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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 06:07

Des sourcils épais, une voix nasillarde, un dynamisme d’action et de réflexion : « Croire en l’homme et préférer cette croyance aux fascinations du progrès, de l’argent, de la science ou de la technique (…). Croire en l’homme, le respecter et lui faire confiance. » (1993). Deuxième partie.

 

yartiChaban52Dans la première partie de l’article, il a été évoqué la jeunesse, le passé de résistant ainsi que le parlementaire exceptionnel qu’a été Jacques Chaban-Delmas.

Bien qu’ayant participé à la marge aux gouvernements de la IVe République, il n’a pas eu l’occasion d’agir pendant les deux mandats du Général De Gaulle.

Faisant activement campagne pour le référendum du 27 avril 1969 (notamment à Nantes), Jacques Chaban-Delmas se retrouva "orphelin" de De Gaulle et soutint la candidature de Georges Pompidou contre Alain Poher à l’élection présidentielle anticipée.


Matignon

Le choix de Georges Pompidou de nommer à Matignon le gaulliste Jacques Chaban-Delmas se basait de façon rationnelle : représentant le gaullisme historique, émanant de la majorité parlementaire, doté d’une grande envergure politique.

La nomination de Jacques Chaban-Delmas comme Premier Ministre a eu lieu formellement le 20 juin 1969 et celle de son gouvernement le 22 juin 1969. Le gouvernement fut composé de personnalités de grand talent : Michel Debré, Valéry Giscard d’Estaing, René Pleven, Maurice Schumann, Olivier Guichard, François-Xavier Ortoli, Jacques Duhamel, Robert Boulin, Edmond Michelet (qu’il avait nommé au Conseil Constitutionnel en 1962), Joseph Fontanet, Jacques Chirac, Albin Chalandon, André Bettencourt… et aussi Pierre Messmer à partir du 15 mai 1972.

Contrairement à l’accélération du temps politique dans les années 2000, aucune session parlementaire extraordinaire n’avait été décidée pour commencer l’action gouvernementale dès le début de l’été, ce qui a donné près de trois mois à Jacques Chaban-Delmas pour préparer son discours de politique générale.


La "nouvelle société"

Exercice habituellement terne et sans surprise, le discours du Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas prononcé devant les députés le 16 septembre 1969 fut sans doute le mieux réussi de tous les discours de ce type sous la Ve République. Ce fut son fameux discours sur la "nouvelle société", une variante française des "nouvelles frontières" proposées par John Kennedy au début de la décennie.

Il a défini plusieurs grands objectifs : la modernisation de l’État jugé trop tentaculaire et trop inefficace, l’autonomie de l’information et de l’ORTF, l’amélioration de la compétitivité nationale, le rajeunissement des structures sociales qui implique notamment une revalorisation de la condition ouvrière (mensualisation des salaires et réduction du temps de travail) et une redéfinition de la solidarité.

Pour justifier le changement qu’il proposa, il déclarait : « Je suis certain que nous devons aujourd’hui nous engager à fond dans la voie du changement. (…) Si nous ne le faisions pas, nous nous exposerions à un avenir qui ne serait guère souriant. (…) Notre existence en tant que nation serait elle-même menacée. Nous sommes, en effet, une société fragile, encore déchirée par de vieilles divisions et, faute de pouvoir maintenir notre équilibre dans la routine et la stagnation, nous devons le trouver dans l’innovation et le développement. La seconde raison, la raison positive, c’est que la conquête d’une avenir meilleur pour tous justifie à elle seule tous les efforts, tous les changements. ».

Jacques Chaban-Delmas donnait ainsi une belle perspective : « Nous commençons (…) à nous affranchir de la pénurie et de la pauvreté qui ont pesé sur nous depuis des millénaires. Le nouveau levain de jeunesse, de création, d’invention qui secoue notre vieille société peut faire lever la pâte de formes nouvelles et plus riches de démocratie et de participation, dans tous les organismes sociaux comme dans l’État assoupli, décentralisé, désacralisé. Nous pouvons donc entreprendre de construire une nouvelle société. ».

Avec sa définition personnelle : « Cette nouvelle société, quant à moi, je la vois comme une société prospère, jeune, généreuse et libérée. » et répétant ainsi : « C’est la transformation de notre pays que nous recherchons, c’est la construction d’une nouvelle société, fondée sur la générosité et la liberté. ».

Au-delà du slogan, Jacques Chaban-Delmas voulait remettre au goût du jour ce que certains appellent le "gaullisme social" et que d’autres considèrent comme une "économie sociale de marché", à savoir rechercher une efficacité économique parallèlement à une justice sociale, ce que la plupart des gouvernements depuis les quatre dernières décennies ont cherché à mettre en œuvre, qu’ils soient de centre droit ou de gauche.


Trois années de gouvernement

Pendant ses trois années aux affaires, Jacques Chaban-Delmas axa son action selon deux priorités : le renforcement de la politique contractuelle, aidé de son conseiller Jacques Delors, et le maintien de l’ordre, avec la loi anticasseurs votée au printemps 1970 qui fit autant polémique que les lois sur la sécurité des "années Sarkozy". Un équilibre à la fois de centre gauche et de droite qui mécontenta les deux camps (l’UDR qui trouvait le gouvernement trop progressiste et la gauche, trop préoccupée par l’alliance socialo-communiste).

L’une des mesures phares du gouvernement Chaban-Delmas fut la réforme de l’ORTF et son autonomie : « L’Office appartient à la nation tout entière. (…) Comment le mettre au service de tous sans le mettre au service de chacun ? ». Mais elle provoqua beaucoup de mauvaise humeur et d’inquiétude parmi les parlementaires de la majorité qui voyaient d’un mauvais œil cette liberté de ton (notamment lors de la nomination de Pierre Desgraupes).

Dès le 10 août 1969, Jacques Chaban-Delmas et son Ministre des Finances Valéry Giscard d’Estaing décidèrent de dévaluer le franc de 12,5%. Une mesure hautement contestée par Jean-Marcel Jeanneney et d’autres économistes, comme Raymond Barre, qui avaient réussi à dissuader De Gaulle de dévaluer en novembre 1968. Pompidou et Chirac étaient au contraire partisan de la dévaluation préférant le risque de l’inflation au risque du chômage.

Jacques Chaban-Delmas se révéla être un excellent lanceur d’initiatives sociales auprès des partenaires syndicaux mais resta très médiocre dans ses rapports avec les parlementaires. Jacques Baumel fit remarquer : « Aucun Président de l’Assemblée Nationale ne s’est promené aussi peu que lui dans les couloirs. » (discussion avec Michèle Cotta du 28 juillet 1970).

Un épisode montra cependant la bonne popularité de Chaban-Delmas. En raison du décès de son suppléant devenu député, une élection partielle fut organisée à Bordeaux le 20 septembre 1970. Jacques Chaban-Delmas se représenta par coquetterie.

Jean-Jacques Servan-Schreiber, bouillonnant leader du vieux parti radical, venait d’être élu député de Nancy le 28 juin 1970 face à Roger Souchal, député UDR sortant qui avait démissionné pour protester contre le tracé de l’autoroute A4 (qui avantageait Metz dont le maire était le Ministre des Transports, Raymond Mondon). JJSS a voulu faire de cette partielle en Gironde une élection nationale. Après avoir encouragé la candidature de Robert Badinter ou d’Alain Savary, il se présenta lui-même contre Chaban-Delmas, jouant un peu au général Boulanger, mais échoua lamentablement dès le premier tour : le Premier Ministre était réélu avec 68,6% face à JJSS qui ne recueillait que 16,6%.

À la mort de De Gaulle apprise avec émotion tôt le matin du 10 novembre 1970, Pompidou a demandé à Chaban-Delmas, Roger Frey, Olivier Guichard et Jacques Chirac de rester déjeuner à l’Élysée après un court Conseil des ministres. À part Chirac, ces invités étaient ainsi considérés comme des gaullistes très proches de De Gaulle. Michel Debré était déjà parti à Colombey-les-Deux-Églises.


Le couple Pompidou/Chaban-Delmas

Dans son discours du 16 septembre 1969, Jacques Chaban-Delmas n’avait pas cité une seule fois Georges Pompidou et une seule fois De yartiChaban73Gaulle. Il donnait le ton sur sa volonté de mener la politique gouvernementale depuis Matignon même s’il a utilisé une formulation prudente : « C’est aussi parce que j’ai la conviction que nous entrons dans une époque nouvelle, où de grands changements sont possibles, et qu’en accord avec le Président de la République, avec gouvernement tout entier et, je l’espère, avec votre appui et votre soutien, j’a la volonté d’entreprendre ces grands changements. ».

Une telle pratique ne pouvait qu’agacer Pompidou et créer des tensions sur la manière de fonctionner au sein de l’Exécutif.

Après le référendum du 23 avril 1972 sur l’entrée de la Grande-Bretagne à la Communauté économique européenne, dont les résultats furent très mitigés (abstention très élevée), Chaban-Delmas a dû faire face à une fronde de la majorité.

Face à des députés UDR hostiles, en début mai 1972, Chaban-Delmas aurait demandé à Pompidou ainsi son soutien : « Soutenez-moi ou mettez-moi à la porte ! ». Pompidou lui aurait répondu : « Demandez donc un vote à l’Assemblée. On verra bien, vous n’avez rien à perdre. ». Le 24 mai 1972, Chaban-Delmas reçut alors un vote de confiance massif des députés (368 voix contre 96), mais Pompidou mit tout de même fin à ses fonctions de Premier Ministre le 5 juillet 1972.

Pierre Messmer lui succéda à Matignon afin de préparer les élections législatives de mars 1973 qui pouvaient devenir difficiles avec l’union de la gauche.

Chaban expliqua son sentiment sur cette période : « Je suis devenu Premier Ministre sur un double malentendu. Pompidou me croyait gentil, je le croyais gaulliste. ».

Pompidou confia à Françoise Giroud le 5 octobre 1972 un appréciation très sévère sur Chaban-Delmas : « Jamais il n’a pris de décision. Il a fait des feux d’artifice, voilà tout. » (cité par Michèle Cotta).


Dans la troisième partie de l’article, sera évoquée la succession incertaine de Georges Pompidou.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 novembre 2010)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Le gaullisme après De Gaulle.
Radioscopie du 21 octobre 1975.

La plupart des informations de cet article proviennent du fond de documentation de l’Assemblée Nationale sur Jacques Chaban-Delmas accessible ici et des cahiers de Michèle Cotta.


yartiChaban44

 

 

 http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jacques-chaban-delmas-un-heros-84274 

 

 

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-218

 

 

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 07:05

Des sourcils épais, une voix nasillarde, un dynamisme d’action et de réflexion : « Croire en l’homme et préférer cette croyance aux fascinations du progrès, de l’argent, de la science ou de la technique (…). Croire en l’homme, le respecter et lui faire confiance. » (1993). Première partie.

 

yartiChaban02Après le 9 novembre, le 10 novembre… Après De Gaulle, l’un de ses plus fidèles soutiens.

L’Assemblée Nationale et, en quelques sortes, la République française, honorent ce 10 novembre 2010 une personnalité politique exceptionnelle qui a marqué les deux dernières Républiques : Jacques Chaban-Delmas, qui a disparu à 85 ans il y a exactement dix ans d’une crise cardiaque à son domicile parisien et dont les funérailles présidées par le Président Jacques Chirac ont été célébrées le 14 novembre 2000 aux Invalides.

Jacques Chaban-Delmas est un véritable personnage de roman, maniant aussi bien ses talents physiques (militaire, rugbyman, champion de tennis, séducteur) que ses talents intellectuels (haut fonctionnaire, organisateur de la Résistance, homme politique, maire, ministre, parlementaire). Tellement romanesque qu’il était déjà le héros incarné par Alain Delon en 1966 dans le film "Paris brûle-t-il ?" réalisé par René Clément.

Enfant précoce de la République, il était connu pour franchir quatre à quatre non seulement les marches des palais nationaux mais également les étapes pour atteindre le pouvoir. Il ne connut qu’un seul échec, le plus retentissant : l’Élysée.
 

Précoce car général de brigade à 29 ans, député à 31 ans, ministre à 39 ans et Président de l’Assemblée Nationale à 43 ans.


Précoce et aussi d’une longévité particulière : quarante-sept ans député (élu quatorze fois) dont presque seize ans au perchoir (le record historique, dépassant même Édouard Herriot), quarante-huit ans maire de Bordeaux, cinq fois ministre dont trois ans à Matignon et une candidature malheureuse à l’élection présidentielle en 1974.


Résistant et haut fonctionnaire

Né le 7 mars 1915 à Paris d’une famille bourgeoise dont le père fut membre du conseil d’administration des Automobiles Delahaye, Jacques Delmas fut journaliste stagiaire pendant ses études de droit et d’économie (il épousa la fille de son employeur). Il a suivi ses études notamment à l’École libre des sciences politiques, futur Science Po Paris (1937) comme Michel Debré et Jean-Marcel Jeanneney (ce dernier un an plus tôt).

Il partit pour son service militaire un an avant le début de la Seconde guerre mondiale (en juin 1938 au 37e RI à Bitche). Il devint major de Saint-Cyr en mars 1939 et fut mobilisé en septembre 1939 au 75e Bataillon alpin de forteresse. Démobilisé le 3 août 1940, il ne parvint pas à gagner Londres. Il se rendit finalement à Paris en décembre 1940 et s’engagea dans la Résistance d’abord sous le nom de Lakanal, en souvenir de son lycée à Sceaux, puis, à partir d’octobre 1943, sous le nom de Chaban (qu’il accola après la guerre à son patronyme) pour faire du renseignement sur la mise à disposition de l’industrie française aux Allemands.

Parallèlement à ses activités clandestines, il poursuivait sa vie professionnelle, d’abord en étant attaché au Ministère de la Production industrielle en juin 1941 (en contractuel), puis en préparant et en réussissant en mars 1943 le concours de l’Inspection des finances. Un poste yartiChaban35de haut fonctionnaire qui lui a apporté une bonne couverture et qui lui a permis, en début 1944, de fonder et d’intégrer le comité de financement intérieur de la Résistance aux côtés de Michel Debré et de Félix Gaillard (lui aussi de l’Inspection des finances). Il fit également partie de la délégation militaire du Gouvernement provisoire.

En mai 1944, les responsabilités de Jacques Chaban-Delmas dans la Résistance étaient stratégiques : « Chaban-Delmas se tenait au centre de tout. Perspicace et habile, ayant seul les moyens de communiquer avec l’extérieur, il contrôlait les propositions et, moyennant de longues et rudes palabres, contiendrait les impulsion du CNR et des comités » écrivait De Gaulle dans ses "Mémoires de guerre". En effet, responsable de la coordination militaire sur tout le territoire, il était le lien entre les FFI et le Haut commandement interallié auprès de Pierre Koenig (futur ministre).

Le 15 juin 1944, il fut promu général de brigade à 29 ans, le plus jeune des généraux depuis deux siècles (Napoléon Bonaparte le fut à 26 ans).

Après être allé à Londres le 13 août 1944, il regagna Paris en vélo le 16 août 1944, participa très activement à libérer la capitale et accueillit à Arpajon le 24 août 1944 le général Philippe Leclerc.

Le 25 août 1944, il accompagna donc Leclerc à la Libération de Paris et rencontra pour la première fois De Gaulle à la gare Montparnasse à seize heures quinze. Chaban-Delmas raconta cet instant émouvant de sa vie : « Je n’avais jamais vu De Gaulle… On est à la gare Montparnasse, état-major de campagne de Leclerc. Tout d’un coup, un gars arrive de derrière les guichets : "Le Général De Gaulle !" (…). À ce moment, le Général me toise de haut en bas. Un silence se fait ; ça dure des secondes, autant dire une éternité… Je vois alors passer dans le regard du Général une succession de sentiments. D’abord, la surprise. Et puis, la prise de conscience et la rogne, la colère. Comment a-t-on pu faire nommer, promouvoir ce gamin ? Et puis, un attendrissement extraordinaire, au point que son regard s’est embué. Il s’était bien passé dix secondes. Alors, il m’a tendu la main, a pris la mienne et l’a gardée longtemps dans la sienne. Et il m’a dit : "C’est bien, Chaban !". Moi, j’étais récompensé. ».

