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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 08:11

Le Parlement vient d’entériner ce 15 juin 2011 le choix du premier Défenseur des droits. Cette nomination, tant attendue depuis le 1er mai 2011, braque le projecteur sur une personnalité qui aurait pu se situer au premier plan de la politique française.


yartiBaudis01Dominique Baudis a été l’une des jeunes figures du centrisme pleines d’avenir dans les années 1980-1990. Il est aujourd’hui proposé par le Président de la République Nicolas Sarkozy comme Défenseur des droits, une nouvelle fonction constitutionnelle créée par la réforme du 23 juillet 2008, par la loi organique n°2011-333 du 29 mars 2011 relative au Défenseur des droits et la loi n°2011-334 du 29 mars 2011 relative au Défenseur des droits (textes à télécharger ici).


Défenseur des droits

La fonction reprend les prérogatives du Médiateur de la République, du Défenseur des enfants, de la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) et de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE). Il aura beaucoup plus de pouvoirs que les quatre précédentes fonctions cumulées, sera capable de se saisir lui-même d’une question, d’être saisi directement par les citoyens, pourra faire des enquêtes, procéder à des auditions, demander des études au Conseil d’État ou à la Cour des Comptes, et même intervenir dans une procédure judiciaire. Le Ministre de la Justice Michel Mercier le confirme d’ailleurs : « Ce sera certainement l’ombudsman le plus puissant d’Europe. ».

Comme le veut la procédure, il a participé aux auditions auprès des commissions des Lois du Parlement dans la matinée du mercredi 15 juin 2011 (devant l’Assemblée Nationale à 9h15 puis devant le Sénat à 11h00) qui ont été suivies d’un vote qui n’a pas été négatif (il faut 3/5e de voix pour s’opposer à la nomination) : 49 voix pour et 17 contre. Plus rien ne s’oppose à sa nomination définitive. Il devrait donc être officiellement nommé au prochain Conseil des ministres.

Devant les députés, Dominique Baudis a défini cinq axes à son éventuel mandat : sauvegarder les acquis actuels et valoriser les expériences concluantes ; utiliser pleinement la capacité juridique que lui confèrent la Constitution et la loi ; assurer un meilleur service aux citoyens sans peser davantage sur les contribuables ; faciliter l’accès de tous au Défenseur des droits en renforçant un maillage territorial de proximité (qui existe déjà) ; faire de sa fonction un facteur de rayonnement des valeurs de la France en Europe et dans le monde.

Il a également affirmé qu’il renoncerait à ses trois mandats actuels : député européen (depuis 2009), président de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (depuis le 12 octobre 2010) et président de l’Institut du monde arabe (depuis 2007), cette dernière fonction étant bénévole, et qu’il appliquerait scrupuleusement les règles de la parité dans la nomination de ses trois adjoints.


Une vie passionnée par la politique

Dominique Baudis est né dans la potion magique de la politique. Son père, Pierre Baudis, était député-maire de Toulouse et l’un des "barons" de la région. Il a vécu dès son enfance dans cette passion de la vie politique. C’est tout naturellement qu’il se tourna vers le métier de journaliste après ses études de Science po. Il fut envoyé au Liban puis après avoir présenté le journal télévisé de TF1, il commenta les séances de questions au gouvernement à l’Assemblée Nationale le mercredi après-midi sur FR3 à l’époque où la gauche venait de gagner sa première victoire électorale sous la Ve République.

Auparavant, en 1965, il était membre des jeunes du Centre démocrate, le parti de Jean Lecanuet issu du MRP, candidat à l’élection présidentielle. Jeune loup plein d’avenir politique, agrégé de philosophie d’une grande intelligence, Jean Lecanuet avait misé sur un look à la Kennedy et avec un quart de siècle de différence, Dominique Baudis aurait pu suivre ce schéma, celui d’un Jean Lecanuet virtuel.

En mars 1983, Dominique Baudis gagna la mairie de Toulouse (succédant à son père, maire de 1971 à 1983). Il fit partie d’une nouvelle génération politique de jeunes élus de l’opposition prêts non seulement à reconquérir le pouvoir détenu par les socialistes mais également à conquérir en interne une opposition meurtrie par les divisions entre giscardiens et chiraquiens.

Très vite, Dominique Baudis cumula les mandats électoraux : député européen en juin 1984, président du Conseil régional de Midi-Pyrénées (le premier élu au suffrage universel) en mars 1986, député en mars 1986. Dominique Baudis était devenu en trois ans le nouveau "baron" incontournable de la Ville rose.

À cette époque, Toulouse gagnait largement en dynamisme la compétition avec sa concurrente du Sud-Ouest Bordeaux enlisée dans l’immobilisme d’un maire historique, certes valeureux mais trop âgé, Jacques Chaban-Delmas (maire de Bordeaux de 1947 à 1995, date à laquelle il passa le relais à Alain Juppé).


Les Trois B

Après la défaite présidentielle de son candidat, Raymond Barre, en avril 1988, Dominique Baudis constitua avec François Bayrou et Bernard Bosson, surnommés "les trois B", la jeune garde du Centre des démocrates sociaux (CDS) prête à tourner la page de la génération précédente symbolisée par Pierre Méhaignerie (président du CDS), Jacques Barrot (secrétaire général) et Bernard Stasi (premier vice-président).

C’est à partir du 6 avril 1989 que cette génération se fit entendre avec l’initiative des douze Rénovateurs inspirée par yartiBaudis03François Bayrou et Philippe Séguin visant à renouveler le leadership de l’UDF et du RPR. Parmi certains rénovateurs, dont Dominique Baudis, l’idée était notamment de réunifier l’opposition UDF-RPR en un seul parti, idée que soutenait également Édouard Balladur et qui vit finalement le jour le 23 avril 2002 avec la création de l’UMP.

Deux personnalités avaient atteint une forte popularité dans ce petit groupe : Michel Noir, qui venait d’être élu maire de Lyon malgré une dissidence, et Dominique Baudis. C’est ce dernier qui fut l’invité d’un journal télévisé à 20 heures pour demander à Valéry Giscard d’Estaing, les yeux droits dans la caméra, de céder la place à la nouvelle génération. Un excès d’audace d’autant plus étonnant que jusque là, Dominique Baudis avait été réputé pour ne jamais prendre de risque, par prudence très démocrate-chrétienne.

Valéry Giscard d’Estaing n’était pas seulement un ancien Président de la République. Il avait repris une certaine importance politique après l’élection présidentielle de 1988 en reprenant la présidence de l’UDF et en se positionnant plutôt favorablement à Jacques Chirac, président du RPR, dans la lutte entre les anciens et les modernes (Alain Juppé et Nicolas Sarkozy avaient également choisi les anciens malgré leur génération).

Cependant, après deux mois printaniers, l’initiative des Rénovateurs cafouilla lamentablement sur le mur européen, à cause de dissensions politiques entre Philippe Séguin et François Bayrou.

Les centristes se rangèrent derrière Simone Veil pour une liste spécifiquement centriste aux élections européennes du 18 juin 1989 (Jean-Louis Borloo, jeune maire de Valenciennes, était son numéro deux, sur la liste). Simone Veil avait mené une liste d’union UDF-RPR aux élections européennes du 17 juin 1984 avec le beau score de 43,0%. Cinq ans plus tard, elle ne recueillit plus que 8,4% (François Bayrou a dirigé cette campagne) et elle se trouvait en concurrence avec la liste menée par Valéry Giscard d’Estaing et Alain Juppé (28,9%) soutenue par le RPR et une partie de l’UDF.


Dominique Baudis sur le point d’être le "patron" des centristes

Une longue période sans aucune élection (entre septembre 1989 et mars 1992) fut l’occasion pour le CDS de se repositionner, avec en particulier un congrès à Saint-Malo du 19 au 21 octobre 1990, sans enjeu de pouvoir et basé uniquement sur l’aspect projet politique, et un renouvellement des instances dirigeantes du 11 au 13 octobre 1991 à Angoulême.

La situation au début de ce congrès était la suivante : un clivage entre les partisans de Bernard Bosson, très impliqué dans la vie interne du parti, et ceux de Dominique Baudis, beaucoup plus médiatique mais peu impliqué dans cette vie interne à tel point qu’il n’a adhéré formellement au CDS qu’à cette date. Beaucoup imaginaient que l’élection de Dominique Baudis à la présidence du CDS lui aurait permis de devenir un présidentiable pour 1995 ou 2002 parallèlement à un Jacques Chirac en perte de vitesse et perpétuel "loser" et un Valéry Giscard d’Estaing trop âgé pour envisager une revanche personnelle.

La solution politique adoptée à Angoulême a été typique de la bienséance démocrate-chrétienne où on ne tue jamais le père : un accord fut conclu pour que l’affrontement interne n’ait pas eu lieu. Pierre Méhaignerie restait président du CDS pour un dernier mandat, Bernard Bosson remplaçait Jacques Barrot comme secrétaire général et devenait le dauphin putatif, tandis que Dominique Baudis devenait président exécutif du CDS, un poste créé pour la circonstance afin de lui attribuer une responsabilité nationale. Finalement, la succession se déroula trois ans plus tard, le 10 décembre 1994 à Vincennes, avec l’élection …de François Bayrou (avec 665 mandats), le troisième des trois B, soutenu par Pierre Méhaignerie et René Monory dans sa confrontation avec Bernard Bosson (490 mandats).


Sur le front européen

Dominique Baudis rata la marche ministérielle lors de la constitution du gouvernement d’Édouard Balladur tandis que Bernard Bosson reçut un grand portefeuille technique (Transports) et François Bayrou l’Éducation nationale (les centristes étaient bien "servis" avec aussi Pierre Méhaignerie à la Justice et Edmond Alphandéry à l’Économie). Je ne m’étendrais pas sur cette absence sinon pour dire qu’il a été l’un des ministrables les plus médiatiques de la Ve République à n’avoir (à ce jour) jamais fait partie d’un gouvernement.

Il fut pourtant choisi (contre Jean-François Deniau) pour mener la liste d’union UDF-RPR aux élections européennes du 12 juin 1994 où il fit un score un peu plus modeste que ses prédécesseurs mais en se maintenant toujours en tête des listes présentes (25,6%), largement devant les maigres 14,5% de la liste socialiste menée par Michel Rocard (arrivée en deuxième position). Ce fut la seule responsabilité politique d’envergure nationale dans sa carrière en dent de scie.


Décennie 2000 : abandon de la vie politique

En mai 2000, il présida le comité éditorial du journal "Le Figaro", héritant d’Alain Peyrefitte, disparu le 27 novembre 1999.

