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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 07:46

Reprenant le populisme artisanal et intuitif de Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé entend le professionnaliser et le perfectionner pour sa seule ambition. Mais cette semaine maudite va peut-être l’obliger à réviser ses objectifs à la baisse…


yartiCopeisation01Si l’issue politique ou juridique du nouveau coup de théâtre du 25 novembre 2012 reste incertaine et confuse après l'échec de la médiation d’Alain Juppé (à savoir revendication de victoire mais renoncement à la présidence dans le camp Fillon, forcing statutaire dans le camp Copé), le fait majeur du vote du 18 novembre 2012 reste néanmoins que l’UMP s’est copéisée tant pour son leader (à 50%) que pour ses motions (à 60%).

En effet, si la lutte pour la présidence de l’UMP est très spectaculaire depuis le 18 novembre 2012 car c’est une rivalité qui dépasse maintenant le registre politique entre François Fillon et Jean-François Copé (Alain Juppé craint maintenant deux désastres majeurs : la scission et le dépôt d’une plainte devant un tribunal qui conduirait la justice à fouiller dans les affaires de l’UMP), on n’a, à mon avis, justement pas assez insisté sur la répartition des votes pour les motions (seules celles obtenant au moins 10% sont reconnues) dont les résultats ont été admis par tous.


Diaporama des idéologies de l’UMP

Quelles sont-elles, ces motions ou plutôt, déclarations de principes pour un mouvement ? J’indique entre parenthèses le ou les principaux leaders des motions.

La Droite forte (Guillaume Peltier et Geoffroy Didier) : 27,8%.
La Droite sociale (Laurent Wauquiez) : 21,7%.
France moderne et humaniste (Jean-Pierre Raffarin et Jean Leonetti) : 18,2%
Gaulliste (Michèle Alliot-Marie, Gérard Larcher, Bernard Accoyer) : 12,3%.
La Droite populaire (Thierry Mariani) : 10,9%.
La Boîte à idées (Bruno Le Maire) : 9,2%.

Indiquons au passage que Nathalie Kosciusko-Morizet n’a pas pu déposer sa propre motion pour des raisons annexes (d’où la création de son parti la France droite).

Le premier constat est que la Droite forte, composée surtout de jeunes, a su mobiliser les militants (ce qui paraît normal, les jeunes sont toujours les plus actifs), et elle a réussi à recueillir surtout la nostalgie de Nicolas Sarkozy (rappelons que la plupart des adhérents de l’UMP l’ont été par attrait pour l’ancien Président, tant en 2004, 2007 que 2012). Maintenant qu’elle a un niveau d’audience très élevé, des personnalités comme Bruno Le Maire ou Nathalie Kosciusko-Morizet insistent pour rappeler que la plupart des propositions de cette motions sont …anticonstitutionnelles !

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Paradoxalement, la Droite populaire qui fut le premier "mouvement" à exister médiatiquement depuis deux ans ne recueille que très peu de votants pour proposer à peu près la même chose. La raison est qu’il n’y a pas eu beaucoup de campagne de la part de ses partisans en raison du combat des chefs. En effet, les principaux initiateurs de cette motion sont désormais très profondément divisés, notamment entre Thierry Mariani (soutien Copé) et Éric Ciotti (soutien Fillon).

La motion des gaullistes ne recueille que 12%. C’est un effondrement car cette motion reprenait en fait les idées classiques du RPR d’avant 2002.

Le score assez faible de la France moderne et humaniste (moins de 20% alors que Jean-Pierre Raffarin, soutien Copé, comptait atteindre la première place aux alentours de 30%) est, là aussi, un échec. La motion reprenait les idées classiques de l’UDF d’avant 2002.

Parallèlement, à peu près au même niveau, légèrement supérieur, la Droite sociale fait un bon score avec 22%. Contrairement à ce qui est dit, la Droite sociale n’a rien de centriste (malgré l’origine politique de Laurent Wauquiez, soutien Fillon) et rien de social ! D’ailleurs, ce qui compte le plus, c’est le mot "droite" qui semble bien fonctionner parmi les militants de l’UMP. On ne peut pas se dire ni social ni centriste lorsqu’on stigmatise à outrance les assujettis sociaux, toutes les personnes précaires qui reçoivent des allocations ou des indemnités et qui préféreraient largement ne pas en être tributaires. J’inclus donc ce mouvement dans les 60% de copéisme idéologique que compte l’UMP même si son promoteur est un filloniste.

En gros, il n’y a plus que 40% des adhérents de l’UMP qui considèrent que l’UMP était bien la réunion du RPR et de l’UDF. Le restant, soit 60%, prône une autre idéologie, une idéologie de droite dure, "décomplexée", de "peuple de droite" ! Elle n’a rien à voir avec l’alliance traditionnelle UDF-RPR de 1974 à 2007. Elle a été montée en épingle d’abord par Nicolas Sarkozy lui-même puis, renforcée à but interne par Jean-François Copé. Le terme qui caractériserait le mieux serait "populisme", terme d’ailleurs assumé aujourd’hui par Marine Le Pen.

Pour résumer très grossièrement, le chiraquisme fut une perversion du gaullisme dans l’électoralisme. Le sarkozysme fut une perversion du chiraquisme dans l’électoralisme. Voici maintenant le copéisme qui est une perversion du sarkozysme dans le sarkozysme. Résultat, le gaullisme est si dilué qu’il ne représente que 12% des militants.


Proximité du FN ?

Rejetons rapidement les désinformations provenant surtout de la gauche et des inquiets concernant les relations entre le FN et l’UMP : même si la ligne forte devait l’emporter à l’UMP, tous les responsables nationaux de l’UMP (tous, sans exception) se retrouvent dans le refus total d’une éventuelle alliance électorale avec le FN, y compris un arrangement local pour une élection mineure.

Du reste, le FN n’est pas demandeur (d’autant plus que le scrutin majoritaire commence à l’avantager depuis mars 2011), et si l’on en croit les programmes respectifs, tout sépare le FN de l’UMP : politique européenne, politique économique, politique budgétaire et même sur l’immigration où le FN dénonce les 200 000 immigrés arrivés légalement sur territoire national (ce en quoi cette statistique est incomplète sinon fausse puisqu’il s’agit de 180 000 entrants et avec les départs, car beaucoup d’autres immigrés, comme les étudiants, retournent chez eux après leurs études, cela fait un solde migratoire de moins de 80 000 ; 77 000 exactement en 2011).

yartiCopeisation03La vraie source de différenciation concerne la position de l’UMP dans un éventuel second tour entre le PS et le FN, NKM étant la première à promouvoir le front républicain tandis que Jean-François Copé est partisan du ni-ni (une position finalement proche de François Bayrou en 2007 avec son ni UMP ni PS). La politique du ni-ni est indéfendable car c’est ne pas prendre ses responsabilités. Cela a valu à François Bayrou de nombreux déboires et une perte de crédibilité. Cela pourrait conduire l’UMP à une simple force tampon entre le FN et le PS (à la grande joie du FN).

Lors du débat télévisé du 25 octobre 2012, François Fillon avait admis ne pas vouloir soutenir le PS dans tous les cas, ce qui, pour lui, est une évolution plutôt grave vers ce copéisme idéologique.

Ce qui est donc le plus grave, c’est surtout que ce parti admet majoritairement en son sein des populismes stigmatisant l’autre, qu’il soit étranger, musulman ou encore demandeur d’emploi, allocataire du RSA etc.


Qu’importe mon opinion ?

Quelques lecteurs peu attentifs se sont permis de projeter sur mon précédent article mes supposées opinions alors que je ne faisais que décrire et modestement analyser une situation, qui a du reste été bouleversée dès le lendemain par les nombreux soubresauts de l’affaire (qui commencent à lasser même les plus endurcis des journalistes). Je pense d’ailleurs que l’exercice de lecture et aussi d’écriture sur Internet (c’est dans les deux sens) peut susciter quelques malentendus (j’en avais parlé ici).

Alors, soyons clair : j’avais voté au premier tour des trois dernières élections présidentielles pour la candidature de François Bayrou, un candidat dont je connaissais la solidité depuis longtemps, et je ne le regrette pas. En 2007, il avait vu bien avant les autres (même dès 2002) le problème majeur de l’endettement de l’État, et en 2012, il avait fait des propositions concrètes pour la réindustrialisation de la France bien loin des paillettes de l’actuel ministre. Je regrette seulement son absence de vision stratégique, à savoir qu’il recherche encore à s’allier à gauche alors que le PS ne voudra jamais de son apport pour la simple raison que le PS veut conserver dans son marketing politique le mythe du peuple de gauche.

Donc, oui, à titre personnel, je regrette cette copéisation des esprits parce qu’elle renforce le populisme dans le débat politique. Elle instrumentalise le débat politique à des fins électoralistes et anéantit toute réflexion sensiblement nuancée et surtout complexe dans un monde complexe. Elle réduit toute recherche de cohésion nationale dans une société fragile qui a besoin de se rassembler autour de repères communs. Il ne sort jamais rien de bon d’une argumentation quand on fait appel à l’émotion et aux sentiments au lieu d’en appeler à l’intelligence, au raisonnement et à la logique.

La guerre de tranchée entre les deux anciens candidats à la présidence de l’UMP, chaque heure alimentée par l’instantanéité de l’information, tant à la télévision que sur les réseaux sociaux sur Internet, ressemble à s’y méprendre à une joute de trolls sur Internet. Le mieux est bien sûr de se taire et de ne pas répondre, mais l’enjeu serait trop fort pour se permettre de s’écraser.


Oui à la pacification du débat national

François Bayrou, invité de BFM-TV le 19 novembre 2012, n’a pas dit autre chose quand il observait que le débat politique était de plus en plus occupé par des propos qui veulent coaliser les opinions contre quelque chose au lieu de vouloir faire des propositions constructives.

Une observation d’ailleurs commune à ce que voit Hervé Morin mais avec une conclusion différente puisque lui propose un « centrisme de radicalité » alors que François Bayrou a raison de rester sur un discours constructif. Hervé Morin a répété cette expression sans signification toute la soirée, à BFM-TV, LCP etc.

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La stupide histoire du pain au chocolat (stupide et même pas authentique puisque le Ramadan se passait cette année en pleines vacances scolaires !) ainsi que la provocation à deux balles sur le racisme anti-Blancs (j’y reviendrai) ne sont que les versions les plus caricaturales de ce qui était le moins acceptable dans le sarkozysme, celui de la stigmatisation, celui également du discours invraisemblable de Grenoble du 30 juillet 2010 qui a oublié en grande partie les valeurs républicaines sur lesquelles se fondait l’action du Général De Gaulle.


Faut-il dissocier le peuple ?

De gaullistes, il n’en reste plus que 12% à l’UMP. C’est éloquent …et ravageur. Le principal absent de cette tragicomédie reste bien sûr Jacques Chirac. Ce que je viens de constater plus haut, c’est que justement, l’UMP n’est plus l’addition de l’UDF et du RPR mais une sorte de parti de droite dure, de regroupement de militants qui n’hésitent plus à cliver le peuple français comme le fait traditionnellement la gauche (y compris François Hollande) avec le "peuple de gauche".

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Voici maintenant le "peuple de droite" qui ne représente rien, pas plus que le "peuple de gauche" et dont le concept est d’ailleurs tout autant anticonstitutionnel puisque la Constitution nous assure avec force que notre République est indivisible. Ne peut donc être divisée ni à droite ni à gauche.

Du reste, en trente-cinq ans, le peuple français a choisi huit fois la "droite" et sept fois la "gauche", souvent en alternances successives (sauf en 2007), si bien que la notion de "peuple de gauche" et de "peuple de droite" (que Guillaume Peltier, transfuge du FN, essaie d’inculquer à ses militants) n’a aucune réalité ni politique ni sociologique et encore moins institutionnelle. Il n’y a qu’un seul peuple.

Même si l’enjeu dans le choix des deux candidats à la présidence de l’UMP ne se faisait pas sur le terrain idéologique, il y a, entre les deux, une réelle différence de méthode entre celui qui veut cliver et celui qui veut rassembler le peuple. J’aurais donc préféré une large victoire de François Fillon mais la question n’est plus là et à mesurer la rancœur de 151 parlementaires et anciens ministres UMP (sur 327) qui le soutiennent aujourd’hui et refusent absolument cette copéisation à marche forcée de leur parti, une scission pourrait devenir inéluctable et peut-être même souhaitable. Selon certains journalistes, François Baroin chercherait à créer un nouveau groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale.