En novembre 1944, il fut nommé par le Ministre de la Guerre André Diethelm à son cabinet pour une mission d’inspection de l’armée (chef de l’Inspection générale de l’armée), puis fut affecté en tant qu’inspecteur des finances dans le civil en août 1945, nommé secrétaire général du Ministère de l’Information (auprès de Jacques Soustelle puis d’André Malraux). Fonctionnaire "insoumis", il quitta le ministère début 1946 en désaccord avec la politique sur la presse sous l’Occupation et démissionna.


Élu de la République… et de Bordeaux

C’est assez naturellement qu’il décida de prendre une trajectoire politique et choisit Bordeaux comme lieu de parachutage.

Bordeaux avait beaucoup subi la collaboration sous l’Occupation et ses habitants étaient heureux de "s’offrir" à un jeune général résistant plein d’envergure. Son ami résistant Maurice Bourgès-Maunoury, radical et futur Président du Conseil, fut nommé commissaire de la République à Bordeaux en 1945 (Bourgès-Maunoury s’opposa par la suite au retour de De Gaulle et fut "balayé" par la Ve République).

Jacques Chaban-Delmas se fit élire pour la première fois député de Bordeaux le 10 novembre 1946 sous l’étiquette radicale. Le 17 juin 1951, il réussit à préserver la double étiquette radicale (RGR) et gaulliste (RPF) en gagnant contre Henri Teitgen (MRP), père de Pierre-Henri Teitgen, ministre MRP de 1944 à 1950, mais les partis refusant la double appartenance, il a dû choisir le camp gaulliste au même titre que beaucoup d’élus MRP issus de la Résistance (dont Maurice Schumann et Edmond Michelet) ont dû choisir le gaullisme. Il fut, en 1996, le plus ancien député avec Raymond Marcellin à avoir été élu depuis 1946 (sans arrêt réélu jusqu’à la dissolution de 1997).

Le 26 octobre 1947, Jacques Chaban-Delmas fut élu maire de Bordeaux. Il fut réélu sans arrêt jusqu’en juin 1995 : il présida son dernier conseil municipal au Palais Rohan le 5 mai 1995 et laissa la mairie le 18 juin 1995 à Alain Juppé, alors Premier Ministre.

Député-maire de Bordeaux est le double mandat local très durable qui en fit le "duc d’Aquitaine". Il présida également le Conseil régional d’Aquitaine de janvier 1974 à mars 1979 et de mars 1985 à juin 1988) ainsi que la Communauté urbaine de Bordeaux (janvier 1967 à mars 1977 puis mars 1983 à juin 1995).


Ministre sous la IVe République

Sous la IVe République, Jacques Chaban-Delmas a eu une attitude ambivalente : favorable au retour au pouvoir de De Gaulle et partisan d’une révision constitutionnelle (notamment dans une intervention le 28 octobre 1947), il a pourtant accepté de participer pleinement aux saveurs et délices de la vie politique en soutenant entre autres le gouvernement de Georges Bidault (MRP) le 27 octobre 1949 puis en participant aux responsabilités gouvernementales.

Le 23 juin 1948, Jacques Chaban-Delmas avait contesté l’intrusion de la politique dans la gestion des affaires publiques à l’occasion de la discussion sur le statut de la SNCEMA (futur Safran).

Il s’opposa à la ratification de la CECA le 13 décembre 1951 et à la manière de construire l’Europe (il aurait préféré des négociations yartiChaban66globales) mais le 27 novembre 1951, il est parvenu cependant à ne pas renverser le gouvernement de Joseph Laniel malgré l’opposition de son groupe à la CED. Son groupe, c’était ceux des républicains sociaux (Union républicaine d’action sociale) qu’il présida de 1953 à 1956 et qui regroupait les députés issus du RPF.

Jacques Chaban-Delmas entra au gouvernement de Pierre Mendès France (radical) le 19 juin 1954 comme Ministre des Travaux publics, des Transports et du Tourisme. Il en démissionna le 14 août 1954 pour signifier son opposition à la CED mais après l’échec de celle-ci le 30 août 1954, retourna au gouvernement dès le 3 septembre 1954 aux Travaux publics, au Logement et à la Reconstruction jusqu’au renversement de Pierre Mendès France le 23 février 1955.

Le 13 octobre 1955, il précipita la chute du gouvernement d’Edgar Faure (radical) sur la question algérienne, voulant une intégration des populations musulmanes dans la communauté nationale. Ce renversement entraîna la dissolution de l’Assemblée Nationale et la constitution d’un Front républicain auquel participèrent Pierre Mendès France, François Mitterrand et Jacques Chaban-Delmas.

Le succès de cette coalition eut pour conséquence la constitution du gouvernement de Guy Mollet (secrétaire général de la SFIO, principal parti de la coalition) et la nomination de Jacques Chaban-Delmas comme Ministre d’État du 21 février 1956 au 13 juin 1957.

Régionaliste et partisan de la construction européenne, Jacques Chaban-Delmas a fondé et présidé du 12 janvier 1957 au 24 janvier 1960 ce qui allait devenir le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux de l’Europe, l’un des organes du Conseil de l’Europe.

Il est revenu ensuite le 6 novembre 1957 dans le gouvernement de son ami Félix Gaillard (radical) comme Ministre de la Défense et des Forces armées jusqu’à la fameuse crise du 13 mai 1958. Il finalisa la décision de fabriquer la première bombe nucléaire française donnant à la France son statut de puissance nucléaire.

Le 10 mai 1958, peu avant le renversement du gouvernement, il inaugura à Philippeville (en Algérie) le Centre d’enseignement à la guerre subversive que dirigea le général Marcel Bigeard que Chaban-Delmas considérait dans "Mémoires pour demain" (1997) comme « l’homme qu’il fallait pour faire subir aux officiers subalternes un véritable électrochoc psychologique qui changerait à jamais leur façon d’envisager les choses ». Ce centre a été notamment au cœur de la polémique sur la torture en Algérie en raison de son programme d’enseignement.

Pourtant partisan du retour au pouvoir de De Gaulle, Jacques Chaban-Delmas ne fut pas ministre dans le dernier gouvernement de la IVe République dirigé par De Gaulle. Il créa et organisa l’un des mouvements politiques à l’origine de la future UNR.


Au perchoir de la Ve République

Le 9 décembre 1958, une fois la nouvelle Constitution de la Ve République ratifiée et promulguée et les nouveaux députés élus, la première séance de la nouvelle législature fut présidée par le doyen d’âge, le chanoine Félix Kir en présence de Charles De Gaulle, Président du Conseil. Jacques Chaban-Delmas se présenta contre Paul Reynaud à la Présidence de l’Assemblée Nationale. Paul Reynaud venait de présider le Comité consultatif constitutionnel en août 1958 et il avait dirigé le gouvernement en mai 1940 en y ayant nommé De Gaulle.

Au premier tour, Chaban-Delmas recueillit 259 voix contre 168 à Paul Reynaud (indépendant) et 89 à Max Lejeune (SFIO). Au second tour, il fut élu au perchoir avec 355 voix contre 132 à Max Lejeune (Paul Reynaud s’étant désisté).

Jacques Chaban-Delmas commença sa présidence par une allocution, deux jours après son élection, où il entendait préserver le lien entre la représentation nationale et le peuple : « L’Assemblée dans son ensemble, comme chacun de vous, mes chers collègues, en particulier, devra veiller à conserver le contact avec les réalités nationales, régionales et locales et faire percevoir clairement l’accomplissement de sa mission, yartiChaban76en un mot, obtenir et conserver l’estime de l’opinion publique sans laquelle le régime parlementaire, et, avec lui, la Ve République, seraient assurément promis à leur perte. À cet égard et sans que les partis politiques aient à disparaître, car ils ont à jouer un rôle nécessaire mais sans rapport avec le précédent, rien ne doit rappeler le trop fameux "régime des partis" et nous devons être les premiers à en fournir la preuve. De nombreux sujets essentiels sont, en effet, à placer au-dessus des rivalités et des querelles tant de partis que de personnes et les autres sujets doivent voir s’établir entre la majorité et l’opposition des rapports constructifs échappant aux délimitations trop rigides et stériles. ».

Pendant les deux mandats présidentiels de De Gaulle, Jacques Chaban-Delmas resta constamment réélu au perchoir (en 1962, en 1967 et en 1968), prenant la position d’un observateur un peu éloigné des responsabilités politiques mais conscient d’être un acteur essentiel des nouvelles institutions.

En 1967, il réforma le règlement de l’Assemblée Nationale pour donner aux présidents des groupes politiques un rôle primordial dans la définition de l’ordre du jour. Par ailleurs, en 1969, Chaban-Delmas voulait que chaque député puisse bénéficier d’un bureau personnel, projet qui fut finalisé en 1974 après l’acquisition du bâtiment du 101 rue de l’Université.

Le 3 avril 1978, Jacques Chaban-Delmas est parvenu à retrouver le perchoir qu’il avait abandonné le 20 juin 1969. Il était confronté à une rivalité avec le Président de l’Assemblée Nationale sortant, Edgar Faure, autre radical gaulliste. Edgar Faure était alors soutenu par Jacques Chirac, devenu président du RPR et menant la vie difficile au gouvernement de Raymond Barre tandis que Jacques yartiChaban62Chaban-Delmas avait le soutien de l’UDF et de Valéry Giscard d’Estaing.

Dans un allocution de fin de session (qui serait aussi celle de fin de législature), le 17 décembre 1980, Jacques Chaban-Delmas insistait encore sur l’importance des parlementaires : « Il faut que le Parlement redevienne le centre du débat national (…). Que notre Assemblée ne devienne pas une chambre d’enregistrement, ainsi que j’en formulais le vœu il y a près de vingt ans ici même. ».

Après la dissolution de l’Assemblée Nationale décidée le 22 mai 1981 par le Président François Mitterrand nouvellement élu, l’Assemblée a fait l’expérience de l’alternance par le passage à une large majorité socialiste.

C’est à la suite du retour d’une majorité UDF-RPR aux élections législatives du 16 mars 1986 que le 2 avril 1986, Jacques Chaban-Delmas fut élu pour la sixième fois Président de l’Assemblée Nationale jusqu’à la dissolution du 14 mai 1988. L’une de ses dernières interventions en tant que Président de l’Assemblée Nationale a été de proposer le 2 avril 1988 une minute de silence en signe de deuil à l’annonce du décès de son prédécesseur et successeur, Edgar Faure (et de l’ancien ministre Joseph Franceschi).

Il a ainsi occupé le perchoir pendant quinze ans et huit mois où il a su montrer sa ferme autorité et sa conviviale diplomatie.

Dans "L’Ardeur" (1975), il expliquait ainsi ses prérogatives : « Le fauteuil du président est un tonneau de vigie, d’où l’on peut voir se lever les tempêtes (…). Au perchoir, je suis absorbé par la nécessité d’anticiper l’événement. Il faut sentir ce qui va se passer. Cela suppose une bonne connaissance des dossiers et des hommes. ».


Le 20 juin 1969, Jacques Chaban-Delmas fut nommé Premier Ministre par Georges Pompidou nouvellement élu Président de la République contre Alain Poher. Ce sera l’objet de la deuxième partie de cet article.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 novembre 2010)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Le gaullisme après De Gaulle.
Radioscopie du 21 octobre 1975.

La plupart des informations de cet article proviennent du fond de documentation de l’Assemblée Nationale sur Jacques Chaban-Delmas accessible ici.


 

yartiChaban34 

 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jacques-chaban-delmas-un-heros-84222

 

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-217

 

 

 

 

 

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 09:47

L’un des plus brillants éditorialistes vient de disparaître ce week-end de la Toussaint. Retour sur un grand artisan de l’analyse politique des années 1980 qui fut blogueur à la fin des années 2000.

 

yartiSeguillon01Au milieu des années 1980, la période la plus propice au débat politique dans l’audiovisuel, deux émissionsvo phares se partageaient les audiences en "prime time" un soir de la semaine chaque mois à la télévision.

Il y avait "L’Heure de vérité" sur Antenne 2 présentée par François-Henri de Virieu et qui durait bien plus d’une heure au cours de laquelle l’invité (généralement politique) répondait aux questions successivement d’Alain Duhamel, d’Albert du Roy, de Jean-Marie Colombani (ou d’un autre journaliste invité) et des téléspectateurs.

Cette émission était l’unique référence en politique. Passer à "L’Heure de vérité" était équivalent à faire partie du "Bébette show" (à l’époque, il n’y avait pas encore de "Guignol de l’Info").

Parallèlement à cette émission, TF1 n’était pas en reste et avait voulu faire une émission équivalente : ce fut "Questions à domicile" présentée par Pierre-Luc Séguillon et Anne Sinclair (émission qui n’a duré que deux ans, entre 1985 et 1987). Un peu racoleuse d’ailleurs puisqu’on pouvait regarder non seulement l’intérieur de l’habitation des hommes politiques mais écouter également son conjoint (souvent conjointe d’ailleurs) ce qui faisait un peu de la politique spectacle.

On pouvait ainsi savoir que France et François Léotard faisaient chambre à part, que c’était Monique Lang qui décidait de la décoration chez Jack, que Michèle Rocard n’hésitait pas à dire beaucoup de bien de son mari dans l’optique de l’élection présidentielle de 1988. L’exposition médiatique des hommes politiques n’était pas forcément pertinente quand il fallait par la suite annoncer une séparation.

Au début, j’avais justement quelques réserves sur Pierre-Luc Séguillon dont le militantisme socialiste n’avait d’ailleurs jamais été caché. Mais très rapidement, au même titre que des personnalités comme Noël Copin, René Rémond, Alain Duhamel ou Philippe Alexandre, la voix de Pierre-Luc Séguillon était devenu coutumière dans les analyses politiques.

Passé dans la grande aventure de la Cinq, Pierre-Luc Séguillon a poursuivi sa carrière sur LCI du 24 juin 1994 au 31 décembre 2008 tout en ouvrant le 21 avril 2006 un excellent blog politique où il écrivit près de sept cents billets en deux ans et demi. Parallèlement, aux côtés d’autres éditorialistes politiques très médiatiques, il participait à l’émission du dimanche soir "Grand Jury" diffusée sur RTL (et LCI à partir de septembre 1996) en partenariat avec "Le Monde".

Pierre-Luc Séguillon avait été remercié par LCI en fin 2008 et ce dernier en avait sans doute ressenti de l’amertume après tant d’années de fidélité. Il avait retrouvé pied sur I-Télé mais avait un mal qu’il devait combattre et qui l’a emporté le 31 octobre 2010 à l’âge de 70 ans (comme son collègue de "L’Heure de vérite" en 1997).

Né à Nancy le 13 septembre 1940, engagé politiquement et également religieusement (il a démarré sa trajectoire chez "Témoignage chrétien" dont il a présidé le conseil de surveillance et a eu également une brève collaboration avec la chaîne catholique KTO), Pierre-Luc Séguillon était "moulé" par une formation peu orthodoxe pour un journaliste puisqu’il avait fait des études de langue orientale, de théologie et de philosophie.

Tout récemment, Pierre-Luc Séguillon s’était "amusé" à écrire un roman de politique fiction ("2012 : La revanche") qui montre son excellente connaissance du microcosme politique en imaginant une Ségolène Royal devenue l’énigmatique Premier Ministre de Nicolas Sarkozy.

Pierre-Luc Séguillon restera parmi les grandes voix des éditorialistes politiques français qui firent de la vie politique dans les années 1980 un sujet passionnant et important dans les médias (et en particulier à la télévision).

Il ne semble pas avoir eu l’opportunité d’une exposition durable dans les émissions les plus regardées du paysage audiovisuel français, ce qui est une lacune regrettable et hélas définitive. Les hommages qui pleuvent désormais à l’annonce de sa disparition lui rendent au moins justice de son talent et surtout, de son professionnalisme.

Parmi d’autres, François Bayrou insistait sur sa « grande élégance physique, intellectuelle et morale » en ajoutant : « Ses analyses économiques étaient profondes, informées et jamais il ne se résignait à accepter les signes de déclin que, pourtant, il analysait justement. Il aimait son métier, il aimait les autres. Il manquera profondément à tous ceux qui ont une certaine idée du journaliste dans la cité. ».

