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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 12:33

Réussira-t-il son "come-back" ? Pas sûr mais il a un double avantage sur les autres : l’expérience, et sa capacité à mener une campagne électorale qui nécessite énergie et santé.


yartiSarko2014092101L’ancien Président de la République Nicolas Sarkozy a annoncé le vendredi 19 septembre 2014 sur Facebook qu’il serait candidat à la présidence de l’UMP en novembre prochain. Faisant son grand retour sur la scène politique depuis son échec du 6 mai 2012, Nicolas Sarkozy a été interviewé pendant trois quarts d’heure par le journaliste Laurent Delahousse au journal de 20 heures sur France 2 le dimanche 21 septembre 2014.

Ne pas parler ouvertement et publiquement de la vie politique pendant vingt-huit mois quand on n’a fait que cela pendant trente-cinq à quarante ans, c’était un exploit. Mais comme toutes les victimes d’addiction, on peut toujours rechuter. Il est imaginable à quel point Nicolas Sarkozy s’est retenu de s’exprimer alors que son nom sonnait comme le sésame du rassemblement de la majorité actuelle.

Nicolas Sarkozy, à 59 ans, se retrouvait dans la même position que Lionel Jospin et que Valéry Giscard d’Estaing. Lionel Jospin car, comme lui le 21 avril 2002, Nicolas Sarkozy avait annoncé qu’il quitterait la vie politique s’il était battu. Valéry Giscard d’Estaing aussi, car, comme lui le 10 mai 1981 (VGE n’avait alors que 55 ans), Nicolas Sarkozy a toujours été un animal politique qui a vécu de politique, par passion, et qu’échouer si jeune, interrompre une trajectoire si tôt est particulièrement difficile à admettre. Sans oublier le désir naturel d’une revanche historique.

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Valéry Giscard d’Estaing avait toujours cru en son retour pour les deux élections présidentielles qui ont suivi son échec, en 1988 puis en 1995 (il avait alors 69 ans, l’âge qu’a aujourd’hui Alain Juppé), et avait souhaité prendre le 30 juin 1988 la présidence de l’UDF occupée par Jean Lecanuet, qu’il laissa à François Léotard le 31 mars 1996. Il s’était fait réélire conseiller général dès le 14 mars 1982, puis député le 23 septembre 1984 (il y a exactement trente ans). Il renonça à une nouvelle candidature présidentielle le 12 février 1987 (pour soutenir Raymond Barre) puis le 8 mars 1995 (pour soutenir Jacques Chirac). Il n’a lâché prise que le 2 avril 2004 où il a décidé de siéger (enfin) au Conseil Constitutionnel, après son retrait de l’Assemblée Nationale deux ans plus tôt (le 18 juin 2002) et son échec aux élections régionales en Auvergne (il était le président du Conseil régional sortant jusqu’au 2 avril 2004).

Après avoir imité Lionel Jospin pendant la première moitié du quinquennat de François Hollande, Nicolas Sarkozy a finalement décidé de reprendre les traces de Valéry Giscard d’Estaing en allant dans l’arène, sur le champ des actions partisanes. Cela correspond probablement plus à sa nature que de devenir une sorte de "sage" qu’il aurait eu beaucoup de mal à faire percevoir aux Français.

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Pour revenir ainsi, il lui fallait une nouvelle fois convaincre qu’il avait changé. La question ne dépend évidemment pas de son entourage ni de ses futurs soutiens, mais de l’opinion publique : la mayonnaise prendrait-elle une nouvelle fois ? La question reste en suspens.

La prestation télévisée de l’ancien chef de l’État avait deux buts : d’une part, il lui fallait solder les comptes politiques de 2012 ; d’autre part, il lui fallait convaincre les Français de la nécessité de son retour.

Solder 2012, c’était expliquer qu’il était entièrement responsable de sa défaite électorale (néanmoins en rappelant qu’il avait rattrapé son grand retard pendant la campagne), et reconnaître qu’il avait pu s’être trompé. Réfutant le concept de "ligne Buisson", il a affirmé qu’il pouvait penser par lui-même.

Il a fait son acte de repentance dans deux domaines qui l’ont particulièrement éloigné de l’opinion publique : sur l’hyperprésidentialisation et sur certaines vulgarités de langage sorties de sa bouche. Il a mis sur le compte de l’impatience à bien faire sa propension à vouloir tout faire, tout diriger. Il a reconnu qu’il aurait dû plus déléguer, plus laisser les autres faire. Il a aussi regretté d’avoir prononcé quelques mots vulgaires qui ne le correspondaient pas, sur le coup de la colère, se déclarant être un homme poli, et disant clairement qu’il ne le referait pas, si c’était à refaire.

Mais il lui fallait aussi expliquer pourquoi il revenait alors qu’il avait dit qu’il ne reviendrait pas. Parce que la situation de la France est catastrophique. Économiquement, certes, mais aussi moralement. Nicolas Sarkozy a entendu la colère des Français et il est déconcerté par le nombre de Français qui ne veulent plus réfléchir de manière rationnelle sur l’avenir de la France et de l’Europe.

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L’ancien Président a fait un parallèle entre la situation actuelle et celle de 2008. En 2008, la France a subi une grave crise internationale de la même ampleur qu’en 1929. Tandis que maintenant, le contexte international est complètement différent, plutôt à la croissance et c’est la France qui plombe la croissance européenne. Il a même pris une métaphore écolière en disant que c’était assez fort de café que le mauvaise élève de la classe (la France) demande au premier de la classe (l’Allemagne) d’apprendre un peu moins bien ses leçons pour pouvoir être rattrapé (Manuel Valls est ce lundi 22 septembre 2014 à Berlin pour négocier avec Angela Merkel sur fond de déficit qui n’en finit pas d’exploser).

Tout au long de son entretien, Nicolas Sarkozy a évoqué le manque d’autorité, l’absence de vision de son successeur, en particulier sur l’Ukraine et les relations avec Vladimir Poutine. Il a également évoqué l’UMP elle-même, constatant son manque de leadership et les profondes divisions claniques depuis son départ de l’Élysée. Il souhaiterait donc refonder un parti sur la base de l’UMP qui rassemblerait à la fois les anciens UMP mais aussi les centristes, et même des gens de gauche, des écologistes etc. en insistant sur le fait que le clivage gauche/droite était anachronique (ce en quoi il a raison, dommage qu’il ne l’avait pas perçu avant 2012).

Retrouvant la modération, Nicolas Sarkozy a dit clairement sa volonté que François Hollande finisse son quinquennat jusqu’à son terme, considérant qu’il a été élu pour cinq ans et qu’il fallait défendre les institutions. Il a également refusé de dire s’il reviendrait sur le mariage gay (ce qui serait, il faut bien le remarquer, assez difficile à faire juridiquement).

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Nicolas Sarkozy aurait changé mais il n’a pas changé complètement de méthode. Lorsqu’on lui a parlé des affaires judiciaires en cours, il a parlé de ses neurones et dit que s’il avait quelque chose à se reprocher, il n’aurait jamais eu la bêtise de revenir en politique. Mais avec toutes les affaires, les affirmations de mauvaise foi, le mensonge de Jérôme Cahuzac et encore il y a quelques jours, les derniers avatars de la fraude fiscale avec un récent sous-ministre, l’argument ne paraît pas très probant.

Il n’a pas non plus changé quand il a parlé de l’immigration. Il voudrait rassembler vers le centre et la gauche mais il a remarqué quand même qu’il n’était pas allé assez loin sur l’immigration et est revenu sur la nécessité de réformer voire supprimer les Accords de Schengen. Rappelons (ce n’est sûrement pas le journaliste, obsédé par les questions politiciennes, qui aurait pu le rappeler) que le Royaume-Uni n’est pas dans l’Espace de Schengen et qu’il subit de graves problèmes d’immigration (dont la France paie quelques pots cassés puisque, avant d’arriver en Angleterre, ces arrivants passent par le Pas-de-Calais). Schengen n’y est pour rien, d’autant plus que les plus grandes vagues migratoires se font à l’intérieur même de l’Afrique et pas de l’Afrique vers l’Europe.

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La réaction à ce retour, en fin de semaine, des principaux leaders UMP, a été double.