L’enjeu financier

Le 30 novembre est une échéance annuelle déterminante pour l’UMP. Chaque parlementaire doit en effet déclarer chaque année à l’État le groupe parlementaire dans lequel il compte siéger pour l’année qui suit.

Ces déclarations sont très importantes puisqu’elles déterminent la part parlementaire de la dotation publique aux partis, à raison de plus de 42 k€ par parlementaire et par an, ce qui fait un enjeu de quelques 6,3 millions d’euros pour 2013, ce qui n’est pas rien et qui serait déjà pas mal en cas de création éventuelle d’un nouveau parti. L’UMP a déjà perdu près de 10 millions d’euros de dotation avec son échec et elle est actuellement très endettée.

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La démission du responsable informatique de l'UMP ainsi que l'éviction de son responsable juridique avant le vote du 18 novembre 2012 donnent quelques signes démontrant l'arrogante soif de Jean-François Copé de gagner cette élection au mépris de toutes les règles d'équité électorale.


Le naufrage durable ?

Si Pierre Méhaignerie a jeté l’éponge avec soulagement dès le lundi 20 novembre 2012 en démissionnant de l’UMP et en rejoignant naturellement sa famille d’origine, l’UDI (il était temps ! sa fille l’a même félicité), c’est bien plus difficile pour des anciens RPR tels que François Fillon, François Baroin, Valérie Pécresse etc. qui ne se reconnaissent pas dans le courant centriste historique. C’est pour cela qu’une scission deviendrait inéluctable si de nouvelles élections internes n’étaient pas décidées pour régler définitivement le problème du leadership de l’UMP.

Cela dit, selon son président Jean-Louis Borloo, qui a déjà réuni mille maires à Issy-lès-Moulineaux à l’occasion du congrès des maires de France et qui a rencontré quatre cents nouveaux adhérents le 24 novembre 2012 à la Mutualité, l’UDI aurait enregistré plus de six mille adhésions pendant la semaine dernière, selon Jean-Christophe Lagarde.

La copéisation de l’UMP, qui souhaite renforcer la combativité "à droite" de l’opposition au service d’une seule ambition, va d’ailleurs probablement conduire à installer pour une longue période le parti socialiste au pouvoir.

À moins que…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 novembre 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Fillon.
Jean-François Copé.
La désarkozysation de l’UMP.
Fillon vs Copé.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
Un sérieux rival pour l’UMP ?
Le débat télévisé entre Copé et Fillon (25 octobre 2012).
Un pouvoir socialiste aux abois.
Choc de rivalité entre Copé et Fillon.

La tragicomédie de l’UMP (18 novembre 2012).
Copé déclaré vainqueur le 19 novembre 2012.
Copé proclamé président (19 novembre 2012).
Des adhésions en hausse pour l’UDI.
Morale molle et ambitions dures.
La limace et la hyène.
L’élu du 6 mai 2012 sera-t-il l’otage des extrêmes ?

yartiCopeisation07


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-copeisation-de-l-ump-est-elle-126468

 

 

 

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 06:54

Gagnant avec une très courte avance, Jean-François Copé succède à Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et Jacques Chirac à la tête du principal parti d'opposition à la gauche. François Fillon a reconnu sa défaite.


yartiUMPG01Ce n’est pas avec un télescope mais finalement avec un microscope qu’il a fallu examiner scrupuleusement les résultats du vote du 18 novembre 2012 pour déterminer le vainqueur. Le lundi 19 novembre 2012 à 22h39, c’est le sénateur Patrice Gélard, 74 ans, épuisé par près de trente heures de recomptages, président de la Commission d’organisation et de contrôle des opérations électorales (COCOE) de l’UMP, qui a officiellement proclamé Jean-François Copé élu président de l’UMP avec 98 voix d’avance sur son rival François Fillon.

Patrice Gélard est un universitaire de renom, professeur de droit à Rouen et au Havre, chercheur réputé sur l’URSS et auteur de nombreux essais sur ce pays, comme : "Les Systèmes politiques des États socialistes", "L’Administration locale en URSS", "Le Parti communiste de l’Unions soviétique", "L’État et le droit d’Est en Ouest" etc. Il est sénateur de Seine-Maritime depuis le 1er octobre 1995 (réélu en 2004) et a convenu que les statuts de l’UMP n’avaient pas du tout été adaptés à la confrontation frontale qu’il venait de conclure.


Victoire courte mais victoire

Sur 176 608 votants (soit environ 54% de participation), Jean-François Copé a en effet recueilli 87 388 voix, soit 50,03% et François Fillon 87 290 voix, soit 49,97%. Ces 0,06% de différence a ainsi départagé les deux candidats dans ce combat des chefs qui avait commencé le 30 juin 2012. La démocratie, c’est 50% + 1 voix.

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Le camp vainqueur pouvait donc parader en disant qu’ils avaient eu raison la veille de se déclarer vainqueurs. Sauf que justement, l’écart si faible a montré qu’ils auraient pu tout aussi bien être les vaincus du jour. Les deux camps s’étaient déclarés vainqueurs la veille de manière totalement intempestive.

Alors que Jean-François Copé a tout de suite pris la parole pour proposer l’ouverture avec le camp vaincu, François Fillon a attendu 23h32, soit presque une heure, pour digérer sa très courte défaite, l’accepter tout en le regrettant ces résultats et renoncer à tout recours pour irrégularités. L’affaire est donc close.


Échec personnel

Courte défaite ? En fait, c’est une grande défaite car François Fillon était parti dans la bataille avec un double avantage, celui d’être un homme d’État reconnu avec cinq ans à Matignon, et celui d’être populaire tant auprès des Français que des sympathisants de l’UMP.

Mais justement, cette élection ne concernait que les encartés de l’UMP, généralement arrivés dans ce parti grâce à la dynamique engendrée par Nicolas Sarkozy en 2004, 2007 et 2012 et Jean-François Copé avait astucieusement répété qu’il se retirerait en cas de retour de Nicolas Sarkozy sur la scène politique, ce qui caressait dans le sens du poil les nostalgiques du sarkozysme.

yartiUMPG03

La nouvelle direction de l’UMP devra sans doute réfléchir précisément sur le décalage entre les attitudes assez dures de ses adhérents et les aspirations de son électorat bien plus modérées que les encartés.


Retour de Sarkozy ?

Le retour de Nicolas Sarkozy est-il d’ailleurs possible dans la perspective de l’élection présidentielle de 2017 ? À mon avis, absolument pas. D’une part, je pense que Nicolas Sarkozy n’a plus du tout envie de revenir faire de la politique intérieure et se retrouver, comme les dix dernières années, cible de nombreuses attaques personnelles. Il est actuellement en pleine tournée de conférences (juteuses) aux États-Unis, au Brésil, en Russie et en Grande-Bretagne. De plus, il est convoqué chez un juge bordelais mercredi pour l’affaire Bettencourt.

D’autre part, l’ambition de Jean-François Copé est telle que maintenant qu’il est à la tête de l’UMP, rien ne l’empêchera d’être le candidat de l’UMP en 2017, quitte à torpiller une improbable candidature de Nicolas Sarkozy : je rappelle aux sceptiques qu’Édouard Balladur n’était arrivé à Matignon en mars 1993 que sur son engagement à ne pas se présenter à l’élection présidentielle de 1995 !


Fracture idéologique ?

Si le camp Copé peut évidemment être joyeux et va maintenant essayer de recoller les morceaux de ces deux terribles journées de tragicomédie, il va avoir du mal à conforter un rassemblement sur la base de ses idées : François Fillon a insisté en effet sur la profonde fracture politique et morale au sein de l’UMP.

La victoire de Jean-François Copé est en fait idéologiquement bien plus forte que ces seules 98 voix d’écart. Les décomptes ne sont pas encore officiellement finis mais le soutien des adhérents aux motions (aux "mouvements") est aussi un élément fort qui donne largement raison au camp Copé sur le choix des thèmes de campagne que Jean-François Copé va probablement développer tout au long de ces trois ans à la tête de l’UMP.

Effectivement, la motion qui arrive largement en tête est celle de la "Droite forte" initiée par des jeunes de l’UMP et en particulier par Guillaume Peltier, transfuge du FN qui va désormais énormément compter à l’UMP, redoutable débatteur et peut-être futur énarque (en même temps que son succès politique, il vient d’être admis à l’oral pour l’entrée à l’ENA), alors que la "Droite populaire" soutenue par des députés assez "anciens" arrive en dernier.

Du côté de l’aile sociale, c’est la motion "Droite sociale" de Laurent Wauquiez, soutien de François Fillon (candidat à la vice-présidence de l'UMP), qui a été bien plus efficace que la "France humaniste et moderne" de Jean-Pierre Raffarin et Luc Chatel (nouveau vice-président de l'UMP) qui a fait un très mauvais score (il pensait que sa motion arriverait en tête). C’est aussi un pari raté de Jean-Pierre Raffarin qui pensait, en soutenant à fond la candidature de Jean-François Copé, permettre aux centristes de l’UMP de prendre une place plus influente.


L’avenir du camp Fillon

Il est probable que le premier filloniste à rejoindre l’équipe Copé soit Laurent Wauquiez dont l’ambition, elle aussi démesurée, ne pourrait se satisfaire d’un retrait de plusieurs années. En revanche, il va sembler plus difficile à Valérie Pécresse et à François Baroin, eux aussi fillonistes très aguerris, de rejoindre immédiatement l’équipe Copé.

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Quel avenir pour François Fillon ? Il va justement y réfléchir mais ses chances de pouvoir se présenter à l’élection présidentielle de 2017 sont désormais très minces. Même s’il jouit d’une belle popularité, il y a encore quatre longues années et cette étape de la présidence de l’UMP lui était bien plus indispensable qu’à Jean-François Copé. Il reste maintenant l’hypothèse déjà ancienne de sa candidature à la mairie de Paris pour mars 2014, qui aurait l’avantage, pour l’UMP, de couper l’herbe aux ambitions municipales de Jean-Louis Borloo, président de l’UDI, qui, lui aussi, réfléchit sur un éventuel destin parisien.


Nouvelle génération UMP : ni UDF, ni RPR

Les déclarations de dimanche soir des deux protagonistes ont été particulièrement mal venues et ont engendré cette image déplorable (« lamentable » selon Alain Juppé) d’un parti coupé en deux. La réalité est que dans le sillage et l’élan de Jean-François Copé, c’est une nouvelle génération qui s’installe à la tête de l’UMP, qui n’est plus ni UDF, ni RPR, ni libérale, ni centriste, ni gaulliste et qui va sans doute représenter une opposition dure face au Président François Hollande.

La transition est déjà toute trouvée : l’abaissement de la note de la France par l’agence de notation Moody’s ce 19 novembre 2012 va braquer de nouveau les projecteurs sur la politique économique et budgétaire du gouvernement et apporter des arguments supplémentaires à l’opposition.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 novembre 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Fillon.
Jean-François Copé.
La désarkozysation de l’UMP.
Fillon vs Copé.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
Un sérieux rival pour l’UMP ?
Le débat télévisé entre Copé et Fillon (25 octobre 2012).
Un pouvoir socialiste aux abois.
Choc de rivalité entre Copé et Fillon.

La tragicomédie de l’UMP (18 novembre 2012).
Copé déclaré vainqueur le 19 novembre 2012.

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/presidence-de-l-ump-resultat-126178

 

 



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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 03:29

Alors que le vote des adhérents aurait dû aboutir à la fin de la rivalité Fillon/Copé, l’UMP se découvre avec deux présidents autoproclamés et des contestations d’irrégularités mutuellement dénoncées. Le suspens reste entier.


yartiUMPF01C’est le scénario catastrophe qui s’est produit dans la soirée de ce dimanche 18 novembre 2012 au sein de l’UMP à l’occasion de l’élection du président de cette formation. Pourtant, la journée s’était annoncée plutôt positive pour les différents élus UMP : une forte participation a eu lieu, malgré le mauvais temps, dans toute la France, de l’ordre de 60%, confirmant une fois de plus, après la primaire socialiste d’octobre 2011, que les militants politiques voulaient décider par eux-mêmes de l’avenir politique de leur parti.


