jouet", également réalisé par Francis Veber (sorti le 7 décembre 1976), dans lequel Michel Aumont est le directeur d’un magasin de jouets qui veut "offrir" Pierre Richard au gosse gâté du propriétaire.





Je termine ici par ce dialogue succulent (déjà cité il y a trois ans) de deux "vieillards" de la comédie, chez Laurent Ruquier qui avait fait venir Michel Aumont et Claude Brasseur le 30 août 2014 sur France 2 pour faire la promotion de la pièce "La Colère du Tigre" (de Philippe Madral, mise en scène de Christophe Lidon) au Théâtre de Montparnasse. Michel Aumont était alors le peintre très connu et riche (mais en mal d’inspiration) Claude Monet et Claude Brasseur le vieux Tigre, c’est-à-dire, Clemenceau.






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"Les Éternels".
Jacques Rouxel.
François Berléand.
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"Quai d’Orsay".
Michel Legrand.
Gérard Depardieu.
Maria Pacôme.
Ennio Morricone.
Francis Lai.
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
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14 août 2019 3 14 /08 /août /2019 03:40

« Je ne suis pas un homme de texte. Je m’intéresse plus aux sentiments, à l’émotion du moment qu’aux mots. Donc, je peux dire n’importe quel mot. Pour moi, ce qui compte, c’est la sincérité avec laquelle je le dis. (…) Je peux dire "carburateur" alors que cela n’a aucun rapport avec ce que je dois dire. Je ne m’en aperçois pas. » (Pierre Richard, le 16 décembre 2006 sur France 2).


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L’acteur Pierre Richard fête son 85e anniversaire ce vendredi 16 août 2019 (il est né à Valenciennes). Comment peut-on être si original avec un nom si commun ? Pierre Richard est une sorte de compromis entre Louis de Funès, version soumise et distraite, et Jacques Tati, version cinéma parlant. Comme ce dernier, il a réalisé quelques films, mais c’est surtout comme acteur qu’il est éclatant.

Il est le petit-fils du patron d’une usine dans le Nord : « C’est vous dire que je n’ai pas tellement suivi son chemin. ». Sa famille n’était pas très heureuse quand il a choisi la comédie : « J’étais fâché pendant quinze ans, jusqu’au moment où j’ai fait mon premier film. ». Il est un acteur assez particulier et original dans le cinéma français. Parce qu’il a sa manière très personnelle de jouer. Tout en sensibilité, tout en émotion.

Ses duos sont irrésistibles : avec Mireille Darc, avec Jane Birkin, mais aussi avec des hommes, avec Jean Carmet, avec Pierre Palmade, et surtout, avec Gérard Depardieu. Jetant au fond d’une oubliette le concept du clown triste, Pierre Richard invente le clown distrait.

Enfin, le clown distrait seulement dans la première de sa carrière. Il n’était déjà plus très jeune, il a brillé dans ces rôles dans les années 1970 et 1980, il avait déjà la quarantaine, voire la cinquantaine déjà. Gesticulateur, avec ses grandes jambes, une stature qui s’impose sans en imposer, du mime parfois, un peu à la Charlie Chaplin. Tout en silence.

Forcément que le public l’aime : timide, modeste, distrait, maladroit, malchanceux, il a tout pour plaire, tout pour réaliser ce phénomène d’identification, aucune arrogance, aucune suffisance, de la gentillesse à revendre et un cœur immense. S’il faut résumer, je choisis deux films : "Le Grand Blond avec une chaussure noire" et "La Chèvre". Mireille Darc et Gérard Depardieu. Sans compter tous les autres acteurs succulents (Bernard Blier, Jean Rochefort, Paul Le Person et Jean Carmet pour le premier, Michel Robin et Corynne Charby pour le second, pour les deux, une apparition de Robert Dalban).

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Dans la seconde partie de sa carrière, il est l’acteur "vieux". Je l’ai découvert avec un téléfilm en Robinson Crusoé. Il n’a pas changé dans le comportement (il reste toujours un grand enfant rêveur) mais son apparence a transmuté. Le voici en vieillard, avec une barbe blanche, comme l’avait laissé pousser aussi l’ami Jean-Pierre Marielle. Ses yeux sont toujours aussi brillants et farceurs, son sourire irrésistible, mais il apparaît "vieux".