Les présidentiables, ils ne sont plus que deux, demeurent plus que jamais dans leur perspective. François Fillon a décidé de rester à coprésider l’UMP jusqu’à l’élection d’un nouveau président et à rester un homme libre ensuite. Alain Juppé a été plus clair. Ayant annoncé dès le 20 août 2014 sa candidature à une primaire ouverte pour la présidentielle de 2017, il a affirmé sur i-Télé/Europe 1/"Le Monde" le dimanche 21 septembre 2014 qu’il entendait rester candidat, en allant jusqu’au bout : « Je ne suis pas une girouette. Si j’ai dit ça, c’est parce que j’y ai réfléchi, pensé, j’en ai envie et donc, je vais aller jusqu’au bout. Je sais bien qu’aujourd’hui, le match a commencé et que le tacle commence. On essaie de faire croire que je n’irai pas jusqu’au bout. Eh bien, je vais en apporter la démonstration. Vous le verrez en 2016 et 2017 (…). Je le confirme, je l’écris, je le signe. » et en évoquant ainsi Nicolas Sarkozy : « La France a besoin d’apaisement. ». Annonçant qu’il ne briguerait pas de second mandat, Alain Juppé s’est même payé le luxe de publier sur son blog, pendant que Nicolas Sarkozy s’exprimait, son projet d’alternance basé sur quatre points : nouvelle croissance, nouvelle éducation nationale, nouvelle Europe, nouvel élan d’unité nationale (un thème cher à François Bayrou).

Déjà candidats à la présidence de l’UMP, les anciens ministres Hervé Mariton (très impliqué lors du débat sur le mariage gay) et Bruno Le Maire (qui fait une campagne sur le terrain très appréciée) ont affirmé qu’ils ne renonceraient pas à leur candidature malgré celle de Nicolas Sarkozy.

En revanche, la plupart des leaders de la jeune génération ont rejoint finalement la démarche de Nicolas Sarkozy, en particulier François Baroin, Jean-François Copé, Nathalie Kosciosko-Morizet, Laurent Wauquiez, etc.

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Le retour de Nicolas Sarkozy réussira-t-il ? La ficelle semble assez grosse, mais pas plus que "l’ennemi, c’est la finance internationale". Les Français sont en perte de repère. Nicolas Sarkozy a voulu insister sur le fait qu’il serait le seul rempart efficace contre Marine Le Pen dont il a évoqué la responsabilité sur la situation actuelle de la France par son abstention au second tour de l’élection présidentielle de 2012.

Car voici bien le pire cauchemar des socialistes aujourd’hui : que leurs électeurs soient finalement tentés sérieusement de voter, malgré eux, par vote utile, dès le premier tour, pour Nicolas Sarkozy en 2017, pour faire barrage à Marine Le Pen et éviter que celle-ci se retrouve face à un candidat (PS) qu’elle pourrait réellement vaincre.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 septembre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le bilan de Nicolas Sarkozy (2007-2012).
Sarkozy bashing.
Ligne Buisson ?
François Hollande.
Manuel Valls.
Valéry Giscard d’Estaing.
Alain Juppé.
François Fillon.
Jean-François Copé.
François Baroin.
Bruno Le Maire.
Nathalie Kosciosko-Morizet.

yartiSarko2014092108


 

 http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-retour-de-nicolas-sarkozy-et-le-157079 

 

 





 

 

 

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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 20:12

L'ancien Premier Ministre et actuel maire de Bordeaux Alain Juppé, fondateur de l'UMP, a annoncé le 20 août 2014 qu'il serait candidat à la primaire organisée à l'UMP pour désigner le candidat UMP à l'élection présidentielle 2017, une primaire qu'il souhaiterait voir se dérouler avant l'été 2016.

SR

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 07:28

Dans un sondage, seulement 3% des sondés voudraient la candidature de François Hollande et même si ce dernier était candidat, 81% des sympathisants du PS voudraient quand même une primaire socialiste pour 2017. Avec une telle impopularité présidentielle, Manuel Valls pourrait devenir le joker indispensable d'un PS en pleine décomposition…


yartiVholls01Le choix d’un Premier Ministre a toujours été l’une des décisions clefs d’un Président de la République sous la Ve République. Traditionnellement, le Président nommait deux Premiers Ministres par mandat, le premier plutôt issu de sa majorité parlementaire, très représentatif des partis qui le soutenaient, et le second, plus homme fidèle, pas forcément élu, pas forcément légitimé par les partis ou le suffrage universel (Georges Pompidou, Maurice Couve de Murville, Pierre Messmer, Raymond Barre, Dominique de Villepin). Cela évidemment n’exclut pas de très nombreuses exceptions, entre un François Mitterrand qui en a nommé beaucoup plus (trois à quatre par mandats) et Nicolas Sarkozy qui n’en a nommé qu’un seul, et c’est sans prendre en compte, bien sûr, l’exception des cohabitations.


L’erreur de l’option Ayrault

En ce sens, François Hollande a probablement raté son casting de mai 2012 : en choisissant carrément son double, il ne s’est pas autorisé une complémentarité dans le couple exécutif. Personnalités plutôt consensuelles, indécis,  sans aucune expérience ministérielle, François Hollande et Jean-Marc Ayrault jouissaient sans doute d’une grande complicité et loyauté mais le Premier Ministre n’apportait quasiment rien au Président de la République alors qu’il fallait gérer au sein du gouvernement des ministres particulièrement encombrants : Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Christiane Taubira, Cécile Duflot, Vincent Peillon, Delphine Batho, etc.

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La logique politique à l’issue de la victoire de François Hollande aurait dû mener à Matignon Martine Aubry, alors première secrétaire du PS et femme particulièrement appréciée à gauche (pour les 35 heures notamment) et très expérimentée dans les rouages de l’État (plusieurs fois ministre importante). Mais c’était sans tenir compte de la part psychologique des êtres.

La même erreur avait été commise par Jacques Chirac à l’issue de sa (triomphale) réélection en mai 2002 : ou il décidait de donner une véritable traduction de ses 82% et il proposait un large gouvernement d’unité nationale pour combattre le chômage sans arrière-pensée politicienne (c’était plus facile pour lui car il était à son dernier mandat), et dans ce cas, le choix de Jean-Pierre Raffarin aurait pu se justifier, ou, ce qu’il a finalement choisi, il restait sur une majorité uniquement circonscrite à l’UMP et alors, il aurait dû nommer à Matignon celui qui avait largement dominé la campagne présidentielle, à savoir Nicolas Sarkozy.

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En nommant moins de deux ans plus tard Manuel Valls à Matignon, François Hollande a pris acte non seulement du manque d’autorité de Jean-Marc Ayrault mais également de son propre manque d’autorité, Les deux nouvelles têtes de l’exécutif ont au moins cet avantage de la complémentarité : Manuel Valls, homme qu’on dit volontiers autoritaire, sait se faire entendre et a eu une expérience significative Place Beauvau que n’avait pas eu son prédécesseur direct. Qu’on puisse le comparer à Nicolas Sarkozy avec un ou deux quinquennats d’écart ne serait certainement pas pour lui déplaire.


Qui dirige réellement la France ?

D’ailleurs, cette autorité, Manuel Valls semble l’exercer au-delà de ses ministres, même auprès du Président de la République, ce qui serait une première sous la Ve République.

C’est ce qu’il ressort d’une indiscrétion publiée dans "L’Express" le 14 mai 2014 et qui mérite donc toute la prudence du conditionnel.

L’actuel Ministre du Travail, François Rebsamen, ancien sénateur-maire de Dijon, était très remonté contre Manuel Valls. Depuis 2012, François Rebsamen voulait effectivement le Ministère de l’Intérieur mais ses propos en faveur de la dépénalisation du cannabis pendant la campagne présidentielle l’avaient écarté du poste convoité. Au moment de la formation du gouvernement Ayrault, il avait alors déclaré à son ami de trente ans François Hollande que s’il n’avait pas l’Intérieur, il n’entrerait pas au gouvernement.

Avec la nomination de Manuel Valls à Matignon, le poste se libérait naturellement. Manuel Valls avait déjà son propre candidat, Jean-Jacques Urvoas, l’actuel président de la commission des lois au Palais-Bourbon, pour faire barrage à François Rebsamen. Le 2 avril 2014, on a su le choix présidentiel : ni l’un ni l’autre, mais le hollandien Bernard Cazeneuve, ancien Ministre délégué aux Affaires européennes puis au Budget (successeur de Jérôme Cahuzac) qui, évidemment, n’était pas préparé du tout à être le "premier flic" de France. Ce n’est pas le premier (ni le dernier) à se retrouver à la tête d’un ministère auquel il n’avait même pas pensé.