Forte mobilisation

Rançon du succès, le faible nombre de bureaux de vote (650 sur toute la France) a obligé des milliers de votants d’attendre leur tour parfois plus de deux heures dehors. L’ancien Premier Ministre et candidat François Fillon a lui-même attendu pendant une heure et demi comme un simple militant dans son bureau de vote du 7e arrondissement. Conséquence directe, les opérations devant se dérouler de 9h00 à 18h00 se sont prolongées parfois jusqu’à 20h00 pour permettre à tous les présents de voter.

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Donc, à l’origine, cette forte mobilisation (peu prévisible et mal anticipée en terme d’organisation) a été un signal plutôt positif pour la principale formation de l’opposition. Mais la soirée a vite viré au cauchemar.


Résultats très serrés

Premier acquis : le scrutin allait être très serré. De l’ordre de quelques centaines de voix sur l’ensemble des votants dont le nombre total doit s’approcher des deux cent mille. Le simple fait que ce scrutin soit serré était déjà une grande victoire pour l’outsider, le secrétaire général sortant Jean-François Copé que les sondages donnaient largement perdant (de l’ordre d’un tiers/deux tiers).

Pire : les exégètes politiques considéraient que plus la participation était élevée, plus le score de François Fillon serait élevé. Il se trouve que c’est exactement l’inverse qui s’est réalisé : la forte mobilisation a au contraire favorisé Jean-François Copé.


Tricheries mutuellement dénoncées

Au fil des décomptes du début de soirée, Jean-François Copé bénéficiait d’une légère avance. Cela ne l’a pas empêché d’attaquer le camp d’en face en dénonçant fermement des fraudes dans certains bureaux de vote, en particulier dans la 1e circonscription des Alpes-Maritimes, celle d’Éric Ciotti qui est le directeur de campagne de François Fillon.

yartiUMPF03Le camp Fillon a alors riposté aussitôt en dénonçant des fraudes tant à Neuilly-sur-Seine qu’à Toulouse, dans le Gers, le Gard, l’Oise, la Seine-et-Marne, les Bouches-du-Rhône.

Et il est vrai que l’analyse des premiers résultats montrent que les adhérents ont choisi majoritairement le même camp que les élus de leur circonscription. Ce qui peut se comprendre au niveau local, les élus ayant une forte influence dans la vie des partis.


Conquête à l’arraché ?

Il est clair que les tentatives d’intimidation, de bluff, de mensonges, de fraudes ont été monnaies courantes de cette soirée de part et d’autres. Résultat détestable sur ces militants qui avaient cru cautionner une opération démocratique mais qui se sont trouvés piégés dans un tourbillon qui tourne à l’aigre.

Puis, à 23h30, c’est la course à la déclaration. Jean-François Copé est parvenu à s’exprimer le premier …pour revendiquer sa victoire avec 1 058 voix d’avance. Il a fait sa déclaration comme si les jeux étaient faits et qu’il avait gagné. Or, à cet instant, la Commission d’organisation et de contrôle des opérations électorales (COCOE) de l’UMP, présidée par le sénateur Patrice Gélard, n’avait validé que les résultats de 17 départements en tout et pour tout.

À 23h48, ce fut au tour de François Fillon de s’exprimer en revendiquant lui aussi sa victoire avec 224 voix d’avance et en dénonçant le triomphalisme de Jean-François Copé. Contrairement à ce dernier, l’équipe Fillon n’a pas du tout affirmé clairement qu’elle avait gagné mais a estimé que la COCOE validerait forcément leurs décomptes.

À 3h00 du matin, la situation n’avait guère évolué : 508 voix d’avance du côté Copé, 229 voix d’avance du côté Fillon.

Il est indéniable que Jean-François Copé a pris ses adversaires de court par le bluff, celui de faire croire qu’il a gagné pour réussir la bataille psychologique de la soirée. Jean-François Copé connaît très bien les méthodes qui marchent pour contrôler un appareil. À l’aide de Charles Pasqua, Jacques Chirac avait réussi la même chose sur les vieux barons du gaullisme le 14 décembre 1974 pour conquérir le secrétariat général de l’UDR. Le bluff est un procédé qui fonctionne souvent car il donne une dynamique. L’équipe Fillon a cependant essayé de l’enrayer tout en dénonçant les désinformations sur les supposées fraudes à Nice.


Un scrutin pourtant organisé pour qu’il soit sans tâche

Ces contestations mutuelles sur certains bureaux de vote sont d’autant plus troublantes que chaque bureau de vote était présidé et vice-présidé par un membre de chacune des deux équipes, et qu’un huissier était présent pour dresser un procès verbal sur ce qu’il s’est réellement passé et les éventuelles irrégularités (les huissiers sont assermentés, et sans doute que cette profession va avoir de beaux jours devant elle avec la multiplication des primaires). A priori, les décomptes n’auraient pas dû faire l’objet de contestations d’une manière ou d’une autre.

En clair, ces militants qui se sont déplacés en masse par souci de s’impliquer dans la vie interne de leur parti auront des raisons de se sentir floués par cette gestion désastreuse des résultats. Le FN se frotte déjà les mains, et François Hollande aussi qui craignait connaître dès ce dimanche soir son futur opposant pour le second tour de l’élection présidentielle de 2017. Visiblement, il y aura encore du boulot à l’UMP avant d’arriver à trouver un leader crédible et solide.


La droitisation a fonctionné

Le pire, sans doute, c’est que dans tous les cas, qu’il ait effectivement gagné ou qu’il ait perdu, Jean-François Copé a réussi à rassembler la moitié de l’UMP sur des thèmes très droitiers qui ne correspondent absolument pas à ce que souhaite la majorité des électeurs de l’UMP (dont la plupart ne sont pas encartés et donc ne pouvaient pas voter ce dimanche).

Y a-t-il un risque de scission ? D’un point de vue idéologique, elle ne correspondrait à rien et elle serait désastreuse d’un point de vue électoral. Cependant, il faudra observer attentivement comment se passeront les prochains jours, si la COCOE proclame un vainqueur, quelle sera la réaction du vaincu déclaré. Lâchera-t-il l’affaire ou, comme le dit si fermement François Fillon, ne lâchera-t-il rien pour ne pas voler aux militants leur victoire ?

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(Débat entre Valérie Pécresse et Franck Riester sur BFM-TV)

Le scénario ne pouvait donc pas être pire, tant dans les résultats étonnants (forte mobilisation et scores ultra-serrés) que dans la réaction des deux candidats où leur seconds couteaux ont été particulièrement tranchants (Luc Chatel, Rachida Dati, Marc-Philippe Daubresse, Guillaume Peltier, Franck Riester pour l’équipe Copé ; Christian Estrosi, Bernard Debré, Valérie Pécresse, Éric Ciotti, Jérôme Chartier pour l’équipe Fillon).


Un congrès de Reims… à droite

Comme par coïncidence, ce vote de l’UMP du 18 novembre 2012 rappelle étrangement le vote des militants socialistes au congrès de Reims le 21 novembre 2008 où une quasi-égalité s’était retrouvée dans le duel entre Ségolène Royal et Martine Aubry, cette dernière avec 42 voix d’avance sur un total de 137 116 votants. Finalement, 102 voix d’avance avaient été officiellement attribuées à Martine Aubry le 25 novembre 2008 par le conseil national du PS (approuvant à 159 voix contre 76 et 2 abstentions).

Les esprits les plus perspicaces de l’UMP laissaient déjà entendre que la lutte fratricide de Reims n’avait pas empêché la victoire du candidat socialiste à l’élection présidentielle suivante, mais Bernard Sananès, patron de CSA depuis décembre 2010, a opportunément rappelé sur BFM-TV que justement, aucune des deux "belligérantes" de 2008 n’avait pu finalement être la candidate du PS en 2012.


Morne plaine

Il est clair que le 18 novembre 2012, les deux candidats à la présidence de l’UMP ont réussi à faire d’une journée qui leur avait été très favorable, avec une grande participation de leurs militants, et un vent démocratique indéniable, un jour particulièrement noir qui s'est transformé en mascarade ou en vaudeville avec une fracture qui sera probablement plus dure à réparer qu’au PS il y a quatre ans. Le FN, le PS et peut-être aussi l’UDI pourraient être les premiers bénéficiaires de cette véritable faute de communication politique (que j’impute particulièrement à l’audace et à la précipitation de Jean-François Copé).

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Les réactions des internautes sont d’ailleurs très acides puisque certains se sont amusés à coupler cette actualité avec le mariage pour les couples homosexuels en parlant de deux papas pour l’UMP !

La dernier mot reviendra de toute façon à l’instance statutaire chargée d’arbitrer et d’annoncer les résultats. Les heures vont être encore longues avant d’envoyer la fumée blanche…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 novembre 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Fillon.
Jean-François Copé.
La désarkozysation de l’UMP.
Fillon vs Copé.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
Un sérieux rival pour l’UMP ?
Le débat télévisé entre Copé et Fillon (25 octobre 2012).
Un pouvoir socialiste aux abois.
Choc de rivalité entre Copé et Fillon.

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-ump-refait-le-coup-du-congres-de-126078

 

 

 

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 20:53

Résultats partiels de l'UMP : Copé avec 800 voix d'avance sur Fillon.

Sur 78049 votants (39 départements), François Fillon n'obtient que 49,9% soit 800 voix de retard sur Jean-François Copé.

SR

 

 

 

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 00:23

Né le 6 janvier 1925, Maurice Ulrich fut un haut fonctionnaire proche de Jacques Chirac. D'abord  diplomate, il fut nommé président-directeur général de la chaîne de télévision Antenne 2 de 1978 à 1981. Puis, de 1985 à 1986, il fut choisi comme directeur général de l'information et de la communication du maire de Paris. Jacques Chirac le nomma ensuite directeur de cabinet du Premier Ministre du 20 mars 1986 au 10 mai 1988. Suppléant, Maurice Ulrich fut ensuite élu sénateur de Paris (RPR puis UMP) du 18 avril 1993 au 30 septembre 2004.

SR

 

 

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 07:55

Il y a plus qu’une différence de personnalité dans cette élection interne : l’enjeu est le choix entre une UMP Chirac-Juppé et une UMP Sarkozy.



yartiUMPD01C’est la dernière ligne droite. Dimanche 18 novembre 2012, les quelques 325 000 adhérents à l’UMP départageront Jean-François Copé et François Fillon dans les urnes de la démocratie interne. Vu l’intensité des débats depuis le 30 juin 2012, il est clair que c’est la première fois qu’un grand parti de droite se choisit ainsi de manière non prévisible ses dirigeants.


Le précédent de 1999

Première fois ? Peut-être pas après tout, car l’élection du président du RPR en 1999, après la démission inattendue de Philippe Séguin, n’a pas été non plus qu’une simple formalité. Les deux protagonistes de 2012 peuvent même l’attester puisque François Fillon avait été lui-même candidat à la présidence du RPR (par "séguinisme") et il n’avait atteint que la troisième place (24,6%) au premier tour du 20 novembre 1999, tandis que Jean-François Copé avait fait un "ticket" avec Patrick Devedjian arrivé en quatrième et dernière place (8,9%).

Ne restèrent finalistes que Jean-Paul Delevoye (35,3%), soutenu par Jacques Chirac et Alain Juppé, et Michèle Alliot-Marie (31,2%) qui avait décidé de sa candidature de manière isolée mais avait reçu pour le second tour le soutien de François Fillon et de Jean-François Copé. Le 4 décembre 1999, Michèle Alliot-Marie gagna avec 62,7% contre son concurrent Jean-Paul Delevoye dans un scrutin qui mobilisa 57 171 votants sur les 81 976 adhérents inscrits.

Après son cinglant échec, Jean-Paul Delevoye quittera la politique active quelques années plus tard et après un poste ministériel, multipliera les hauts postes de prestige : Médiateur de la République (2003-2010) et depuis 2010, Président du Conseil économique, social et environnemental. Quant à Michèle Alliot-Marie, elle enregistra sans plaisir deux années plus tard l’absorption de l’UDF dans le RPR par la création de l’UMP et le retour sans enjeu d’Alain Juppé à sa présidence.