En 2001, il renonça à la mairie de Toulouse (Philippe Douste-Blazy fut élu en mars 2001 pour lui succéder) et également à ses autres mandats politiques pour se consacrer au Conseil supérieur de l’audiovisuel qu’il a présidé du 17 janvier 2001 au 24 janvier 2007, nommé par le Président Jacques Chirac. Au cours de ce mandat, il lança la télévision numérique terrestre (TNT). Il fut ensuite désigné comme président du prestigieux Institut du monde arabe le 1er février 2007.

Entre temps, Dominique Baudis revint dans l’actualité médiatique par une porte dérobée dont il se serait bien passé : mis en cause en 2003 dans la glauque affaire Patrice Alègre à Toulouse, Dominique Baudis a préféré prendre les devants en s’exposant dans le journal de 20 heures du dimanche 18 mai 2003 sur TF1 pour réfuter toutes les accusations très graves portées contre lui (et jamais étayées judiciairement). Il ressortit de l’affaire très éprouvé personnellement avec beaucoup d’amertume sur le manque de soutien de certains proches, comme son successeur à Toulouse devenu ministre, Philippe Douste-Blazy (ce dernier avait été premier ministrable en 2002).


Retour à la vie nationale

Dominique Baudis se présenta en tête de liste UMP du Sud-Ouest aux élections européennes du 7 juin 2009 et arriva en tête avec 26,9%, reprenant pied dans une vie politique qu’il avait quittée pendant près d’une décennie.

À 64 ans, voici maintenant Dominique Baudis, homme mûr, meurtri par l’expérience, qui va s’investir dans une responsabilité très importante pour les pouvoirs du citoyens, le défenseur des petites gens face aux autorités administratives, le protecteur des libertés et de l’égalité.

Probablement que sa personnalité plutôt indépendante sera adaptée à ses nouvelles fonctions. En quelque sorte, celui qui était destiné au leadership politique va se transformer en protecteur de la veuve et de l’orphelin. Espérons qu’il ne prendra pas ce nouveau poste comme un simple placard doré pour retraite prestigieuse et qu’il saura pérenniser une institution naissante devenue essentielle dans une démocratie équilibrée et renouvelée.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 juin 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Textes législatifs sur le Défenseur des droits (à télécharger).
La famille centriste en France.

Les Douze Rénovateurs (grandeur).

Les Douze Rénovateurs (décadence).

L’UDF.


yartiBaudis06


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/dominique-baudis-ex-jeune-loup-de-96027


 

 

 

 

 

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 23:57

Le Talmud dit : « Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier. ». Une femme discrète et presque anonyme vient de disparaître avec ce privilège d’avoir sauvé près de six cents vies humaines.

 


EEidenbenz04Étrange parallélisme de destins à trois années d’intervalle. Le 12 mai 2008, une grande résistante polonaise, Irina Sendlerowa, s’éteignait à 98 ans. Elle avait sauvé 2 500 personnes de l’enfer du nazisme.

Dans la nuit du 22 au 23 mai 2011, une autre femme épatante s’éteignait à presque 98 ans. Élisabeth Eidenbenz allait les atteindre le 12 juin prochain. Elle aussi, courageuse et modeste, elle faisait partie des "Justes parmi les nations", une reconnaissance par l’Institut Yad Vashem des héros qui ont sauvé des Juifs. Elle avait sauvé 597 enfants, pour les deux tiers, des réfugiés espagnols du franquisme et pour l’autre tiers, des réfugiés du nazisme, dans sa "Maternité suisse d’Elne".

Fille d’un pasteur évangélique suisse, institutrice, elle avait d’abord enseigné trois ans dans son pays puis un an au Danemark. C’est à 24 ans qu’elle décida de se reconvertir en infirmière afin d’aider les familles victimes de la guerre civile espagnole, d’abord à Madrid puis à Valence. En 1939, elle suivit les réfugiés dans des camps précaires sur des plages du Roussillon, à Argelès-sur-mer, à Saint-Cyprien, au Barcarès, à Arles-sur-Tech, à Prat de Mollo, à Rivesaltes et à Gurs où elle lutta contre la malnutrition et les maladies des enfants et des mères. La mortalité des bébés et des mères qui accouchaient dans ces camps de réfugiés était très élevée.

Élisabeth Eidenbenz trouva des fonds à Zurich où elle était née pour racheter en septembre 1939 le château d’en Bardou à Elne construit au début du siècle par un industriel du papier à cigarette et le transformer en maternité. La commune d’Elne était située pas loin de ces camps de réfugiés dans les Pyrénées Orientales.

EEidenbenzEn 1941, elle expliquait son action : « Nous accueillons les femmes de n’importe quelle nationalité. La misère n’a pas de patrie, ni le malheur. ».

Cette maternité a effectivement permis à beaucoup de femmes enceintes persécutées de mettre au monde leur bébé dans des conditions sanitaires correctes et dans des conditions psychologiques amicales. Près de six cents enfants de vingt-deux nationalités ont pu ainsi naître entre le 7 septembre 1939 et la fermeture par les nazis le 9 avril 1944. Comme elle travaillait avec la Croix-Rouge suisse, qui imposait la neutralité, elle parvenait à fournir des papiers d’identité falsifiés avec ses contacts dans la Résistance.

Guy Eckstein, l’un de ces enfants nés dans sa maternité, a évoqué ce lundi 23 mai 2011 cette femme-courage : « Elle disait considérer comme un cadeau ce que la vie lui avait permis de faire, quitte à devoir désobéir pour pouvoir le faire, ce qui démontre que la désobéissance peut être constructive. Elle a passé sa vie à défendre les plus vulnérables, sans jamais demander leur origine à ceux qu’elle sauvait et c’est ainsi que je lui dois la vie. ».

JusteParmiLesNationsMais Élisabeth Eidenbenz n’était pas d’accord dans cette réinterprétation de l’histoire, car son humilité en serait heurtée : « Je suis très heureuse et contente du travail accompli, ça a été important dans ma vie. Je n’ai jamais pensé qu’ils nous devaient la vie grâce à notre travail. ».

Après la guerre, de 1946 à 1975, Élisabeth Eidenbenz s’installa en Autriche et créa et dirigea des "maisons suisses" pour prendre soin des nouveaux-nés et des jeunes enfants de réfugiés des pays de l’Europe centrale et orientale sous dictature communiste.

EEidenbenz3Guy Eckstein fut à l’origine de la reconnaissance de l’action héroïque de la grande dame, ce qui a abouti en 2002 à la remise de la médaille des "Justes parmi les nations" dans le château d’Elne qui était tombé en ruine et qui a été restauré bien après (et racheté par la municipalité).

Elle reçut par ailleurs en 2006 la médaille de l’Ordre civil de la Solidarité décernée par la reine Sofia d’Espagne et la Croix de saint Jordi qui est la plus haute distinction de la "Généralité" (région) de Catalogne.

Élisabeth Eidenbenz fut également décorée par la République française de la Légion d’honneur remise le 15 mai 2007 à Vienne par l’ambassadeur de France Pierre Viaux.

À cette occasion, elle se souvenait : « Nous avons fait ce travail avec beaucoup de joie et toute notre disponibilité. C’était un privilège de pouvoir aider ces pauvres mères. (…) Toutes les femmes que nous avons reçues étaient déracinées, sans patrie, avec un futur incertain. Nous avons pu leur donner quelques temps un peu de calme, de sécurité et de chaleur humaine, ce qui leur manquait le plus. Les mères ont pu se reposer dans une atmosphère familiale et amicale. (…) De temps en temps, je revois quelques uns de "mes enfants" de la maternité, ce qui me rend très heureuse. C’est la richesse de mes vieux jours. (…) Dans toute la misère et la terreur de la guerre, il y avait un îlot de paix. ».

Dévouement, humilité, convivialité, courage et cosmopolitisme furent les valeurs qui guidèrent l’une de ces admirables personnes qui ont un petit peu sauvé l’univers.

L’enterrement d’Élisabeth Eidenbenz se déroulera le vendredi 27 mai 2011 à 14 heures au temple protestant de Zurich, en Suisse. Elle sera ensuite inhumée exceptionnellement dans le cimetière jouxtant le temple.

Quatre séquences vidéos sont visibles à ce lien.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 mai 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours de remise de Légion d’honneur (15 mai 2007).
Irina Sendlerowa.

Vidéos d'Elisabeth Eidenbenz.


EEidenbenz2



http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/elisabeth-eidenbenz-1913-2011-ilot-94705

 




 

 

 

 

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 17:38

 

(vidéo)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 09:12

Celui qui avait eu le courage d’annoncer un combat personnel très intime n’est plus. L’espoir lui a sans doute permis de vivre plus qu’on ne lui "prédisait".


yartiPatrickRoy01Le 14 mars 2011, tous les députés, quel que soit leur groupe politique, applaudirent avec émotion et joie le retour d’un des leurs, Patrick Roy, 53 ans, député socialiste depuis juin 2002 et maire de Denain, une commune d’une vingtaine de milliers d’habitants dans le Nord, depuis mars 2008.

Patrick Roy était une personnalité atypique, dans le sens où il se moquait assez bien des convenances qu’on pouvait avoir, même parlementaire. Ce qui lui faisait porter une veste ostensiblement rouge là où l’habitude voudrait faire porter des vêtements sombres, sobres, tristes, sérieux. Il n’hésitait pas non plus à houspiller les différents ministres UMP qui s’exprimaient à la tribune de l’Assemblée Nationale, se faisant d’ailleurs parfois remettre en place par le président de séance.

Enseignant, Patrick Roy s’était particulièrement impliqué au sein de la Commission des affaires culturelles et de l’éducation, et notamment dans la discussion sur la loi Hadopi.

Le 15 mars 2011, Patrick Roy avait aussi durement critiqué le gouvernement contre sa politique de l’éducation : « Aider les enfants à acquérir goût et aptitudes, en mathématiques comme en langues, nécessite des enseignants formés. Alors que la formation professionnelle est laminée, que les jeunes enseignants sont envoyés sans aucune expérience devant des classes à temps complet, les plans de ce type n’ont aucune crédibilité. La proposition du ministre de créer des modules de formation en sciences serait risible si la situation des nouveaux enseignants et de leurs élèves n’était pas si tragique. Puisque le ministre semble si féru de mathématiques, il doit encore savoir faire une règle de trois : 16 000 postes en moins et près de 60 000 élèves en plus, ce sont plus d’enfants par classe, moins de possibilité pour les équipes de se concerter pour mener des projets pluridisciplinaires, moins d’attention à porter à chacun des élèves… ».

Très sensibilisé comme élu du Nord, Patrick Roy présidait le groupe d’étude sur l’amiante, un matériau isolant qui a engendré une catastrophe sanitaire sans précédent (on parle de plusieurs centaines de milliers de décès sur la dizaine d’années à venir).