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Et l’hebdomadaire a retranscrit une conversation effrayante avant l’annonce officielle de la composition du gouvernement Valls. François Rebsamen aurait été très insistant auprès de François Hollande : « Tant que tu ne m’expliqueras pas pourquoi je ne peux pas avoir l’Intérieur, je n’accepterai rien d’autre ! ». La réponse présidentielle aurait été embarrassée : « Manuel t’expliquera. ».

Un autre échange aurait été encore plus éloquent sur l’influence de l’ambitieux Manuel Valls au sommet de l’État. François Rebsamen : « Quand le chef de l’État n’impose pas quelques choix personnels avant la formation d’un gouvernement, il se met en état de faiblesse vis-à-vis de son Premier Ministre. ». Et François Hollande d’avouer son impuissance : « Parce que tu crois que je ne suis pas déjà en état de faiblesse vis-à-vis de Manuel ? ».

Sous réserve d’une retranscription correcte de ce dialogue (fuite de la part de François Rebsamen ?), il est possible aussi que le Président ait joué volontairement l’impuissant pour justifier ses choix de personnes. Lors de la première cohabitation, en mars 1986, François Mitterrand avait accepté de mettre sur son refus le rejet par Jacques Chirac de François Léotard à la Défense ou de Jean Lecanuet aux Affaires étrangères. Il est des transferts de responsabilités assez commodes pour ne pas les assumer psychologiquement.


Valls et Montebourg

Au sein du Parti socialiste, il est maintenant patent que deux seules personnalités pourraient espérer avoir un avenir sur du long terme, une fois que les éléphants (François Hollande, Ségolène Royal, Martine Aubry, Bertrand Delanoë, Laurent Fabius) seront envoyés en maison de retraite : Manuel Valls, bien sûr, et Arnaud Montebourg. Ce sont les deux (seuls) poids lourds politiques du gouvernement. Ce n’est pas innocent que c’étaient les deux seuls de cette génération qui ont eu le "courage" d’être candidats à la primaire socialiste le 9 octobre 2011 alors qu’ils savaient qu’ils ne gagneraient pas. Si la décision de se présenter était prise dès le 20 novembre 2010 pour Arnaud Montebourg, Manuel Valls l’a prise seulement après l’éviction de Dominique Strauss-Kahn qu’il soutenait initialement très activement.

D’après "Le Nouvel Observateur" du 19 juin 2014, c’est d’ailleurs un "deal" entre Arnaud Montebourg et Manuel Valls, scellé en novembre 2013, qui aurait précipité la disgrâce de Jean-Marc Ayrault et l’avènement de Manuel Valls. Ce n’est pas pour rien qu’Arnaud Montebourg fut l’un des rares du gouvernement précédent à avoir élargi son champ ministériel en obtenant le Ministère de l’Économie avec son Redressement productif à Bercy. Nul d’ailleurs ne conteste que celui qui était à l’origine cantonné à la Justice s’est particulièrement investi dans sa tâche auprès des entreprises et malgré quelques déclarations à l’emporte-pièce (la politique n’est jamais loin), Arnaud Montebourg a, comme Manuel Valls, un véritable profil de "manager" (comme Nicolas Sarkozy, au contraire de François Hollande ou de François Fillon).

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Mais selon toujours le même magazine, qui a titré un peu abusivement en page de couverture "La bombe Montebourg", certains laisseraient entendre qu’Arnaud Montebourg aurait programmé sa démission prochaine.

Toute son analyse proviendrait du résultat catastrophique du PS aux élections européennes du 25 mai 2014 (moins de 14% !) : si Arnaud Montebourg restait au gouvernement, il n’y aurait plus d’aile "gauche" qui pourrait relever la tête face à un FN très offensif.

Du côté de Matignon, on a, semble-t-il, minimisé cette rumeur et cette menace de démission que le ministre Montebourg aurait l’habitude de brandir à toute occasion. Mais il est clair que d’un point de vue politique, si Arnaud Montebourg n’opérait pas une action de différenciation comme l’avaient effectuée en son temps Jean-Pierre Chevènement ou même, plus récemment, Jean-Luc Mélenchon, il se ferait mécaniquement phagocyter par l’ambition de Manuel Valls.


Qui sera candidat en 2017 ?

La vraie inconnue sera l’identité des principaux candidats à la prochaine élection présidentielle en 2017. À ce petit jeu, le Front national a un tour d’avance puisqu’il n’est un secret pour personne que Marine Le Pen rempilera pour une seconde candidature.

Du côté de l’UMP, la personnalité qui aurait son investiture serait susceptible d’atteindre le second tour et d’être élu, que ce soit face au FN ou face au PS. Pourtant, aucune ne se dégage vraiment : si l’hypothèque Jean-François Copé est provisoirement levée, les velléités de l’ancien Président Nicolas Sarkozy restent fortes malgré un calendrier judiciaire peu favorable (en garde à vue ce 1er juillet 2014, puis mis en examen cette nuit pour corruption et trafic d'influence actifs la nuit suivante), et au-delà des petites ambitions d’anciens ministres UMP, deux personnalités se distinguent, peut-être prêtes à s’annihiler mutuellement, François Fillon qui poursuit un véritable travail programmatique et Alain Juppé prêt à revenir dans la course malgré son âge avancé (71 ans à l’élection de 2017). En d’autres termes, l’incertitude demeure.

Du côté des centristes, que ce soit le MoDem ou l’UDI, les perspectives sont d’autant incertaines que la forte montée du FN pourrait inquiéter plus que tout. Il n’est pas sûr que François Bayrou ait envie de se présenter une quatrième fois, et le retrait de Jean-Louis Borloo de la vie politique laisse un assez grand vide à l’UDI qui pourrait imaginer une primaire ouverte commune UDI-UMP mais cela risquerait de rompre sa fragile alliance avec le MoDem.

Au PS, l’identité du candidat de 2017 n’aurait en principe pas posé de problème si François Hollande avait été un Président comme les autres, c’est-à-dire, avec toute l’autorité et la stature reconnue des siens. Certes, certaines opérations d’envergure n’ont pas manqué de panache, en particulier la célébration du 6 juin 1944 ainsi que la mise en scène de son soutien à Jean-Claude Juncker qui aura fait énormément avancer la démocratie au sein des instances européennes en privilégiant le Parlement Européen sur le Conseil Européen (je n’insisterai jamais assez sur le fait que c’est un événement historique).

On voit bien que le couple de l’exécutif est particulièrement déséquilibré au profit du Premier Ministre. Ce n’est pas la première fois d’ailleurs, et on peut aussi citer Édouard Balladur qui était un Premier Ministre d’un très grand pouvoir en raison de la maladie présidentielle, ainsi que Dominique de Villepin qui avait une large capacité de manœuvre auprès d’un Président diminué par un accident vasculaire cérébral.

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Mais Manuel Valls pourrait-il se présenter à la place de François Hollande en 2017 ? À titre de comparaison, il avait été émis une telle hypothèse en 2012, en raison de la trop grande impopularité de Nicolas Sarkozy, que ce dernier laissât la place à son Premier Ministre François Fillon. Mais les hommes sont ce qu’ils sont et croient qu’ils peuvent faire des miracles, qu’on leur donnera finalement raison.

François Hollande a tout de même levé un coin du voile le 18 avril 2014 lors d’une visite de l’entreprise Michelin : « Si le chômage ne baisse pas d’ici à 2017, je n’ai aucune raison d’être candidat ou aucune chance d’être réélu ! » avait-il susurré sans savoir qu’en mai 2014, la moyenne faisait état de 800 demandeurs d’emploi supplémentaires par jour, soit presque deux fois plus que le mois précédent (500 par jour).

Perspective qui ont réjoui le député-maire de Drancy Jean-Christophe Lagarde (UDI) sur Twitter : « En évoquant l’idée qu’il pourrait ne pas se représenter en 2017, François Hollande a enfin trouvé un moyen de redonner espoir aux Français ! » (18 avril 2014).


Un sondage catastrophique pour Hollande

Justement, un sondage sur le sujet est particulièrement cruel pour le Président François Hollande. À l’annonce des résultats des élections européennes du 25 mai 2014, je m’étais permis de l’appeler "Monsieur 6%" en rapport avec le pourcentage d’électeurs inscrits qui s’étaient porté sur les partis qui appartiennent au gouvernement. Or, ce sondage le remettrait même à un niveau deux fois moindre, 3% !