L’enjeu est majeur

L’enjeu du scrutin interne du 18 novembre 2012 est majeur, et d’une importance au moins égale à celle du congrès de Reims de novembre 2008 pour le parti socialiste ou de sa primaire en octobre 2011. Son issue sera déterminante dans le paysage politique sans doute pour les dix prochaines années.

Il s’agit bien sûr d’un combat de personnes qui mettent toute leur énergie au service de leur ambition, mais il s’agit de bien plus que cela aussi. Il s’agit de l’évolution de l’UMP, ou plutôt, d’un grand parti de centre droit et de droite qui devra habilement se positionner entre un FN toujours plus en surenchère populiste et un PS qui appliquera de plus en plus le programme de l’UMP à l’exception de quelques marqueurs insignifiants pour l’emploi et l’économie, tout en comptant avec une UDI qui semble réussir son décollage.


Première vision

Si l’on présente les choses de manière assez succincte, les deux protagonistes sont très différents l’un de l’autre.

François Fillon a l’avantage des sondages de popularité, sa longue carrière ministérielle et son tempérament assez réservé (le contraire de celui de Nicolas Sarkozy) lui ont façonné une stature d’homme d’État incontestable. La question est de savoir s’il saura diriger un grand parti d’opposition et surtout, l’amener à la victoire dans les élections intermédiaires (et en particulier, les élections municipales et européennes du printemps 2014).

Jean-François Copé a adopté une autre attitude. Aussi précoce que son concurrent dans ses responsabilités politiques, il a connu l’échec (en particulier en juin 1997) et montre un dynamisme et une ambition décomplexés qui l’amènent à imiter presque parfaitement son nouveau modèle, Nicolas Sarkozy, qui fut pourtant longtemps un rival. Réputé arrogant, il en remet souvent une couche dans sa manière de parler et peut se vanter de savoir mobiliser surtout les jeunes militants qui veulent en découdre avec la gauche de façon pas forcément très subtile.

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D’un côté, les élus et les cadres ; de l’autre, les militants. C’est une caricature bien sûr, car le 18 septembre 2012, lorsqu’il s’est agi de montrer les parrainages des deux candidats, finalement, c’est François Fillon qui a gagné la bataille de la mobilisation interne alors que Jean-François Copé contrôle encore l’appareil en tant que secrétaire général. On disait d’ailleurs que François Fillon était peu dynamique mais c’est bien lui qui a démarré (très tôt) les hostilités.

La situation à quelques heures du choix est d’ailleurs très crue : les propos désagréables fusent des deux camps. François Fillon a même brandi le risque de dislocation de l’UMP en cas d’échec tandis que Jean-François Copé rejette le droit d’inventaire du sarkozysme et a tenu, notamment au Cannet le 13 novembre 2012, des propos ouvertement populistes, où, à chaque phrase, il fustigeait "Paris", "Saint-Germain" (mais qu’a-t-il contre ce beau quartier de Paris ?), en clair "l’etabishment parisien" face aux "provinciaux du vrai peuple" etc. en confondant savamment ses critiques contre la gauche et celles contre une certaine "tiédeur" de son parti (le camp adverse).

Au fait, entre "droite décomplexée" et "droite tiède", cela ne vous rappelle-t-il rien ? Bien sûr, cela nous fait revenir à un an en arrière, au second tour de la primaire socialiste, entre la gauche dure de Martine Aubry et la gauche molle de François Hollande. Copé/Aubry versu Fillon/Hollande ? Clivant vs rassembleur ? Le mou rassembleur l’avait d’ailleurs brillamment emporté sur le clivant dur.

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Savoir qui gagnera à l’arrivée relève d’une prédiction astrologique. Aucun sondage n’est capable de façon pertinente d’indiquer la représentativité des tendances parmi les seuls adhérents UMP. Seulement celles des sympathisants, mais il y a une différence considérable. C’est d’ailleurs l’espoir de Jean-François Copé, celui d’une "surprise". Au printemps 2011, Nicolas Hulot aurait dû, selon les sondages, largement l’emporter sur Eva Joly pour la primaire de EELV et ce ne fut pas le cas. En revanche, Ségolène Royal était en tête des sondages en novembre 2006 et ce fut bien elle qui fut choisie comme candidate par les seuls encartés du PS. Le phénomène était différent pour la primaire socialiste d’octobre 2011 puisque tout le monde pouvait y participer, pas seulement les adhérents (y compris des personnes qui ne voteraient pas socialiste).

Le phénomène de vote utile favorisera François Fillon ; le phénomène identitaire et militant (fier d’être de droite, fier de vouloir ferrailler contre la gauche) avantagera Jean-François Copé.


Focalisation

Il est clair que malgré les habiles tournures de phrases, il y a désormais une réelle différence de fond entre François Fillon et Jean-François Copé. Ce dernier l’a d’ailleurs constaté en disant que ce duel va bien au-delà de leur propre personne. Il s’agit du positionnement de l’UMP.

En insistant avec beaucoup de malice sur la sécurité et l’immigration (par la voie de la laïcité, habile contournement de l’islamophobie), Jean-François Copé sait qu’il renforce la mainmise idéologique de Nicolas Sarkozy sur l’UMP. Cette malice est doublée d’une hypocrisie : il réfute les procès en droitisation et pourtant, il n’y a pas un seul jour où il ne parle pas de "droite décomplexée". Incohérence verbale…

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Cette droitisation a deux buts. Celui évidemment de recueillir la voix des militants de l’UMP attirés pour la plupart par Nicolas Sarkozy. Mais également celui de récupérer les électeurs du FN. Une attitude qui avait semblé réussir à Nicolas Sarkozy en 2007 mais qui lui a été fatale en 2012 : les électeurs de centre droit lui ont refusé leur vote le 6 mai 2012 à cause de ses propos inutilement stigmatisant alors qu’avec leur soutien, il aurait été confortablement réélu. C’était donc un mauvais calcul de miser à fond sur cette droitisation dans une société française fragile qui avait besoin de "souffler" (cette société s’aperçoit maintenant qu’elle ne "soufflera" pas non plus avec François Hollande qui va cliver les Français par des projets qui n’ont ni urgence ni importance).

Dans son meeting du Cannet du 13 novembre 2012, Jean-François Copé s’est donné quatre priorités : identité, autorité, compétitivité et …générosité, mais pas celle de l’assistanat. Et il souhaite faire de l’UMP une sorte de "bureau des élèves", avec des œuvres sociales, des aides aux personnes en difficulté (soutien scolaire etc.) sur la base du bénévolat mais aussi du retour d’ascenseur, l’engagement des personnes aidées à en aider d’autres. C’est quasiment la manière dont les Frères musulmans ont réussi à gagner les dernières élections égyptiennes ! Cette proposition est habile tout comme celle d’instaurer les "mouvements" (c’est-à-dire des courants sur la base de motions) pour faire cohabiter plusieurs tendances au sein de l’UMP. Il est clair que Jean-François Copé a un vrai projet pour le fonctionnement interne de l’UMP tandis que François Fillon reste plutôt sur le principe classique du leadership.

Mais non seulement la droitisation de l’UMP est électoralement contreproductive (tous les ministres UMP en campagne présidentielle l’ont appris à leurs dépens sur le terrain) mais elle est aussi idéologiquement dangereuse. Elle renforce au contraire les idées du FN de repli sur soi et de fermeture d’esprit et surtout, renforce son électorat potentiel selon le vieil adage qui se vérifie souvent : il vaut mieux choisir l’original à la copie. La droitisation de l’UMP renforce les idées du FN et donc, à long terme, renforce le FN, d’autant plus que sa leader a de la ressource, tandis qu’elle repousse les électeurs du centre droit qui s’opposent fermement à ce genre de tendances. Conclusion, elle ne peut mener qu’à favoriser le FN et, d’une certaine manière, à renforcer l’UDI qui deviendra l’antichambre sociale d’une UMP décomplexée.

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C’est ce danger que pointe François Fillon, soutenu d’ailleurs par la majeure partie des responsables de l’UMP. Ce n’est pas un hasard si François Fillon a été très cordialement accueilli à Bordeaux le 14 novembre 2012. Malgré sa neutralité de principe, Alain Juppé a bien compris que l’enjeu était assez clair, entre la poursuite de la droitisation forcée de l’UMP (avec une nouvelle génération très dynamique et redoutable) qui va immanquablement la bloquer dans une opposition durable ou le retour à la modération responsable comme le pratiqua l’alliance entre l’UDF et le RPR pendant vingt-cinq ans, ce qui la préparera à reprendre rapidement le pouvoir face à un parti socialiste déjà très impopulaire.

En d’autres termes, les encartés de l’UMP devront savoir s’ils veulent se faire plaisir à court terme (auquel cas Jean-François Copé paraît un choix possible) ou s’ils souhaitent que leur parti revienne rapidement au pouvoir et dans ce cas, soit capable de rassembler une majorité de Français (auquel cas, François Fillon offre la meilleure perspective).


Les soutiens

En fin de campagne, seulement quatre personnalités ont (à ce jour) refusé de donner leur position pour préserver leur chance de peser dans le futur : Alain Juppé, Michèle Alliot-Marie, Bruno Le Maire et aussi Nathalie Kosciusko-Morizet qui, de son côté, vient de fonder le 14 novembre 2012 un nouveau parti, "la France droite", qui critique d’ailleurs la droitisation assimilée à du marketing politique.

La plupart des autres élus ou anciens élus se sont déterminés. S’il n’y a pas de coupure idéologique (des "centristes" sont dans les deux camps, ainsi que des "droite populaire"), il y aurait peut-être une légère césure générationnelle, les plus jeunes étant plus susceptibles de voir en Jean-François Copé un homme d’avenir.

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Soutiennent la candidature de Jean-François Copé : Luc Chatel, Michèle Tabarot, Nicole Ameline, Patrick Balkany, Étienne Blanc, Philippe Briand, Gilles Carrez, Gérard Cherpion, Édouard Courtial, Olivier Dassault, Marc-Philippe Daubresse, Georges Fenech, Claude Goasguen, Henri Guaino, Michel Herbillon, Sébastien Huyghe, Christian Jacob, Denis Jacquat, Christian Kert, Pierre Lequiller, Patrick Labaune, Valérie Rosso-Debord, Jean-François Mancel, Lionnel Luca, Marc Laffineur, Valérie Lacroute, Thierry Mariani, Franck Marlin, Alain Marsaud, Alain Moyne-Bressand, Henri Plagnol (qui a rejoint l’UDI), Axel Poniatowski, Franck Riester, Thierry Solère, Éric Straumann, Dominique Tian, Catherine Vautrin, Marie-Jo Zimmermann, Jean-Claude Carle, Pierre Charon, Serge Dassault, Jean-Claude Gaudin, Jean-Jacques Hyest, Roger Karoutchi, Philippe Marini, Jean-Pierre Raffarin, Rachida Dati, Françoise Grossetête, Brice Hortefeux, Constance Le Grip, Isabelle Balkany, Charles Beigbeder, Christine Boutin, Chantal Brunel, Geoffroy Didier, Emmanuel Hamelin, Maryse Joissains-Masini, Brigitte Kuster, François Lebel, Jean-Pierre Lecoq, Marie-Anne Montchamp, Nadine Morano, Hervé Novelli, Guillaume Peltier, Éric Raoult, Marie-Josée Roig, Jean-Marc Roubaud, Jean Sarkozy, Olivier Stirn, et aussi Dominique de Villepin (soutien hors de l’UMP).