Espérons que cette « idée du journaliste dans la cité » soit encore défendue et approfondie par la jeune génération.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (2 novembre 2010)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Blog de Pierre-Luc Séguillon : dernier billet du 12 décembre 2008.

 yartiSeguillon02

 

 

http://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/pierre-luc-seguillon-l-homme-qui-83842

 

http://fr.news.yahoo.com/13/20101102/tot-pierre-luc-sguillon-l-homme-qui-plaa-89f340e.html

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-212

 

 

 

 

 

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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 09:37

Après Georges Charpak le 29 septembre 2010, la France a perdu un autre Prix Nobel le 9 octobre 2010, Maurice Allais, personnage atypique des milieux intellectuels.


yartiAllaisMaurice01Ce n’est pas vraiment un Prix Nobel mais le "Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel" créé en 1968. On dit malgré tout que c’est le Prix Nobel d’Économie. Cette année, il a été décerné le 11 octobre 2010 à deux Américains et un Chypriote.

Deux jours auparavant, le seul lauréat français (récompensé en 1988), Maurice Allais, s’éteignait. Il allait avoir 100 ans le 31 mai prochain.

Il a eu droit samedi dernier (16 octobre 2010) a un enterrement en grandes pompes républicaines aux Invalides en présence de Valérie Pécresse, la Ministre de la Recherche, qui loua l’indépendance passionnée de ce professeur de l’École des Mines : « Maurice Allais était taillé pour la physique. C’est le malheur des temps qui l’amena à l’économie. ». C’est curieux car cette phrase pourrait s’appliquer aussi à un autre Français récemment disparu (le 14 octobre 2010), Benoît Mandelbrot, en remplaçant physique par mathématiques.

La ministre a poursuivi en donnant la définition des sciences qui, pour être valides, ne peuvent être que confirmées par l’expérience : « Tout le génie de Maurice Allais est dans le dialogue entre le concept et l’expérience, un dialogue qui était à ses yeux la marque de la science authentique. ».


De brillantes études scientifiques qui mènent …à l’économie

Fils d’une crémière et orphelin de père (mort à la guerre en 1915), brillant élève (Lakanal mais il n’entre pas major à Polytechnique donc il redouble à Louis-le-Grand, X31 –major à l’entrée et à la sortie– et Mines, voir ses notes ici), Maurice Allais a enseigné et réalisé ses recherches au CNRS, aux Mines, à l’Institut de la Statistique et à l’Université Paris 10 (Nanterre).

C’est lors d’un voyage aux États-Unis en 1933 (entre l’X et les Mines), où il a vu les ravages de la crise financière lors de la Grande Dépression, qu’il s’est tourné vers l’économie, passion renforcée par l’observation des grèves après la victoire du Front populaire de 1936 : son objectif personnel devient de « chercher à établir les fondations sur lesquelles une politique économique et sociale pourrait être valablement édifiée ».

Paradoxalement, Maurice Allais, scientifique, est nommé professeur d’économie aux Mines en 1944 (à 33 ans) alors qu’il n’a aucun diplôme académique en économie. Il a été aidé par Raymond Fischesser (directeur des études) qui avait été séduit par son premier livre en économie (en 1943) et le conseil de l’école l’a suivi avec une courte majorité. Il enseigna l’économie aux Mines pendant quarante-quatre ans. En économie, en effet, Allais fut un autodidacte et a intégré par la lecture toutes les réflexions des plus grands économistes.

Maurice Allais n’avait, à son esprit, qu’un seul élève, l’économiste Gérard Debreu (Prix Nobel d’Économie 1983), mais beaucoup d’autres ont suivi ses cours, notamment Thierry de Montbrial (qui le reçoit le 19 octobre 1993 à l’Académie des sciences morales et politiques), Jean-Louis Bianco ou encore… Dominique Strauss-Kahn. Concrètement, l’œuvre de Maurice Allais a beaucoup influencé la réflexion des économistes d’après guerre.

Parmi ses premières idées, il a constaté expérimentalement que dans des choix incertains, paradoxalement, plus le risque était important, plus la prime de risque était avantagée sur la sécurité.


Pas si souverainiste qu’on a voulu le décrire

D’un libéralisme peu orthodoxe favorable à l’Europe politique, Maurice Allais a décrit les effets nocifs d’une politique concurrentielle au sein de l’Union européenne sans adopter de préférence communautaire, politique qui a détruit de nombreux emplois industriels par la mondialisation des marchés.

Beaucoup ont pu se méprendre sur la pensée de Maurice Allais notamment sur le protectionnisme et la construction européenne. Cela lui a valu d’être récupéré par beaucoup de souverainistes (en particulier par l’extrême gauche et paradoxalement, par le Front national qui l’a même cité dans son programme).
 
Voici ce qu’en pensait Thierry de Montbrial dans un discours prononcé en 1993 devant Maurice Allais : « Beaucoup de lecteurs considèrent [Maurice Allais] aujourd’hui comme un champion du protectionnisme. Quiconque connaît l’ensemble de son œuvre ne peut que déplorer ce jugement profondément inexact. En réalité, Maurice Allais reste cohérent avec lui-même. Dès lors que les trois conditions que je viens d’exposer ne sont pas remplies vis-à-vis de l’extérieur, la Communauté européenne doit assurer sa sécurité économique, non pas en s’établissant comme une forteresse (…) mais en s’entourant d’un niveau de protection raisonnable. En même temps, elle doit renforcer ses structures politiques internes pour ne pas s’exposer elle-même à un risque de morcellement découlant des mêmes causes. Depuis près de cinquante ans, Allais n’a cessé de développer l’idée que l’union politique devait précéder l’union économique ou tout au moins se développer en parallèle. Le libéralisme économique ne peut être que proportionnel, si l’on ose dire, à l’organisation politique. ».


Contre une Europe qui se déshabille en pleine tempête

En septembre 2005, Maurice Allais combattait le libre-échangisme qu’il assimilait à une laisser-fairisme : « Le véritable fondement du protectionnisme, sa justification essentielle et sa nécessité, c’est la protection nécessaire contre les désordres et les difficultés de toutes sortes engendrées par l’absence de toute régulation réelle à l’échelle mondiale. ».

Parmi les désordres : l’instauration du système des taux de change flottants pour les monnaies, à partir de 1974. Il insistait lourdement : « Les adversaires obstinés de tout protectionnisme, quel qu’il soit, commettent une (…) erreur : ne pas voir qu’une économie de marchés ne peut fonctionner correctement que dans un cadre institutionnel et politique qui en assure la stabilité et la régulation. ».

Selon lui, la libéralisation des échanges et des mouvements de capitaux ne peut être souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux au développement économique et social comparable.

Il proposait ainsi de modifier l’article 110 du Traité de Rome pour instaurer la préférence communautaire. Cet article précise depuis le 25 mars 1957 : « En établissant une union douanière entre eux, les États membres entendent contribuer, conformément à l’intérêt commun, au développement harmonieux du commerce mondial, à la suppression progressive des restrictions, aux échanges internationaux et à la réduction des barrières douanières. ».

Maurice Allais aurait préféré le transformer par cette version : « Pour préserver le développement harmonieux du commerce mondial, une protection communautaire raisonnable doit être assurée à l’encontre des importations des pays tiers dont les niveaux de salaires au cours des changes s’établissent à des niveaux incompatibles avec une suppression de toute protection douanière. ».


Favorable à la retraite… à 100 ans !

À propos des retraites, rappelant la phrase lapidaire du président du tribunal révolutionnaire lors de l’exécution de Lavoisier : « La République n’a pas besoin de savants », il disait ceci (en 2005) : « Personne, dira-t-on, ne saurait aujourd’hui s’associer à un tel jugement. C’est cependant à une telle philosophie démagogique et obscurantiste qu’objectivement, sinon subjectivement, se réfère la législation actuelle sur la mise à la retraite obligatoire des savants, quelle que puisse être la valeur de leurs contributions à la science. Il suffit de considérer l’histoire passée de la science pour réaliser combien une telle législation est rétrograde, et à vrai dire, suicidaire pour la société qui la met en œuvre. ».

Après avoir cité de nombreux savants : « Tous ces savants, et une foule d’autres, ont publié après 70 ans des travaux d’une valeur tout à fait exceptionnelle. ».

Puis il continuait sur les raisons possibles du législateur : « On dit qu’il faut rajeunir les cadres de la recherche scientifique et de l’enseignement supérieur pour leur assurer un plus grand dynamisme. Mais une telle justification est réellement insoutenable. Des hommes comme Lagrange, comme Gauss, comme Einstein, comme Louis de Broglie, et tant d’autres, étaient et restent irremplaçables. ».

En réfutant en particulier certaines idées reçues qui ont la vie dure : « On dit encore que pour lutter contre le chômage, il n’y a pas d’autre politique plus efficace que de mettre obligatoirement à la retraite tous ceux qui ont dépassé un certain âge. Mais c’est précisément le contraire qui est vrai. En privant la société d’hommes exceptionnels, on ne peut que compromettre le progrès et le développement des emplois. On ne peut en tout lutter contre le chômage à la retraite forcée les hommes les plus capables. ».

Maurice Allais avait dû prendre sa retraite il y a trente ans, le 31 mai 1980 (il venait d’avoir 70 ans).


Un drôle de physicien

Parmi les multiples distinctions universitaires ou civiles reçues un peu partout dans le monde, j’en citerais quatre : la grande médaille d’or de la Ville de Nancy (en 1990), le diplôme d’honneur de HEC (1993), la légion d’honneur (remise par le Président Jacques Chirac le 14 mars 2005 ; grand-croix attribuée le 31 décembre 2009) et surtout, la Médaille d’or du CNRS obtenu en 1978.

D’ailleurs, contrairement à ce qu’a affirmé Yvon Gattaz, l’ancien président du CNPF (devenu Medef) et condisciple académicien de Maurice Allais, ce dernier n’avait pas obtenu la Médaille d’or du CNRS pour les sciences physiques mais pour les sciences économiques (son domaine d’excellence) comme l’indique le site du CNRS (d’autant plus que cette année-là, 1978, il y a eu deux Médailles d’or pour récompenser aussi un physicien).

Pourquoi évoquer les sciences physiques ? Justement une petite curiosité intellectuelle.

Passionné également de physique (sa formation d’origine), Maurice Allais croyait en l’existence de l’éther (qui remplacerait le vide de l’univers) qui engendrerait une anisotropie de l’espace (propriétés différentes en fonction de l’une des directions de l’espace), remettant en cause les travaux d’Einstein sur la Relativité restreinte.

La communauté scientifique n’a jamais pris au sérieux ses "travaux" dont la pertinence était plus que douteuse : il interprétait mal les imprécisions d’une expérience datant de la fin du XIXe siècle et qui a été validée par la suite avec des résultats bien plus précis qu’Allais avait refusé de prendre en compte. Jean-Marc Lévy-Leblond (physicien bien connu) a rappelé que c’est souvent par « chauvinisme polytechnicien » que certains intellectuels français se sont opposés à Albert Einstein.


Avant tout, un brillant intellectuel

Malgré ce "donquichottisme gravitationnel", Maurice Allais a montré qu’il avait été une véritable "éponge intellectuelle", se nourrissant de nombreux domaines de la science (économie, histoire, physique) et faisant marcher sa mécanique cérébrale avec une fécondité qui a de quoi impressionner. Il continuait à rédiger des livres ou des articles encore à 96 ans.

En 1993, Maurice Allais résumait ainsi sa passion de la recherche, une définition que pourraient reprendre beaucoup de chercheurs scientifiques : « L’imagination créatrice, c’est voir autrement que les idées reçues. La préoccupation de la synthèse, c’est réunir en un même ensemble cohérent des éléments qui apparaissaient à première vue comme disparates ou contradictoires ; c’est mettre des rapports nouveaux entre des faits qui semblaient sans liaison, des régularités jusqu’alors inaperçues, des relations invariantes dans l’espace et au cours du temps. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 octobre 2010)

http://www.rakotoarison.eu

 

 

Pour aller plus loin :
Textes et documents (parfois à télécharger) pour mieux connaître Maurice Allais.

 

 

yartiAllaisMaurice02 

 

 

http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/maurice-allais-protectionniste-83095


http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-210

 

 

 

 

 

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9 octobre 2010 6 09 /10 /octobre /2010 03:59

Concilier engagement politique et foi catholique n’est pas toujours une chose aisée. Edmond Michelet en est un modèle du genre. Première partie.

 

yartiMicheletE01Il y a exactement quarante ans, le 9 octobre 1970, Edmond Michelet disparaissait après avoir suivi un chemin de vie exceptionnel. Résistant avant l’heure, déporté des camps au point d’avoir failli y rester, fidèle parmi les fidèles du Général De Gaulle, Edmond Michelet a cultivé cette double appartenance politique, la démocratie chrétienne dont il était proche sur le plan des idées et le gaullisme "historique" dont il était proche sur un plan un peu plus personnel. Edmond Michelet est mort "les bottes au pied", en ministre épuisé.


Un homme simple catholique social

Né le 8 octobre 1899 à Paris 19e, Edmond Michelet fut le pur produit d’un mélange entre une mère monarchiste et un père très autoritaire se revendiquant du catholicisme social (grand admirateur du "Sillon", mouvement de Marc Sangnier qui a tenté de concilier christianisme et république et qui était bien implanté dans les milieux ouvriers). Deuxième garçon d’une famille de cinq enfants mais dont l’aîné est mort très jeune, il est devenu très tôt l’aîné de la fratrie. Lui-même a eu sept enfants dont le célèbre romancier Claude Michelet.

Sans diplôme autre que le certificat d’études qu’il obtint en 1912, Edmond Michelet devint courtier assermenté en produits alimentaires, comme son père négociant à Pau. Il s’est porté volontaire en 1918 pour combattre durant toute la guerre. Après la Première guerre mondiale, il s’investit dans la Jeunesse catholique, d’abord à Pau, puis à Brive à partir de 1925. Il lança en 1931 les "équipes sociales" et anima également les "nouvelles équipes françaises" dans le sillage de Marc Sangnier.


Le premier résistant de France

Père de famille nombreuse, Edmond Michelet ne fut pas mobilisé en 1939 mais il réussit malgré tout à aider les réfugiés et à organiser le secours national. Le 14 juin 1949, il éclata en sanglots quand les Allemands occupèrent Paris.

Edmond Michelet refusa la capitulation de la France et à 40 ans, il fut considéré comme le premier des résistants pour avoir distribué des tracts dans les boîtes aux lettres de Brive le… 17 juin 1940 au soir, soit un jour avant le fameux appel de De Gaulle.

Dans ce tract, il citait un auteur chéri également par De Gaulle, Charles Péguy (mort pendant la Première guerre mondiale) en ces termes : « Celui qui ne se rend pas a raison contre celui qui se rend. En temps de guerre, celui qui ne se rend pas est mon homme quel qu’il soit, d’où qu’il vienne et quel que soit son parti. Celui qui rend une place ne sera jamais qu’un sal**d, quand même il serait marguillier de sa paroisse... ». Il l’avait imprimé grâce à un marchand de machines à écrire de Brive, Frédéric Malaure, et distribué durant la nuit avec quelques autres amis, enseignants ou ouvriers.

Cet engagement très tôt n’était pas très étonnant. En effet, Edmond Michelet avait dans les années 1930 organisé une série de conférences sur thème : "Les dangers qui menacent notre civilisation" et il y avait entre autres sujets : "L’antisémitisme", "Le racisme", "L’État totalitaire" et également "Comment défendre la personne humaine en danger ?".

Selon son petit-fils, Mgr Benoît Rivière, évêque d’Autun depuis 2006 (et abbé de Cluny), Edmond Michelet « a éprouvé la honte d’une capitulation indigne de la France. L’acte du 17 juin est un acte moral fondé sur une défense de la liberté. ».