En effet, le sondage réalisé par OpinionWay pour "Le Figaro Magazine" publié le 29 mai 2014 (téléchargeable ici), auprès de 2 502 personnes interrogées du 21 au 23 mai 2014 (donc avant les élections européennes), portait sur "le candidat du Parti socialiste à la présidentielle de 2017" et est sans complaisance pour l’Élysée.

La question était de savoir laquelle des personnalités proposées les sondés préféraient comme candidat du PS en 2017. Et François Hollande n’arriverait qu’en troisième position pour l’ensemble des Français (toute opinion confondue) avec seulement …3% ! Martine Aubry (10%) et Manuel Valls (26%) seraient devant lui.

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Évidemment, il est plus cohérent de ne prendre que l’opinion des sympathisants PS mais celle-ci serait à peine plus empathique : seulement 15% des sympathisants PS voudraient François Hollande comme candidat, contre 40% Manuel Valls et 16% Martine Aubry. Arnaud Montebourg serait très à la traîne avec seulement 3% des sympathisants PS (et étrangement, un peu plus, 4%, pour l’ensemble des Français, surtout soutenu par des électeurs de Jean-Luc Mélenchon en 2012).

Autre question qui ne trompe pas : le souhait que le PS organise une primaire pour désigner son candidat en 2017 (comme en 2011) même si François Hollande se représente. 81% des sympathisants la souhaiteraient tandis que seulement 65% de l’ensemble des Français.y seraient favorables.

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En clair, il y a un réel rejet de la part même des sympathisants socialistes (et plus généralement de tous les Français) d’une nouvelle candidature de François Hollande qui ne doit son élection que par défaut en opposition à Nicolas Sarkozy.


Manuel Valls candidat en 2017 ?

Fort d’un tel sondage qui met le doigt sur la très grande fragilité de François Hollande, Manuel Valls pourrait en profiter pour faire avancer l’idée que sa propre candidature serait la meilleure solution électorale d’un PS en complète dilution.

Mais il resterait alors à convaincre François Hollande lui-même… et à ne pas dilapider son petit capital de sympathie après trois ans d’exercice du pouvoir à la tête du gouvernement.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (2 juillet 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sondage OpinionWay pour "Le Figaro Magazine" publié le 29 mai 2014 (à télécharger).
Les Premiers Ministres sous la Ve République.
Les résultats des élections européennes du 25 mai 2014.
François Hollande.
Manuel Valls.
Jean-Marc Ayrault.
Martine Aubry.
Arnaud Montebourg.
Le gouvernement Valls.

yartiVholls06




 
http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-couple-hollande-valls-et-la-153949

 

 

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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 12:19

Dans le sondage OpinionWay pour le Figaro Magazine publié le 29 mai 2014, la candidature de François Hollande pour l'élection présidentielle de 2017 est non seulement contestée par l'ensemble de la population mais aussi par les sympathisants socialistes. 3% seulement des sondés souhaitent que François Hollande se représente en 2017, et chez les sympathisants socialistes, ils ne sont que 15%. Ils préfèrent (au PS) pour 40% d'entre eux, la candidature de Manuel Valls et dans tous les cas, ils veulent pour 65% une primaire pour désigner le candidat du PS même si François Hollande est candidat.


Cliquer sur le lien pour télécharger le sondage dans son intégralité (fichier .pdf) :
http://www.opinion-way.com/pdf/sondage_opinionway_pour_le_figaro_magazine_-_le_candidat_ps_a_la_presidentielle_de_2017_-_29mai_2014.pdf


SR

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 06:30

François Bayrou tente de rebondir dans la campagne des élections législatives qui va être très difficile pour le centre. Pourtant, il apporte quelques arguments à ceux qui ne veulent pas tout donner au PS sans pour autant donner quitus à l’UMP de la législature sortante.


artiBayrou20120503B01Je veux revenir sur la décision de François Bayrou du 3 mai 2012 et sur sa conférence de presse du 10 mai 2012.

Le 3 mai 2012 en début de soirée, l’ancien candidat centriste a annoncé sa décision de voter à titre personnel pour François Hollande au second tour de l’élection présidentielle (texte complet ici). Il a fait cette annonce très tardivement, après un silence quasi-ininterrompu d’une dizaine de jours (il a juste publié un communiqué à l’AFP le 25 avril 2012) et en pleine actualité (suite médiatique du débat du second tour), ce qui l’a rendu assez inaudible malgré cette décision historique.


Ne plus être un homme de droite…

J’ai trouvé cette décision regrettable car elle s’est faite à mon sens à contretemps politique. Certes, elle avait un double avantage : d’une part, faire preuve de sincérité, puisque son raisonnement reposait plus sur les valeurs que sur une stratégie politique quelconque (toutefois, je pense qu’il s’est trompé sur ce sujet, j’y reviens plus loin), d’autre part, c’est sans doute un élément déterminant, montrer (enfin) qu’il n’est pas un homme de droite.

artiBayrou20120503B04

Ce dernier point lui a sans aucun doute apporté une crédibilité qu’il n’avait pas encore acquise malgré quasiment dix années d’isolement politique à droite (et aussi à gauche). Par son origine de centre droit, et les valeurs qu’il défend (toujours) sur l’efficacité économique, François Bayrou n’a jamais pu être catalogué comme homme de gauche, d’autant plus que son passé ministériel s’était déroulé au sein de gouvernements de droite et de centre droit.

En revanche, il lui manquait le fait qu’il ne puisse plus être catalogué comme homme de droite, et des personnalités comme Jean-Luc Mélenchon n’ont pas hésité à insister lourdement sur cette (fausse) étiquette (d’ailleurs, quelques ténors de l’UMP aussi durant cette campagne présidentielle de 2012 ont insisté pareillement).


Prendre ses responsabilités

En votant personnellement pour un candidat de gauche au second tour de l’élection présidentielle, le scrutin le plus important (et décisif) pour les cinq années qui viennent, François Bayrou a donc clairement démontré qu’il n’était plus ou pas un homme de droite (sans pour autant devenir un homme de gauche, il suffit d’écouter tous les responsables de gauche à l’exception d’un, j’y reviens aussi plus loin).

Mais en votant pour François Hollande qui a été élu, il devra, dans tous les cas, assumer son vote : il a, lui autant que les dix-huit millions d’autres électeurs, contribué à son élection, et par conséquent, à l’exécution de son programme présidentiel.

Or, il aurait été bien plus efficace et prudent d’avoir atteint cette étape dès 2007 et pas en 2012.

Pour une double raison. La première, un peu hypocrite, certes, mais quelle posture n’est pas du tout politique ? Il y avait moins de risque à voter pour un candidat (ici une candidate, Ségolène Royal) qui ne serait pas élue (comme les sondages le pronostiquaient). En effet, il n’y aurait pas à assumer l’exécution de son programme.

La seconde raison, c’est que c’était aussi le meilleur moyen de se situer clairement dans l’opposition à Nicolas Sarkozy. Et c’était bien plus facile avec Ségolène Royal qu’avec François Hollande, puisque l’ancienne candidate socialiste avait clairement accepté le principe d’une alliance PS-UDF, de centre gauche (certes, sans beaucoup de crédibilité car sans capacité de convaincre son propre camp), rompant avec quarante années d’habitude d’union de la gauche entre socialistes et communistes. François Hollande, au contraire, est resté prudemment dans un registre d’union de la gauche (de type 1981) ou de gauche plurielle (de type 1997) avec une coalition composée de socialistes, de communistes et d’écologistes. Les centristes n’ont pas, a priori (mais rien n’est encore certain), leur place dans cette majorité (voir cependant plus loin).

artiBayrou20120503B02

De toute façon, s’il avait voté pour Ségolène Royal en 2007, François Bayrou n’aurait pas pu avoir pire, en 2007 que ce qu’il s’est passé finalement : l’isolement politique par ses propres amis députés le quittant pour créer le Nouveau centre et se faire réélire dans une alliance (classique, elle aussi) avec l’UMP. C’est d’ailleurs ce que des sympathisants de gauche lui ont reproché, d’avoir contribué, par son silence, à faire élire Nicolas Sarkozy.


Positionnement au centre droit ?