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Soutiennent la candidature de François Fillon : Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse, François Baroin, Gérard Larcher, Bernard Accoyer, Benoist Apparu, Xavier Bertrand, Bruno Bourg-Broc, Valérie Boyer, Bernard Brochand, Christian Estrosi, Dominique Bussereau, Gérard Longuet, Éric Ciotti, Bernard Debré, Patrick Devedjian, David Douillet, Dominique Dord, Hervé Gaymard, Guy Geoffroy, Charles-Ange Ginésy, Philippe Goujon, Serge Grouard, Arlette Grosskost, Jean-Claude Guibal, Jean-François Lamour, Philippe Houillon, Pierre Lellouche, Jean Leonetti, Alain Marleix, Philippe Armand Martin, Jean-Claude Mignon, Jacques Myard, Patrick Ollier, Bernard Perrut, Christophe Priou, Arnaud Robinet, Lionel Tardy, Guy Teissier, François Vannson, Jean-Pierre Vigier, Michel Voisin, Éric Woerth, Philippe Bas, Christophe Béchu, Philippe Dallier, Isabelle Debré, Hubert Falco, René Garrec, Francis Grignon, François Grosdidier, Pierre Hérisson, Chantal Jouanno (qui a rejoint l’UDI), Fabienne Keller, Jacques Legendre, Christian Poncelet, Hugues Portelli, Henri de Raincourt, Michel Savin, François Trucy, Jean-Pierre Vial, Nora Berra, Joseph Daul, Alain Lamassoure, Tokia Saïfi, Gérard d’Aboville, Martine Aurillac, Roselyne Bachelot, Édouard Balladur, Pierre-Christophe Baguet, Claude Guéant, Éric Besson, Joëlle Ceccaldi-Reynaud, Jean-Claude Étienne, François Goulard, Françoise Hostalier, Alain Joyandet, François Kosciusko-Morizet, Benjamin Lancar, Pierre Méhaignerie, Marie-Luce Penchard, Étienne Pinte, Philippe Richert, Fabien Sans-Nicolas (au patronyme amusant dans ce contexte, ancien jeune candidat UMP à la mairie de Grenoble), Jean Tiberi, Claude-Annick Tissot, Gérard Trémège, et aussi François Bayrou (soutien hors de l’UMP ; François Bayrou a en effet parlé de "choix raisonnable").


L’enjeu

En définitive, l’enjeu se réduit à la poursuite du populisme décomplexé initié par Nicolas Sarkozy ou à une manière plus raisonnable et surtout, plus respectueuse de la cohésion nationale, comme l’avait pratiquée Jacques Chirac ou Alain Juppé.

Du scrutin interne de ce dimanche 18 novembre 2012 déterminera probablement la candidature UMP à l’élection présidentielle de 2017 (même si une primaire ouverte sera probablement prévue en 2016 après avoir critiqué celle du PS), et le développement des deux partis limitrophes, le FN et l’UDI.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 novembre 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Fillon.
Jean-François Copé.
La désarkozysation de l’UMP.
Fillon vs Copé.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
Un sérieux rival pour l’UMP ?
Le débat télévisé entre Copé et Fillon (25 octobre 2012).
Un pouvoir socialiste aux abois.

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 http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/ump-le-duel-cope-vs-fillon-pour-le-125945


 







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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 07:44

La bataille de l’UMP fait rage. Copé versus Fillon. Habituée aux rivalités de personnes, la droite retrouve sa tradition querelleuse. Pourtant, il ne s’agit pas d’un clivage idéologique. Il s’agit surtout de configurer le paysage politique français pour les cinq voire les dix prochaines années. Troisième et dernière partie : le débat télévisé.


yartiUMPB01Comme je l’annonçais dans mon précédent article, le débat télévisé qui a opposé François Fillon à Jean-François Copé dans l’émission "Des Paroles et des actes" animé par David Pujadas ce jeudi 25 octobre 2012 a été sans précédent car c’est la première fois qu’un débat interne à une formation de droite a été projeté sur la scène nationale.


Plus un entretien de recrutement qu’un duel politique

Les deux "belligérants", comme on serait tenté de dire, ont déçu ceux qui, justement, s’attendaient à une "guerre", et en particulier les journalistes (et plus précisément David Pujadas) qui n’ont cessé, tout au cours de cette (trop longue) émission d’essayer de titiller l’un contre l’autre. Sans succès.

En ce sens, David Pujadas s’est trompé de sujet. Il ne s’agissait pas d’opposer politiquement les deux candidats à la présidence de l’UMP mais surtout, comme l’a rappelé souvent Jean-François Copé durant cette prestation, de savoir qui, des deux, serait le plus apte à s’opposer au gouvernement socialiste, à remobiliser l’UMP et à préparer les échéances municipales de mars 2014. Chacun des deux interlocuteurs a donc cherché à éviter l’expression de trop qui pourrait ensuite coller durablement sur le débat politique (comme "gauche molle" jetée par Martine Aubry sur la face de François Hollande le 12 octobre 2011). Ils ont surtout critiqué l’autre par ellipses, allusions et analogies implicites.

L’émission était longue car il y avait d’abord une double interview traditionnelle avec François Fillon puis avec Jean-François Copé, pendant trente-six minutes chacun, puis (enfin) la "confrontation" entre les deux pendant quarante-six minutes.


Match nul ?

Comme toujours, il est très difficile de savoir qui des deux a gagné ce débat et j’aurais tendance à dire "match nul" en sachant que ce n’est pas vraiment un match.

D’un point de vue dynamisme et combativité, il n’y a pas photo ; Jean-François Copé l’a largement emporté, mais d’un point de vue réflexion et capacité à rassembler, c’est François Fillon qui s’est posé en homme d’État pour le futur. L’un a dix ans de moins que l’autre mais aussi bien moins d’expérience. À l’évidence, Jean-François Copé s’exprimait exclusivement aux militants de l’UMP, largement convaincus politiquement et seuls électeurs de la bataille de la présidence de l’UMP, et François Fillon, avec plus de recul et de prudence, parlait à l’ensemble des Français dans une position d’aller convaincre des non convaincus, chose bien moins aisée.

Dans l’ensemble, les deux protagonistes ont été plutôt bons pour répondre à des questions parfois difficiles, même si François Fillon a nettement montré qu’il se bridait un peu plus que Jean-François Copé pour ne pas décevoir certains adhérents UMP (qui sont très "décomplexés" face au pouvoir socialiste).

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Alors que Jean-François Copé détournait régulièrement les questions sur ses différences avec son rival en attaquant, voire pilonnant le gouvernement socialiste (en particulier, sur l’annonce anticipée d’une décision du Conseil Constitutionnel par un Premier Ministre, fait sans précédent !), François Fillon préférait insister sur la période tragique dans laquelle la France se trouvait et sur la mauvaise direction prise par la nouvelle majorité, tout en concédant quelques mesures positives (comme la création de la banque pour l’investissement industriel ou l’action du chef de l’État au Mali).


Fuyant ou arrogant ?

Le début de l’émission fut marqué par les adjectifs qui collaient (selon un sondage) aux deux candidats, un positif et un négatif. François Fillon serait "rassembleur" mais "fuyant" tandis Jean-François Copé serait "fonceur" mais "arrogant".

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François Fillon a rejeté "fuyant" en se disant surtout "réservé" avec "certains" médias mais il n’a jamais esquivé les débats, ayant lui même mis en œuvre des réformes (celles des retraites en 2003 et 2010) malgré les manifestations dans les rues. Jean-François Copé, lui, a fait dans le classique d’un entretien de recrutement en retournant la médaille du défaut en qualité ; il a admis bien volontiers qu’il pouvait être perçu comme "arrogant" par ceux qui ne le connaissaient mais ceux qui le voyaient agir trouveraient au contraire qu’il serait "pugnace".


Un pouvoir amateur

François Fillon a beaucoup développé sur l’impréparation des socialistes à gouverner et leur croyance que l’éviction de Nicolas Sarkozy aurait pu à elle seule redonner à la France la prospérité et la croissance. La démonstration est maintenant là que c’était faux et que l’antisarkozysme n’était pas un programme de gouvernement.

L’ancien Premier Ministre a également recommandé à François Hollande de se hisser à la tête de la nation et de ne pas être seulement prisonnier du programme du candidat Hollande. En particulier, qu’il s’agissait maintenant de prendre des décisions pour l’ensemble des citoyens et pas seulement pour ce mythique et exclusif "peuple de gauche". Ainsi, dans une période de doute et de manque de confiance en l’avenir, François Hollande serait bien avisé de ne pas mettre en débat aujourd’hui des sujets qui peuvent profondément diviser la société, comme le mariage des couples homosexuels ou le droit de vote des étrangers qui remettraient inutilement en cause les bases même de la cohésion sociale.


S’opposer et militer

Jean-François Copé n’a pas hésité, quant à lui, à donner la définition du prochain président de l’UMP : être le premier opposant au pouvoir actuel et être le premier militant à être sur le terrain. Ah, le terrain, voici un thème que Jean-François Copé a répété inlassablement jusqu’à la nausée. Car lui, le député-maire de Meaux, n’a pas hésité à faire l’opposition entre les parisiens, ceux de Saint-Germain-des-Prés, et lui, qui serait au contact avec la réalité, qui serait sur le terrain, qui connaîtrait le pays réel (avec même l’audace de parler d’un jour où il avait "marché sur Paris" pour faire adopter la loi interdisant la burqa !).

Tiens, justement, si François Fillon n’a pas montré toute la dextérité verbale de son rival, il n’a jamais hésité à répondre à chaque critique implicite à son encontre. J’ai relevé ainsi un certain nombre de ripostes très convaincantes de sa part.

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Sur la burqa, justement, François Fillon a dénié le fait que ce fût Jean-François Copé l’initiateur de la loi en rappelant que c’était Nicolas Sarkozy qui l’avait demandé dans son allocution à Versailles devant le Parlement réuni en Congrès. Il a rappelé également que lors des auditions de la commission sur la laïcité présidée par Bernard Stasi, il fut le seul membre du gouvernement auditionné, en tant que Ministre des Affaires sociales, et avait alors donner sa position d’interdire la burqa à une époque où cela paraissait inopportun.

Sur la suppression des 35 heures, alors que Jean-François Copé a insisté sur le fait que c’était une mesure qu’il avait proposée en 2008 et que le gouvernement (donc François Fillon) n’avait pas voulu suivre, François Fillon a rappelé qu’il l’avait proposée dès le printemps 2002 quand il était chargé du projet présidentiel de Jacques Chirac et qu’il l’avait reproposée dans son livre paru en 2006, à savoir de ne plus instituer de durée légale du travail et de la définir uniquement par des accords d’entreprises (Jean-François Copé a proposé des accords de branches). Mais ni Jacques Chirac ni Nicolas Sarkozy n’avaient voulu l’écouter, ce dernier ayant préféré la méthode "douce" en "réhabituant" les Français au travail par les heures supplémentaires détaxées.

Sur l’Europe, François Fillon a bien dû admettre que, influencé par son mentor Philippe Séguin, il avait voté non à Maastricht en 1992, mais depuis la crise de 2008, le monde avait changé avec l’émergence de la puissance économique asiatique et il était donc nécessaire de créer un grand ensemble européen pour faire face à la mondialisation des échanges.

Sur la fidélité et la proximité à Nicolas Sarkozy, un élément déterminant si on considère que les plus de deux cent soixante mille adhérents l’ont été surtout par l’attraction de Nicolas Sarkozy depuis 2004, François Fillon a rappelé qu’il avait mis en œuvre toutes les actions du quinquennat et surtout, qu’il avait rejoint Nicolas Sarkozy en 2004 à une époque où sa candidature n’était pas encore incontestée.

Mais c’est aussi sur la question d’un éventuel retour de Nicolas Sarkozy pour l’élection présidentielle de 2017 que François Fillon a excellé : au lieu de dire, comme son contradicteur, qu’il s’effacerait automatiquement derrière Nicolas Sarkozy (soyons lucide, même s’il l’affirme, Jean-François Copé ne sera pas prêt à le faire dans la réalité, rappelons l’épisode Balladur !), François Fillon a seulement dit qu’il soutiendrait celui qui aurait le plus de chance de faire gagner son parti, ce qui pourrait être éventuellement Nicolas Sarkozy, ou Jean-François Copé, …ou lui-même, et dans ce cas, il a obligé Jean-François Copé à confirmer publiquement qu’il le soutiendrait !

Jean-François Copé, lui, a juste justifié sa conversion très tardive à la "sarkophilie" par la campagne présidentielle de 2012 où il a reçu une « leçon de vie » de la part du Président battu.

Sur l’immigration, la sécurité et la laïcité (trois thèmes qui sont hélas mis ensemble alors que ce sont des enjeux très différents), François Fillon a été bien moins bon que son rival : il a cherché mollement à prôner l’assimilation au lieu de l’intégration, constatant seulement qu’il y aurait trop d’immigrés pour les absorber dans la communauté nationale et qu’il faudrait poursuivre la politique des quotas.