Déporté exemplaire à Dachau

Il prit la tête du mouvement "Combat" dans le Limousin (sous le pseudonyme de Duval) mais fut arrêté par la Gestapo à Brive le 25 février 1943. D’abord interné à Fresnes, il fut déporté à Dachau le 15 septembre 1943 où il se lia d’amitié avec Louis Terrenoire. Pendant vingt mois terribles, Edmond Michelet eut un comportement exemplaire de générosité et de courage dans le camp. Un ancien déporté a écrit par la suite : « Je suis athée, mais pour nous tous, Michelet, c’est l’image que nous pouvons nous faire d’un saint. ». Il avait réussi à réunir toutes les tendances politiques au sein du camp afin d’aider leurs camarades. Le camp fut libéré le 29 avril 1945. Le 6 mai 1945, Maurice Schumann, porte-parole de De Gaulle à la BBC, le rencontra pour la première fois.

Il fut parmi les déportés à rentrer le plus tard en France, le 30 mai 1945, maigre et malade du typhus exanthématique (transmis par les poux). Son sens moral le désigna pour présider le Comité patriotique français de Dachau qui s’occupait du rapatriement des déportés français et espagnols (ce qui explique qu’il rentra tardivement en France).

Plus tard, lors d’expositions sur Dachau, Edmond Michelet soufflait à ses jeunes invités : « Tu vas voir, tu vas pleurer, mais tu ne comprendras pas. Pour comprendre, il faut avoir été ici avec la mort. ».


Une carrière politique sous le signe de De Gaulle

Il fut élu député de la Corrèze le 21 octobre 1945. Par effraction, il entra au gouvernement de De Gaulle le 21 novembre 1945 pour une raison bien précise. De Gaulle cherchait un homme capable de coopérer avec un communiste mais aux valeurs suffisamment fortes pour résister aux pressions communistes. Mgr Benoît Rivière l’évoque ainsi : « De Gaulle a demandé qu’on lui indique des résistants qui avaient été au coude à coude avec les communistes pendant l’Occupation sans rien céder sur le plan de la pensée politique. Le père Maydieu lui a suggéré Michelet. L’homme d’État l’a rencontré et nommé Ministre des Armées. Mon grand-père a cru que c’était une erreur de casting car il n’était pas militaire. ». Edmond Michelet était hiérarchiquement juste après De Gaulle (qui s’était attribué la Défense nationale). Dans le même gouvernement, parallèlement, le communiste Charles Tillon était nommé Ministre de l’Armement.


Un (petit) acteur de la IVe République

Edmond Michelet resta à son ministère même après démission de De Gaulle le 26 janvier 1946 à la demande de ce dernier dans les deux gouvernements provisoires suivants, dirigés par Félix Gouin puis par Georges Bidault, jusqu’au 16 décembre 1946. De Gaulle voulait en effet maîtriser les armées susceptibles d’être épurées juste après la guerre. Michelet fut réélu deux fois député MRP le 2 juin 1946 et le 10 novembre 1946 mais fut battu le 17 juin 1951.

Fidèle au catholicisme social (comme Maurice Schumann), Edmond Michelet appartenait au MRP (Mouvement des républicains populaires, issu de l’ancien PDP entre guerres et préfigurant le CDS, Centre des démocrates sociaux de Jean Lecanuet, Pierre Méhaignerie et François Bayrou). Mais il fut exclu du MRP en 1947 pour avoir souhaité (et prédit) le retour de De Gaulle. Il rejoignit naturellement le RPF (Rassemblement du peuple français) de De Gaulle (comme d’autres démocrates-chrétiens gaullistes) puis (après l’échec du RPF) le groupe des républicains sociaux (à l’instar de Jacques Chaban-Delmas).

Durant son mandat de député, Edmond Michelet se préoccupa intensément de la condition des militaires et de leur famille, mais également de l’OTAN, de l’Indochine et des anciens déportés. Le 9 novembre 1950, avec Louis Terrenoire, il déposa un amendement demandant la libération de Philippe Pétain (94 ans), en signe de pardon et d’apaisement. Cet amendement fut rejeté par 496 voix contre 98.

Le 18 mai 1952, il se fit élire conseiller de la république, autrement dit sénateur, de Paris au groupe RPF. Il exerça une activité parlementaire très boulimique. Président de la commission sur les affaires d’Indochine le 11 octobre 1955 puis vice-président du Conseil de la République le 3 octobre 1957, en six ans, il a déposé vingt-neuf rapports ou propositions de loi sur divers sujets (notamment sur l’amnistie, sur le Cambodge et le Sud-Vietnam, etc.). Il fut par ailleurs délégué de la France auprès de l’ONU entre 1954 et 1957.

Il est réélu le 8 juin 1958 après avoir voté les pleins pouvoirs à De Gaulle. Puis encore réélu au Sénat le 26 avril 1959 pour un mandat qu’il abandonna dès le 28 mai 1959 en raison de sa présence au gouvernement.


Un des grands hussards de la Ve République

De Gaulle le rappela lorsqu’il revint aux affaires après la crise de mai 1958 : Edmond Michelet fut alors nommé Ministre des Anciens combattants et victimes de guerre le 9 juin 1958, puis Ministre de la Justice le 8 janvier 1959 après l’élection de De Gaulle à l’Élysée.

C’est à ce poste qu’Edmond Michelet a eu les moyens d’agir en homme de foi. Il a cherché à humaniser à et moderniser la justice en adoucissant la condition carcérale et en réformant le régime des sociétés, les régimes matrimoniaux, le statut de la famille.

Sa proximité intellectuelle avec le Général De Gaulle fit d’Edmond Michelet un gardien singulier de l’esprit de la VeRépublique. Dans "La querelle de la fidélité ; peut-on être gaulliste aujourd’hui ?" (préfacé par André Malraux), Edmond Michelet écrivait son refus du quinquennat avec concordance des élections présidentielle et législatives : « Tout ce qui a pour objet de lier l’élection du chef de l’État à quelque chose qui ressemblerait à l’élection d’un chef de parti, à jumeler l’élection du chef de l’État avec celle d’une éventuelle majorité, est aberrant. ». Il entretenait la même méfiance que De Gaulle vis-à-vis des partis politiques, ayant connu les manœuvres dont il fut victime au sein du MRP juste après la guerre.

Son opposition au Premier Ministre (et néanmoins ami) Michel Debré sur la politique algérienne l’obligea à donner sa démission le 24 août 1961 (Jean Foyer le 14 avril 1962 et Alain Peyrefitte 30 mai 1977 furent ses successeurs gaullistes les plus célèbres). Edmond Michelet était en effet partisan de prendre en compte le fait que les prisonniers du FLN allaient devenir à terme des interlocuteurs obligés de la France lorsque l’Algérie deviendrait indépendante et demandait donc que les traitements contre eux fussent humanisés. Il ressentit assez mal son éviction du gouvernement.

Jacques Chaban-Delmas, Président de l’Assemblée Nationale, le nomma ensuite le 17 février 1962 au Conseil Constitutionnel, mission qu’il conserva jusqu’au 8 avril 1967 lors de son retour au gouvernement.

Pendant cette période (1962-1967) où il fut éloigné de De Gaulle, Edmond Michelet se prit à rêver d’être l’intermédiaire entre De Gaulle et le Comte de Paris, prétendant au trône de France, avec qui il a entrepris des relations. Il fut également régulièrement écouté au Vatican, par le pape ou des membres de la Curie.

Il chercha une nouvelle zone d’implantation électorale et le 12 mars 1967, face à un communiste au second tour, il parvint non sans difficulté à se faire élire député de Quimper dans le Finistère dans une région catholique très réticente au gaullisme. C’était un parachutage qu’il a quand même réussi grâce au soutien de De Gaulle qui a fait deux fois le déplacement pour lui. Il renonça à son mandat le 7 mai 1967 puis fut réélu le 30 juin 1968 et renonça de nouveau à son mandat le 22 juillet 1969.

Le 6 avril 1967, Edmond Michelet fit son retour dans le gouvernement de Georges Pompidou comme Ministre d’État chargé de la Fonction publique qu’il quitta le 31 mai 1968 (au profit de Robert Boulin). Pendant ces quelques mois, Edmond Michelet réforma la grille indiciaire des fonctionnaires, révisa le statut de l’ENA et s’occupa de la déconcentration administrative. Il a apporté aussi tout son soutien aux initiatives de De Gaulle sur le Québec libre et à une coopération étroite avec l’Allemagne et l’Algérie.

Il resta pendant un mois Ministre d’État sans portefeuille jusqu’au départ (forcé) de Georges Pompidou (après sa victoire aux élections législatives) le 10 juillet 1968. Edmond Michelet, trop proche de ce dernier, ne fut pas nommé au sein du gouvernement de Maurice Couve de Murville et resta député inscrit à la Commission de la défense. Le 23 juillet 1968, il soutint un amendement pour amnistier les personnes poursuivies pour fait de collaboration. Il avait toujours à l’esprit cette parole d’Évangile : « Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous maltraitent. ». Il s’était également beaucoup impliqué dans la réforme universitaire mise en œuvre par Edgar Faure, le Ministre de l’Éducation nationale, et sur l’exercice du droit syndical dans les entreprises.

L’échec du référendum du 27 avril 1969 secoua Edmond Michelet qui, pour s’opposer à Alain Poher (tombeur de De Gaulle), mit toutes ses forces pour soutenir Georges Pompidou.

Ce dernier, nouvellement élu Président de la République, l’appela dans le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas pour succéder à l’emblématique André Malraux au Ministère des Affaires culturelles le 20 juin 1969 toujours avec le titre de Ministre d’État. Sans renier la politique culturelle d’André Malraux, Edmond Michelet s’est surtout focalisé sur la défense du patrimoine avec une loi sur les monuments nationaux le 17 juin 1970 venant compléter la loi du 31 décembre 1913.


De Gaulle et Michelet

De Gaulle aimait bien Edmond Michelet notamment sur leur admiration commune de Charles Péguy. Il le qualifiait ainsi : « esprit ouvert, cœur généreux, compagnon fidèle ». De Gaulle avait dépêché Edmond Michelet et Alain Peyrefitte (jeune ministre normalien) sur la tombe de Péguy lors du cinquantenaire de sa mort en 1964.

Selon Mgr Benoît Rivière, « C’était une fidélité sans faille. Mon grand-père portait sur [De Gaulle] une grande admiration. De Gaulle était une figure, un personnage hors catégorie et finalement très pudique. Mais je crois pouvoir dire que les deux hommes s’estimaient profondément. (…) Entre eux, il y avait une confiance immense, totale. Papamond [nom utilisé par les petits-enfants d’Edmond Michelet pour le désigner] était entier. En revanche, il n’y avait rien qui pouvait les rapprocher au plan humain. De Gaulle était solitaire, un homme de devoir. Mon grand-père avait plein d’amis. Seule la vision des choses les rapprochait. ».

La conception qu’Edmond Michelet avait de ses responsabilités ministérielles était très morale et sans ambition personnelle, ministre dans le sens religieux de serviteur. En 1965, il écrivait ceci : « Un homme d’État ne peut dissocier sa vie privée et sa vie politique : il faut vivre comme on pense ».


Disparition d’un homme d’exception

Edmond Michelet, épuisé et souffrant d’insuffisances respiratoires, prononça l’éloge funèbre de l’écrivain François Mauriac mort le 1er septembre 1970, un Mauriac qu’il considérait comme « cet artiste en moi que tout enrichit ; ce monstre qui de toute douleur s’engraisse ».

Le 9 octobre 1970, Edmond Michelet est mort le lendemain de son 71e anniversaire à Marcillac à la suite d’un accident vasculaire cérébral survenu sur la route du Mans peu de temps avant. Dans la chambre où il est mort, il avait accroché ce mot : « Ma grâce te suffit… ».

Edmond Michelet s’est éteint un mois exactement avant De Gaulle et quatre mois après le radical corrézien Henri Queuille.

Edmond Michelet repose dans la chapelle Notre Dame de la Paix à Marcillac (en Corrèze) dans sa tenue de bagnard à Dachau et sur sa tombe est inscrite une citation de saint Jean-Marie Vianney, le curé d’Ars : « Il nous demandera si nous avons employé nos forces à rendre service au prochain. ».

Depuis 1976, l’Église catholique instruit un dossier en vue de la béatification d’Edmond Michelet. Si le fait qu’il soit béatifié voire sanctifié ne change rien à sa vie, cela signifierait avant tout que l’Église reconnaîtrait l’importance de l’engagement politique dans le rôle des chrétiens.

Bien qu’ayant donné son nom à de nombreux lycées, écoles et à de nombreuses rues, places, Edmond Michelet est très peu connu du grand public alors que son comportement personnel mériterait d’en faire un modèle pour les générations futures et pour la classe politique en particulier.


Dans les deux prochains articles sur Edmond Michelet, j’évoquerai, d’une part, les notes qu’il a écrites pendant la Seconde guerre mondiale où tous les enjeux de la future IVe République étaient déjà en discussion et, d’autre part, sa face plus religieuse avec cette instruction en béatification et quelques discussions concernant son comportement de Ministre de la Justice pendant la guerre d’Algérie.


Un colloque pour approfondir

Pour les personnes intéressées par la personnalité d’Edmond Michelet, je les invite à assister au colloque qui se tiendra au grand auditorium du Collège des Bernardins (20 rue de Poissy à Paris 5e) les 10 et 11 décembre 2010 sur le thème : "Edmond Michelet, un chrétien dans la vie politique" avec des interventions entre autres de Gérard Larcher (Président du Sénat), Jacques Barrot (membre du Conseil Constitutionnel), Jean Charbonnel (ancien ministre et ancien maire de Brive), Jean-Marie Mayeur (historien), Gabriel de Broglie (écrivain)… Le programme provisoire est proposé à ce lien et l’inscription se fait sur le site officiel.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (9 octobre 2010)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Bibliographie Internet sur Edmond Michelet.
Un colloque organisé en décembre 2010.
Programme de ce colloque.
Enregistrement de l’INA sur le soutien d’Edmond Michelet à Georges Pompidou (11 juin 1969).

 

 

 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/edmond-michelet-1-le-resistant-81862

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-198

 



 

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 13:13

Le Nobel de Médecine 2010 vient de récompenser le père de la fécondation in vitro.



Le biologiste et physiologiste Robert Geffrey Edwards (85 ans) vient de recevoir, ce 4 octobre 2010, le Prix Nobel de Médecine 2010. La plus haute distinction scientifique récompense la performance de Robert Edwards et de Patrick Steptoe du 25 juillet 1978 à 23h47 : la naissance de Louise Brown, le premier "bébé éprouvette" de l’histoire de l’humanité. Pour la première fois, il était possible de "forcer" la conception d’un être humain hors de l’utérus.

Le projet (qui date de 1968) s’était déroulé très complémentairement entre le physiologiste récompensé et le gynécologue Patrick Steptoe qui a disparu le 21 mars 1988 et qui, sans doute, aurait été également récompensé aujourd’hui pour sa contribution décisive.

L’objectif était de recueillir les ovaires de femmes stériles et d’essayer de faire une fécondation en éprouvette (in vitro). Robert Edwards s’occupait surtout de la partie analyse en laboratoire.

Après beaucoup de tentatives et d’échecs, Louise Joy Brown est née il y a trente-deux ans et a appris sa particularité à l’âge de quatre ans. Sa sœur Natalie Brown est née également dans les mêmes conditions et a elle-même donné naissance à un enfant (de manière naturelle).

Pour Louise Brown, Robert Edwards fait partie de la famille depuis toujours et les deux se voient régulièrement.


Un mécano de la procréation

Les deux médecins furent critiqués fréquemment, ce qui était prévisible sur le plan éthique : eux ont été les mécanos de la vie, mais ils ont laissé de côté un nombre très important de questions éthiques qui a encouragé un chercheur comme Jacques Testard à renoncer à la poursuite de ses travaux.

Malgré les contestations, la méthode fonctionne (avec un taux de réussite de 20% cependant) et a été utilisée un très grand nombre de fois partout dans le monde (il existerait entre trois et quatre millions de "personnes éprouvettes" dans le monde). Le 24 février 1982, c’était au tour de la France d’avoir son premier bébé éprouvette, Amandine grâce aux efforts conjugués de Jacques Testard, René Frydman et Émile Papiernik.

Parmi les problèmes éthiques, le principal est très concret : pour réussir un "bébé éprouvette", il est nécessaire de "fabriquer" de nombreux embryons et seulement un ou quelques uns (dans le cas de jumeaux, triplets etc.) sont utilisés. Les autres sont conservés et n’ont ni existence juridique ni avenir. Que faire de ces embryons ? Les détruire au risque de détruire une vie en devenir ? Les conserver au froid et dans quel but ? Les utiliser comme matière première organique pour d’autres êtres humains avec le risque d’instrumentaliser des êtres au profit d’autres êtres ?