Cette fenêtre d’opportunité en 2007 s’est d’ailleurs vite refermée après le congrès de Reims et l’impopularité de Ségolène Royal (devenue machine à perdre du PS) : que ce fussent Dominique Strauss-Kahn ou François Hollande, le centre gauche allait être complètement préempté par le PS et François Bayrou se repositionnait mécaniquement (et malgré lui) au centre droit à un moment où l’UMP s’est très droitisée. Il me paraissait alors logique que pendant la campagne, François Bayrou indiquât son opposition d’abord au favori, à savoir au candidat socialiste dans les propositions qui apporteraient un grand risque budgétaire pour la France. L’absence de candidat du centre droit après les renoncements de Jean-Louis Borloo et Hervé Morin aurait pu ouvrir un boulevard à François Bayrou s’il s’était mieux positionné durant la campagne présidentielle (avant mi février 2012).

Cela dit, il est inutile de faire de l’uchronie. Le passé reste ce qu’il est et parlons d’avenir.


Ce n’est pas un ralliement !

D’abord, il est assez stupide d’avoir parlé d’un ralliement de François Bayrou à François Hollande comme il serait aussi stupide de parler de ralliement à l’autre candidat du second tour. À partir du moment où la règle du jeu a imposé, comme prévu, une bipolarité au second tour, et que le vote blanc, bien que respectable, est à mon avis un acte vain laissant à d’autres le soin de choisir la personnalité qui aura en charge le destin de la France pendant cinq ans, il a bien fallu choisir entre François Hollande et Nicolas Sarkozy. Il ne s’agit donc pas de ralliement mais de choix, de choix responsable, disons, de choix du moins pire.

C’était déjà mon problème en 2007 (choix que j’ai assumé, là aussi) mais aussi en 1988 où j’avais fait la campagne pour Raymond Barre et j’avais été doublement écœuré tant par les méthodes arrogantes de Jacques Chirac que par le machiavélisme subtil de François Mitterrand qui avait opportunément agité le (déjà) droit de vote des étrangers pour favoriser la candidature de Jean-Marie Le Pen (14,4%).

En ce qui me concerne, le choix du second tour a été un pis-aller car ni mes valeurs ni mes idées politiques n’étaient représentées par aucun des deux candidats finalistes.

Par conséquent, la décision de choisir l’un ou l’autre ne m’a pas paru scandaleux. Pourtant, il peut y avoir de grandes différences de motivations. Par exemple, que dire d’un Jean-Luc Bennahmias qui, dès le soir du premier tour, a fait ses offres de service au camp Hollande et qui répète à l’envi sa disponibilité pour devenir ministre ?

Les électeurs de François Bayrou, comme les autres, sont tous des adultes et sont assez grands pour savoir choisir sans consigne de vote.

artiBayrou20120503B03

Je peux comprendre que certains aient choisi François Hollande pour en finir avec la droitisation de l’UMP (dont les résultats sont contreproductifs, comme l’a rappelé Koztoujours le 11 mai 2012). J’ai fait un choix différent car j’ai considéré que d’une part, le camp Hollande n’était pas plus "humaniste" sur l’immigration que le camp Sarkozy, et d’autre part, que la politique de réduction des déficits publics était nettement plus crédible chez Nicolas Sarkozy que chez François Hollande. De plus, sur les valeurs, il était hors de question pour moi d’approuver deux propositions de François Hollande qui vont à l’encontre de mes convictions les plus profondes : l’euthanasie active et l’expérimentation sur les cellules souches des embryons humains.


Quel avenir pour François Bayrou ?

La décision personnelle de François Bayrou ne peut être comprise que sincère puisque d’un point de vue purement politicien, il se retrouve maintenant dans une position fort délicate, non pas dans sa circonscription (il a déjà été confronté à l’UMP et au PS à la fois en 2007) mais sur l’échiquier politique.

Sa seule chance de reconstruire une force centriste n’aurait dû passer que par le centre droit, étant donné que le centre gauche est inclus directement dans le PS (via Manuel Valls et Vincent Peillon, par exemple), ou indirectement dans un parti satellite qui doit tout au PS, le PRG de Jean-Michel Baylet.

Il est clair aussi qu’il n’est plus possible de faire renaître une vieille UDF dans la mesure où, en dix ans, son concept ne correspond plus à une vision moderne des forces politiques en présence (sans compter que pour une proportion de plus en plus grande de l’électorat, l’UDF ne signifie plus rien et n’est devenue qu’une réalité simplement historique).

Des centristes, il y en a pourtant un peu partout : 1° au Nouveau centre divisé entre les proches d’Hervé Morin et les proches des ministres sortant Maurice Leroy et François Sauvadet ; 2° au Parti radical valoisien avec Jean-Louis Borloo et Rama Yade ; 3° au sein même de l’UMP, avec Pierre Méhaignerie et Jean-Pierre Raffarin (allié en interne à Jean-François Copé), qui revendiquent plus d’une centaine de députés sortants.

La stratégie de refus d’alliance dans un scrutin dont la nature majoritaire nécessite des accords électoraux avec l’un des deux puissants partis pourrait conduire à une catastrophe électorale comme en juin 2007. Irait-on vers un "centre" ne faisant élire qu’un ou deux députés malgré ses 9,3% de potentiel alors que les écologistes pourraient compter sur une vingtaine de sièges EELV avec leurs seulement 2,2% de potentiel électoral ?

Je le répète, il ne s’agit pas de la situation personnelle de François Bayrou (il se sauvera probablement lui-même) mais de celle d’un groupe centriste réellement autonome. Plus rien, d’ailleurs, n’expliquerait que le centre droit actuel puisse rester vassalisé à l’UMP alors que la droite serait dans l’opposition.


Des voix à gauche ?

Celui qu’on donne comme futur Ministre de l’Éducation nationale et qui avait déjà réuni Marielle de Sarnez et Robert Hue en fin août 2009 dans une même convention, Vincent Peillon, est sans doute le plus lucide dans ce souci de ne pas rejeter « une nouveauté politique considérable ».

Le 13 mai 2012 sur Radio J, il a en effet déclaré : « Ne ratons pas cette nouveauté politique française qui est la possibilité de faire un rassemblement des progressistes en France qui aille au-delà du Parti socialiste et qui inclue les démocrates de François Bayrou ! » en insistant : « Pour la première fois, le centre français, qui a toujours été un centre droit, a appelé, par la personne de François Bayrou, à voter pour le candidat de gauche. Il faut être en capacité d’accueillir la nouveauté et peut-être même la favoriser. Cette nouveauté peut être utile à la France et tous ceux qui freinent des quatre fers ont tort de le faire. ».

Comme on le voit avec cette déclaration, ainsi qu’avec le souhait de Pierre Moscovici, appelé à de grandes responsabilités dans quelques heures, de ne pas mettre de candidat contre François Bayrou dans sa circonscription, la ligne Hollande est encore loin d’être claire entre les tenants d’une orthodoxie d’union de la gauche (dont Martine Aubry fait la promotion malgré ses propres alliances PS-MoDem dans sa municipalité à Lille, comprenne qui pourra) et celle, plus moderne, d’une alliance de centre gauche qui rangerait le Front de gauche dans le rayonnage des aspérités historiques.


Réformer l’UMP ?

Avec la composition du nouveau gouvernement prévue le 16 mai 2012, on saura assez rapidement si le nouveau Président a choisi de se rapprocher du centre gauche ou de la gauche radicale, de François Bayrou ou de Jean-Luc Mélenchon (je note au passage que Ségolène Royal a complètement oublié son idée en 2007 de nommer François Bayrou Premier Ministre en flattant ce 13 mai 2012 le combat électoral de… Jean-Luc Mélenchon !).

Pour l’instant, il semblerait probable que François Hollande veuille s’appuyer sur un gouvernement intérimaire acquis aux concepts assez archaïques de l’union de la gauche (avec ou sans participation du PCF), une coalition d’un autre âge qui ne serait pas en mesure de relever les défis immédiats (sur la crise de l’euro entre autres).

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Cela aurait pu conduire les proches de François Bayrou à une autre stratégie, plus réaliste sur le plan institutionnel ; cela aurait été de conquérir le leadership de l’UMP, seul contre-pouvoir efficace contre le PS. C’est désormais impossible avec le vote personnel de François Bayrou. En ce sens, l’issue de la rivalité entre Jean-François Copé et François Fillon au sein de l’UMP va probablement figer le paysage politique pendant une bonne dizaine d’années…


Le Centre pour la France

Dans sa conférence de presse du 10 mai 2012 (texte complet ici), François Bayrou a proposé l’investiture d’environ quatre cents candidats aux élections législatives sous l’étiquette "Le Centre pour la France".