Et sur ce thème, bien que plus polémique, Jean-François Copé a excellé. Car si les journalistes lui ont ressorti ses déclarations d’il y a quelques semaines sur le "pain au chocolat" violenté en période de Ramadan ou sur le "racisme anti-blanc", il a ressorti des dépêches faisant état de faits divers du même genre rarement ébruités dans les grands médias et qui exaspèrent la population.

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Jean-François Copé a surfé ainsi sur une mauvais foi difficile à bien dénoncer : d’une part, il a insisté pour dire que les médias avaient caricaturé ses propos et qu’il n’avait jamais stigmatisé les musulmans car dans ses discours, il insistait bien sur le fait que cela ne concernait qu’une infime minorité de violents qui instrumentalisaient la religion ; d’autre part, il savait très bien qu’il serait caricaturé ainsi et il le recherchait même pour rester dans l’ambiguïté et pour de pas décevoir la partie la plus à droite de son éventuel électorat.

Cette duplicité est la même que celle de Nicolas Sarkozy, avec une capacité extraordinaire à cliver pour se donner le beau rôle. Ainsi en était-il de lui et ses amis sur le terrain face aux (méchants) journalistes et aux (vils) politiciens de gauche germanopratins, comme si lui seul pouvait connaître la vérité sociale alors qu’il fait partie autant que ses détracteurs de cet "établissement" comme aimait le dire Jean-Marie Le Pen.


La question centrale des rapports UMP-FN

Justement, parlons des relations entre l’UMP et le FN. Les deux candidats ont été très clairs sur le fait qu’aucune alliance électorale n’aurait lieu entre l’UMP et le FN et que si un seul responsable UMP local en faisait, il serait automatiquement exclu. On ne pouvait pas être plus clair. Le cordon sanitaire mis en place en 1984 est donc toujours d’actualité. En revanche, il y a plus d’ambiguïté sur les justifications.

Jean-François Copé a pointé le doigt sur la duplicité du PS qui donne des leçons de morale alors que lui-même fait alliance avec le Front de gauche et des militants qui agitent le drapeau rouge et considèrent que Cuba est une grande démocratie. Il n’était donc pas question de préférer le PS au FN dans un éventuel second tour. De plus, pour Jean-François Copé, il est impossible de s’allier avec le FN car ce dernier a des positions opposées sur la construction européenne.

On voit que les convictions éthiques de François Fillon étaient nettement plus solides sur cette question. La première chose, c’est qu’il a refusé de mettre sur le même plan le FN et le PS, en disant avec beaucoup de fermeté qu’on ne pouvait pas mettre en parallèle un parti présidé encore récemment par une personne qui disait que les chambres à gaz étaient un détail de la guerre et un parti qui a accueilli en son sein Pierre Mendès France. L’évocation furtive de PMF est un véritable point fort moral face à un Jean-François Copé qui n’a fait aucune concession à la gauche.

Cette différence d’approche est essentielle : François Fillon a rejeté le FN d’abord sur le plan moral alors que Jean-François Copé uniquement d’un point de vue politique (l’Europe, et ce n’est pas convaincant puisqu’il y a des lignes sur l’Europe au sein même de la plupart des partis, sauf l’UDI). Certes, François Fillon a aussi lourdement insisté sur le programme fantaisiste et irresponsable du FN (sortie de l’euro, de l’Union Européenne, augmentation des salaires, réduction de l’âge de la retraite etc.) qui mettrait en péril la réputation de la France dans le monde, mais le point majeur de son argumentation restait l’historique antirépublicain du FN.

Concrètement, cela se traduirait cependant par la même attitude, une politique du "ni-ni" en cas de second tour FN-PS, mais François Fillon a été bien moins explicite, disant juste qu’il n’avait jamais voté pour le PS mais a quand même fait une pirouette en disant qu’il a voté une fois pour le front républicain, en 2002 pour Jacques Chirac.


Repli ou ouverture, entre militants et citoyens

Comme dit au début de cet article, les deux candidats ont donc été plutôt bons, l’un à ciblage interne (Copé), capable de mobiliser les troupes pour les prochaines échéances électorales, l’autre à ciblage externe (Fillon), distillant ses réflexions dans le but de convaincre des foules indécises dans les futures échéances.

L’un des enjeux est aussi de montrer aux électeurs du FN qu’en votant FN, ils ont fait le jeu du PS et ils ont obtenu pire que ce qu’ils auraient eu en votant UMP. La démonstration est en train de se faire en direct, avec une impasse économique, une inexistence diplomatique et une véritable inquiétude sur des révolutions sociétale.

Un observateur proposait un timide pronostic : une forte participation des adhérents de l’UMP le 18 novembre 2012 bénéficierait probablement à François Fillon. En effet, les plus engagés, les plus mobilisés, sont des militants qui trouveraient en Jean-François Copé plus d’atomes crochus car ce dernier ne s’est en fait adressé qu’à eux seuls. Mais les adhérents moins motivés, plus axés sur la réflexion politique que sur le combat sur le terrain, verraient au contraire en François Fillon le présidentiable qu’il faudrait au pays.

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Rendez-vous donc dans trois semaines pour le résultat de l’élection. Entre temps dès ce samedi 26 octobre 2012, se tiendra à Toulouse le congrès du parti socialiste qui consacrera l’élection sans triomphe du nouveau premier secrétaire, à savoir Harlem Désir, le premier président de SOS-Racisme et le premier également de cette génération à atteindre une telle responsabilité dans un parti gouvernemental. Pour une fois, c’est à l’UMP que la démocratie sincère respire. Mais peut-être aussi qu’être dans  l’opposition, ce serait plus facile de ne pas caporaliser un parti ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 octobre 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Fillon.
Jean-François Copé.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
Un sérieux rival pour l’UMP ?
Deux hommes et un parti.

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-congres-2012-de-l-ump-la-124749


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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 07:35

La bataille de l’UMP fait rage. Copé versus Fillon. Habituée aux rivalités de personnes, la droite retrouve sa tradition querelleuse. Pourtant, il ne s’agit pas d’un clivage idéologique. Il s’agit surtout de configurer le paysage politique français pour les cinq voire les dix prochaines années. Deuxième partie.


yartiUMPA02Après avoir évoqué l’importance du congrès de l’UMP qui se tiendra le 18 novembre 2012, je passe en revue les deux candidats, Jean-François Copé et François Fillon.


François Fillon (58 ans)

Contrairement à sa réputation, François Fillon est loin d’être un "mou". Déjà, il a réussi à tenir cinq ans à Matignon (record de longévité derrière Georges Pompidou), ce qui nécessite de la solidité à rude épreuve, surtout sous Nicolas Sarkozy (alors qu’on évoquait déjà sa démission dès l’automne 2007, remplacement également évoquée aujourd’hui pour Jean-Marc Ayrault).

Ensuite, il n’est pas le "peureux" qu’on décrivait, soi-disant incapable de prendre des risques. Au contraire, dès le 30 juin 2012, il fut le premier à se déclarer officiellement candidat à la présidence de l’UMP, ce qui a démarré les "hostilités" (il l’avait déjà annoncé informellement le 23 mai 2012). Le risque, il l’avait pris aussi bien plus tôt avec la tentative des rénovateurs en suivant en avril 1989 son mentor Philippe Séguin.

Enfin, il n’est pas le "grand baron" (note sémantique : le "baron" est chez les gaullistes ce que l’éléphant est chez les socialistes) éloigné des militants, produit des médias et des sondages et distant du "peuple". Pour preuve ses quarante-cinq mille parrainages revendiqués qui ont donné un coup de massue à l’équipe de Jean-François Copé qui n’en revendiquait que trente mille (près de quarante mille depuis "Questions d’info" sur LCP le 19 septembre 2012). Donc, Jean-François Copé n’a même pas l’avantage numérique de l’appareil qu’il contrôle pourtant depuis deux ans.

Député à 27 ans, ministre à 39 ans. De nombreuses fois ministre depuis 1993 (pendant plus de douze ans : à l’Enseignement supérieur et à la Recherche du 30 mars 1993 au 11 mai 1995, à la Poste du 19 mai 1995 au 2 juin 1997, aux Affaires sociales et au Travail du 7 mai 2002 au 30 mars 2004, ) l’Éducation nationale, Enseignement supérieur et Recherche du 31 mars 2004 au 31 mai 2005, à enfin Matignon du 17 mai 2007 au 10 mai 2012), il fut en particulier chargé de la réforme des retraites en 2003, ce qui lui fera dire un peu énervé de son éviction du gouvernement en 2005, par un « accès de colère et de vanité », en parlant de la Présidence de Jacques Chirac : « On ne se souviendra de rien, sauf de mes réformes. » ("Le Monde" du 4 juin 2005) avant de remarquer : « Il y a ceux qui se font mousser devant les caméras tous les soirs, et puis il y a ceux qui font des réformes dont on parlera encore dans vingt ans. » ("Les Échos" du 18 mai 2007).

François Fillon n’a plus de preuves à fournir concernant les affaires de l’État : stature, responsabilité, discernement. En revanche, son caractère réservé, sa personnalité d’apparence effacée (mais caractère bien trempé malgré tout) sont pour lui des handicaps s’il s’agit de chercher les suffrages du peuple. C’est un point faible comme pour Lionel Jospin (et Dominique Strauss-Kahn). Sa réserve n’exclut pas quelques excentricités puisque s’il n’a pas passé ses vacances au bord d’un yacht ni roulé en Porsche, il a tout de même était surpris en accident de scooter (des mers ?) le 30 juillet 2012 dans la villa illégale du patron de Ferrari, Luca di Montezemolo, à Capri et il n’hésite pas à piloter régulièrement des voitures courses (sa passion).

Aujourd’hui, il peut se présenter comme l’homme raisonnable, clairvoyant (ne disait-il pas même avant la crise de 2008 que l’État était en faillite ?), perspicace et surtout, celui qui disait la vérité aux Français (titre d’un de ses bouquins : "La France peut supporter la vérité", 2006) face à un pouvoir socialiste incapable de prendre les bonnes décisions et plombé par les promesses irréalistes. Il est le côté acceptable du sarkozysme politique et pour certains élus de l’UMP, le garant du retour à la "normalité".

Désormais député de Paris, initialement pour reprendre la mairie de Paris délaissée en mars 2014 par Bertrand Delanoë (et Anne Hidalgo ne semble pas avoir les reins assez solides pour assurer la succession), François Fillon n’a jamais caché qu’il pourrait être le bon candidat pour l’élection présidentielle 2017. Il aura cependant déjà 63 ans, à peu près l’âge de Jacques Chirac ou de François Mitterrand à leur première élection.


Jean-François Copé (48 ans)

Si sa candidature ne fait aucun doute, elle ne fut officialisée que le 26 août 2012 à Châteaurenard « pour rassembler tous les talents de [sa] famille politique, dans sa diversité ; pour construire une opposition tonique contre la gauche ; et pour conduire l’UMP à la victoire en 2014, à l’occasion des prochaines élections municipales. (…) Préparer cette reconquête des territoires perdus est la mission numéro un du prochain président de l’UMP. ».

Le ténor UMP plus éloigné du sarkozysme en 2007 (oublié, même, dans la composition du gouvernement) est aujourd’hui celui qui se revendique le plus de Nicolas Sarkozy, n’hésitant pas à marteler le thème de la droite décomplexée (titre de son récent bouquin : "Manifeste pour une droite décomplexée", 2012) et de l’impératif sécuritaire. Jouant sur les mêmes peurs que Nicolas Sarkozy, il a récemment réussi à occuper le terrain médiatique pourtant fort encombré avec son "racisme anti-blanc" et son "pain au chocolat" d’autant moins pertinent que le Ramadan a eu lieu cette année pendant les grandes vacances scolaires. Jean-François Copé se verrait bien comme le premier enfant d’un couple composé de deux hommes, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. L’intelligence de Juppé et l’audace de Sarkozy.

Car c’est cela qui choque d’un premier abord dans les débats télévisés : Jean-François Copé ne manie pas la langue de bois, il manie la mauvaise foi, tellement bluffante que son interlocuteur peut rester silencieux de stupéfaction. Très intelligent, il sait se faire candide et pose les questions aux journalistes à la mode très sarkozyenne. C’est d’une efficacité redoutable. Esprit brillant, il sait aussi tisser tout un réseau d’amitiés sur du long terme (il n’avait que la présidence du groupe à l’Assemblée Nationale, il en a profité pour prendre en charge tous les nouveaux députés UMP en 2007).