Technologie versus éthique ?

C’est tout le problème de la science qui se concentre sur la capacité à parfaire une technologie sans forcément répondre à des questions plus existentielles qui appartiennent, elles, à tout le monde, y compris aux non scientifiques et principalement au législateur. C’est le principe d’ailleurs des lois sur la bioéthique qui ont été conçues, en France, dans un esprit de relatif consensus.

La réponse qu’avait faite Robert Edwards le 31 janvier 2007 sur l’éthique était la suivante : « Pour ma part, je ne crois plus en l’existence d’un dieu depuis l’âge de neuf ans. Disons que je savais que l’Église catholique condamnait et ne cesserait de condamner mes recherches puisqu’elle s’opposait à la manipulation des cellules sexuelles de l’espèce humaine. On m’a aussi reproché de ne pas avoir travaillé sur des singes avant de mener des recherches sur l’homme, alors même que les ovaires de guenon sont minuscules et très difficiles à ponctionner. ». Robert Edwards avait commencé ses travaux en 1955 sur les souris.

Et Robert Edwards ajoutait : « Il ne devrait pas y avoir de limites aux recherches scientifiques rigoureuses et honnêtes sur l’embryon. (…) De ce point de vue, je ne partage absolument pas la conception française qui entend réfléchir a priori sur ce qui est ou non autorisé. Ce n’est absolument pas constructif. Vous réfléchissez quand nous agissons. J’observe d’autre part que lorsque l’on interdit à un jeune chercheur de travailler, il va ailleurs. En outre, il existe en Inde, en Chine ou au Japon des scientifiques qui vont très vite, très loin. Nous risquons fort d’être dépassés. ».

Évidemment, ce qui est valable pour la recherche sur les embryons pourraient l’être aussi sur les OGM ou sur tout sujet qui comporte un certain nombre de risques à la fois éthiques et environnementaux.

René Frydman a rappelé le 25 juillet 2008 que la naissance d’Amandine en France a engendré une prise de conscience des problèmes éthiques par les pouvoirs publics et la mise en place du Comité constatif national d’éthique en 1983. René Frydman a aussi raconté qu’étant conseiller de Bernard Kouchner, Ministre de la Santé en 1992, il a participé à l’élaboration de la première loi de bioéthique et lors de la première réunion interministérielle, le conseiller du Premier Ministre Pierre Bérégovoy lui a lancé à la figure : « Vous êtes complètement fous, vous voulez faire chuter le gouvernement ! ». La loi fut finalement adoptée en 1994 et a interdit toute recherche invasive sur l’embryon en France.


Un prix bien tardif

L’attribution du Prix Nobel reste toujours sujet à caution. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant d’honorer une performance scientifique ? En 2008 déjà, la découverte du virus du sida avait été également reconnue avec beaucoup de retard.

Aujourd’hui, le comité Nobel, qui a expliqué à Stockholm son choix : « Ses contributions représentent une étape importante dans le développement de la médecine moderne. », a déclaré que Robert Edwards était trop fatigué pour commenter l’annonce de sa récompense.

Étrangement, Robert Edwards n’a pas encore de fiche Wikipédia (mais ça ne va pas tarder) et on pourra lire son CV ici.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (4 octobre 2010)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Trente ans de fécondation in vitro.
Interview de Robert Edwards le 31 janvier 2007.
Interview de René Frydman le 25 juillet 2008.
Prix Nobel.
CV de Robert Edwards.


 

 

 

http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/robert-edwards-couronne-plus-de-82333

 

Une d'Agoravox du 5 octobre 2010 :

http://www.agoravox.fr/spip.php?page=sommaireed&date=2010-10-05

 

http://fr.news.yahoo.com/archives/opinions.html

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-201

 

 

 

 

 

 

 

 

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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 07:56

La France a perdu l’an dernier un personnage très spécifique du paysage politique, dont l’ambition était focalisée avant tout sur les actes et pas sur une carrière personnelle qu’il aurait pu juger dérisoire.

 

 

yartiZeller79Il y a juste un an, le 22 août 2009, le président du Conseil régional d’Alsace Adrien Zeller disparaissait à 69 ans d’un second accident cardiaque à l’hôpital d’Haguenau. Le premier l’avait conduit à un coma artificiel le 14 juillet 2009. Plus de mille cinq cents personnes ont assisté à son enterrement les 26 août 2009 à Saverne et 27 août 2009 à Strasbourg avant l’adieu définitif sous l’Ode à la Joie de la 9e Symphonie de Beethoven.

S’il était connu pour avoir été le seul président de conseil régional UMP réélu aux élections régionales de mars 2004 (avec celui de Corse) qui a consacré au PS un quasi-grand chelem électoral, Adrien Zeller n’était pas pour autant un "homme de droite" mais d’abord un centriste, d’un centrisme atypique qui s’est parfois opposé au centrisme traditionnel alsacien incarné par Pierre Pflimlin dont on a fêté le dixième anniversaire de la disparition le 28 juin 2010 et par son "héritier" Marcel Rudloff.


Proche et à l’écoute

J’ai eu la grande chance d’avoir rencontré à plusieurs reprises Adrien Zeller, souvent dans des situations à la fois politiques et détendues. Deux mots me viennent immédiatement à l’esprit : simple et atypique.

Simple car proche des personnes avec qui il était dans l’instant présent. Je me souviens d’avoir trinqué avec lui dans un bar de Saint-Tropez à la fin de l’été, et il discutait volontiers autour d’un verre sans penser à autre chose, sans manier de téléphone mobile, sans se soucier de ses préoccupations personnelles. Un homme chaleureux, humain et respectueux de ses interlocuteurs. Présent.

Atypique car il est assez difficile d’étiqueter Adrien Zeller. Son atypisme se montrait jusque dans sa démarche où le pas était un peu saccadé, la tête se balançant doucement lui donnant un faux air de Professeur Nimbus .


Centriste mais particulier

Centriste, il l’a toujours été, et par voie de conséquence, européen et régionaliste. Contrairement à ses prédécesseurs à la tête du Conseil régional d’Alsace, qui étaient excessivement "légitimistes" et toujours prêts à accepter les directives de Paris, Adrien Zeller prenait ses décisions en fonction de l’intérêt des Alsaciens sans aucune allégeance. Il a soutenu tous les grands projets de décentralisation (notamment celui de Jean-Pierre Raffarin).

Centriste, cela veut dire aussi très favorable aux regroupements des communes. Il a fondé ainsi la structure intercommunale de sa ville, Saverne, en 1992.

Centriste, cela veut dire aussi démocrate social, très préoccupé par la condition sociale des gens tout en s’efforçant de préserver les conditions d’un développement économique, seule chance de créer de la richesse et de la répartir par la suite : le credo justice sociale dans l’efficacité économique était pour lui une évidence. Ce n’est ainsi pas un hasard s’il fut, avec Pierre Méhaignerie en Ille-et-Vilaine, l’un des précurseurs du RMI au niveau local (il avait déposé une proposition de loi le 13 juin 1985 [n°2782] pour assurer un "revenu minimum d’existence").

Centriste, cela veut dire qu’il était favorable, le cas échéant, à une grande coalition contre le Front national, à l’instar des positions courageuses de Bernard Stasi.

Européen, il a toujours soutenu la construction européenne et tous les projets visant à accroître l’efficacité d’une gouvernance européenne. Il a siégé trois ans au Parlement européen. Il aimait surtout les actions concrètes pour montrer l’intérêt de l’Europe, en créant des écoles bilingues, en favorisant les jumelages et en créant des liens transfrontaliers.

S’il n’a pas pris part le 14 février 2008 à la ratification du Traité de Lisbonne (qu’il soutenait), c’est parce qu’hostile au cumul des mandats, et contrairement à de nombreux "homologues", il avait démissionné de son siège de député national (le 18 avril 1998) pour se consacrer pleinement à la présidence du Conseil régional d’Alsace.


Agronome et économiste

Né le 2 avril 1940 à Saverne, Adrien Zeller est entré dans un monde chaotique quelques jours avant l’annexion de sa région par les nazis dans une famille d’élus locaux : son père et son grand-père furent maire d’un petit village près de Saverne.

Adrien Zeller a entrepris des études d’économie puis d’agronomie (il est devenu ingénieur agronome) puis a suivi les cours du Collège de Bruges pour devenir haut fonctionnaire européen de 1967 à 1973 (administrateur principal auprès de la Communauté économique européenne).


Député et ministre

À presque 33 ans, Adrien Zeller est élu député réformateur le 11 mars 1973 en battant le député sortant gaulliste Alfred Westphal (avec les encouragements d’un sénateur centriste et le soutien des jeunes agriculteurs) et a été réélu six fois sans discontinuité. Lui, catholique croyant, avait réussi à convaincre une terre protestante.

Il entra au premier gouvernement de cohabitation dirigé par Jacques Chirac sur le "quota" du Centre des démocrates sociaux qu’il avait rejoint en 1982 lorsque Pierre Méhaignerie en prit la présidence (Pierre Méhaignerie est lui aussi un agronome). Adrien Zeller fut ainsi Secrétaire d’État chargé de la sécurité sociale du 20 mars 1986 au 10 mai 1988. Son ministre de tutelle était Philippe Séguin dont il comparait la stature avec celle d’un Jacques Delors. Il n’eut cependant pas beaucoup de liberté et s’il a réussi à faire avancer la lutte contre la pauvreté, il n’a pas réussi à convaincre de créer ce qui devint quelques mois plus tard le RMI créé par le gouvernement de Michel Rocard.

Au sein du gouvernement, Adrien Zeller développa les initiatives locales de compléments de ressources (CLR) qui consistent à mettre en place pour une durée limitée une allocation en compensation d’un travail à mi-temps et d’une formation.

Il exerça ensuite son mandat de député surtout sur les enjeux économiques et sociaux et présida la Commission spéciale sur les lois de financement de la sécurité sociale du 17 avril 1996 au 21 avril 1997.

En un quart de siècle d’exercice parlementaire, Adrien Zeller a montré ce qu’était un député hyperactif. Son bilan est éloquent (voir notamment le détail ici). Son action était inlassable pour aider les personnes en situation difficile à l’image de cette question au gouvernement du 3 octobre 1984 sur les chômeurs chefs de famille en situation de fin de droits et le développement de la grande pauvreté.

Son "humanisme alsacien" le poussa à poser la question sur le TGV-Est dès le 25 avril 1984 afin de désenclaver les régions de l’Est de la France (ce fut en tant que patron d’une des principales collectivités territoriales impliquées qu’il a inauguré le 9 juin 2007 la ligne TGV Paris-Strasbourg).

Sa première question au gouvernement (le 20 novembre 1974) concernait l’implantation d’une usine allemande de chimie en Alsace. Ses dernières propositions de loi furent pour créer un fonds national de prêts d’honneur aux étudiants (n°615 du 7 janvier 1998), pour faire intégrer des conseillers régionaux dans les comités régionaux de l’ANPE (n°617 du 7 janvier 1998) et pour permettre la validation pour la retraite des années d’études par rachat des cotisations (n°572 du 17 décembre 1997).

Sa principale contribution au débat national restera sans aucun doute sur le RMI : au-delà de sa proposition de loi dès le 13 juin 1985 et de son expérimentation à Saverne, il fut le premier orateur inscrit le 4 octobre 1988 à la discussion parlementaire sur la loi n°88-1088 du 1er décembre 1988.

Son discours a été à la hauteur de l’enjeu : « Il est évident que notre pays se doit d’assurer à chaque concitoyen, dès lors qu’il accepte les obligations que la société est en droit de fixer et d’attendre de lui, la sécurité et les moyens de subvenir aux besoins élémentaires de son existence. Il doit d’ailleurs à chacun non seulement l’accès à un revenu mais aussi l’accès à une utilité et à un rôle social. (…) Le revenu minimum ne doit pas devenir un substitut aux insuffisances de notre protection sociale, par exemple en matière d’assurance veuvage, en matière d’assurance invalidité ou en matière d’aide aux handicapés. ».

En écoutant son intervention de vingt-huit minutes (voir la vidéo et le texte ici), on voit à quel point Adrien Zeller était une personnalité méticuleuse, rigoureuse, précise dans son expression et très exigeante dans ses idées puisqu’il insistait pour que le RMI ne fût pas seulement une simple prestation matérielle mais aussi une aide au retour à l’activité productive, condition indispensable pour sortir de la pauvreté.


La conquête de l’Alsace

La lutte pour le Conseil régional d’Alsace n’était pas gagnée d’avance pour Adrien Zeller.

Au début des années 1990, le Centre des démocrates sociaux (CDS) était très divisé en Alsace entre, d’une part, des élus locaux vieillissants refusant de préparer leur succession (avec l’échec de Marcel Rudloff, le CDS venait de perdre la mairie de Strasbourg le 19 mars 1989 au profit de la socialiste Catherine Trautmann), et d’autre part, une jeune génération, représentée entre autres par Adrien Zeller et essentiellement les Jeunes démocrates sociaux (JDS) dont firent partie notamment Fabienne Keller (maire de Strasbourg de 2001 à 2008 et actuellement sénatrice) et Odile Ulhrich (conseillère régionale plus tard). Le clivage n’était pas seulement générationnel mais également politique, les premiers étant jugés trop conservateurs par les seconds.

Incarnant la dissidence centriste le 22 mars 1992, Adrien Zeller présenta sans succès ses propres listes contre celles de Daniel Hoeffel et du président sortant du Conseil régional, Marcel Rudloff, tous les deux aussi CDS. Pour rester conseiller régional, Adrien Zeller démissionna de son mandat de député européen acquis en troisième position sur la liste centriste menée par Simone Veil et Jean-Louis Borloo le 18 juin 1989 (issue des Rénovateurs et en concurrence directe avec la liste RPR-PR menée par Valéry Giscard d’Estaing et Alain Juppé).

Mais à la mort de Marcel Rudloff le 23 mars 1996, Adrien Zeller parvint à réunir une majorité avec les écologistes et fut finalement élu président du Conseil régional d’Alsace le 10 avril 1996 contre le "dauphin" de Marcel Rudloff, Hubert Haenel, sénateur RPR (qui vient d’être nommé au Conseil constitutionnel en février 2010).

Le 15 mars 1998 puis le 28 mars 2004, Adrien Zeller fut naturellement soutenu par la majorité régionale et malgré son atypisme, il quitta l’UDF en 2002 pour rejoindre l’UMP (au grand dam de François Bayrou dont il était le soutien à l’élection présidentielle de 2002).


Président du Conseil régional d’Alsace (1996-2009)

Cette responsabilité régionale qu’il a assumée plus de treize ans était l’un des rôles qu’il préférait où des idées simples pouvaient se concrétiser comme le TGV-Est, Alsace-Biovalley qui est un pôle de compétitivité mondial sur les technologies médicales. Il favorisa les relations internationales de l’Alsace dans un but essentiellement de développement économique et encouragea l’innovation par la création d’une agence régionale. Adrien Zeller s’était également félicité le 18 mai 2009 de la construction d’une grande mosquée à Strasbourg (prévue pour l’été 2010), pour que « la société multiculturelle, multireligieuse s’inscrive maintenant dans la pierre ».

Le 18 mai 2005, Adrien Zeller définissait assez précisément sa politique fiscale : « S’agissant de stratégie fiscale, nous voudrions inscrire notre action dans la durée : nous ne prétendons pas ne jamais augmenter les impôts, mais nous comptons pratiquer la modération fiscale et faire preuve de régularité dans les évolutions, en jouant sur plusieurs paramètres à la fois. Le danger qui nous guette est l’accroissement des frais de fonctionnement alors que nous voudrions rester une collectivité dynamique, capable d’accompagner les mutations, d’inciter et de soutenir la réalisation d’équipements, de moderniser les universités et de jouer pleinement la carte de l’ouverture européenne. » et il expliquait ainsi ses relations avec les autres collectivités locales : « Nous recherchons la proximité dans l’exercice de nos compétences propres, notamment la formation professionnelle et l’animation du tissu économique, au plus près des entreprises, dans les bassins d’emploi, pour faire connaître les dispositifs régionaux et alerter tous les acteurs locaux sur les possibilités mises à leur disposition par la région. ».