Il avait déposé très récemment (le 30 mars 2011) deux propositions de loi, une (n°3278) sur le mode d’attribution des fonds de réserve parlementaire (un sujet très technique) et une autre (n°3277) plus "grand public" puisqu’il souhaitait obliger les compagnies aériennes à informer leurs passagers systématiquement dans la langue du pays où décollent et atterrissent leurs avions.

Le 7 octobre 2009, il avait cosigné une proposition de loi (n°1960) de Jean-Marc Ayrault (député-maire de Nantes et président de son groupe politique) sur le « droit de finir sa vie dans la dignité », un texte qui avait relancé (comme c’est le cas périodiquement) le débat sur l’euthanasie.

Son acte le plus médiatique et sans doute le plus courageux a été beaucoup plus personnel. Ce 14 mars 2011, dans l’hémicycle, il avait été accueilli presque comme un héros. Maigre, les traits tirés, il avait cru avoir réchappé au cataclysme personnel qui mine de nombreux contemporains.

En novembre 2010, Patrick Roy avait osé rendre public sa maladie, un cancer du pancréas. Les médecins lui "prédirent" qu’il ne lui resterait que quelques semaines à vivre. Malgré tout, il réussit à s'accrocher, à vivre, à durer et en février, il était en "rémission". Il a pu ainsi participer à quelques émissions médiatiques pour expliquer son mal, sa maladie et presque sourire en coin, pour ironsier sur les "condamnations" toujours un peu maladroites de la médecine.

La maladie a hélas gagné le combat ce matin, mardi 3 mai 2011.

Ses dernières interventions de parlementaire avaient eu lieu le mercredi 6 avril 2011, lors de la séance des questions au gouvernement et ensuite, lors de la discussion de la deuxième lecture de la loi sur la réforme de la garde à vue.

Dans ses vœux pour l’année 2011, il avait voulu prendre un peu de recul : « Dans l’épreuve difficile que je traverse actuellement, je pense avant tout à ceux qui souffrent encore plus et qui, peut-être, ont perdu l’espoir ». Lui n’avait visiblement pas perdu espoir et cela l’a sans doute aidé dans son combat. Puisse cet espoir lui survivre.

C’est Marie-Claude Marchand, sa suppléante, qui remplira le mandat de Patrick Roy jusqu’à la fin de la législature, en juin 2012.

Condoléances à sa famille et à ses proches.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (3 mai 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Une loi pour l’euthanasie ?


yartiPatrickRoy02



http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/hommage-a-patrick-roy-un-93267

 

http://fr.news.yahoo.com/13/20110503/tot-hommage-patrick-roy-un-parlementaire-89f340e_1.html 
 

 

 

 

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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 04:32

« Qu’aurais-je été si Alain ne m’avait appris à douter, Simone Weil à croire, Marc Sangnier à aimer et De Gaulle à combattre ? » (Maurice Schumann). Première partie.



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Comment peut-on être à la fois gaulliste et centriste ? patriote et pro-européen ? démocrate et chrétien ? C’est en fait la voie de la France depuis la Libération, suivre à la fois son chemin national et encourager l’unification de la toute l’Europe pour maintenir la paix, toujours fragile, et pour devenir une véritable puissance du XXIe siècle, parmi d’autres grandes puissances à l’échelle mondiale (Chine, Indes, États-Unis, etc.).

Parmi les précurseurs de cette voie de la France, la voix de la France : Maurice Schumann, qui est mort il y a vingt ans, le 9 février 1998 à Paris, à l’âge de 86 ans (né le 10 avril 1911 à Paris). La République française l’a honoré au cours d’une cérémonie aux Invalides le 13 février 1998, puis il fut inhumé à Asnelles, près de Caen, dans le Calvados, pas loin du lieu où il avait débarqué le 6 juin 1944.

À ne pas confondre avec un autre partisan de la construction européenne, Robert Schuman, qu’il admirait, Maurice Schumann fut d’abord connu pour avoir été, pendant toute la Seconde Guerre mondiale, du 13 juillet 1940 au 30 mai 1944, la voix de la France libre à la BBC avec son émission quotidienne "Honneur et Patrie" qu’il a présentée environ mille deux cents fois.

J’ai eu la très grande et émouvante chance d’avoir rencontré Maurice Schumann vers 1995, dans les salons dorés de l’Hôtel de Ville de Nancy, à l’occasion de la remise des insignes de chevalier de la Légion d’honneur d’une grande résistante lorraine, Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin (j’ai déjà évoqué le fait qu’il lui avait donné sa propre décoration qui était à titre militaire car elle l’avait mérité et que cela avait plus de sens qu’au titre du Ministère de la Justice). Il était impressionnant par sa stature très grande et fascinant par une bienveillance que j’appellerai "historique", celle qui arrive après le passage d’une terrible épreuve nationale. À ses côtés, on comprend tout de suite qu’on côtoyait l’Histoire, tout simplement.

Maurice Schumann a eu au moins trois vies en une : résistant, journaliste et écrivain, et enfin homme politique. Comme pour des personnalités telles que Jean-François Deniau et Jean-Jacques Servan-Schreiber (que je cite parmi de nombreuses autres personnalités), ce fut probablement le fait d’être à la fois écrivain (observateur) et homme politique (acteur) qui l’a empêché d’atteindre le sommet de l’État, comme Matignon ou l’Élysée, comme certains grands barons du gaullisme "historique" (issu de la Résistance) pouvaient y prétendre (comme Jacques Chaban-Delmas, Pierre Messmer, Michel Debré, etc.). Lui, au contraire, expliquait que c’était à cause de la guerre et de son engagement politique qu’il n’avait pas pu devenir un "grand" écrivain !


Avant la guerre

Maurice Schumann n’a pas été un "jeune" résistant dans le sens où il avait déjà eu une vie avant la guerre : il était plus proche de ses 30 ans que de ses 20 ans.

Après de brillantes études secondaires (il a obtenu le prix de philosophie au concours général) et une licence de philosophie à la Sorbonne, il est en effet devenu journaliste à l’agence Havas en 1931 où il écrivait dans différents journaux, dans les services de politique étrangère (il a travaillé trois ans à Londres entre 1933 et 1935). Il avait échoué à l’oral d’entrée à l’École normale supérieure à cause de sa santé fragile. Le sujet de son premier reportage fut l’assassinat du Président Paul Doumer le 6 mai 1932.

Pendant ses études, il a été marqué par trois penseurs qui ont façonné sa propre vision du monde : le philosophe Alain, dont il fut l’élève, Simone Weil (la philosophe, à ne pas confondre avec Simone Veil), qu’il rencontra à Londres quand il y travaillait avant la guerre, et Marc Sangnier (qu’il rencontra plusieurs fois). Admirateur de Léon Blum qu’il a rencontré (grâce à la seconde épouse de ce dernier) et dont il louait les qualités intellectuelles, il adhéra brièvement, étudiant, à la Ligue d’action universitaire républicaine (LAURS), dont le président était Pierre Mendès France, puis à la section de Paris de la SFIO (futur PS). Il adhéra ensuite au mouvement Jeune République de Marc Sangnier et en 1938, aux Nouvelles équipes françaises de Francisque Gay.

Pour ne pas confondre sa fonction de journaliste qui a vocation à la plus grande objectivité et son engagement politique forcément partial et partisan, Maurice Schumann avait adopté un pseudonyme pour ses écrits engagés, André Sidobre pour ses trois essais publiés avant la guerre mettant en garde contre la montée du nazisme.

Avec sa fonction d’observateur des jeux diplomatiques, Maurice Schumann a en effet compris assez tôt la montée du nazisme en Europe et a soutenu aux élections législatives de 1936 les idées de Paul Reynaud qui fut, pour lui, celui qui a le mieux compris cette menace. En 1938, il s’opposa donc aux Accords de Munich qui ne faisaient que retarder la guerre sans l’en empêcher : « Plus on redoute l’épreuve de force, plus on se condamne à l’affronter. Plus on se montrera lâche devant le risque de guerre, plus on accroîtra les chances de la guerre. » (dans un article paru dans "La Vie intellectuelle" du 25 janvier 1939). Il fut l’un des rares à avoir lu avant la guerre l’ouvrage très explicite "Mein Kampf" rédigé par Hitler.

Déjà dans "Jeune République", il écrivit le 23 août 1936 : « En présence des émeutes de février 1934, de la constitution et du développement des ligues paramilitaires à tendances fascistes, le peuple français a eu la sensation physique qu’on voulait abolir cent cinquante ans de son histoire, et le peuple français a dit : "Non !". Sursaut de la conscience historique ! Il n’est pas de force plus puissante. Il n’en est pas non plus de plus fragile. ».


Le résistant

Il faut d’abord rappeler que Maurice Schumann avait été réformé à son service militaire à cause de sa santé très fragile. Mais cette situation ne le satisfaisait évidemment pas car il voulait participer à la défense de la patrie, ce qui expliquait son engagement au début de la guerre.

Après s’être engagé volontaire en 1939 (avec le grade de lieutenant), Maurice Schumann n’a pas hésité, à l’âge de 29 ans, après avoir entendu par hasard dans la cour intérieure d’un bistrot de Niort, la fin de l’appel du 18 juin, à quitter la France le 21 juin 1940 (à Saint-Jean-de-Luz, grâce au capitaine Pierre de Chévigné et en même temps que François Jacob) pour rejoindre De Gaulle à Londres, qu’il rencontra le 30 juin 1940 et qui lui en a été reconnaissant : « Il fut l’un des premiers, l’un des meilleurs, l’un des plus efficaces. ».

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Ce fut tout de suite le "coup de foudre" entre les deux hommes. Son "job" fut celui de dynamiser les Français libres et d’animer l’une des émissions de radio de la France libre, "Honneur et Patrie", ouvertement gaulliste (au contraire de "Les Français parlent aux Français" plus proche de Churchill et favorable à l’amiral Darlan et au général Henri Giraud). De Gaulle pourtant trouvait que la voix de Maurice Schumann se prêtait peu à la radio mais l’esprit vif et alerte, l’enthousiasme et l’intelligence devaient l’avoir convaincu.

Toutefois, ce n’était pas du tout ce qu’avait envisagé Maurice Schumann qui voulait avant tout combattre. Arrivé à Londres le 26 juin 1940, il a signé son engagement à la France libre. Quelques jours plus tard, il a fait signer par De Gaulle un engagement qu’il pourrait participer personnellement au débarquement pour libérer le territoire français et être ainsi un "véritable" soldat (d’ailleurs, ce fut pour cet engagement qu’il fut Compagnon de la Libération).