Député à 31 ans, ministre à 38 ans. Contrairement à François Hollande, Jean-François Copé a déjà eu une expérience ministérielle convaincante (le poste crucial du Budget du 7 mai 2002 au 15 mai 2007, sauf quand il fut délégué à l’Intérieur du 31 mars 2004 au 29 novembre 2004, et pendant ces cinq ans, porte-parole du gouvernement) mais il lui manque incontestablement un grand ministère régalien pour se mettre en stature présidentielle. En ce sens, il est bien en retard de stature par rapport à son concurrent François Fillon. Même face à Manuel Valls (celui de sa génération qui a le plus de chance d’hériter du PS), il est en retard d’expérience régalienne. Il a sans doute raté le "coche" de novembre 2010 en refusant obstinément le Ministère de l’Intérieur pour garder le secrétariat général de l’UMP (il affirmait aussi à l’époque qu’il préférerait garder la tête de l’UMP à être nommé à Matignon). Son refus de responsabilités ministérielles serait cependant validé s’il était élu président de l’UMP le 18 novembre 2012. Sinon, il aurait beaucoup de mal, à part sa dynamique personnelle (aussi forte que celle de Nicolas Sarkozy), à rattraper, dans l’opposition, son retard de "stature" avant 2017.

Il y a même une sorte de malaise dans la situation actuelle où l’arrogance verbale ne cohabite pas aisément avec le statut d’outsider des médias. Car contrairement à ce qu’il pourrait faire croire, il a peu de chance de réussir son pari. La popularité de François Fillon est en effet très élevée tandis que la sienne est d’autant plus faible qu’il est détesté par une certaine partie des électeurs (on peut justement lui reprocher son "culot" et son ambition clairement affichée). Là où Jean-François Copé est clivant, François Fillon est rassembleur. Si les sondages ne sont pas en capacité d’évaluer l’état réel de l’opinion parmi les seuls adhérents de l’UMP (et donc, il faut rester très prudent sur l’issue du duel, la victoire d’Eva Joly sur Nicolas Hulot le 12 juillet 2011 a montré que les sondages des sympathisants pouvaient ne pas refléter la réalité), il peut y avoir chez les adhérents de l’UMP le même phénomène que pendant la primaire du PS, à savoir choisir la personnalité la plus populaire.

Les propos provocateurs de Jean-François Copé ne sont pas très significatifs : Jean-François Copé était jusqu’à l’élection de 2012 un "second couteau" et comme "lieutenant" d’un leader, il devait faire les tâches salissantes, le sale boulot, aller au charbon tous les jours et lancer invectives et remarques désobligeantes à ses adversaires. Jacques Chirac faisait de même au début de sa carrière dans les années 1970, tout comme Alain Juppé et Nicolas Sarkozy dans les années 1980-1990. Nicolas Sarkozy n’était pas non plus très populaire dans les années 1990 et il affichait également une ambition démesurée et cela ne l’a pas empêché de susciter une future popularité et d’imposer sa future candidature. Probablement qu’en position de leader unique de l’UMP, Jean-François Copé prendrait de la hauteur et laisserait à ses proches amis le soin de dégommer ses opposants pour son compte.

Justement, ses amis sont éclatés et je pense que c’est là ce qu’il a le plus perdu de son pari de 2010. Au fil des mois, il avait réussi à installer dans l’opinion publique l’idée qu’il avait regroupé "la bande à Copé" comme il y a eu la "bande à Léo" dans les années 1980 (François Léotard, Alain Madelin, Gérard Longuet et Philippe de Villiers). Et que c’était un tour de force car tous ceux de "sa bande", précisément, étaient des personnalités très ambitieuses : François Baroin, Bruno Le Maire, Luc Chatel, Valérie Pécresse, etc.

Aujourd’hui, cette bande de quadragénaires a éclaté. Certains sont encore derrière lui (Luc Chatel) mais d’autres sont clairement derrière François Fillon (Valérie Pécresse) ou encore à leur compte, comme Bruno Le Maire etc. Jean-François Copé a visiblement eu beaucoup d’amertume au lâchage de François Baroin. Et enfin, de sa génération (mais pas de "sa bande"), il y a aussi NKM (la plus ambitieuse) ainsi que Laurent Wauquiez (très entreprenant contre l’asistanat). Comme Jean-François Copé n’a pas réussi à fédérer cette génération derrière son nom, il perd ainsi un avantage décisif, celui du changement de génération, même s’il garde l’avantage de sa relative jeunesse (il aura 53 ans en 2017 et pourrait se représenter plusieurs fois à l’élection présidentielle).


Et les autres ?

Parmi les autres dont on n’entend plus beaucoup parler, il y a bien sûr Nicolas Sarkozy, silencieux dans la vie politique française (mais pas auprès des Brésiliens) mais qui, selon certains proches, observe avec beaucoup d’attention ce qu’il se passe à l’UMP et qui sourit des déboires de son successeur à l’Élysée en laissant entendre qu’il était décidément meilleur Président que lui (un sondage affirmait que 44% des sondés pensaient que Nicolas Sarkozy ferait mieux que François Hollande en mi-septembre 2012 !). Probablement sera-t-il tenté de laisser courir la rumeur d’un possible retour sur le devant de la scène politique (les circonstances !), histoire de prendre une revanche que son unique prédécesseur qui a lui aussi échoué à une réélection, Valéry Giscard d’Estaing, n’avait jamais réussi à prendre ? Probable aussi que la roue tourne et que Nicolas Sarkozy sera d’autant plus apprécié qu’il se taira (le contraire de Valéry Giscard d’Estaing après 1981). En mai 2017, il aura 62 ans.

Il y a aussi Alain Juppé, la "malheureuse" victime des affaires de Paris, qui l’ont mis hors-jeu dès 2004 (tout comme Laurent Fabius avait été mis présidentiellement hors-jeu en 1995 à cause du sang contaminé). Le premier président et fondateur de l’UMP, non seulement n’a pas pu empêcher ce duel fratricide, mais il n’a semble-t-il plus beaucoup d’influence parmi des cadres ambitieux qui préfèrent des locomotives bien plus rapides. Il est clair qu’il ne représente pas l’avenir ni du pays ni de son parti. En mai 2017, il aura 71 ans !

Enfin, il y a les autres, ceux qui ont compris avec la primaire socialiste de 2011 et les candidatures d’Arnaud Montebourg et de Manuel Valls que prendre date, se marquer, se placer pouvait donner un petit coup d’accélérateur à leur trajectoire.


Conséquence de deux mois de rivalité personnelle

Certains pensent que la lutte acharnée pour la présidence de l’UMP laissera des séquelles profondes et qu’il y a risque de sécession. Je pense que le risque était plus grand en été 2010 lorsqu’il y a eu le fameux discours de Grenoble. À l’époque, d’ailleurs, loin de s’opposer à la parole présidentielle, Jean-Louis Borloo se préparait à occuper Matignon pour incarner le tournant social du quinquennat.

Ce dernier a donc raison de penser aujourd’hui que la querelle Copé/Fillon n’est pas idéologique et que l’UMP restera l’UMP quelle que soit l’issue de la désignation interne. Il pourrait évidemment y avoir du manque d’enthousiasme et ce sera au président élu d’avoir l’intelligence de donner une activité honorable au perdant.

Si Jean-François Copé gagne, il aura beau jeu de proposer à François Fillon la conquête de la mairie de Paris (que semble aussi envisager Jean-Louis Borloo). Mais dans le cas contraire, si François Fillon gagne, il faudra bien trouver à Jean-François Copé une responsabilité au sein de l’UMP où il s’épanouira, car sinon, il s’épanouira à l’extérieur (et il ne lâchera pas son ambition présidentielle pour autant). Je le verrais donc bien dans le rôle de construire un nouveau projet présidentiel, d’autant plus qu’il a déjà son réservoir à idées avec son think tank Génération France.

La création de l’UDI le 21 octobre 2012 pourrait aussi remettre en cause le leadership naturel de l’UMP dans l’opposition. Ce n’est pas un hasard si à la fois Alain Juppé, François Fillon et Jean-François Copé ont mis en garde contre des risques de division. On se rappelle que c’est l’argument massue utilisée depuis quarante ans (déjà à l’époque de Jacques Chaban-Delmas !) par les gaullistes pour assurer leur hégémonie. S’ils ont réagi si promptement, c’est que le danger est réel et pris au sérieux. Jean-Louis Borloo n’a pas tort de vouloir reconquérir cet électorat du centre droit laissé en jachère depuis la période Sarkozy.


Un pouvoir en proie aux doutes

François Hollande a de quoi s’inquiéter pour sa réélection. Ne même pas être capable de garder un semblant de popularité à peine quatre mois après son arrivée, c’est très fort ! Et la manière dont il s’y prend pour juguler le déficit public (en augmentant les impôts alors qu’il faudrait réduire les dépenses, pire, il augmente même les dépenses, avec 40 000 postes supplémentaires dès 2013 à l’Éducation nationale) risque fort bien de faire stagner la croissance et faire monter encore le chômage.

Le vainqueur du 18 novembre 2012 à l’UMP aura donc gagné une étape décisive dans la marche présidentielle de 2017. Quoi, déjà la future élection de 2017 ? Il n'aurait pas fallu voter pour le quinquennat. Et puis, oui, quatre ans, ce n’est pas trop pour préparer un nouveau Président de la République. Ségolène Royal n’a mis que six mois et on voit ce que cela a donné…


Débat télévisé sans précédent

Ce jeudi 25 octobre 2012 à 20h30, les deux compétiteurs François Fillon et Jean-François Copé s’affronteront dans un débat télévisé sur France 2. Si ce genre de débat interne a déjà eu lieu à gauche, c’est une première historique à droite. L’exercice de communication politique sera donc périlleux mais intéressant à observer : prendre avantage sur l’autre sans rien exclure pour l’avenir. Une mission impossible que Martine Aubry et François Hollande avaient su, malgré tout, remplir le 12 octobre 2011.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 octobre 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Fillon.
Jean-François Copé.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
Un sérieux rival pour l’UMP ?

 
yartiUMPA03

 

  http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-congres-2012-de-l-ump-la-124748

 

 

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 06:40

La bataille de l’UMP fait rage. Copé versus Fillon. Habituée aux rivalités de personnes, la droite retrouve sa tradition querelleuse. Pourtant, il ne s’agit pas d’un clivage idéologique. Il s’agit surtout de configurer le paysage politique français pour les cinq voire les dix prochaines années. Première partie.


yartiUMPA01Le dimanche 18 novembre 2012 aura lieu l’un des événements cruciaux du quinquennat de François Hollande, à savoir l’élection, par ses adhérents, du nouveau président de l’UMP. Fait "historique" dont il s’agit de bien mesurer l’ampleur puisque des changements de leadership à droite ne sont finalement pas si fréquents que cela dans la vie de la Ve République et pèsent pendant longtemps sur l’avenir politique. Le dernier changement remonte à huit ans quand Nicolas Sarkozy a succédé à Alain Juppé à la présidence de l’UMP.


Chirac aux commandes pendant 30 ans !

En effet, le leadership de Jacques Chirac sur le grand parti gouvernemental positionné à droite et au centre droit, que ce soit l’UDR, le RPR ou l’UMP, fut quasiment incontesté de décembre 1974 à mai 2005 (soit plus de trente ans !). Bien sûr, il y a eu quand même des contestations, des guerres intestines, des grosses rivalités parfois fatales contre Valéry Giscard d’Estaing (il en eut fini en mai 1981) et contre Édouard Balladur (1993-1995), aussi quelques petites querelles contre Philippe Séguin, Charles Pasqua et plus récemment, Nicolas Sarkozy (de 1998 à 2005), mais globalement, il a réussi à surnager d’un siècle à l’autre sans perdre ni sa légitimité politique ni sa stature et en dominant parfois avec arrogance majorité ou opposition selon les cas.