À quelques mois près, Adrien Zeller n’aura pas eu la possibilité de terminer son mandat ni de se représenter comme il en avait eu l’intention.

Après un intérim de trois semaines assuré par le centriste Bernard Stoessel, André Reichardt, maire de Souffelweyersheim et président de l’UMP 67, succéda à Adrien Zeller à la présidence du Conseil régional d’Alsace le 14 septembre 2009 dès le premier tour avec vingt-six voix contre quatre à Bernard Stoessel, douze au socialiste Jacques Bigot et cinq au FN Patrick Binder. Le 21 mars 2010, c’est le sénateur centriste (devenu UMP) Philippe Richert, très proche d’Adrien Zeller, qui a gagné la majorité du Conseil régional d’Alsace avec 46,2% des voix (élu formellement président le 26 mars 2010) contre les listes de son rival socialiste Jacques Bigot (29,3%) et du FN Patrick Binder (14,5%).


Mandats locaux

Conseiller général du Bas-Rhin de septembre 1973 à septembre 1988 et conseiller régional d’Alsace d’octobre 1974 à août 2009, Adrien Zeller se consacra aussi beaucoup à sa ville natale Saverne (sa mère exilée à Châteauroux voulait absolument accoucher dans sa ville alsacienne), une commune dont il fut le maire pendant plus de vingt ans, de mars 1977 à mars 2001 (puis simple conseiller municipal de mars 2001 à mars 2008). Il créa notamment la structure intercommunale de Saverne le 1er janvier 1992 (district devenu le 5 décembre 1997 communauté de communes) dont il resta président jusqu’en juin 1995.

Dans son hommage exprimé lors du conseil municipal du 14 septembre 2009 à Saverne, son successeur Émile Blessig a rappelé parmi les principales réalisations d’Adrien Zeller : l’Espace Rohan (salle de cinq cents places dans un château du XVIIIe siècle), le lycée et le gymnase du Haut-Barr, la zone piétonne, le port de plaisance etc. en poursuivant ainsi : « Cette volonté de fédérer les uns et les autres autour d’un projet collectif a toujours guidé son action politique. Ce fut le sens de l’expérimentation d’un revenu minimum à Saverne et cela bien avant la création du RMI. Adrien Zeller savait bousculer et entraîner. Homme de défi, il fut à l’origine des premières sagas qui ont généré cet élan populaire et cette mobilisation typiquement locale d’acteurs bénévoles. De même, il fut précurseur du bilinguisme dès 1988 et c’est à son courage que la ville doit être dotée d’écoles maternelles et primaires bilingues, ainsi que du collège et du lycée, faisant de Saverne une des rares villes à bénéficier d’une filière bilingue complète. ».

La grande attention d’Adrien Zeller portée aux personnes et à leur condition sociale ne lui a pas empêché quelques ratés au sein même de sa mairie comme l’a relaté le magazine "Politis" du 3 mai 2007.

Parmi ses plus récentes prises de position, Adrien Zeller s’inquiétait, le 4 février 2009, de la réforme des collectivités territoriales du gouvernement et de la possible suppression de la clause de compétence générale qui risquerait de brider les collectivité dans leur politique d’innovation.


Les mémoires d’Adrien

Adrien Zeller a laissé dans la peine une veuve, quatre enfants et plusieurs petits-enfants. Ses obsèques et son inhumation eurent lieu à Saverne le 26 août 2009 pendant lesquelles le père Xavier Naegert s’adressait ainsi à lui : « Mon vieil Adrien. Te voilà couché au milieu de nous comme un enfant. Ce n’était pas ton habitude, toi qui étais toujours en mouvement et qui montais les escaliers deux à deux » tandis que son autre ami, le pasteur Reinhart Wild, témoignait : « À sa sortie du coma, Adrien nous a dit : J’ai ma place là-haut. ». Son copain d’enfance, Émile Blessig, qui lui a succédé en 1998 et 2001 comme député-maire de Saverne, reprenait son expression : « Eh bien aujourd’hui, "j’ose le dire", nous avons mal, très mal, mais dans la dynamique de ta mémoire, nous nous relèverons. ».

Un dernier hommage fut célébré à la cathédrale de Strasbourg le 27 août 2009 au cours d’une messe présidée par l’archevêque de Strasbourg, en présence de nombreuses personnalités politiques, en particulier le Premier Ministre François Fillon et son ancien ministre Philippe Séguin aux traits tirés, mais également des personnalités allemandes comme Wolfgang Schäuble, Ministre allemand de l’Intérieur.

Mgr Jean-Pierre Grallet termina son homélie par ces mots : « En agronome averti, [Adrien Zeller] avait patiemment labouré, semé, récolté ; labouré et semé à nouveau… Il n’a pas eu le temps de finir, ni le bouquet pour tous ceux qu’il affectionnait, ni les gerbes de moisson en cours… Ce qu’il laisse, il l’offre et nous en sommes infiniment reconnaissants. Monsieur le Président, cher Adrien Zeller, du fond du cœur, nous vous disons Merci ! ».

François Fillon y a brossé également le portrait d’un homme très atypique : « C’était la voie d’un homme libre, repoussant le confort des convenances et bousculant les conservatismes. C’était la voix d’un homme intègre dont la franchise ignorait les faux semblants qui hantent parfois la vie publique. C’était la voix d’un rhénan dont la fierté régionale éclairait le service de la nation et le combat pour une Europe fraternelle. Une Europe qu’il n’imaginait pas autrement que soudée et entraînée par l’amitié franco-allemande. Il était le militant d’une démocratie équilibrée et respectueuse des différences. À l’image de cette terre rhénane où s’entremêlent depuis plusieurs siècles les cultures et les confessions, la tolérance naturelle d’Adrien Zeller ne trouvait ses limites que devant les partis extrêmes. Pas de complaisance pour l’intolérance : ce principe guida ses pas lorsque les circonstances politiques l’exigèrent. ».


La conviction paie-t-elle ?

Rien ne laissait prévoir une fin si rapide, une sorte de queue de poisson du destin. Adrien Zeller n’était pas revenu au gouvernement après son expérience un peu amère de 1986-1988. Il est l’un des centristes victimes de l’UMP, croyant que cette formation créée par Jacques Chirac et Alain Juppé en avril 2002 à la suite du tremblement de terre du succès de Jean-Marie Le Pen, aurait joué le jeu du pluralisme politique. En cela, François Bayrou a eu raison dès le début et le pôle centriste de l’UMP peine encore aujourd’hui à exister politiquement (et plus encore électoralement).

L’homme de frontière (selon l’expression de Pierre Méhaignerie) n’hésitait pas à mettre en avant la sincérité de ses convictions : « Je pense que je suis plutôt respecté parce que je suis sur une ligne qui n’est pas d’abord partisane, si ce n’est partisane de l’intérêt général. Mes conviction reposent sur quatre fondements : la politique comme engagement sans opportunisme, la recherche de la cohésion sociale et le développement économique, la compréhension d’en haut en gérant le bas, la pensée et l’action locales tout en pensant et en agissant global. ».

Il disait également : « Je ne suis pas l’homme des ruses, des habiletés, des stratagèmes. Je veux être jugé sur la réalité de mon action. ».

Adrien Zeller ne cherchait pas les portefeuilles. Sa modestie ne l’a cependant pas empêché d’occuper des postes importants. Il fait partie de ces personnalités, à l’instar de Raymond Barre ou de Bernard Stasi, qui ont toujours mis en avant leurs convictions bien avant leur ambition et qui sont l'honneur de la France. Et finalement, c’est plutôt rare.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 août 2010)


Pour aller plus loin :

L’activité parlementaire d’Adrien Zeller.
Le débat sur le RMI.

Hommage de François Fillon.

Hommage de Mgr Jean-Pierre Grallet.

Hommage d’Émile Blessig.

Site dédié pour les hommages à Adrien Zeller.


(Illustrations : 1. Photographie de Paul Guntz à Wingen-sur-Moder datant du 1er octobre 1977 ; 2. Hommage de François Fillon).

 

 

yartiZeller07

 

 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/adrien-zeller-le-centriste-79994

http://www.lepost.fr/article/2010/08/20/2189780_adrien-zeller-le-centriste-alsacien-atypique-personnaliste-et-europeen.html

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-197





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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 13:41

« Pour nous, il n’y a pas de politique sans morale. Quand on fait de la politique, bien entendu, c’est pour gagner, mais pas à n’importe quel prix. C’est-à-dire qu’il y a des moyens, des compromissions, des alliances qui permettent peut-être de remporter un succès électoral, mais on y perd sa dignité. » (6 septembre 1983)

 

 

yartiStasi03Dimanche prochain, le 4 juillet 2010, Bernard Stasi, tu vas avoir 80 ans. C’est l’âge des vieillards et pourtant, j’ai beaucoup de mal à t’imaginer comme une "personne âgée".

Tu es, avec Raymond Barre, l’une des personnalités politiques qui a solidement structuré mes convictions politiques.

Tu n’es jamais avare de ton temps, de ta pédagogie, de ton empathie, quand il s’agit d’expliquer, d’argumenter, de convaincre, d’écouter.

Ta foi et ta conviction, tu l’as prouvé, sont toujours passées avant ton ambition et les honneurs. C’est d’ailleurs dommage. Quelques mois seulement ministre à l’âge de quarante-deux ans sous Georges Pompidou et rien sous Valéry Giscard d’Estaing, rien sous François Mitterrand malgré ta nature propre au consensus, rien sous Jacques Chirac malgré une amitié de plus de trente ans. Enfin, pas vraiment "rien"…

Je t’ai rencontré pour la première fois en 1988 en Bretagne et j’ai eu l’occasion de te revoir assez souvent à l’occasion de plusieurs universités politiques. Toujours très disponible, d’un esprit vif et d’une approche directe qui peut parfois étonner, tu as eu le courage de rester en accord avec tes idées indépendamment de toute contingence électorale.

Nous t’avions invité à la faculté de droit de Nancy un soir de 1990, année extraordinaire car sans aucune élection, même intermédiaire, et donc, propre à la réflexion et au débat politique. C’était une table ronde animée par Jean-François Kahn pour discuter avec un public étudiant sur un thème quasi-provocateur : "L’immigration, une chance pour l’Europe ?" avec un point d’interrogation très important pour éviter les malentendus. Nous avions dû faire appel à un service d’ordre car certains jeunes "musclés" souhaitaient participer au débat d’une manière très "physique". J’ai pu mesurer à quel point tu étais populaire parmi les jeunes socialistes.


Une conscience de "gauche" au sein de la "droite"

D’origine italienne, espagnole, corse et cubaine, et né à Reims, tu as demandé toi-même la nationalité française à 18 ans et tu sais donc ce qu’est l’immigration et la richesse que cela peut apporter à un pays (les Américains le savent bien).

Ta conscience politique a "surgi" en 1942 avec les lois antisémites : « Lorsque j’ai vu arriver en classe l’un de mes camarades avec une étoile jaune, nous avons confectionné des étoiles jaunes en papier et nous avons, avec lui, défilé dans les rues de Reims tout un après-midi. ».

Tu es devenu un passionné de la politique deux années plus tard et tu imaginais déjà une France pacifiée dans une Europe unie. Ton engagement au sein des centristes paraissait suspect pour un garçon très agité face aux injustices : « Mes amis centristes me prenaient pour un gauchiste ! ».

Après avoir été interrogé par un universitaire, un certain Georges Pompidou, à ton grand oral de l’ENA en 1959, de la même promotion que Jacques Chirac, bien placé, tu te retrouvas chef de cabinet du préfet d’Alger à la nuit des barricades, le 20 janvier 1960 : « J’étais au cœur de la manifestation et j’ai couru à toute allure pour prévenir de préfet de la gravité des événements. La République était en danger et toute la partie de notre promotion présente s’est retrouvée dans mon bureau où nous avons voté à l’unanimité une motion de soutien au général De Gaulle. ».

Fana de football (et joueur), tu as mis en place en Algérie une équipe de football et après l’indépendance, tu as eu l’idée, avec ton ministre de tutelle (Maurice Herzog, Ministre de la Jeunesse et des Sports), de rapprocher la jeunesse de France et celle d’Algérie et pour cela, tu as rencontré le ministre homologue algérien… un certain Bouteflika : « Je lui ai fait visiter la ville et tous les lieux agréables de Paris. ».


Des débuts en politique prometteurs

À presque 38 ans (en 1968), tu as conquis ton premier mandat de député que tu as réussi à renouveler jusqu’en 1993 où, malgré un soutien indéfectible de Jacques Chirac, tu es battu par Philippe Martin, un RPR souverainiste soutenu également par le FN qui est parvenu à rallier des électeurs champenois mécontents de tes escapades de politique internationale : « Stasi s’intéresse plus à Sarajevo qu’à nos vignobles. ». Un mandat de parlementaire européen t’échut alors en 1994 sur la liste électorale de Dominique Baudis (jusqu’en 1998 où tu as démissionné).

Mars 1993, un échec électoral un peu similaire à l’échec des municipales à Épernay en mars 1977 où tu étais pourtant maire sortant (tu as été réélu cependant en 1983 et tu y restas jusqu’en 2000).

Tu t’es également beaucoup investi pour la Champagne-Ardenne en présidant le Conseil régional de 1981 à 1988.

Tu n’as eu qu’une seule nomination ministérielle, au gouvernement de Pierre Messmer du 5 avril 1973 au 12 février 1974, chargé des DOM-TOM. Faisant partie des centristes pompidoliens sous le sillage de Jacques Duhamel, tu traversas le septennat de Valéry Giscard d’Estaing comme une disgrâce malgré la réunification des centristes le 23 mai 1976 sous la houlette du Centre des démocrates sociaux (CDS) et malgré la fondation de l’Union pour la démocratie française (UDF) le 1er février 1978.

Tu avais réussi à ramener une vingtaine de députés centristes vers le vote en faveur de l’abolition de la peine de mort en septembre 1981.

En juin 1982, pour la succession de Jean Lecanuet, tu t’es confronté à la candidature de Pierre Méhaignerie et tu as été battu après une "défaillance" de Jacques Barrot. J’avais suivi à l’époque le "duel" et j’avais regretté ton échec qui aurait apporté aux centristes leur "âme" et leur indépendance face à un Jacques Chirac tout puissant et à un RPR arrogant dans l’opposition.


Le résistant au "tonnerre de Dreux"

Avant tout, tu es l’honneur de la classe politique. Tu as immédiatement refusé l’alliance avec le Front national établie pour combattre une liste socialo-communiste. Tu as déclaré avec fermeté, le 6 septembre 1983 : « Pour nous, il n’y a pas de politique sans morale. Quand on fait de la politique, bien entendu, c’est pour gagner, mais pas à n’importe quel prix. C’est-à-dire qu’il y a des moyens, des compromissions, des alliances qui permettent peut-être de remporter un succès électoral, mais on y perd sa dignité. Alors, moi, j’approuve la position de ceux de nos amis du CDS qui à Dreux ont su avec courage dire non. ». Président du CDS, Pierre Méhaignerie avait en effet refusé cette alliance.

Tu as été, avec Simone Veil (qui a dit le 5 septembre 1983 sur Antenne 2 : « Si je devais voter à Dreux au second tour, je m’abstiendrais. »), parmi ceux qui ont considérablement influencé la position hésitante de Jacques Chirac, président du RPR alors qu’il était entouré de personnalités qui, à l’instar de Charles Pasqua, se seraient accommodées d’une alliance électorale uniquement pour gagner.

Le 4 septembre 1983, c’était le "tonnerre de Dreux", le tout début du phénomène Le Pen où la liste de son parti, le Front national, menée par son secrétaire général Jean-Pierre Stirbois (tendance dure), a obtenu 18% des voix au premier tour. Un succès qui se traduisit par une alliance au second tour avec la liste RPR-UDF menée par le RPR Jean Hieaux, qui gagna la mairie (et fut réélu en 1989 sans alliance avec le FN) contre la maire PS sortante Françoise Gaspard.