Certains (notamment Robert Mengin, cité par Thibault Tellier) lui reprochèrent quand même d’avoir été un "planqué" et d’avoir voulu mobiliser les autres à l’action alors que lui-même était à l’abri. Le colonel Passy (1911-1998) amorça même, après la guerre, en 1946, une mauvaise polémique sur sa supposée bravoure, surtout pour des raisons politiques, pour s’en prendre au MRP, maître du gouvernement qui ne l’avait pas bien traité (Passy fut mis en prison provisoire car accusé injustement de détournement de fonds au profit du mouvement gaulliste, accusations par la suite abandonnées). Maurice Schumann n’était pas toujours à Londres et ses fonctions de porte-parole l’avaient amené à aller aussi dans l’empire colonial pour y structurer des bases gaullistes. Lucie Aubrac, qui l’a connu à l’époque, faisait partie de l’opinion majoritaire le concernant en disant : « Schumann a été un véritable soldat car chacun fait la guerre à la place où on le met. ».

La contribution de Maurice Schumann fut autant intellectuelle que politique : sa première allocution radiophonique fut une réponse cinglante à un article de François Mauriac favorable à Pétain, et l’écrivain le remercia après la guerre (écrivain qu’il appréciait, Mauriac lui avait déjà préfacé un ouvrage dès 1938). À partir de 1942, au centre de l’organisation, il travaillait avec Georges Bidault (à la tête du Bureau d’information et de presse mis en place par Jean Moulin) et Jacques Soustelle (commissaire à l’Information), qui devint son ami. Par sa position, Maurice Schumann fut au cœur de tous les renseignements concernant la France libre. Entre 1941 et 1944, le but politique était de structurer et d’unifier la Résistance intérieure.

Cité par C. Rimbaud en 2000 et repris par Thibault Tellier en 2003, Pierre Sudreau (résistant et futur ministre) affirma ainsi : « En 1941, la Résistance n’était encore faite que de groupuscules sans liens entre eux. Le ferment fondateur de ces multiples initiatives a été Maurice Schumann qui, de jour en jour, a encouragé le sursaut des Français. Sa voix, toujours chaleureuse, a joué un rôle essentiel dans l’éveil de la Résistance et son influence n’a cessé de s’amplifier jusqu’à la fin de la guerre. Maurice Schumann a été un commentateur exceptionnel des événements et un soutien quotidien pour les clandestins. ».

L’un des exemples les plus émouvants concerna le maquis des Glières. Le 2 février 1944, de son micro, Maurice Schumann a commencé ainsi pour prévenir les maquisards : « Alerte au maquis, alerte à la Haute-Savoie ! Allo, allo, maquis de Haute-Savoie, SOS, SOS, l’Oberführer Joseph Darnand a décidé demain, 3 février, je répète, demain, 3 février, une attaque massive contre les réfractaires et les patriotes retranchés dans les montagnes de Haute-Savoie. ». Et il a averti les miliciens français pourchassant les maquisards : « Chaque goutte de sang qui, demain, peut-être par votre faute, coulera dans les ravins et les gorges de notre Haute-Savoie, retombera sur vos têtes. ». Comme jeune chasseur alpin, j’ai eu l’occasion de me recueillir, dans un cadre collectif, au cimetière des Glières, c’était très impressionnant d’imaginer tant de jeunes patriotes massacrés en 1944.

L’historien Jean-Pierre Azéma rappela, lui aussi, le rôle essentiel de Maurice Schumann dans la guerre : « Sa voix portait et s’il y a eu un mouvement gaulliste plus ou moins diffus sans que l’on pût former des réseaux, encore moins des mouvements, cela tient à cette forme de guerre. La guerre contre qui ? contre Vichy et Radio-Vichy, également contre Radio-Paris, car c’est bien, notamment au moment des Glières, une lutte sans merci qui se livrait, notamment entre Maurice Schumann et Philippe Henriot qui était un tribun redoutable et redouté. On était dans une guerre des ondes entre la BCC d’une part, et Goebbels, les uns comme les autres étant, aussi bien du côté de la BBC que du côté de l’Allemagne nazie, des hommes de radio tout à fait redoutables. » (2003).

Des émissions pour la BBC furent enregistrées pour être diffusées entre le 30 mai et le 6 juin 1944, afin de ne pas laisser entrevoir l’idée d’un débarquement imminent (par l’absence d’émission).

Du 6 juin 1944 au 4 décembre 1944, Maurice Schumann participa en effet à la libération de la France, avec le grade de capitaine de la 2e DB (de Leclerc), et en particulier à la libération de Paris et de Strasbourg, sous les ordres du général Pierre Billotte (1906-1992), futur Ministre de la Défense d’Edgar Faure (du 6 octobre 1955 au 1er février 1956) et futur Ministre d’État de De Gaulle (du 8 janvier 1966 au 31 mai 1968).

Maurice Schumann fit sa dernière émission radiophonique comme porte-parole de De Gaulle et de la France libre le 8 mai 1945. Ce fut le 14 juillet 1945 que Maurice Schumann reçut des mains de De Gaulle, alors Président du Conseil, les insignes de chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire, insignes qu’il redonna cinquante ans plus tard à Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin.

Dans le prochain article, j’évoquerai la longue carrière politique de Maurice Schumann.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 février 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

"Maurice Schumann, la voix de la Résistance" (2003) par Thibault Tellier, de l’Université de Lille-3, p171-183 du livre "L’Engagement dans la Résistance (France du Nord et Belgique)" sous la direction de Robert Vandenbussche, publication de l’Institut de recherche historique du Septentrion.

Biographie de Maurice Schumann dans "Le Dictionnaire des parlementaires français".

Être patriote.
Maurice Schumann.
Général De Gaulle.
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L’appel du 18 juin 1940.
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Alain Peyrefitte.
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Jean Charbonnel.
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Robert Boulin.
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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 04:21

Héritière puis conquérante, Michèle Alliot-Marie est devenue une ministre professionnelle coupée de plus en plus de réalité politique. Retour sur l’une des rares femmes à avoir conquis par elle-même d’importantes responsabilités nationales.



yartiMAM01On vit une époque formidable. Les rumeurs qui ruissellent ce vendredi 25 février 2011 ont dû convaincre les derniers jusqu’au-boutistes de la nécessité impérieuse de changer la titulaire du Quai d’Orsay.

On raconte même que Michèle Alliot-Marie, 64 ans, n’aurait plus qu’un seul soutien au sein du gouvernement, à savoir son compagyartiMAM04non Patrick Ollier, 66 ans, Ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement et ancien président du groupe d’amitié France-Libye qui avait prononcé quelques phrases un peu trop laudatives en 2007 au profit du dictateur Kadhafi.

Quelles que soient les fautes commises ou pas, Michèle Alliot-Marie se retrouve systématiquement à devoir se justifier depuis plus d’un mois sur des éléments de sa vie privée qui sont sans importance par rapport à la situation mondiale mais qui prouvent quelques liens entre elle et l’entourage de Ben Ali et de Kadhafi, au moment particulier où l’Histoire est en train de se jouer dans le monde arabe.

Le côté dérisoire de la défense de Michèle Alliot-Marie face aux plusieurs milliers de morts de la répression en Libye est même indécent et c’est pour cela que d’après les derniers bruits qui couraient, même Nicolas Sarkozy serait désormais convaincu qu’il faut stopper cette situation. Contrairement à Éric Woerth en été 2010, il ne peut plus garder Michèle Alliot-Marie sans déprécier de façon durable la diplomatie française.

En fait, cela fait depuis plusieurs jours que la recherche du successeur se fait.


Qui pour remplacer Michèle Alliot-Marie ?

Le Ministre de la Défense Alain Juppé, 65 ans et demi, ancien Ministre des Affaires étrangères il y a quinze ans, serait effectivement le plus rassurant pour retrouver un semblant de sérieux mais il semblerait que le premier concerné ne soit pas très enthousiaste.

Dans un tel cas, l’actuel Ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, 52 ans et demi, ou alors le président du groupe des sénateurs UMP, Gérard Longuet, 65 ans, pourraient reprendre la Défense, lui-même ancien Ministre de l’Industrie sous Édouard Balladur et dont la carrière fut yartiMAM03arrêtée net par sa mise en cause dans les affaires du financement du Parti républicain (il a été très récemment blanchi). Toujours dans cette hypothèse, le sénateur-maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, 71 ans, qui fut président du groupe des députés UDF à l’époque socio-communiste pourrait présider le groupe des sénateurs UMP à un moment crucial où l’UMP a des risques de perdre la Présidence du Sénat.

D’autres noms ont circulé, notamment, Bruno Le Maire, bientôt 42 ans, qui a travaillé avec Dominique de Villepin au Quai d’Orsay puis est devenu son directeur de cabinet à Matignon avant de s’engager en politique et occuper d’abord le Ministère des Affaires européennes puis celui de l’Agriculture.

Également l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin, très impliqué dans les relations franco-chinoises, la Ministre de l’Économie et des Finances Christine Lagarde, 55 ans, ou encore le Ministre délégué aux Affaires européennes Laurent Wauquiez, bientôt 36 ans, l’héritier de Jacques Barrot, 74 ans, en Haute-Loire. On ne parle plus, en revanche, de Jean-Louis Borloo, bientôt 60 ans, à qui on avait proposé le Quai d’Orsay en novembre 2010.

Le plus étonnant reste encore cette rumeur que le Président Nicolas Sarkozy aurait proposé le Quai d’Orsay à Dominique de Villepin, 57 ans, lors de leur entrevue du 24 février 2011. Une rumeur vivement démentie par l’entourage de Dominique de Villepin.

Mais revenons un instant sur la trajectoire de Michèle Alliot-Marie qu’en des temps un peu moins bousculés certains auraient pu appeler "Super-Womam".


D’abord, une héritière

Elle est déjà la fille de son père, Bernard Marie, 93 ans et demi, ancien cadre de la Banque de France, député RPR dans les années 1970 puis maire de Biarritz dans les années 1980, qui a été également mis en cause dans le fameux voyage en Tunisie de sa fille en fin décembre 2010.

Pendant ses études de droit, elle est devenue l’épouse d’un de ses professeurs de droit qui était également le directeur de cabinet d’Edgar Faure lorsqu’il fut Ministre de l’Éducation nationale. Elle devint naturellement enseignante en droit public au début de sa carrière professionnelle, tout en collaborant avec Edgar Faure au Ministère des Affaires sociales en 1972 puis auprès de Bernard Stasi en 1973 et de Jean-Pierre Soisson en 1974. En 1976, elle fut directrice de cabinet d’Alice Saunier-Seité aux Universités et en 1978, elle a rejoint le secteur privé comme avocate.

Apparatchik du RPR, elle fut tout de suite aidée par Jacques Chirac qui la fit élire députée au scrutin proportionnel en mars 1986. À 39 ans et demi, elle est parachutée au premier gouvernement de la cohabitation comme Secrétaire d’État chargée de l’Enseignement du 20 mars 1986 au 10 mai 1988.

Elle commença ainsi une carrière ministérielle sans doute la plus longue de tous les ministres de la Ve République (à ce jour, plus de treize années dont près de neuf sans discontinuité).