Le projet de François Bayrou est ambitieux. Ne pas laisser les plein pouvoirs au PS qui contrôle déjà l’Élysée, le gouvernement, le Sénat, les régions, les départements et la plupart des grandes villes, mais ne pas non plus reconduire une majorité UMP qui s’est discréditée par son flirt avec les idées d’extrême droite.

Pour le leader centriste, les élections législatives des 10 et 17 juin 2012 sont donc décisives : « Pour la première fois, un vrai centre peut exister. Jusqu’à maintenant, le centre ne se concevait qu’à droite. Jamais, depuis des années, il n’avait pu faire la preuve d’une vraie indépendance, d’une vraie liberté de décision, fondée non pas sur des arrière-pensées, mais sur le plus profond de son engagement. (…) J’ai beaucoup d’amis qui ont voté Sarkozy et appelé à voter pour lui. Je considère qu’ils en avaient le droit. J’ai des amis qui ont voté blanc. Je considère qu’ils en avaient le droit. Beaucoup d’entre nous aussi ont voté Hollande et moi avec eux. (…) C’est en acceptant cette diversité, en réunissant ceux qui ont fait des choix de deuxième tour différents, et heureusement, que nous créerons le pôle central dont la France a besoin. C’est un grand changement. ».

C’est surtout, pour lui, un moyen de refuser le bipartisme : « Au travers des candidats de cette force centrale, pourront s’exprimer tous ceux qui éprouvent un malaise devant la volonté de monopole de l’UMP et du PS. Et je les ai rencontrés, les gaullistes, les sociaux démocrates, les sensibilités sociales de la droite républicaine, les écologistes réalistes. Tous ceux qui n’aiment pas que triomphent les seules logiques d’appareil. Tous ceux qui en ont marre des sectaires d’un bord ou de l’autre. ».


La France et son compromis historique

François Bayrou aurait historiquement raison s’il parvenait à faire pencher la balance de son côté, soit dans la tête dus dirigeants socialistes (on le saura très vite), soit dans celle des électeurs qui, par souci d’équilibre, préféreraient ne donner au PS qu’une majorité relative à l’Assemblée Nationale avec un groupe central indépendant capable de peser, par son opposition constructive et exigeante, dans les décisions essentielles, comme sur la réduction de la dette, la réindustrialisation de la France, la réforme de l’éducation et la moralisation de la vie politique.

C’est cela, l’idée de ce "Centre pour la France", en quelques sortes, une autre version de la chance pour la France chère à Bernard Stasi.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 mai 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’élection de François Hollande.
Que faire au 2nd tour de l’élection présidentielle de 2012 ?
Que faire au 2nd tour de l’élection présidentielle de 2007 ?
Pas de différence sur les valeurs.
Bayrou s'invite à Reims.
Bayrou votera-t-il Hollande ?
Une chance pour la France ?
Manichéisme archaïque.
Le vote Bayrou.
Et maintenant ?
Un homme sincère.
La famille centriste.
Conférence de presse de François Bayrou du 3 mai 2012 (texte complet).
Conférence de presse de François Bayrou du 10 mai 2012 (texte complet).

artiBayrou20120503B05



 
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-centre-pour-bayrou-116797

 

 

 

 

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 12:06

Marges internationales et économiques très restreintes pour le nouveau Président de la République, écart finalement assez serré du second tour de la présidentielle, mais probable victoire aux législatives dont le levier majoritaire est mécaniquement sans appel.


yartiFH2012050601Une seule nuit d’état de grâce. Le 6 mai 2012 n’est pas le 10 mai 1981. Le nouveau Président François Hollande a décidé de ne pas fêter le 31e anniversaire de la victoire de François Mitterrand mais a préféré être présent à la 7e cérémonie de l’abolition de l’esclavage instituée par …Jacques Chirac au jardin du Luxembourg, près du Sénat présidé par son ami Jean-Pierre Bel.


La crise européenne n’en finit pas…

François Hollande se retrouve au milieu des turbulences extérieures, confronté à bien des difficultés dans une France et une Europe tourmentées : risque d’une nouvelle dégradation de la note financière de la France, effondrement de la Bourse de Paris, crise politique sans précédent en Grèce (que la flamme olympique quitte ce 10 mai) qui a élu ses députés le 6 mai 2012 avec une forte poussée de la gauche radicale et de l’extrême droite qui vont rendre le pays ingouvernable, convocation, pour cette raison, d’un sommet européen extraordinaire le 23 mai 2012 par Hermann Van Rompuy, le Président du Conseil européen, que François Hollande a reçu à Paris le 9 mai 2012 et aussi les déclarations provenant de l’Allemagne et de la Commission européenne qui ont affirmé qu’il était hors de question de renégocier le traité européen de stabilité budgétaire.

En revanche, il semblerait acquis qu’il y ait un additif sur la croissance, mais son contenu risque de faire frémir le nouveau gouvernement français puisqu’il s’agirait plus de réformes structurelles pour augmenter la compétitivité que d’une relance classique de la demande qui a toujours été un désastre dans une économie ouverte.

Ayant toujours refusé de prendre en compte la persistance de la crise pendant leur campagne électorale, les socialistes vont mesurer à quel point les pressions extérieures sont rudes mais aussi intérieures puisqu’il est aussi question de nombreux plans sociaux qui attendaient la fin de la période électorale avant d’être mis en œuvre.

François Hollande a prévu de rencontrer ce 10 mai 2012 le Premier Ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, qui est surtout le président de l’Eurogroupe.


Fin du quinquennat

Ce jeudi 10 mai 2012, le Premier Ministre François Fillon, qui a duré cinq ans à Matignon, soit le deuxième record de longévité sous la Ve République, derrière Georges Pompidou (1962-1968) mais devant Lionel Jospin (1997-2002) et Raymond Barre (1976-1981), va donner la démission du gouvernement au Président sortant Nicolas Sarkozy.

C’est à onze heures que Jean-Louis Debré, Président du Conseil Constitutionnel, a proclamé officiellement les résultats du second tour de l’élection présidentielle du 6  mai 2012. François Hollande a recueilli 51,63% des suffrages exprimés, avec 18 000 668 voix. Dans sa séance du 10 mai 2012, le Conseil Constitutionnel a annulé 8 571 suffrages pour irrégularités avec le code électoral (ce qui correspond à vingt bureaux de vote sur 65 000 bureaux de vote au total).


51,63% et 18 000 668 voix

C’est légèrement en dessous du pourcentage de François Mitterrand le 10 mai 1981 où il avait obtenu 51,76% et bien en dessous de son concurrent le 6 mai 2007 (53,06%). D’ailleurs, malgré la croissance démographique, François Hollande a recueilli moins de voix que lors des deux précédents seconds tours d’élection présidentielle (Jacques Chirac avait recueilli 25 537 957 voix le 5 mai 2002, record qu’il sera difficile de battre, et Nicolas Sarkozy avait obtenu 18 983 138 voix le 6 mai 2007).

La marge de victoire du nouveau Président a été d’un peu plus de 1,1 million de voix, ce qui est une belle victoire même si l’écart est finalement assez faible, parmi les plus faibles de la Ve République.

Il est en effet le second Président le moins bien élu si l’on prend le pourcentage par rapport aux électeurs inscrits : il n’a obtenu que 39,08% des inscrits, ce qui est comparable à la première élection de Jacques Chirac le 7 mai 1995 (39,43%) mais supérieur à celle de Georges Pompidou le 15 juin 1969 (37,51%), alors que tous les autres prédécesseurs se sont retrouvés avec des scores allant de 42,5% à 45,5% (à l’exception de la réélection de Jacques Chirac le 5 mai 2002 qui a eu 62,00% des inscrits).

Si l’on prend également le pourcentage de l’écart de voix par rapport aux électeurs inscrits, François Hollande est également le second moins bien élu avec 2,47% (nombre de voix d’écart sur nombre des inscrits). Il dépasse seulement Valéry Giscard d’Estaing dont l’élection le 19 mai 1974 fut la plus serrée avec seulement 1,39% et n’est pas loin de son illustre prédécesseur socialiste qui le 10 mai 1981 avait eu 2,93%. L’écart relatif par rapport à l’ensemble du corps électoral a toujours été supérieur à 4% (3,96% précisément le 7 mai 1995) allant jusqu’à 10,58% le 15 juin 1969 et même 48,58% le 5 mai 2002.