Mais pourquoi donc ces acteurs laissent-ils pousser leur barbe blanche ? Tout le monde ne peut pas rivaliser avec le Père Noël. Et pour Pierre Richard, cela peut lui faire le look d’un vieil anarchiste de droite solitaire et désabusé de la vie, ce que le sourire scintillant, heureusement, dément immédiatement.

Je propose ici sept occasions où Pierre Richard a été, selon moi, extraordinaire. Bien sûr, c’est un choix personnel, donc subjectif et arbitraire, mais ce sont des films ou prestations que j’ai adorés et qui tiennent grâce à l’aura de Pierre Richard.


1. "Le Grand Blond avec une chaussure noire" (sorti le 6 décembre 1972)

Ce film réalisé par Yves Robert (avec une collaboration avec Francis Veber pour le scénario) est un film "culte". Un faux agent pour rendre confuse une situation déjà confuse. Avec une suite, "Le retour du Grand Blond" (1974).






2. "La course à l’échalote" (sorti le 8 octobre 1975)

Réalisé par Claude Zidi, le film reprend les mêmes ficelles comiques que "La moutarde me monte au nez". Pierre Richard joue avec une Jane Birkin pleine de charme et un commissaire perplexe, Michel Aumont.






3. "Le coup du parapluie" (sorti le 8 octobre 1980)

Un film comique réalisé par Gérard Oury, qui met en scène Pierre Richard, acteur de pacotille devant singer un tueur à gages, avec un vrai tueur à gages, avec Valérie Mairesse, et aussi Gérard Jugnot, Dominique Lavanant, Robert Dalban, etc.









4. "La Chèvre" (sorti le 9 décembre 1981)

Film réalisé par Francis Veber, parmi les plus réussis de Pierre Richard, avec un humour subtil très rafraîchissant. Le duo Pierre Richard et Gérard Depardieu fonctionne à merveille (le rêveur maladroit et le réaliste sérieux) et a donné "Les Compères" (1983) et "Les Fugitifs" (1986), toujours de Francis Veber. Pour l’anecdote, il faut savoir que le duo initialement pressenti était très différent, Jacques Villeret pour le rôle de Pierre Richard et Lino Ventura pour celui de Gérard Depardieu.









5. "Robinson Crusoé" (diffusé le 22 décembre 2003 sur France 2)

Ce téléfilm réalisé par Thierrry Chabert reprend le livre très célèbre de Daniel Defoe (qui fut le livre fétiche de Michel Déon). Pierre Richard apparaît ici dans un rôle inédit pour lui.






6. "Pierre et fils" (créée le 21 septembre 2006 au Théâtre des Variétés à Paris)

Dans une pièce de théâtre mise en scène par Christophe Duthuron et écrite par Pierre Palmade et Christophe Duthuron, le duo Pierre Palmade et Pierre Richard fonctionne, lui aussi, très bien. L’effet comique est garanti par l’inversion des rôles : Pierre Richard, le père, est l’homme enfant, clochard irresponsable et rêveur, tandis que Pierre Palmade, le fils, est l’homme adulte, patron d’un supermarché, rationnel et sérieux. C’est Isabelle Mergault qui a trouvé le titre. La pièce se structure sous forme de dix sketchs, un peu comme les pièces avec le duo Pierre Palmade et Michèle Laroque.

Voici deux répliques savoureuses de Pierre Richard. La première : « In vino veritas, in Bordeaux veritas, in whisky whiskas, bien entendu ! ». La seconde : « Tu n’as pas eu de père, alors tu n’as pas eu de repère ! ».









7. "King Guillaume" (sorti le 28 janvier 2009)

Réalisé par Pierre-François Martin-Laval, le film fait apparaître une île bretonne au milieu de nulle part dont Pierre-François Martin-Laval, petit banlieusard, conducteur de petit train, marié à Florence Foresti, joueuse de tuba, devient le roi. Dans cette île vit toute une communauté assez étrange, Pierre Richard, Isabelle Nanty (Pamela !), Omar Sy, et aussi Rufus.






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