Elle a débuté sa carrière électorale d’abord comme suppléante de son père en 1978 et conseillère municipale d’un village en 1983 puis, en 1989, toujours à l’ombre de son père comme conseillère municipale de Biarritz dont le maire était encore son père. Mais une dissidence menée par le centriste Didier Borotra a fait perdre la mairie à la famille au profit du centriste. Michèle Alliot-Marie se retira alors à Saint-Jean-de-Luz où elle s’empara le 23 juin 1995 de la mairie détenue par un autre centriste, mairie qu’elle garda jusqu’au 7 mai 2002. Entre autres fonctions électives locales, elle fut aussi vice-présidente du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques sous la présidence de François Bayrou de 1994 à 2001.

En 1988, lorsqu’elle est réélue députée cette fois-ci au scrutin majoritaire, Michèle Alliot-Marie faisait partie de cette espèce politique appelée les héritiers.

Travaillant beaucoup au RPR, devenant même secrétaire générale adjointe en 1990, et proche de Jacques Chirac, elle fut nommée logiquement au deuxième gouvernement de la cohabitation, celui d’Édouard Balladur comme Ministre de la Jeunesse et des Sports du 29 mars 1993 au 16 mai 1995.


Ensuite, une conquérante

Elle montra alors une très grande habileté à rester jusqu’à la fin de la compagne de l’élection présidentielle de 1995 à la fois chiraquienne et balladurienne. Une neutralité plutôt opportuniste qui ne lui a d’ailleurs pas réussi puisqu’elle ne fit pas partie du nouveau gouvernement dirigé par Alain Juppé juste après l’élection de Jacques Chirac.

Puis vint le temps de la troisième cohabitation, entre 1997 à 2002. Philippe Séguin fut alors élu président du RPR le 6 juillet 1997 avec près de 79%. Mais ce dernier quitta brutalement ses responsabilités le 16 avril 199, tant au RPR qu’à la tête de liste RPR aux élections européennes du 13 juin 1999 et ce fut Nicolas Sarkozy qui le remplaça.

L’élection du successeur de Philippe Séguin à la présidence du RPR se joua en deux tours après l’échec considérable de la liste RPR-DL qui fut légèrement dépassée par la liste souverainiste de Charles Pasqua autour de 13%.

Jean-Paul Delevoye, sénateur RPR (futur ministre et futur Médiateur de la République), était le candidat "officiel", à savoir soutenu par le Président Jacques Chirac qui avait encouragé Nicolas Sarkozy à renoncer à se présenter. Il subissait cependant un grand déficit de notoriété. En face de lui, pour représenter le séguinisme, François Fillon s’est présenté. Deux autres députés se sont présentés à titre personnel, Patrick Devedjian …et Michèle Alliot-Marie.

Le 20 novembre 1999, ce fut la surprise : le candidat de Chirac n’obtint que 35,3%, Michèle Alliot-Marie prit la deuxième place avec 31,2%, suivie de François Fillon à 24,6% et Patrick Devedjian à 9,9%. Les deux derniers candidats ont alors appelé à soutenir Michèle Alliot-Marie.

Et le 4 décembre 1999, Michèle Alliot-Marie fut largement élue présidente du RPR avec près de 63%. Cette élection, elle l’a due à elle seule, après une campagne vigoureuse et efficace auprès des fédérations départementales du RPR.

Avant les responsabilités de Martine Aubry au Parti socialiste, avant la candidature de Ségolène Royal, après la nomination d’Édith Cresson à Matignon, c’était la première fois en France qu’une femme était à la tête d’un grand parti ayant vocation à gouverner.

Après le choc du 21 avril 2002, le RPR décida le 24 avril 2002 de se fondre avec une partie de l’UDF dans l’UMP. Michèle Alliot-Marie y était hostile ainsi que Philippe Séguin et Nicolas Sarkozy. L’initiative venait d’Alain Juppé qui est devenu ensuite le président de l’UMP.

Mais qu’importait pour Michèle Alliot-Marie : elle a pu monnayer très chèrement sa victoire au RPR de 1999 en occupant depuis 2002 quatre ministères régaliens de première importance et en étant régulièrement donnée comme première ministrable en 2002, en 2004, en 2005, en 2007 et encore récemment, en 2010.


Enfin, la gestionnaire de son petit capital politique

Le palmarès est impressionnant : Ministre de la Défense (première femme à ce poste) du 7 mai 2002 au 15 mai 2007, yartiMAM02pendant la totalité du dernier mandat de Jacques Chirac. Sans égaler l’inamovible Pierre Messmer durant les septennats gaulliens, Michèle Alliot-Marie a battu avec son prédécesseur direct, le rocardien Alain Richard, un record de stabilité à ce ministère.

Ensuite, après avoir menacée sans conviction d’une candidature pour l’élection présidentielle, elle fut nommée par Nicolas Sarkozy Ministre de l’Intérieur (première femme) du 18 mai 2007 au 23 juin 2009, puis Ministre d’État, Ministre de la Justice du 23 juin 2009 au 13 novembre 2010 et enfin, depuis le 14 novembre 2010, Ministre d’État, Ministre des Affaires étrangères (première femme).

Si elle a paru exercer avec succès ses responsabilités auprès des militaires, ce fut moins le cas avec ses autres attributions et les multiples affaires qui plombent son action au Quai d’Orsay lui retirent d’autant plus de crédit qu’elle avait toujours voulu se prévaloir d’une attitude très morale et intègre.


Grandeur… et décadence

Il est vrai qu’en nommant le 14 novembre 2010 dans le même gouvernement Michèle Alliot-Marie et son compagnon Patrick Ollier, Nicolas Sarkozy avait pris le risque d’y installer un "clan familial" qui visiblement avait de nombreux liens avec la Tunisie et la Libye.

Sa déclaration à l’Assemblée Nationale du 11 janvier 2011, soit trois jours avant la fuite de Zine Ben Ali selon laquelle « le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, permette de régler des situations sécuritaires de ce type » puis l’information qu’elle avait passé ses vacances dans un pays en plein soulèvement, elle qui était responsable de la diplomatie française, l’ont complètement discréditée auprès de la communauté internationale, d’autant plus qu’il était même prévu que la France livrât des grenades lacrymogènes au dictateur tunisien.

Pourquoi Michèle Alliot-Marie a-t-elle été si longtemps ministre à des postes si importants ? Pourquoi, après plus de six semaines de climat de suspicion, n’a-t-elle toujours pas été "démissionnée" ?

Certains journalistes rappellent fort opportunément qu’elle fut, elle aussi, impliquée dans l’affaire Clearstream mais que, contrairement à Nicolas Sarkozy et à Dominique de Villepin, elle n’avait jamais fait de déclaration publique sur le sujet. Ils laisseraient entendre qu’elle aurait certainement quelques informations particulières en sa possession.

Dans tous les cas, il est grand temps de changer de Ministre des Affaires étrangères. La France a besoin d’une voix qui soit entendue et écoutée dans un monde en pleine mutation.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 février 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

La diplomatie française en danger ?
Dominique de Villepin.


yartiMAM05



http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/michele-alliot-marie-entre-89557


http://fr.news.yahoo.com/13/20110226/tot-michle-alliot-marie-entre-maladresse-89f340e_1.html

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-262





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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 07:49

Hommage à l’un de mes écrivains préférés : « Assumer le plus possible d’humanité, voilà la bonne formule ! » (André Gide).


yartiGide01Ce 19 février 2011 est célébré le soixantième anniversaire de la disparition d’André Gide, né le 22 novembre 1869 et Prix Nobel de Littérature 1947, un prix qu’il accepte malgré ses préventions contre les institutions et son refus de devenir académicien.

Avec Albert Camus, Prix Nobel de Littérature 1957, et Voltaire, André Gide fait partie de mon petit Panthéon personnel de la littérature française. Comme Camus, je ne l’ai "connu" que sur le tard, c’est-à-dire hors période scolaire, et c’est sans doute ce qui est le plus adéquat pour "rencontrer" pleinement un écrivain, en toute liberté.

Cela n’intéressera pas grand monde mais je vais quand même raconter comment je suis arrivé à sa "rencontre". Je discutais dans un des cafés de la belle place Stanislas à Nancy à une heure très tardive de la soirée. Il devait être une ou deux heures du matin, un jour de la semaine, dans les années 1990. C’était en conclusion de réunions et nous nous détendions un peu avant de nous séparer et d’aller nous coucher.

Parmi les convives, la personne qui "tenait le mieux la route", la plus éveillée, la moins fatiguée, c’était la doyenne d’âge du petit groupe. Avocate et ancienne bâtonnière à Nancy, elle s’était d’abord illustrée par son courage dans son engagement pendant la Résistance, alors jeune étudiante en droit.

Donc, très en forme, cette dame exceptionnelle, pour me "réveiller", me cita une phrase d’André Gide tirée des fameuses "Nourritures Terrestres" (1897) : « Il y a d’admirables préparatifs au sommeil ; il y a d’admirables réveils ; mais il n’y a pas d’admirables sommeils, et je n’aime le rêve que tant que je le crois réalité. Car le plus beau sommeil ne vaut pas le moment où l’on se réveille. ».

Il me semble qu’elle avait aussi cité une autre phrase pleine de ferveur et d’enthousiasme qui m’a également plu, si bien que le lendemain, je suis allé acheter ce petit ouvrage que j’ai lu quasiment d’une traite.

J’ai ensuite acheté les principales œuvres d’André Gide (celles citées plus loin) qui, bien que très contrastées (romans, pièces de théâtre, récits, essais…) ont été pour moi des saveurs inégalables.

Paradoxalement, j’ai eu la chance de ne pas avoir étudié en milieu scolaire cet "auteur". Mon détour avec lui fut donc plus tardif mais plus intense et surtout, plus enthousiaste, dans le sens étymologiquement divin du terme : « Ne souhaite pas, Nathanaël, trouver Dieu ailleurs que partout ! ».

Eh oui, Dieu est bel et bien présent dans beaucoup des œuvres d’André Gide, timide, introverti, peu sûr de lui, issu d’une famille bourgeoise protestante très puritaine du XIXe siècle et très oppressante.

André Gide est un bloc, un peu comme la Révolution française : on accepte tout ou rien. J’accepte donc tout.

Son existence est souvent sulfureuse, son homosexualité assumée est allée jusqu’aux jeunes gens qu’il a rencontrés sur les plages algériennes. Son essai "Corydon" (1924) essayant de justifier maladroitement l’homosexualité par sa pratique naturelle parmi les animaux a eu, à mon avis, un effet contreproductif dans une époque très choquée par ces "mœurs innommables" (il a mis plus d’une dizaine d’années avant de publier l’essai). Cela lui valut la rupture définitive avec son ami catholique Paul Claudel.