Les reports de voix

Le faible écart entre les deux candidats du second tour montre finalement que Nicolas Sarkozy avait eu raison de croire que, malgré son impopularité, sa réélection était possible. En effet, les données montrent en tout cas que ce n’était pas impossible. Pas sûr en revanche de savoir dans quel sens il aurait dû ponctuer encore plus sa campagne : vers le centre ? ou vers la droite ?

Je pense que c’est cette droitisation de sa campagne qui l’a perdu.

Si l’on en croit le sondage Ipsos pour France Télévisions, Radio France, "Le Monde" et "Le Point" (à télécharger ici), 27% des électeurs de François Bayrou au premier tour auraient voté pour François Hollande (et 40% pour Nicolas Sarkozy) tandis que seulement 13% des électeurs de Marine Le Pen auraient voté pour François Hollande (et 50% pour Nicolas Sarkozy). En voix, cela correspondrait ainsi à près de 900 000 électeurs de François Bayrou et à 830 000 électeurs de Marine Le Pen qui auraient voté pour François Hollande au second tour.

Cet un peu plus d’un million de voix d’écart entre François Hollande et Nicolas Sarkozy aurait donc pu s’inverser si seulement 570 000 électeurs avaient changé de candidat. Il est évidemment difficile de savoir quel a été l’impact de la position personnelle de François Bayrou (dont je reparlerai) sur ses électeurs du premier tour en sachant qu’un tiers d’entre eux (soit environ un million) avait été assez hésitant sur ce qu’il convenait de faire au second tour.

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Élu par défaut ?

Autre remarque qui provient du sondage Ipsos déjà cité, François Hollande aurait été élu par défaut. En effet, parmi ses électeurs du second tour, 45% auraient voté pour lui pour qu’il fût élu Président tandis que 55% auraient voulu avant tout faire barrage à Nicolas Sarkozy. Ce rapport s’inverserait chez les électeurs de Nicolas Sarkozy dont 54% voulaient sa réélection tandis que 46% ne voulaient pas de François Hollande ni de la gauche au pouvoir.

Le vote Hollande aurait donc été majoritairement un vote de rejet tandis que le vote Sarkozy aurait été majoritairement un vote d’adhésion.

D’ailleurs, François Hollande l’a bien compris et c’est pourquoi il a eu le triomphe modeste. Pas question de parler de passage de la nuit au jour. Nicolas Sarkozy, parallèlement, a eu la défaite sportive, souhaitant le plus grand succès à l’élu pour l’intérêt du pays (ce qui est normal en régime républicain). Inaugurée le 8 mai 1995 au lendemain de la victoire de Jacques Chirac (le 8 mai a désormais "l’habitude" de "tomber" entre le second tour et l’investiture d’un nouveau Président), la commémoration biprésidentielle de ce 8 mai 2012 a eu lieu dans une ambiance de consensus républicain d’autant plus rassurant que la campagne a été violente.


Qui à Matignon ?

La première décision de François Hollande sera le choix du futur Premier Ministre. Le choix semblerait s’acheminer entre Jean-Marc Ayrault et Martine Aubry, avec un avantage au premier dont l’affaire de l’aéroport nantais a été rapidement désarmorcée en renvoyant aux "calendes grecques" la décision finale. Étrangement, comme en mai 1995 (affaires Juppé et Tibéri), des affaires politico-financières sont en train de ressortir concernant justement ces deux personnalités. Dans le sondage Ipsos, Manuel Valls aurait aussi la faveur de 26% des Français (au top, ex aequo avec Martine Aubry) mais surtout boosté par les sympathisants de la nouvelle opposition présidentielle.

Le choix sera évidemment un bon signe sur la pratique présidentielle de François Hollande : ou il choisit Jean-Marc Ayrault (en quatrième position, qui ne dépasse pas 17% de souhait, y compris chez les sympathisants socialistes) et ce sera la conduite classique d’un Président sous la Ve République ; ou il choisit Martine Aubry, première secrétaire du PS, souhaitée par tous ses électeurs, et chef du parti majoritaire, et dans ce cas, il aura une inflexion plus parlementaire de sa pratique.

Parmi les autres inconnues du nouveau gouvernement, y aura-t-il des ministres écologistes avant les législatives ? Avec seulement 2,2% pour Eva Joly, EELV ne représente plus grand chose dans l’électorat et n’a plus beaucoup d’utilité pour les socialistes.


Les législatives de juin 2012

Cela dit, Martine Aubry a déjà annoncé qu’elle ne serait pas candidate aux législatives (elle est peu appréciée à Lille et voudrait éviter l’échec comme Alain Juppé le 17 juin 2007 qui avait dû renoncer à son grand Ministère d’État), et il paraîtrait bien difficile de diriger la campagne des législatives sans être soi-même candidate.

Les élections législatives pourraient-elles être perdues par le PS ? Je ne le pense pas. L’histoire de la Ve République a montré que les électeurs ont toujours suivi une certaine cohérence entre l’élection présidentielle et des élections législatives organisées dans la foulée (juin 1981, juin 1988, juin 2002, juin 2007). Le PS n’a aucune raison d’imaginer qu’il n’obtiendra pas de majorité à l’Assemblée Nationale.

La vraie incertitude concerne plutôt l’ampleur d’une victoire législative. Est-ce que ce sera plus proche de juin 1981 ou encore juin 1997, avec une majorité absolue claire, ou plus proche de juin 1988 avec seulement une majorité relative nécessitant de zigzaguer entre des centristes pour l’instant inféodés dans une alliance avec l’UMP ou un MoDem qui aura bien du mal à avoir des élus, et des députés plus radicaux à gauche (Front de gauche ou écologistes) ?

De plus, la campagne présidentielle ayant été très tendue, il est probable qu’il y aura bien plus d’abstention aux législatives qu’à la présidentielle. L’affaire est maintenant entendue avec la victoire de la gauche. Quoi qu’on en dise, l’électorat de l’UMP se mobilisera certainement peu en juin (en 1981, des électeurs RPR avaient même voté PS aux législatives par simple légitimisme).


L’influence du FN ?

Par ailleurs, il est faux de penser que le FN serait capable de faire sa loi en juin. Pour avoir une petite idée de sa capacités à provoquer des triangulaires, il suffit de voir quel fut le poids du MoDem en juin 2007 avec les 18,6% de François Bayrou du 22 avril 2007 (près de 7 millions d’électeurs, soit supérieur à la performance de Marine Le Pen le 22 avril 2012). Le FN comme le parti centriste sont des partis qui ont les meilleurs résultats dans un scrutin proportionnel ou à l’élection présidentielle grâce à la personnalité de leur leader, mais sont très mauvais dans un scrutin majoritaire.

Et puis, la règle pour arriver au second tour est très sévère puisqu’il faut 12,5% des électeurs inscrits. L’abstention au premier tour des législatives du 10 juin 2007 avait été de 39,56% alors que la participation au premier tour de la présidentielle du 22 avril 2007 avait été légèrement supérieure à celle du 22 avril 2012 (83,77% au lieu de 79,48%).

Vu la baisse d’enthousiasme pour la politique en 2012 par rapport à 2007, il est fort probable que l’abstention ne soit pas plus faible que 40% (le niveau de juin 2007), ce qui signifie que pour figurer au second tour, il faudra obtenir dans sa circonscription en moyenne au moins 20 à 21% (en négligeant les votes blancs et nuls qui n’étaient que de 1,9% en 2007).

Il est probable que dans les circonscriptions où le FN a montré beaucoup de force le 22 avril 2012, notamment dans le Sud-Est, il y ait quelques dizaines de candidats capables de se maintenir au second tour mais il est faux de dire qu’il y en aura plus de trois cents comme le clame depuis plusieurs jours Marine Le Pen.


Premières mesures

La passation des pouvoirs aura lieu dans la journée du mardi 15 mai 2012.

Au-delà de la composition du nouveau gouvernement, les autres premières décisions du Président Hollande seront probablement symboliques, comme l’abrogation d’un décret signé le 8 mai 2012 sur l’évaluation des enseignants (considéré comme une ultime provocation du pouvoir sortant) et le décret permettant aux personnes ayant travaillé plus de quarante et un ans de prendre leur retraite à 60 ans.