Comme beaucoup de parlementaires RPR (notamment Claude Labbé et Robert-André Vivien), Jean Hieaux avait justifié cette alliance comme de circonstance et, avant de mourir le 26 février 2010, avait déclaré dans "L’Écho républicain" qu’il condamnait certains propos que Jean-Marie Le Pen avait prononcés après cette élection.

Quant à Jacques Chirac, il a reconnu dans ses récentes mémoires (publiées en fin 2009) : « J’ai laissé, sans m’y opposer, la droite locale faire alliance au second tour avec le candidat du parti de Le Pen et remporter l’élection dans ces conditions. Je n’ai mesuré qu’après coup la gravité de ce qui venait de se produire. ».

En 1984, au siège de "La Croix", tu as été la seule personnalité de l’époque à avoir eu le courage d’affronter Jean-Marie Le Pen dans un débat politique. Tu étais alors la bête noire du président du FN parce que ton dernier livre portait sur l’immigration.

Le 1er avril 1990, et ce n’était pas un poisson d’avril, alors que Jean-Marie Le Pen se moquait de ton patronyme au congrès du FN à Nice, tu as réaffirmé avec force devant Charles Pasqua, Édouard Balladur, Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing, réunis à Villepinte aux États généraux de l’opposition sur la politique d’immigration : « Ce n’est pas en nous alignant sur le Front national que nous gagnerons ses électeurs… Restons donc sur le terrain de nos valeurs. » (ces manisfestations sur le projet politique de l'UDF et du RPR étaitent organisées conjointement par Nicolas Sarkozy et François Bayrou).

En 1986, tu n’as pas fait partie de l’équipe du premier gouvernement de la cohabitation et tu as raté aussi le tour avec Édouard Balladur en 1993 en raison de ton malheureux échec dans ta circonscription.

Entre temps, tu as refusé de suivre Jean-Marie Rausch, Bruno Durieux et Jean-Pierre Soissons dans l’appel à l’ouverture de Michel Rocard, car tu considérais que ce n’était que des débauchages individuels alors qu’il aurait fallu selon toi un contrat de gouvernement clair entre le PS et le CDS.

Cela ne t’as pas empêché de voter avec le gouvernement socialiste (de Pierre Bérégovoy) lorsqu’il s’agissait de ratifier le Traité de Maastricht, au contraire de Philippe Séguin : « Nous sommes favorables à la ratification des accords de Maastricht, et nous voterons sans états d’âme la révision constitutionnelle. » (disais-tu le 5 mai 1992).


Maître en valeurs républicaines

Président de la République, Jacques Chirac te nomma en 1998 Médiateur de la République (jusqu’en 2004), un poste qui te convenait parfaitement, toi, le consensuel : « Je n’aime pas faire de mal aux gens. ». Tu as décentralisé ta fonction en créant partout dans les quartiers des délégués du médiateur.

Tu as cumulé cette fonction avec la présidence de l’importante Commission sur la laïcité où tu avouais : « Si nous avions voté le premier jour, nous nous serions sûrement prononcés contre le principe d’une loi interdisant les signes religieux à l’école. Mais, après les 104 auditions, nous avons changé d’avis. Nous sommes en effet persuadés que des groupes islamistes veulent s’en prendre à la République, qu’ils testent sa résistance et mesurent jusqu‚où ils peuvent aller. ».

En effet, c’est le 3 juillet 2003 que Jacques Chirac te chargea de réfléchir sur le principe de laïcité dans la République en ces termes : « La France est une République laïque. Cette règle solennellement affirmée par notre Constitution est le fruit d’une longue tradition historique. Elle s’est imposée comme une garantie de neutralité des pouvoirs publics et de respect des croyances. Elle s’est profondément enracinée dans nos institutions avec la loi du 9 décembre 1905, qui a séparé les Églises et l’État. ».

Parmi les membres de ta commission, il y avait, entre autres, René Rémond, Raymond Soubie, Nicole Guedj, Régis Debray et Michel Delebarre, et ensemble, vous avez auditionné de très nombreuses personnalités comme (entre autres) François Hollande, François Fillon, François Bayrou, Mgr Jean-Marie Lustiger , Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, Fadela Amara, Jean-Pierre Kahane (le successeur d’Évry Schatzman à l’Union rationaliste) ou encore Aziz Sahiri, Gérard Benhamou et François Gaspard (l’ancienne maire de Dreux).

Tu as sans doute été un peu déçu que le Président de la République n’ait retenu que cette loi n°2004-228 du 15 mars 2004 "encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuses dans les écoles, collèges et lycées publics" qui impose à partir de la rentrée scolaire 2004 cette disposition : « Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. ».

Dans le rapport que tu avais remis à Jacques Chirac le 11 décembre 2003, tu avais effectivement insisté également sur la nécessité de rendre l’État encore un peu plus neutre vis-à-vis des religions que maintenant, par exemple en tenant compte des fêtes religieuses de Kippour et de l’Aïd el-Kebir, en recrutant des aumôniers musulmans dans l’armée et les prisons mais aussi en interdisant de récuser du personnel soignant dans les hôpitaux et en obligeant la mixité dans les lieux publics (comme dans les équipements publics sportifs, allusion aux horaires spécifiques des piscines lilloises acceptés par sa maire, Martine Aubry).

Tu avais introduit ces propositions par un texte très lucide : « Oui, des groupes extrémistes sont à l’œuvre dans notre pays pour tester la résistance de la République et pour pousser certains jeunes à rejeter la France et ses valeurs. La conjoncture internationale, et particulièrement, le conflit du Proche-Orient, contribue aussi à aggraver la tension et à provoquer des affrontements dans certaines de nos villes. Dans ce contexte-là, il est naturel que beaucoup de nos concitoyens appellent de leurs vœux la restauration de l’autorité républicaine et tout particulièrement à l’école. ».

Ce rapport faisait état aussi de l’inquiétante montée d’un nouvel antisémitisme : « En 2002, (…) près de 200 actes et plus de 730 menaces antisémites ont été recensés par le Ministère de l’Intérieur. » ajoutant : « Le contenu des cours est parfois contesté quand est abordée l’histoire de la communauté juive, à tel point que l’enseignement de la Shoah en devient impossible. (…) Dans ce contexte, les demandes d’inscriptions dans les écoles confessionnelles juives et catholiques ont été en nette augmentation à la rentrée scolaire 2003. ».

Et il concluait sur des propos pleins de sagesse : « L’enjeu est aujourd’hui de ménager leur place à de nouvelles religions tout en réussissant l’intégration et en luttant contre les instrumentalisations politico-religieuses. Il s’agit de concilier l’unité nationale et le respect de la diversité. La laïcité, parce qu’elle permet d’assurer une vie commune, prend une nouvelle actualité. (…) La laïcité n’est pas qu’une règle du jeu institutionnel, c’est un valeur fondatrice du pacte républicain permettant de concilier un vivre ensemble et le pluralisme, la diversité. ».

En début 2005, tout te destinait, après ta mission de Médiateur de la République, à occuper la première présidence de la Haute Autorité contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) dont tu avais préparé les textes et la philosophie. Finalement, ce fut Louis Schweitzer, récemment remplacé par Jeannette Bougrab, fonction qui, probablement, fusionnera avec le nouveau Défenseur des droits (évolution de la fonction de Médiateur de la République dans la réforme des institutions de juillet 2008).


Centriste toujours

Le 3 avril 2007 dans une tribune au journal "Le Monde", tu restais fidèle au principe d’une force politique centriste autonome tel que le concevait François Bayrou pendant sa campagne présidentielle :

« Seul aujourd'hui un candidat propose aux Français cette recherche d'une majorité de convictions, c'est François Bayrou.

Les Français ne sauraient accepter une démarche d'affrontement, une logique de rapport de force, à l'heure où, tous ensemble, les responsables politiques ont l'impérieux devoir de les réconcilier avec l'idée d'une France tolérante, attachée à sa diversité, et européenne.

C'est cette démarche de réconciliation nationale et cette quête de majorité de convictions qui donneront au nouveau président de la République toute sa légitimité.

Depuis Pierre Mendès France, avec Jean Lecanuet, Jacques Delors, Raymond Barre et Valéry Giscard d'Estaing, la France a toujours cherché celui qui incarnerait cette voie. Aujourd'hui, c'est François Bayrou. ».


Patriote exigeant

Ton ancien camarade de collège, Hervé Bourges, a résumé ton engagement dans ses mémoires ("De mémoire d’éléphants", éd. Grasset) avec ces mots : « En réalité, au-delà de l’apparence, voire de la caricature, Bernard Stasi se révélait comme un homme de conviction, ouvert au dialogue, fidèle en amitié. Il se montra un patriote exigeant pour lui-même, pour les autres, pour son pays dont il refuse tout à la fois le repli frileux aussi bien que la tentation du communautarisme. ».


Un patriote ouvert et tolérant, fidèle aux valeurs de la République, c’est aussi ainsi que je te perçois. Loin de tous les reniements, tu es attaché à tout ce que tu as toujours soutenu en politique.

Joyeux anniversaire, Bernard !
Merci de ton engagement et longue vie à toi, au service de la France !



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (2 juillet 2010)


Pour aller plus loin :

Portrait de Bernard Stasi dans "La Croix" (7 janvier 2005).
Merci Bernard Stasi ! (4 avril 2007)
Réaction de Bernard Stasi face à l’alliance RPR-FN à Dreux (6 septembre 1983).
Rapport de la Commission Stasi sur la laïcité (11 décembre 2003).
Des vidéos de Bernard Stasi (de 1981 à 1992).



 

 

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/bon-anniversaire-bernard-stasi-77848

 

http://www.lepost.fr/article/2010/07/04/2140448_bon-anniversaire-bernard-stasi.html 

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-179

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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 06:59

Théoricien de l’astronomie, pourfendeur des astrologues et des soucoupistes, Évry Schatzman a modernisé le mode de fonctionnement des sciences de l’univers en France en les éloignant des mathématiques trop descriptives et en leur appliquant la physique moderne, quantique et relativiste, plus analytique.

 

 

yartischatzman01Vous ne connaissiez peut-être pas Évry Schatzman, mais vous connaissez sans doute l’observatoire de Meudon. C’est là qu’il a vraiment brillé. Et à Nice aussi, un autre observatoire.

Cet astrophysicien français est mort il y a juste deux mois, le 25 avril 2010, à 89 ans et demi. Il avait obtenu la médaille d’or du CNRS en 1983, ce qui constitue la plus haute distinction française pour un chercheur.


Vocation par hasard

Né le 16 septembre 1920, d’origine roumaine et juive, Évry Schatzman a dû se cacher pendant la guerre en raison de ses origines (son père est mort en déportation) en quittant son école, Normale sup. pour aller à l’observatoire de Haute Provence. C’est à Lyon (où il avait fui) qu’il a rencontré Jean Dufay (1896-1967), le directeur de cet observatoire qui était l’un de ses profs à Lyon, et qu’il a compris que sa clandestinité serait mieux protégée en Provence car le lieu était très peu fréquenté (à l’origine, l’astronome Daniel Chalonge avait voulu installer cet observatoire à Sisteron).

En fait, Dufay avait tout de suite vu en Schatzman un futur excellent physicien et malgré la guerre, il écrivit au directeur adjoint de Normale Georges Bruhat : « Il faut absolument que Schatzman puisse continuer de faire de la physique ».

Bruhat ! Inutile de dire à quel point ce nom est pour moi mythique. Et pas seulement pour moi, aussi les générations précédentes. C’est l’auteur du fameux "Bruhat", "le" manuel d’électromagnétisme et de physique générale indispensable pour bien comprendre la physique, un livre de chevet aux mille pages excellemment bien écrites. L’équivalent scientifique du manuel "Économie politique" de Raymond Barre chez Thémis.


Astrophysique

Tout naturellement (car dans un observatoire), Évry Schatzman se passionna pour l’astronomie et, en faisant les fonds de tiroir, trouva un sujet d’étude, les naines blanches, structure stellaire particulière, très dense. Il passa son agrégation en 1945 et sa thèse en mars 1946 devant un jury présidé par le légendaire Louis de Broglie, Prix Nobel de Physique 1929 (mort en 1987 à 94 ans, il avait donc 37 ans lors de la remise de cette récompense) et célèbre découvreur de la mécanique ondulatoire (les électrons sont, comme les photons, aussi des ondes).

Très vite, il développa des travaux théoriques sur la nature des étoiles, en particulier des supernovae et surtout des naines blanches dont il fut le spécialiste.

Comme chercheur associé ou invité, il a séjourné dans quelques universités étrangères prestigieuses, notamment à Copenhague (celle de Niels Bohr), à Princeton (celle d’Albert Einstein), à Berkeley et à Bruxelles.

Il s’est aperçu que l’astronomie française était très en retard et inerte, basée uniquement sur une accumulation d’observations sans beaucoup d’analyses et sur des considérations mathématiques dépassées.

C’est lui, en quelque sorte, qui fit naître l’astrophysique française d’après guerre. Pour Évry Schatzman, il était indispensable d’injecter de la physique relativiste, de la radioastronomie, bref, de la physique moderne pour aider à comprendre les phénomènes observés dans l’univers.

Schatzman insistait beaucoup à ce sujet auprès de ses doctorants : « Quand vous faites une thèse, ne vous contentez pas de donner des résultats. Il faut expliquer d’où ça vient. Quand vous dites qu’une étoile qui ne tourne pas est sphérique, vous êtes déjà en train de faire de la théorie. On ne vous demande pas de faire des maths, ce n’est pas le problème. Le problème, c’est d’aborder un représentation des processus physiques qui se déroulent dans vos objets ».

Il créa la première chaire d’astrophysique à la Sorbonne en 1954 et fonda un nouveau laboratoire à Meudon en 1964 (celui d’astrophysique, ce qui fut un projet long et laborieux qui a abouti en 1971). En fait, il regretta par la suite le choix de Meudon car le campus d’Orsay (Paris XI) lui aurait donné plus de surface, mais il ne voulait pas rentrer en concurrence avec un autre astrophysicien, Vladimir Kourganoff. Il créa aussi deux DEA (master 2), "Physique des milieux ionisés" et "Astrophysique", ainsi que deux écoles d’astrophysique : l’École de Goutelas (en 1977) et l’École d’Aussois (en 1989).

Il "exerça" ses talents alternativement à Meudon et à Nice, revenant à Meudon pour sa retraite (où il continua quand même à travailler).

L’œuvre scientifique de Schatzman a porté en particulier sur la théorisation de la structure des étoiles, le triage gravitationnel des naines blanches, le chauffage de la couronne solaire par ondes de choc, le mécanisme d’accélération des rayons cosmiques, la diffusion turbulente dans l’évolution stellaire (forte densité de lithium, émission des neutrinos solaires), le freinage magnétohydrodynamique de la rotation du soleil et son influence sur l’atmosphère solaire, et sur l’antimatière en cosmologie.

Au cours de sa carrière, Schatzman a été gratifié d’un grand nombre de décorations, récompenses et titres honorifiques, en France et à l’étranger. En particulier, commandeur des Palmes académiques et élu le 14 juin 1985 membre de l’Académie des sciences dans la section de sciences de l’univers.


Engagements de citoyen

Parallèlement à son travail de physicien, Schatzman a été un homme engagé doublement, politiquement et philosophiquement.

Politiquement, il a adhéré au Parti communiste mais l’a vite quitté après avoir pris connaissance des horreurs staliniennes (au PCF de 1942 à 1959 parce qu’un de ses collègues, Eugène Cotton, était communiste pendant la guerre).

Il a participé activement à la vie syndicale de la recherche publique en France, en devenant (un peu par opportunité) le patron du Syndicat national de l’enseignement supérieur et de la recherche de 1953 à 1957. Il a arrêté après une véritable opposition entre les chercheurs du CNRS et les enseignants des universités qui a abouti à une scission du syndicat. Son statut personnel avait évolué au cours de son mandat d’un côté et de l’autre en fonction de ses promotions (professeur des universités à Paris, directeur de recherche au CNRS).

Il s’était également impliqué dans l’Union mondiale des travailleurs scientifiques.

Philosophiquement, Schatzman s’est donné à fond contre tout ce qui pouvait être de la superstition et des pseudo-sciences. Il fut vice-président (de 1961 à 1970) puis président (de 1970 à 2001) de l’Union rationaliste.