Son engagement politique un peu foireux qui, de pensée progressiste et humaniste, anticolonialiste, en a fait un communiste fervent jusqu’à en connaître la réalité humaine : son militantisme communiste l’a rendu pestiféré auprès des personnalités conservatrices, mais la publication de son "Retour de l’URSS" (1936), où il décrivait l’horreur de la dictature communiste, l’a également fait rejeter des personnalités dites de gauche.

Il répliqua en juin 1937 à ceux qui lui reprochaient ses désillusions : « Du haut en bas de l’échelle sociale reformée, les mieux notés sont les plus serviles, les plus lâches, les plus inclinés, les plus vils. Tous ceux dont le front se redresse sont fauchés ou déportés l’un après l’autre. Peut-être l’armée rouge reste-t-elle un peu à l’abri ? Espérons-le ; car bientôt, de cet héroïque et admirable peuple qui méritait si bien notre amour, il ne restera plus que des bourreaux, des profiteurs et des victimes. ».

Car l’un des traits marquants d’André Gide, c’est sa curiosité et sa foi en la vie. Cela l’a conduit à faire beaucoup de voyages dont les récits sont des bonheurs de lecture.

André Gide a réussi à adopter un style narratif particulièrement novateur dans ses romans, en prenant plusieurs perspectives, très différentes les unes des autres, avec des histoires à tiroirs qui ressemblent un peu aux poupées russes.

Les deux romans les plus connus (et étudiés à l’école) sont "Les Caves du Vatican" (1914) et "Les Faux-monnayeurs" (1925). Cela a beaucoup dérouté mais paraît étrangement comparable au modèle actuel de site Internet aux liens multiples, séquentiels ou parallèles. Pour ses romans, Gide avait l’habitude de collectionner quelques faits divers comme matière première à son imagination qu’il a pu réintroduire dans ses histoires.

En novembre 1908, aux côtés de Gaston Gallimard et Jean Schlumberger (entre autres), André Gide a supervisé la fondation de "La Nouvelle Revue française" dont le premier numéro est paru le 1er février 1909, et qui a découvert de nouveaux talents, comme Jean-Paul Sartre et André Malraux. Elle paraît toujours en 2011.

Parmi les récits un peu particuliers, Gide a écrit "Paludes" (1895) en parallèle avec "Les Nourritures terrestres" (1897) qui est un recueil d’allégorie au divin, presque. Une philosophie personnelle, panthéisée même, hédoniste, qui hésite entre un optimisme religieux et un amoralisme épicurien, et qui rend ce récit poétique.

Gide a publié ensuite un récit appelé "L’Immoraliste" (1902) dont a dû s’inspirer Albert Camus pour "La Chute", dans un contexte de confidence très longue.

En réponse à "L’Immoraliste", Gide a écrit un autre récit de souvenirs, "La Porte étroite" (1909), qu’il jugea très modestement : « D’autres en auraient pu faire un livre ; mais l’histoire que je raconte ici, j’ai mis toute ma force à la vivre et ma vertu s’y est usée. J’écrirai donc très simplement mes souvenirs, et s’ils sont en lambeaux par endroits, je n’aurai recours à aucune invention pour les rapiécer ou les joindre ; l’effort que j’apporterais à leur apprêt gênerait le dernier plaisir que j’espère trouver à les dire. ».

Pourtant, à mon sens, plus que ses œuvres très célèbres, "La Porte étroite" est à l’évidence le meilleur livre d’André Gide. Son titre qui vient toujours de son protestantisme biblique (beaucoup d’appelés, peu d’élus, la porte est étroite), donne toute la signification avec cet extrait qui montre un hésitant équilibre :

« – Que peut préférer l’âme au bonheur ? m’écriai-je impétueusement.
Elle murmura :
– La sainteté… »


C’est d’ailleurs avec "La Porte étroite", grand succès littéraire, que Gide devint connu au-delà du petit cercle littéraire. Mais Gide s’est senti plutôt incompris, beaucoup ayant interprété son empathie de narration pour l’héroïne Alissa comme une identification alors qu’il a toujours gardé recul et liberté avec ses personnages.

Gide écrivit également "La Symphonie pastorale" (1919), un roman très religieux où se mêlent les sentiments, les préceptes moraux de la religion, ainsi que la conversion possible de protestant en catholique (idée qui le chatouilla toute sa vie).

Parmi les livres intéressants, je peux citer aussi "Saül" (1903), "Amyntas" (1906), "Le Retour de l’Enfant prodigue" (1907), "Perséphone" (1934) et "Thésée" (1946) qui est le dernier livre publié du vivant de Gide.

Gide fait œuvre d’engagement politique également deux carnets de voyage, "Voyage au Congo" (1927), que Léon Blum publia dans "Le Populaire", puis "Retour du Tchad" (1928) où il décrivait la discrimination ethnique et la maltraitance des populations locales et dénonçait sous couvert de mission civilisatrice la cupidité de certains acteurs du colonialisme. Cette attaque du colonialisme a beaucoup choqué la classe politique qui la considéra comme une atteinte aux intérêts français même si des enquêtes ultérieures ont donné raison au témoignage de Gide.

Dans sa réflexion politique qu’il entreprit dès le début de la Première guerre mondiale, continuateur en cela d’un Victor Hugo, promoteur des "États-Unis d’Europe", André Gide ébaucha la vision d’une Europe culturelle basée sur une alliance franco-allemande, idée portée également par Aristide Briand.

Avec "Si le grain ne meurt" (1924), encore un titre très biblique, et "Et nunc manet in te" (1951), André Gide se raconta dans une autobiographie très crue, sur sa famille, son amitié par exemple avec Pierre Louÿs ou ses mœurs qui scandalisèrent une grande partie de la France "bien pensante", racontant ses tendances homosexuelles et pédérastes ainsi que son mariage avec Madeleine pour qui il a toujours gardé une haute estime.

Dans "Ainsi soit-il ou Les Jeux sont faits" (1952), son ultime journal commencé en été 1950, Gide laissait entendre qu’il accueillerait la mort doucement et sereinement, comme un observateur extérieur : « Je crois même que, à l’article de la mort, je me dirai : tiens ! il meurt. ».

Spécialiste d’André Gide, Pierre Lepape a cité Jean-Paul Sartre qui a écrit, le 20 février 1951, en hommage posthume : « Ce que Gide nous offre de plus précieux, c’est sa décision de vivre jusqu’au bout l’agonie et la mort de Dieu. ».

Toute sa vie, André Gide a eu à lutter contre le moralisme sévère que sa mère lui a inculqué, et pour cela, il a cherché à fuir dans la voie créative, dans la vie qu’il voulait créative, à tout point de vue, au risque de choquer le petit monde de la bourgeoisie bien établie.

Il nous a laissé des œuvres littéraires en grand nombre, très denses, très intenses, qui ont eu du sens pour des générations de jeunes gens, et qui, apparemment, si elles sont un peu démodées de nos jours, mériteraient sans aucun doute qu’on les ressorte et qu’on les redécouvre.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 février 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Un homme libre.


yartiGide02



 

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/je-t-enseignerai-la-ferveur-89136

 

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-256

 

 

 

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 05:51

Un authentique universitaire aux responsabilités politiques : voilà ce qu’était ce gaulliste fidèle pour qui servir rimait avec intégrité et honnêteté. Seconde partie.

yartiJeanneneyJM01Dans la première partie de l’article, a été évoquée l’activité universitaire très féconde de Jean-Marcel Jeanneney. Voici la partie plus politique de sa trajectoire, trois fois ministre de De Gaulle.


Ministre de l’Industrie

Après avoir participé, en tant qu’expert économiste, au Comité Rueff-Pinay pour faire des propositions sur la réforme de l’économie française (de septembre à décembre 1958), Jean-Marcel Jeanneney a été appelé par le nouveau Premier Ministre Michel Debré, qui était son ami de jeunesse à l’École libre des sciences politiques, à siéger au gouvernement. Il fut nommé Ministre de l’Industrie du 8 janvier 1959 au 14 avril 1962 (avec le Commerce jusqu’au 17 novembre 1959).

Il nomma dans son cabinet Raymond Barre (à sa tête) ainsi que Jean-Claude Casanova, futur professeur de droit à Nancy puis à l’IEP de Paris et actuel président de la Fondation nationale des sciences politiques, succédant à René Rémond en 2007.

Parmi ses réalisations de Ministre de l’Industrie, Jean-Marcel Jeanneney a dû résoudre la crise du charbon avec une baisse importante de la production française (réduction de 10% en cinq ans) qui allait entraîner des licenciements et des mises à la retraite d’office après trente années de travail.

Dès le 30 juin 1959, il avait présenté son projet de loi relative à l’équipement économique général où la répartition de l’énergie électrique était rééquilibré entre l’énergie nucléaire, l’énergie hydraulique et l’énergie thermique.

Il avait compris très vite la nécessité pour la France de se doter d’une capacité de raffinage du pétrole (ces mêmes raffineries qui furent en grève récemment). Bataillant pendant un an contre le Ministre des Finances Antoine Pinay sur ce sujet, Jean-Marcel Jeanneney a finalement eu gain de cause avec la création, en 1960, de l’Union générale des pétroles qui deviendra ERAP en 1964 puis Elf en 1967 : ce tournant énergétique fut réalisé parallèlement aux projets autoroutiers, à la révolution industrielle par les matériaux plastiques qui marqua la société du "tout pétrole" (selon une note d’Éric Kocher-Marboeuf).

Ayant également compris qu’il aurait fallu adopter une politique énergétique commune en Europe avant de discuter de l’adhésion de la Grande-Bretagne à la Communauté économique européenne, il a fortement influencé le Général De Gaulle dans son refus d’intégrer les Britanniques au continent européen.

Par ailleurs, de fibre "sociale", Jean-Marcel Jeanneney avait accepté une augmentation de salaire de 11% aux employés de EDF-GDF.


Service de l’État en mission commandée

En 1962, il quitta le gouvernement pour devenir au début de l’été premier ambassadeur de France en Algérie à la suite des Accords d’Évian, preuve du grand lien de confiance qui l’unissait à De Gaulle. Une mission qui dura quelques mois (juillet 1962 à avril 1963) avant d’être nommé président de la Commission d’études de la politique de coopération avec les pays en voie de développement en 1963 puis, de 1964 à 1966, membre du Conseil économique et social au titre des personnalités qualifiées dans le domaine économique, social, scientifique ou culturel.


Ministre des Affaires sociales

Le Général De Gaulle et son Premier Ministre Georges Pompidou le rappelèrent à siéger à nouveau au gouvernement du 8 janvier 1966 au 31 mai 1968 comme stratégique Ministre des Affaires sociales, à la tête d’un ensemble qui réunissait deux grands ministères, celui du Travail et celui de la Santé. Le 6 avril 1967, après des élections législatives gagnées de justesse (à un siège), il eut comme Secrétaire d’État chargé de l’assister un certain… Jacques Chirac.