Plus dur fut de lui trouver un successeur et les rivalités minaient déjà le RPR, entre Alain Juppé et Philippe Séguin (cause de la défaite du 1er juin 1997), puis entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin (de mai 2002 à mai 2012). Finalement, c’est sans l’onction ni l’autorisation du leader ni de son dauphin présumé que Nicolas Sarkozy s’est emparé de l’UMP le 28 novembre 2004. Sa conquête n’avait rien d’imprévisible et dès mai 2002 voire dès 1999 (l’élection de Michèle Alliot-Marie à la présidence du RPR), cette succession était imaginable.


L’héritage de Sarkozy

Bien qu’élu Président de la République, Nicolas Sarkozy resta tacitement président de l’UMP (ce qui a choqué dans l'esprit de nos institutions) au contraire de Jacques Chirac qui laissa à son Premier Ministre Alain Juppé le soin de présider le RPR en 1995. Plus précisément, la fonction de président de l’UMP fut mise entre parenthèses pour le temps du quinquennat. Le "patron" opérationnel en devenait le secrétaire général, poste laissé d’abord à Patrick Devedjian le 22 mai 2007, puis, à Xavier Bertrand le 8 décembre 2008, puis, enfin, à Jean-François Copé le 17 novembre 2010.

Ce dernier avait bien compris que la légitimité au sein de l’UMP passait par ce poste stratégique : au contact avec tous les militants, les fédérations départementales, les investitures aux élections locales, après avoir présidé le groupe UMP à l’Assemblée Nationale et avoir tissé pendant trois ans et demi des fidélités amicales chez les parlementaires. Pendant quelques années, la rivalité a porté sur ces seconds couteaux, entre Xavier Bertrand et Jean-François Copé. Xavier Bertrand a finalement renoncé le 16 septembre 2012 à la bataille de l’UMP, se justifiant par la volonté d’être candidat à la candidature présidentielle en 2016.

Héritier récalcitrant, c’est un peu le rôle qu’avait adopté Jean-François Copé pendant ce dernier quinquennat vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, le même que ce dernier vis-à-vis de Jacques Chirac pendant le quinquennat précédent. Indépendance, ambition, mais malgré tout, loyauté apparente. Équilibre fragile. Après tout, Jacques Chirac avait agi pareillement vis-à-vis de Valéry Giscard d’Estaing entre 1976 et 1981.

L’échec de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle du 6 mai 2012 remettait logiquement à plat toute l’organisation interne de l’UMP. Cela fait huit ans que l’UMP avait le même leader, une UMP initialement fondée pour accompagner Alain Juppé jusqu’à l’Élysée…


Différences entre 2002 au PS et 2012 à l’UMP

Les nombreuses ambitions qui pouvaient s’exprimer bien avant 2012 au sein de l’UMP auraient pu aboutir à une sorte de statu quo, comme au PS en 2002 après l’échec brutal de Lionel Jospin. À ceci près qu’il n’y avait pas de François Hollande de service. Au PS, la règle était à celui qui n’exprimerait pas le premier son ambition présidentielle, considérant que le premier serait "mort", ce qui est une erreur dans la conquête du pouvoir puisque en général, c’est le premier et celui qui crie le plus fort qui obtient gain de cause (Nicolas Sarkozy a martelé sa candidature de 2007 dès 2002 et Jean-François Copé l’a imité très rapidement, dès 2007, pour parler de 2017, pour que cela devienne une "évidence" et que ce soit "naturel"). Au PS, tous les éléphants classiques (et Dominique Strauss-Kahn avait un boulevard à l’époque) se sont fait prendre de vitesse par une candidate imprévue (et imprévisible), Ségolène Royal.

Autre différence entre l’UMP et le PS, c’est qu’au PS, depuis sa création le 11 juillet 1969, il y a des "courants" qui sont à la fois des ailes idéologiques mais aussi des écuries présidentielles. À ceux-ci, il faudrait d’ailleurs ajouter les candidatures à la primaire de 2011. À l’UMP, les choses sont un peu différentes. Initialement, lorsque ce mouvement rassemblant le RPR et une partie de l’UDF fut créé en 2002, il était aussi question de faire des "courants" mais la tradition monolithique des gaullistes l’a emporté d’autant plus facilement que celui qui était initialement contre le principe de l’UMP l’a conquise deux ans plus tard.

Maintenant, en 2012, la situation change : Jean-François Copé, au contraire, a mis en place des "mouvements" ("courants" en langage UMP) pour bénéficier du soutien actif de Jean-Pierre Raffarin. Inversement, François Fillon est peu partisan de ces "mouvements" car pour lui, ce ne sont pas des vecteurs de diversité mais des futures causes de division, et l’exemple du PS est là pour le prouver. Mais Jean-François Copé a réussi pour l’instant à déconnecter les "mouvements" des écuries présidentielles puisque la motion, par exemple, soutenu par Jean-Pierre Raffarin est soutenue à la fois par des copéistes et des fillonistes.


Le couperet des 8 000 parrainages

Le 18 septembre 2012, la première étape a été franchie : il s’agissait de recueillir 7 924 parrainages d’adhérents à jour de cotisation au 30 juin 2012 pour pouvoir se présenter à l’élection prévue deux mois plus tard. Ce sont les "petits" candidats qui auraient subi les conséquences de cette très forte contrainte : Nathalie Koscisko-Morizet, Bruno Le Maire, Henri Guaino, Christian Estrosi, Dominique Dord et Xavier Bertrand ont dû renoncer faute de parrainages suffisants ou faute de soutien dans les sondages (la plupart de ces ex-candidats ont d’ailleurs revendiqué avoir recueilli assez de parrainages ou presque assez). En effet, rien n’est vraiment sûr dans leurs affirmations et peut-être leur faible audience leur permettait de quitter cette compétition sur la pointe des pieds avec le moins de déshonneur possible.

Donc, comme prévu, il n’y aura que deux candidats pour la présidence de l’UMP : l’ancien Premier Ministre François Fillon et le secrétaire général sortant Jean-François Copé. Comme ce fut envisagé depuis la fin 2010, mais finalement, on aurait pu le prévoir dès la fin 2007. Les deux personnalités sont des "animaux politiques" (comme on dit), des personnes qui se sont engagées très jeunes et qui ont pris très rapidement des responsabilités.

Petite suspicion émise par Jean-Claude Gaudin lui-même, très bon connaisseur des affaires politiques et qui s’est étonné de la forte proportion de parrainages de part et d’autres. En comptabilisant tous les parrainages, y compris ceux des petites candidatures avortées, on peut facilement arriver à …près de cent dix mille parrainages pour un parti qui doit compter dans les cent quatre-vingt mille adhérents, ce qui reviendrait à dire qu’il y aurait eu dans les 60% de mobilisation pour non pas voter mais parrainer, ce qui est un acte fort d’engagement. La participation du 18 novembre 2012 sera donc un indicateur intéressant de la véracité de ces parrainages, car s’il s’avérait qu’il y ait plus de parrainages émis que de votes exprimés, cela poserait un gros problème sur la sincérité de cette compétition (tout comme l’élection de Martine Aubry comme première secrétaire du PS le 25 novembre 2008).


Préfiguration du paysage de 2017

Contrairement à ce que soutient surtout Jean-François Copé, et c’est pourquoi ce choix est historique, l’élection interne du 18 novembre 2012 ne désigne pas le gestionnaire d’un parti politique d’opposition pendant trois ans : elle désigne celui qui sera le chef de l’opposition à François Hollande, et, par ricochet, celui qui sera le mieux placé, le plus "naturel", pour se présenter à l’élection présidentielle de 2017.

Contrairement aussi à ce que certains aimeraient affirmer, la bataille Fillon-Copé n’est pas une bataille idéologique, pas plus que ne l’était la bataille Chirac-Balladur. Car il n’y a rien, sur le fond, qui sépare les deux hommes, pas même sur la sécurité ou sur les positions vis-à-vis du Front national, puisque François Fillon a choisi pour directeur de campagne Éric Ciotti, le député de Nice membre de la Droite populaire.

D’ailleurs, les soutiens aux deux candidats sont très peu clivants idéologiquement puisque qu’il y a de tout chez les deux. L’ultra-sarkozysme se retrouve à la fois chez François Fillon avec Claude Guéant, Christian Estrosi, Charles Pasqua, et chez Jean-François Copé avec Brice Hortefeux, Henri Guaino. Le chiraquisme et les positions modérées plus proches du centre sont également répartis, chez François Fillon avec François Baroin, Valérie Pécresse, Jean Léonetti, et chez Jean-François Copé avec Jean-Pierre Raffarin, Jean-Claude Gaudin, Dominique de Villepin. Une petite parenthèse à propos de Dominique de Villepin : il a connu Jean-François Copé au budget et porte-parole du gouvernement tandis qu’un différent s’est établi entre lui et François Fillon lors de sa nomination à Matignon le 31 mai 2005 (François Fillon a été exclu du gouvernement et s’est "jeté dans les bras" de Nicolas Sarkozy).


L’autre enjeu du congrès du 18 novembre 2012

Au-delà de la présidence de l’UMP, un autre enjeu très important est la répartition des votes sur les différentes motions soutenant les "mouvements". Il est fort probable que cette première existence de ces courants détermine également la direction de l’UMP pour les années à venir.

Six "motions" (terme exact : "déclarations de principe") ont ainsi été validées (parrainées par au moins dix parlementaires) pour ce congrès :

"France moderne et humaniste" qui regroupe essentiellement des anciens UDF, sous la houlette de Jean-Pierre Raffarin, Luc Chatel et Jean Léonetti (on y retrouve Christophe Béchu, Claude Goasguen, Olivier Dassault, Dominique Bussereau, Marc Laffineur, Marc-Philippe Daubresse, Alain Lamassoure, Hervé Mariton, Hubert Falco, Franck Riester, Philippe Nachbar, Arnaud Robinet etc.) et qui a pour ambition d’arriver en tête des motions.

"La Boîte à idée, la motion anti-divisions" qui est déposée par Bruno Le Maire avec notamment Hervé Gaymard, Benoist Apparu, Gilles Carrez, Édouard Philippe et Thierry Solère.

"La Droite forte – Génération France forte 2017" qui est issue des jeunes de l’UMP, Geoffroy Didier et Guillaume Peltier avec entre autres Édouard Courtial, Philippe Briand, Alain Moyne-Bressand, Brice Hortefeux et Alain Marleix.

"La Droite populaire" qui est chapeautée par Thierry Mariani et soutenue notamment par Lionnel Luca, Philippe Marini, Alain Marsaud et Patrick Labaune.

"La Droite sociale" de Laurent Wauquiez (épaulé aussi par Valérie Boyer, Bernard Debré, François Grosdidier, Pierre Hérisson, David Douillet, François Vannson…).

"La Gaullisme, une voie d’avenir pour la France" déposée par Michèle Alliot-Marie, Patrick Ollier, Henri Guaino, Roger Karoutchi et soutenue notamment par Gérard Larcher, Bernard Accoyer, Serge Dassault, Serge Grouard, Claude Greff, Philippe Leroy, Jacques Legendre, Catherine Vautrin).


Dans l’article suivant, je ferai le point sur les deux candidatures (Copé et Fillon) qui seront en débat télévisé sur France 2 ce jeudi 25 octobre 2012.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 octobre 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Fillon.
Jean-François Copé.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
Un sérieux rival pour l’UMP ?

 yartiUMPA03




http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-congres-2012-de-l-ump-la-124747

 

 

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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 00:25

Né le 25 janvier 1923, Jean Taittinger a été un patron d'industrie grâce à sa famille et à celle de son épouse (en particulier, Taittinger, et aussi la cristallerie Baccart, la Société du Louvre etc.), mais il a également fait de la politique. Il fut élu maire de Reims de mars 1959 à mars 1977 (date à laquelle il s'est retiré de la politique) et député UDR du 9 décembre 1958 au 1er avril 1973. Il fut nommé ministre à plusieurs reprises sous Pompidou, en particulier Secrétaire d'État chargé du Budget du 7 janvier 1971 au 28 mars 1973 et Ministre de la Justice du 5 avril 1973 au 28 mai 1974 (avec le rang de Ministre d'État le 1er mars 1974). Il était le demi-frère de Pierre-Christian Taittinger (1926-2009), ancien sénateur (RI) de Paris et ancien maire (UMP) du 16e arrondissement de Paris.

SR

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Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


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