Pendant cet interrègne, il est regrettable que la Fête de l’Europe du 9 mai ait été passée sous un grand silence médiatique et politique. S’il y a bien une zone dans le monde à qui c’est la fête en ce moment, c’est bien l’Europe !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 mai 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’élection de 2012.
Premier tour de la présidentielle 2012.
Second tour de la présidentielle 2012.
Bilan du quinquennat.
Le vote Sarkozy.
Sondage sur les reports et raisons des votes du 2nd tour (à télécharger).
Résultats officiels proclamés par le Conseil Constitutionnel (10 mai 2012).
Quel prochain Premier Ministre ?

yartiFH2012050603 

 
http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-etat-de-grece-du-president-116573

 

 



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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 11:03

Les résultats du second tour de l'élection présidentielle du 6 mai 2012  viennent d'être proclamés par Jean-Louis Debré, le Président du Conseil Constitutionnel ce 10 mai 2012 à 11h00.

 

Inscrits : 46 066 307 citoyens français.  
Abstentions : 9 049 998 (19,65% des inscrits). 
Votants : 37 016 309 (80,35% des inscrits).
Blancs ou nuls : 2 154 956 (4,68% des inscrits ; 5,82% des votants).
Exprimés : 34 861 353 (75,68% des inscrits ; 94,18% des votants).

M. François HOLLANDE : 18 000 668 soit 51,63% des exprimés.
M. Nicolas SARKOZY : 16 860 685 soit 48,37% des exprimés.


Les résultats officieles du premier tour du 22 avril 2012 sont ici :

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-103907512.html

Lire une analyse de ces résultats du second tour ici :

http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-104723286.html 





SR

 

 

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 18:58

Dans le sondage Ipsos/Logica Business Consulting pour France Télévisions, Radio France, "Le Monde" et "Le Point" publié le 7 mai 2012, il est exploré les différents reports de voix entre les deux tours de la présidentielle 2012 (l'étude a été faite entre le 3 et 5 mai 2012, donc avant le premier tour).

Ce qui est intéressant est la répartition de l'électorat de Marine Le Pen et de François Bayrou.

L'électorat de François Bayrou : 27% sont pour voter Hollande, 40% pour Sarkozy et le reste pour le vote blanc ou l'abstention.

L'électorat de Marine Le Pen : 13% sont pour voter Hollande, 50% pour Sarkozy et le reste pour le vote blanc ou l'abstention.

Par ailleurs, les votes pour Hollande et Sarkozy sont quasiment partagés en deux.

Les électeurs de Hollande du 2nd tour le sont à 45% pour que Hollande soit Président et à 55% pour s'opposer à Sarkozy.

Les électeurs de Sarkozy du 2nd tour le sont à 54% pour que Sarkozy reste Président et à 46% pour s'opposer à Hollande.

En clair, le vote Sarkozy est majoritairement d'adhésion et le vote Hollande est majoritairement par défaut.


Cliquer sur le lien pour télécharger le sondage Ipsos (fichier .pdf) :
http://www.ipsos.fr/sites/default/files/attachments/rapport_2ndtourelectionpresidentielle-6mai2012.pdf


SR

 

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 10:18

François Hollande a été élu Président de la République avec 51,62% des suffrages exprimés contre 48,38% pour Nicolas Sarkozy, selon les résultats définitifs communiqués ce lundi 7 mai 2012 matin par le Ministère de l'Intérieur et intégrant les résultats des votes des Français de l'étranger. Cela correspond à un peu moins que le score de François Mitterrand le 10 mai 1981 (51,76%). Le taux de participation s'est élevé à 80,34%. La part de bulletins blancs ou nuls est de 5,80% des votants.

Lire aussi :

http://0z.fr/02fAW



SR


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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 20:40

Si la victoire de François Hollande était prévisible depuis juin 2011, elle marque cependant un tournant dans l’histoire de la Ve République : jamais un homme sans expérience ministérielle, sans leadership personnel deux ans auparavant, n’avait réussi à se hisser dans la cour des grands jusqu’à en devenir, lentement mais sûrement, le premier d’entre eux. Malgré ma déception, saluons l’artiste !


yartiSecondTour02Selon les premières estimations, François Hollande aurait gagné l’élection présidentielle du 6 mai 2012 avec 51,8% des suffrages exprimés.

Quelle que soit l’éventuelle affinage des résultats (certains évoquent 52% ou même 53%), il est clair que la conclusion de cette très longue campagne présidentielle est sans appel, ce qui constitue pour François Hollande, et plus généralement pour le PS, une belle victoire et rompt avec une sorte de malédiction républicaine. Une belle revanche pour… Ségolène Royal et Lionel Jospin.

Saluons-la tout en la regrettant, puisque je considère qu’il y a de quoi être inquiet sur l’avenir économique de la France. Espérons que le nouveau Président saura être assez pragmatique et ne pas faire trop de concessions à ses ailes gauchisantes qui voudraient marquer encore plus leur apport à la victoire.

Rappelons à tout hasard, car la France est coutumière de ces retours de balanciers depuis une trentaine d’années, que la raison n’est pas tributaire du nombre, sauf à reprendre une expression connue du socialiste André Laignel en 1981 : « Vous avez juridiquement tort car vous êtes politiquement minoritaire. ».

La France, qui n’a jamais été autrement que démocratique, prend donc un tournant particulier avec l’élection de François Hollande. Nul doute que bon nombre d’électeurs qui ont cru de bonne foi que Nicolas Sarkozy était le responsable personnel de leurs malheurs verront très rapidement que c’était une erreur de diagnostic et qu’au contraire, il avait réussi à tenir le pays la tête hors de l’eau grâce à ses réformes courageuses.

Je pense en effet que l’échec de Nicolas Sarkozy est injuste quand on regarde le bilan globalement positif (bien que contrasté) qu’il laisse aux Français après quatre ans de dures crises financières mais il est incontestable que sa pratique présidentielle et ses stigmatisations ont pris l’ascendant sur les programmes politiques dans le choix des Français, puisque la gauche n’avait recueilli que 43% au premier tour du 22 avril 2012.

Nicolas Sarkozy, qui a pris la parole très tôt  à la Mutualité (à 20h22) a téléphoné sportivement à François Hollande pour le féliciter et a déclaré  : « J'ai essayé de faire de mon mieux pour protéger les Français. ».

Celui qui a tant raillé le tandem Sarkozy-Merkel va probablement, de son côté, téléphoner dès cette nuit (du 6 au 7 mai 2012) à Angela Merkel et ira la rencontrer d’ici dix jours. Son plan pour une relance de la croissance va être âprement négocié avec Allemagne. Après tout, si François Hollande réussissait à convaincre la chancelière, ce serait probablement un geste fondateur encourageant de son quinquennat mais qui ne devrait sans doute pas l’aider à préserver des alliés qui vont devenir assez encombrants.

Lorsqu’en début janvier 2010, François Hollande avait refusé de prendre la succession de Philippe Séguin à la première Présidence de la Cour des Comptes comme le lui avait proposé Nicolas Sarkozy, il avait évidemment en tête que son destin était ailleurs. À l’époque, il y croyait déjà très fort (et il rasait ses amis socialistes tout obnubilés par la popularité de Dominique Strauss-Kahn) mais personne n’aurait misé un seul sou sur sa victoire deux ans plus tard. Ses deux principaux alliés furent Dominique Strauss-Kahn et Nicolas Sarkozy eux-mêmes qui firent tout pour se mettre des bâtons dans les roues.

Je suis déçu, mais j’admets que dans cette campagne 2012, celle de François Hollande a été l’événement. L’événement dans la durée, la fréquence, la densité. Contrairement aux autres candidats (y compris Eva Joly), François Hollande a dû passer par deux filtres éprouvants du suffrage universel direct à deux tours, ce qui fut rude. La primaire socialiste n’a pas été une formalité, et l’élection elle-même où il s’est forgé une image de clone de Mitterrand un peu inquiétant, avec une voix complètement cassée à force de viser plus haut qu’il n’en est capable. Au point peut-être d'imiter jusqu'à son score d'élection (François Mitterrand avait gagné le 10 mai 1981 sur Valéry Giscard d'Estaing avec 51,76% des suffrages exprimés).

Chapeau l’artiste, et maintenant, au travail !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 mai 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bilan de Nicolas Sarkozy.
L’impopularité présidentielle.
Mon vote du second tour.
Premier tour de l’élection présidentielle.
La logique présidentielle du PS.
Clone de Mitterrand ?
Trois raisons de voter Hollande.

Trois raisons de ne pas voter Hollande.
Hollande candidat dès janvier 2010.

yartiSecondTour01


http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/hollande-nouveau-president-de-la-116283

 

 

 

 



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Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


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