Aux Affaires sociales, Jean-Marcel Jeanneney avait déjà dû batailler contre le déficit de la Sécurité sociale en augmentant les cotisations sociales et en installant la cogestion avec les syndicats des caisses de Sécurité sociale. Il institua également l’intéressement aux profits, obligatoire pour les moyennes et grandes entreprises.

C’est Jean-Marcel Jeanneney qui négocia avec les syndicats les Accords de Grenelle qui se traduisirent par une augmentation de 35% du SMIG (porté à trois francs par heure), une augmentation des salaires du secteur privé de 7%, une réduction du temps de travail de deux heures par semaine, la révision des conventions collectives, la majoration des allocations familiales, l’augmentation du minimum vieillesse (à deux mille quatre cents francs mensuels), des allégements sur l’imposition des revenus salariaux (et aussi : « Il ne sera pas proposé d’assujettir les salariés au régime de la retenue à la source. »).

Dans son discours prononcé le 28 mai 1968 devant les députés, il fit la conclusion suivante : « Étudiants, salariés des grandes et des petites entreprises, artisans, agriculteurs, fonctionnaires, tous, en ce moment, pensent à leur sort en termes concrets, je puis en porter témoignage, en termes de réforme, et non point seulement ni même principalement en termes de revendications. C’est précisément cette œuvre de réforme que le gouvernement invite l’ensemble du peuple français qui l’attend et l’espère. Puissent des grèves ruineuses – qui désormais n’auraient même plus la justification de ne pas avoir l’occasion d’une fin, puisque ce protocole la leur offre – puissent des grèves ruineuses ne pas faire disparaître ces grands espoirs. ».

Le 30 juin 1968, Jean-Marcel Jeanneney se présenta avec l’étiquette gaulliste aux élections législatives anticipées à Grenoble et gagna la circonscription contre l’ancien chef du gouvernement Pierre Mendès France dont il n’était paradoxalement pas très éloigné politiquement et dont il louait le « désintéressement ». Il fut donc député de l’Isère du 30 juin au 12 août 1968, élu à la commission des finances.


Ministre d’État en charge du texte du futur référendum

Il fut nommé Ministre d’État du 12 juillet 1968 au 20 juin 1969 dans le gouvernement de Maurice Couve de Murville.

Aux côtés d’Olivier Guichard et de Raymond Marcellin, De Gaulle lui confia la tâche de préparer la réforme du Sénat et de la Régionalisation qui prévoyait la création de vingt-deux régions gérées par des conseil régionaux et la fusion du Sénat avec le Conseil économique et social pour en faire une chambre consultative.

Le choix de De Gaulle de confier cette mission à Jean-Marcel Jeanneney n’était pas anodin : à son retour d’Algérie, en 1963, il avait retransmis à De Gaulle deux notes sur la réforme de l’Éducation nationale et sur la régionalisation. De Gaulle avait alors annoté : « Régionalisation : intéressant mais prématuré ».

En 1968, De Gaulle lui donna carte blanche au détriment de Guichard et Marcellin et il était pressé malgré l’indifférence de Couve de Murville et de Michel Debré. Jean-Marcel Jeanneney travailla tout l’été sur le texte, à Paris et à Rioz dans sa maison de vacances. Il commença à discuter avec des sénateurs, notamment Étienne Dailly, mais arrêta les consultations car De Gaulle ne voulait en aucun cas yartiJeanneneyJM45négocier avec le Sénat.

Bien après les événements, Jean-Marcel Jeanneney n’était toujours pas tendre avec Maurice Couve de Murville : « J’étais prêt au début octobre, puisque tel était le calendrier fixé par le Général. Mais le Premier Ministre, lui, ne souhaitait pas que le référendum ait lieu avant dix-huit mois, car il voulait se laisser le temps de rétablir les finances, et souhaitait une dévaluation. Il a freiné autant qu’il a pu. Je l’ai trouvé lamentable. Je l’aime beaucoup pour sa gentillesse, il a été un merveilleux Ministre des Affaires étrangères, mais il était très sceptique sur toute cette affaire. Il ne s’y est pourtant pas opposé de façon nette, mais il n’avançait, ne tranchait rien… Quant à Michel Debré, il était évidemment hostile à toute régionalisation, mais je n’ai jamais eu la preuve qu’il ait freiné. (…) Le résultat est que nous avons pris alors trois mois de retard ; le texte a été publié en novembre, et le référendum annoncé en janvier. J’ai passé trois après-midi entiers avec le Général en octobre et en novembre. Il relisait avec moi ligne à ligne le texte en préparation. Il l’a corrigé de sa main. ».

Jeanneney raconta aussi son déjeuner avec De Gaulle le 19 février 1969, peu après l’annonce du référendum (discours de Quimper) : « Au café, le Général me demande : "Ce référendum, faut-il le faire ?" Je lui réponds : "Mon Général, vous venez de l’annoncer. Mais ne vous engagez pas vous-même. Si vous voulez, je pourrais démissionner. " Refus du Général : "Vous ne pensez pas, mon petit, me dit-il, que je vais vous laisser vous battre tout seul !" ».

Jeanneney a eu beaucoup d’amertume vis-à-vis des parlementaires de la majorité : « Dans la nuit affreuse où j’ai défendu le projet au Sénat, pas un seul des sénateurs gaullistes n’était présent. ».

L’échec du référendum du 27 avril 1969 a mis un terme à cette réforme et précipita De Gaulle dans une retraite volontaire. Jean-Marcel Jeanneney fut désigné pour assurer l’intérim de Ministre de la Justice du 28 avril au 20 juin 1969 après la démission du gaulliste de gauche René Capitant dégoûté par le résultat du référendum et refusant de siéger à la table du Conseil des ministres sous la présidence d’Alain Poher.


La non-dévaluation de novembre 1968

Jean-Marcel Jeanneney était convaincu que la décision initiale de dévaluer le franc provenait d’un "complot" de Pompidou pour discréditer De Gaulle : « J’ai demandé rendez-vous à Couve de Murville, que j’ai rencontré à neuf heures, le samedi matin, avant le Conseil des ministres qui devait entériner la dévaluation. Je lui ai prouvé que la dévaluation était techniquement évitable, et aussi qu’elle était politiquement inacceptable, puisque le gouvernement s’était engagé au contraire, et qu’au surplus, le Général avait trouvé cette idée absurde. (…) Toujours est-il que, au Conseil des ministres, ce sont ses proches [ceux de Pompidou], Jacques Chirac et Albin Chalandon, qui ont été les plus fervents avocats de la dévaluation, finalement évitée au dernier moment. J’ai été totalement convaincu du rôle de Georges Pompidou dans cette affaire lorsque, en novembre 1968, après le Conseil des ministres extraordinaire, Georges Pompidou a fait son entrée dans le salon de l’hôtel de Lassay où Jacques Chaban-Delmas recevait. Il est allé droit vers Chirac et lui a dit : "Bravo, vous au moins, vous ne vous êtes pas dégonflé !" » (car François-Xavier Ortoli, Ministre des Finances et homme de Pompidou, s’était finalement dégonflé durant ce conseil).

Raymond Barre, vice-président de la Commission européenne à Bruxelles, était également intervenu auprès de De Gaulle pour éviter la dévaluation que toute la classe politique voulait et qui n’a finalement pas eu lieu.


Plus à gauche que gaulliste

Après son expérience ministérielle gaullienne, Jean-Marcel Jeanneney s’est peu à peu éloigné de ses anciens collègues, considérant les options de l’UDR puis du RPR trop à droite. Le 9 novembre 1971, il quitta l’UDR et adhéra en 1972 au Mouvement des réformateurs lancé par les centristes de Jean Lecanuet et les radicaux de Jean-Jacques Servan-Schreiber.

En septembre 1972, Jean-Marcel Jeanneney trouvait le Président Georges Pompidou décevant : « L’homme est éminemment mystérieux. Il est sûrement capable techniquement. Voyez-vous, il me fait penser à André Tardieu. ».

Selon lui, l’évolution du régime allait dans le mauvais sens, trouvant que le Président de la République s’impliquait trop dans la gestion des affaires de l’État (au contraire de l’article 21 de la Constitution et de la pratique de De Gaulle). Le danger serait que le Président, à trop s’impliquer, risquerait de sauter (cette interprétation présidentielle du régime a été de plus en plus pratiquée par ses successeurs, Nicolas Sarkozy pas plus ni pas moins que ses prédécesseurs).

Jean-Marcel Jeanneney a soutenu la candidature présidentielle de François Mitterrand en 1974 et en 1981, plus discrètement en 1981 pour ne pas gêner le Premier Ministre Raymond Barre en fonction qu’il appréciait beaucoup.

Après sa première élection, le Président de la République François Mitterrand le chargea de préparer le sommet du G7 à Ottawa des 20 et 21 juillet 1981.

Le 15 novembre 1982, Jean-Marcel Jeanneney déjeuna avec Michèle Cotta, présidente de la Haute autorité de l’Audiovisuel et ancienne présidente de Radio France qu’elle venait de céder à… Jean-Noël Jeanneney, son fils. Jean-Marcel Jeanneney lui glissa dans l’oreille son optimisme en disant que l’institution (de la Haute autorité) serait définitivement installée en une dizaine d’années. Il avait raison : après la CNCL qui a remplacé la Haute autorité, en 1988, le gouvernement de Michel Rocard créa le Conseil supérieur de l’audiovisuel qui est désormais une instance reconnue.

Le 12 avril 2007, Jean-Marcel Jeanneney a lancé un appel en faveur de la candidature de Ségolène Royal, voyant en elle une héritière du gaullisme : « J’ai le goût de vous dire que je constate d’assez nombreuses analogies entre ses idées et les vôtres » et, poursuivant la comparaison entre De Gaulle et Ségolène Royal, il concluait : « Comme lui, vous vous appuyez sur un parti, ce qui est indispensable, mais que, comme lui, vous êtes d’un tempérament assez fort pour pouvoir, quand besoin est, vous en affranchir. ».


L'élu local

Parallèlement à sa carrière universitaire et ministérielle, Jean-Marcel Jeanneney a pris quelques responsabilités locales en gardant le flambeau de la famille en Franche-Comté. Il fut élu maire de Rioz, en Haute-Saône, de 1967 à 1989 et présida le Conseil général de Haute-Saône de 1970 à 1971 dont il était membre de 1965 à 1976. Son père Jules Jeanneney fut maire de Rioz de 1896 à 1957 (à sa mort) et président du Conseil général de Haute-Saône de 1905 à 1925. Son fils Jean-Noël Jeanneney fut conseiller régional de Franche-Comté de 1992 à 1998.