Hyper-rationaliste

L’Union rationaliste est une organisation créée en 1930 entre autres par le grand physicien Paul Langevin (président de 1938 à 1946) et qui fut présidée également par les physiciens (ou chimistes) Frédéric Joliot-Curie (1946 à 1955) et Hélène Langevin-Joliot (depuis 2004), sa fille qui est donc aussi la petite-fille de Pierre et Marie Curie et l’épouse de Michel Langevin, petit-fils de Paul Langevin (ils sont tous physiciens dans la famille, et Yves Langevin, le fils d’Hélène et Michel Langevin-Joliot, l’est également). C’est aussi un normalien et académicien, Jean-Pierre Kahane (physicien à Orsay) qui a pris la succession de Schatzman entre 2001 et 2004.

Évry Schatzman a particulièrement dénoncé ceux qui pensent que le réalisme scientifique est « destructeur du monde de la sensibilité et de l’émotion » et ceux qui ne font pas la distinction, dans leurs réflexions, entre découvertes et applications (exemple : l’énergie nucléaire et la bombe nucléaire). Mais aussi, il combattit ceux qui rejetaient la science. Pour lui, il y a eu un divorce entre la science et le grand public à cause du mauvais enseignement des sciences (j’approuve tout à fait ce discours) : « Il faut distinguer entre enseigner ce qu’est la science et enseigner de la science ». Pour lui, cette philosophie est essentielle dans une société moderne : « La rencontre de la raison et de la démocratie, c’est la voie de l’élargissement de la démocratie et de l’épanouissement de la raison ». Il pensait que la culture scientifique permet de développer une société éclairée.

C’est par rationalisme que Schatzman a émis une opinion très réservée sur son célèbre collègue Hubert Reeves : « Il casse les pieds à un tas de gens ! Il me crispe un peu, pour des raisons philosophiques. Ce que je ne supporte pas chez lui, c’est une sorte d’indulgence pour cette espèce d’idéologie hindouiste floue. Il y a derrière tout cela une espèce de tendresse plus ou moins déguisée pour le paranormal… Ces choses m’agacent. Le mélange des genres n’est pas supportable ».

Les combats rationalistes d’Évry Schatzman furent pour la laïcité et l’esprit critique et fermement contre l’astrologie, le soucoupisme ambiant, la parapsychologie et autres pseudo-sciences sans queue ni tête.

Des "extrémistes"(car je ne sais comment les appeler autrement) ont eu la dent très dure contre Schatzman car il les combattait au sujet de l’astrologie (discipline pour charlatans et escrocs) et dans leur argumentation (qui dépasse très largement le point Godwin), ils se trompent d’ailleurs puisque ils considèrent que Schatzman était un disciple de Karl Popper alors que c’est le contraire. La discussion portait sur le fait que la science repose sur des théories qui peuvent être confirmées ou infirmées par l’expérience (confirmées en l’occurrence) alors que le charlatanisme se base sur des hypothèses qui, de toute façon, ne pourront jamais être réfutées d’une manière ou d’une autre (et c’est parce qu’elles sont irréfutables que ces hypothèses ne sont pas scientifiques).

On peut lire, pour information, la véhémence de l’attaque contre Schatzman à ce lien (texte qui date d’avril 1998).


Évolution de la "pensée schatzmanienne"

Philippe Chauvin, directeur scientifique à l’Institut national des sciences de l’univers (INSU, laboratoire du CNRS), évoque trois périodes de réflexion chez Schatzman :

1. La période "scientiste" où il pensait que la science allait pouvoir résoudre les problèmes sociaux et favoriser le progrès social (entre 1940 et 1960, il était alors communiste).
2. La période de déception où il rejeta l’Union soviétique et le communisme sans repousser cependant Marx (entre 1960 et 1970).
3. La période de remise en question (de 1970 à 2000) où il découpla nettement les considérations économiques et sociales des considérations scientifiques.

Évry Schatzman a reconnu bien volontiers que sa pensée personnelle avait évolué : « Il y a des passages que je ne désavoue pas, mais certains autres me font rougir jusqu’à la racine des cheveux ! (…) J’ai relu (…) ce que j’avais écrit autrefois. Il y a des trucs dont je ne comprends même pas comment j’ai pu les écrire ! Quand je me remets en situation, j’aboutis à des contradictions complètes entre ce dont je me souviens de mon activité et ce que j’exprime comme idéologie. Quand j’écrivais un article, disons à intention idéologico-politique, je fermais les écoutilles ! ».

Parmi ses autres combats : les droits de l’Homme, la place des femmes dans la science et dans la société plus généralement, la lutte contre le totalitarisme.


Avoir une culture ouverte aux découvertes

Évry Schatzman était un partisan convaincu de l’interdisciplinarité et du mélange des compétences : « Pour l’étudiant devenu chercheur, c’est d’aller dans les séminaires, non pas dans ceux de sa spécialité, mais dans ceux de la spécialité d’à-côté. Dans sa propre spécialité, on ne fait que se conforter dans ses propres certitudes. En revanche, en écoutant quelqu’un d’une spécialité différente, on apprend du nouveau. ».

Ou, en d’autres termes : « Une certaine culture, même en dehors du champ où l’on travaille, est essentielle à la découverte. ».

Une philosophie que Schatzman a adoptée sur le tas : « Je me souviens, en 1950, être allé passer trois jours à Leyde où Oort m’a dit qu’ils avaient un problème d’interprétation des rayonnements émis par la nébuleuse du Crabe. À cette époque, je ne connaissais en matière de rayonnement que le domaine optique et j’ai cherché si, au moyen d’un certain nombre de processus optiques, on pouvait expliquer certaines particularités de la nébuleuse du Crabe. J’ai dû travailler un mois ou deux sur ce problème. Je n’ai rien trouvé et j’ai abandonné. Or, à la même époque, Schlovsky en URSS, un théoricien qui était justement en contact avec des radioastronomes, a pensé à un mécanisme qui était l’émission de rayonnements par un électron qui tourne dans un champ magnétique. Cela s’appelle rayonnement synchrotron. Schlovsky a montré que le rayonnement de la nébuleuse du Crabe donnait une information sur le champ magnétique du milieu ambiant. Mon ignorance totale de ce mécanisme de la physique faisait que je n’y avais pas pensé. J’ai trouvé la signification de ce genre de relation culture-découverte tellement significative que dans un colloque organisé par Gérard Simon à Lille, j’ai donné cet exemple pour montrer comment une certaine culture, même en dehors du champ où l’on travaille, est essentielle à la découverte. C’est une affaire qui m’a servi de leçon par la suite. ».


La révolution astrophysicienne de Schatzman

Dans une longue interview accordée le 24 février 1987 à Jean-François Picard (un "historien des sciences" du CNRS, entré comme ingénieur de recherche dans les années 1970), Évry Schatzman revenait sur le conservatisme qu’il avait trouvé chez les astronomes.

Ce conservatisme provenait d’une organisation universitaire très ancienne issue de la classification des sciences d’Auguste Comte et le certificat d’astronomie approfondie qui était consacré à la mécanique céleste et à l’astrométrie préparait les étudiants à l’agrégation de mathématiques et pas de physique. Il n’y avait aucun physicien dans cette discipline si bien qu’il était difficile de faire en France le pont entre l’astronomie et l’astrophysique qui avait débuté à la fin du XIXe siècle à Harvard à une époque où cette discipline (l’astrophysique) manquait de rigueur « parce que les données n’étaient pas très bonnes et parce que la physique qu’il y avait derrière n’était pas non plus très sûre. Pour des gens qui s’intéressaient à la haute précision dans la mesure des mouvements des planètes, l’imprécision ou le flou de l’astrophysique avait un côté dépréciatif. À l’extrême, l’astrophysique ne pouvait être considérée comme une science ».

Schatzman expliqua aussi qu’il n’avait jamais réussi à être élu aux commissions du CNRS (sauf en 1967) car : « Je n’étais pas un "vrai" astronome, les gens comme moi qui ne connaissaient pas les constellations n’étaient pas considérés comme de vrais astronomes. Secundo, j’étais théoricien et la théorie n’était pas bien vue. Enfin, tertio, j’étais trop marqué politiquement. J’ai longtemps cru que ma couleur politique avait joué un rôle là-dedans [le milieu des astronomes était plutôt "de droite"] alors que ce n’est pas vrai. Les deux autres facteurs ont occupé une place beaucoup plus importante. ».


Un "père" qui disparaît

Évry Schatzman fut considéré le "père" de l’astrophysique française d’après-guerre et aussi tous les astrophysiciens français actuels. Il est parti un peu trop tôt : il ne pourra pas admirer les clichés du Soleil que le satellite Solar Dynamics Observatory (SDO) prend actuellement au voisinage solaire. Cela faisait toutefois quelques mois qu’il avait beaucoup vieilli.

Il laisse aux scientifiques sa grande passion et sa vision d’une organisation de la connaissance propre à bien distinguer les théories sérieuses des élucubrations fumeuses. Sa famille a d’ailleurs tenu à ce que l’Union rationaliste participât pleinement à l’hommage qui lui a été rendu.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 juin 2010)


Pour aller plus loin :

Dépêches.
Cette interview passionnante.

Entre observateurs et théoriciens.

Hommage à un autre scientifique, Roger Mari.

 

yartischatzman02

 
http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/evry-schatzman-le-savant-des-77462

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-187

 

 

 



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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 14:45

Parachutiste sous la Seconde guerre mondiale, Diên Biên Phu, Alger… Marcel Bigeard, promis à une sage carrière d’employé de banque modèle, est devenu l’exemple type du maréchal d’Empire, proche de ses soldats et portant attention à leurs conditions de vie, subtil dans la tactique et audacieux dans l’action et dans l’expression. Une sorte de général romain très heureux de ses triomphes après la bataille.

 

 

yartiBigeard01Il n’aurait pas aimé mieux : tirer sa révérence un jour anniversaire de l’appel du 18 juin, et pas n’importe lequel, le soixante-dixième anniversaire, lourd de symboles et l’une des dernières grandes commémorations en présence des derniers acteurs.

Le général Marcel Bigeard est mort à 94 ans ce vendredi matin du 18 juin 2010 à Toul. Il avait été hospitalisé quelques jours à Nancy au mois de mai pour insuffisance cardiaque et aussi au mois de mars.


Gloire et bravoure

Bigeard, tout le monde le connaît, c’est sans doute le militaire le plus célèbre de France, et aussi le plus décoré.

Fils de cheminot, il est né cinq semaines avant Pierre Messmer, le 14 février 1916, en pleine guerre à Toul, en Lorraine, la même année que François Mitterrand.

Son ambition n’était pas militaire mais de progresser chez son employeur, la Société Générale depuis l’âge de quinze ans, avec pour optique d’être directeur d’agence à Nancy ou à Verdun.

Il a commencé dans l’armée comme simple deuxième classe en septembre 1936 à Haguenau et il a pris sa retraite en 1976 comme général de corps d’armée (quatre étoiles) après avoir vaillamment combattu dans trois guerres. Handicapé de ne pas avoir été formé à Saint-Cyr, il compensa grâce à une exceptionnelle intuition, une volonté de vaincre à toute épreuve et en le faisant savoir, une audace folle et parfois de mémorables colères.


Une carrière militaire héroïque

Il termina son service national en septembre 1938 mais fut remobilisé le 22 mars 1939 toujours au 23e régiment d’infanterie de forteresse (RIF) dans l’optique d’une déclaration de guerre.

Il combattit pendant la guerre en Alsace, puis, après une détention en Allemagne (juin 1940 à novembre 1941), il parvint à s’évader et s’engagea dans la résistance, notamment au Sénégal puis chez les parachutistes. Il finit la guerre en juin 1945 avec le grade de capitaine.

D’octobre 1945 à septembre 1954, Bigeard effectua trois missions de combats en Indochine et fut un héros de la bataille de Diên Biên Phu le 16 mars 1954, ce qui lui valu le grade de lieutenant-colonel.

D’octobre 1955 à janvier 1960, Bigeard s’engagea en Algérie où il fut blessé grièvement le 16 juin 1956, ce qui amena le Président René Coty à le décorer personnellement un mois plus tard. Devenu colonel, il fut nommé par le général De Gaulle à la tête de quinze mille hommes à la fin de l’été 1959 mais fut écarté après n’avoir pas respecté son devoir de réserve.

Son implication dans la torture pendant la guerre d’Algérie n’a jamais été clairement établie et plutôt niée par lui-même malgré certaines accusations même s’il en a justifié la nécessité (il a parlé du « mal nécessaire » des « interrogatoires musclés »).

Après ses missions en Algérie, Bigeard poursuivit sa carrière en République Centrafricaine, puis à Paris, à Pau, à Toulouse, puis, devenu général, à Dakar, à Paris, à Tananarive, où il organisa l’évacuation des forces françaises de Madagascar le 31 juillet 1973 après des troubles qui se ponctuèrent par la démission du Président malgache Philibert Tsiranana qui laissa place au général Gabriel Ramanantsoa.

Ensuite, il termina sa brillante carrière militaire d’abord à Paris puis comme commandant de la 4e Région militaire à Bordeaux, supervisant quarante mille hommes.


Un homme politique giscardien en Lorraine

Du 31 janvier 1975 au 4 août 1976, Valéry Giscard d’Estaing nomma le général Bigeard Secrétaire d’État à la Défense auprès du Ministre de la Défense Yvon Bourges dans le gouvernement de Jacques Chirac.

En mars 1978, Valéry Giscard d’Estaing lui demanda de remplacer la candidate UDF décédée dans la circonscription de Toul, en Meurthe-et-Moselle (celle de l’actuelle secrétaire d’État Nadine Morano). Bigeard fut ainsi député UDF de Meurthe-et-Moselle de mars 1978 à juin 1988, réélu en juin 1981 puis en mars 1986 (au scrutin proportionnel dans une liste UDF qu’il mena aux côtés du maire de Nancy et futur ministre André Rossinot), mais il échoua en juin 1988 de très peu face à son concurrent socialiste.

Il présida la commission de la défense à l’Assemblée Nationale durant son premier mandat de 1978 à 1981.

Pour l’anecdote qui montre que l’époque giscardienne, malgré l’affaire des diamants, était très éloignée d’aujourd’hui concernant le train de vie des ministres, lorsque Valéry Giscard d’Estaing se déplaçait en Lorraine, le général Bigeard l’hébergeait pour la nuit en lui cédant sa propre chambre.


Vingt ans de retraite pour écrire ses souvenirs et réflexions

Après 1988, le général Bigeard resta dans sa retraite à Toul, rédigeant quelques livres (seize au total) et s’exprimant dans les médias sur les sujets d’actualité qui l’intéressaient.

Son franc-parler, son ton gouailleur propre à tous les militaires, avec quelques gros mots (« Je suis le dernier con glorieux ») laissaient apercevoir son amour pour la patrie et sa grande amertume en voyant la grandeur de la France s’éclipser.

Parmi les bons mots de Marcel Bigeard :

- « Bigeard n’a jamais obéi qu’à Bigeard. »
- « Face à une situation, il n’y a que deux solutions : celle de l’École de guerre et la bonne. »
- « Je n’accepte plus les médailles car elles commencent à me tomber sur les chaussures. »
- À propos des socialistes en 1981 : « S’ils sont la rose, je suis leur épine. »
- « Arlette Laguiller ? Il faudrait la marier à un para ! »
- « Ma vie, c’est une histoire trop rapide. La guerre, la gloriole. J’ai aimé ça, quoi. »
- « Je vais casser ma pipe et je ne serai pas mécontent. Car j’ai trop aimé la France pour accepter ce qu’elle est devenue. »

La ville de Toul aura déjà célébré le vieux général de son vivant en attribuant son nom à l’une des grandes avenues de la périphérie inaugurée en présence de son ami Valéry Giscard d’Estaing.

Bigeard était déjà entré dans la légende de son vivant.
Le voici qui s’inscrit dans la grande lignée de l’histoire militaire de la France.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 juin 2010)


Pour aller plus loin :


Dépêches sur la disparition du général Bigeard.


yartiBigeard02

 

 


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/general-marcel-bigeard-le-dernier-77124

http://www.lepost.fr/article/2010/06/19/2120776_general-marcel-bigeard-le-dernier-vieux-con-petri-d-amour-pour-la-france.html

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-191

 


 

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