L’homme

Comme d’autres personnalités très brillantes intellectuellement (notamment Alain Peyrefitte) et très compétentes techniquement (comme Pierre Messmer), Jean-Marcel Jeanneney avait été choisi par De Gaulle en dehors de tout esprit partisan pour ses qualités exceptionnelles mises au service de l’État. Comme l’a rappelé Alain Duhamel dans sa chronique du 22 septembre 2010 sur RTL, Jean-Marcel Jeanneney avait une conscience très méticuleuse qui l’avait encouragé à remettre à son notaire tous ses biens personnels lors de sa nomination au gouvernement en 1959 afin de n’y avoir aucune collusion entre affaires personnelles et décisions ministérielles. Des scrupules qui semblent être bien anachroniques aujourd’hui.

Selon Marie-Guite Dufay, successeuse de Raymond Forni à la présidence du Conseil régional de Franche-Comté, « Jean-Marcel Jeanneney aura toute sa vie durant défendu ses idéaux avec grandeur, honnêteté et courage. (…) [Il est un] grand serviteur de l’État, dont la carrière exemplaire inspire le respect. » tandis que François Fillon a parlé de « noblesse d’un engagement qui fut toujours exigeant sur le plan moral et intellectuel ».


Passionné d’histoire, de politique, d’économie, Jean-Marcel Jeanneney était resté à la fin de sa longue vie toujours aussi actif et vif intellectuellement et venait de publier en 2009 un livre sur la démocratie à Rioz depuis deux cents ans, ville dont son père et lui furent le maire pendant quatre-vingt-trois ans.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 novembre 2010)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Le gaullisme en 2010.
Jacques Chaban-Delmas.
La disparition de Jean-Marcel Jeanneney (par Alain Duhamel, chronique sur RTL à télécharger).
Discours de Jean-Marcel Jeanneney sur les Accords de Grenelle (28 mai 1968).
Activités de Jean-Marcel Jeanneney à l’Assemblée Nationale.
Fonds d’archives de Jean-Marcel Jeanneney.
Jean-Marcel Jeanneney soutient Ségolène Royal.
Cahiers de Michèle Cotta.

Beaucoup d’informations concernant le bilan politique de Jean-Marcel Jeanneney sont accessibles dans la thèse d’Éric Kocher-Marboeuf, normalien, agrégé d’histoire, docteur en histoire contemporaine de l’IEP de Paris et maître de conférences à Poitiers, publiée en deux volumes sous le titre : "Le patricien et le Général, Jean-Marcel Jeanneney et Charles De Gaulle, 1958-1969".

yartiJeanneneyJM40

 

 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-marcel-jeanneney-serviteur-de-84333

 

 

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-229

 

 

 

 

 

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 15:11

Un authentique universitaire aux responsabilités politiques : voilà ce qu’était ce gaulliste fidèle pour qui servir rimait avec intégrité et honnêteté. Première partie.

 

 

yartiJeanneneyJM08En ce moment, on parle beaucoup de gaullisme. Encore une occasion supplémentaire ce samedi.

« Je suis un très vieux monsieur. Ministre du Général De Gaulle à trois reprises, je fus un des rares qui eurent l’honneur d’être reçu par lui à Colombey, après qu’il eut, en parfait démocrate, démissionné de la Présidence de la République parce que désavoué lors du référendum qu’il avait décidé. Je suis fidèle à sa mémoire. » : voici comment se définissait il y a quelques années l’un des plus grands serviteurs que l’État a connu au XXe siècle.

Ce 13 novembre 2010, Jean-Marcel Jeanneney aurait eu 100 ans, l’un des gaullistes de gauche les plus remarquables. Hélas, il venait de disparaître il y a quelques semaines, le 16 septembre 2010 (et inhumé le 22 septembre 2010), dans la quasi-indifférence des médias (à l’exception notable de France Culture) plus occupés à se soucier des soubresauts de l’actualité superficielle qu’à retrouver quelques traces d’un glorieux passé.

Dans les années 1960, Jean-Marcel Jeanneney était assez reconnaissable des caricaturistes (notamment Jacques Faizant) à cause de son nœud papillon, une particularité assez rare dans le monde politique.


Une famille de "ministres universitaires"

Docteur en droit et agrégé de science économique (concours de 1936), professeur d’économie à Dijon (en 1936) puis à Grenoble (en 1937), Jean-Marcel Jeanneney fut le fils unique de Jules Jeanneney, sous-secrétaire d’État de Clemenceau (1917-1920) qui eut ce fils à l’âge de 46 ans. Cette différence d’âge explique l’étirement de l’Histoire de France qu’ils ont, tous les deux, accompagnée au cours de leur carrière, je pourrais même ajouter tous les trois, en incluant Jean-Noël Jeanneney (68 ans), l’un des huit enfants de Jean-Marcel, ancien secrétaire d’État de François Mitterrand (1991-1993), ancien patron de Radio France (1982-1986) et ancien président de la BNF (2002-2007). Jean-Marcel Jeanneney était fier de sa famille : « J’appartiens à une famille qui eut toujours le culte de l’État. » (1997), une famille qui peut se comparer à d’autres grandes familles républicaines : Debré, Joxe, De Broglie, Carnot, Casimier-Périer, etc. ...et même Raffarin.

Recherchant peu les responsabilités ministérielles, Jules Jeanneney fut surtout un sénateur de la Gauche démocratique (situé au centre gauche) pendant une trentaine d’années et fut élu Président du Sénat le 3 juin 1932 (jusqu’au 10 juillet 1940 où il présida sans prendre part au vote à la séance historique donnant les pleins pouvoirs à Pétain). C’est lui qui fut contacté, aux côtés d’Édouard Herriot, Président de l’Assemblée Nationale, par le chef du gouvernement de Vichy Pierre Laval en 1944 pour l’aider à restaurer la IIIe République. Les deux refusèrent évidemment.

Contacté par De Gaulle pour reprendre la Présidence du Sénat après la Libération, Jules Jeanneney refusa, considérant que si des résistants avaient risqué leur vie pour vaincre l’Occupation, ce n’était pas pour conserver l’ancienne génération (il avait 80 ans) et il fallait donc placer des jeunes. Dans son gouvernement provisoire, De Gaulle en fit un bref ministre d’État de septembre 1944 à janvier 1946 afin d’avoir une caution de continuité républicaine.


Fondateur de l’Institut d’études politiques de Grenoble

Dans ce gouvernement provisoire, Jean-Marcel Jeanneney était alors le directeur de cabinet de son père et avait contribué à la création de l’École nationale d’administration (ENA) et d’Instituts d’études politiques (IEP) par l’ordonnance du 9 octobre 1945. Mais deux IEP seulement furent immédiatement créés : ceux de Paris et de Strasbourg.

En décembre 1945, Jean-Marcel Jeanneney se retrouva à enseigner l’économie à l’Université de Grenoble et pensait que le dynamisme intellectuel de Grenoble aurait mérité la création d’un IEP, mais comme Lyon en aurait forcément un et qu’il n’y en aurait que quatre ou cinq sur toute la France, il préféra rester modeste et fonda en octobre 1946 le Centre universitaire d’études administratives et politiques (CEAP) dont il fut le directeur jusqu’en décembre 1947 (À Nancy, un Centre universitaire des études politiques a été par la suite créé qui est devenu très récemment une antenne délocalisée de l’IEP de Paris). 

L’idée de ce centre était de donner une formation modernisée en droit car les programmes de la faculté de droit de Grenoble avaient été établis… avant la guerre de 1914 ! et donnaient peu de place à l’économie et rien à l’histoire des idées politiques. Il voulait ouvrir les étudiants à la société en faisant intervenir non seulement des universitaires mais aussi des hauts fonctionnaires ou des hommes politiques en leur laissant une grande liberté d’action, à la manière de l’École libre des sciences politiques dont il avait élève (l’École libre des sciences politiques fut fondée en 1872 par Émile Boutmy et fut nationalisée par cette même ordonnance du 9 octobre 1945 qui la transforma en Institut d’études politiques de Paris, autrement dit "Science Po").

En octobre 1947, il fut élu doyen de la faculté de droit de Grenoble (le plus jeune doyen de France à 36 ans ; Jack Lang sera doyen de la faculté de droit de Nancy à 38 ans en 1977). Jean-Marcel Jeanneney, intègre, ne voulait pas cumuler les deux fonctions (doyen et directeur du CEAP) et démissionna de la direction du CEAP. Par décret du 4 mai 1948, le CEAP fut transformé en IEP en octobre 1948 en même temps que la création des IEP de Lyon, de Bordeaux et de Toulouse.

Il fut nommé ensuite à la Sorbonne en 1952 tout en dirigeant les études économiques de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP).


Le Comité Pinay-Rueff

En été 1958, le Général De Gaulle se mettait régulièrement en colère contre son Ministre des Finances Antoine Pinay car ce dernier ne lui présentait aucune mesure pour faire une réforme économique alors que le franc ne cessait pas de baisser à cause des spéculateurs : « Quand donc le Ministre des Finances va-t-il me proposer le projet de budget et les réformes qui doivent être associées ? ».

yartiJeanneneyJM47Finalement, le cabinet de De Gaulle réussit à convaincre Pinay de créer un comité d’experts autour de Jacques Rueff, d’inspiration libérale anti-keynésienne (ancien directeur du Trésor sous le Front populaire et ancien conseiller de Raymond Poincaré au moment du fameux plan Poincaré de 1926), pour préparer le programme économique.

Le comité Rueff fut composé de huit membres représentants de la haute fonction publique ou des affaires parmi lesquels les patrons de la banque Lazard, de Péchiney… et Jean-Marcel Jeanneney.

Ce comité s’est réuni tous les deux jours de façon très discrète (son existence n’a été annoncée qu’après sa dissolution) du 30 septembre au 8 décembre 1958. Un premier texte fut soumis à Georges Pompidou (directeur de cabinet de De Gaulle à Matignon) le 7 novembre, à Antoine Pinay le 12 novembre puis à De Gaulle le 18 novembre 1958. Le texte final a été communiqué le 9 décembre 1958 au Président René Coty qui l’a accepté.

Au sein de ce comité, ce fut surtout Jean-Marcel Jeanneney qui montra quelques réticences aux idées "révolutionnaires" de Jacques Rueff en raison de ses options surtout dirigistes et volontaristes.

Il en résulta cependant un plan (appelé plan Pinay-Rueff) qui va rendre le franc de nouveau convertible avec la création du nouveau franc, assouplir le contrôle des changes, accepter le Marché commun européen, imposer une politique budgétaire rigoureuse en insistant sur les investissements publics (augmentation de 26% en 1959). Le plan fut un succès avec un renforcement de la monnaie.

La dévaluation préconisée fut entre 13% et 15% correspondant à l’inflation mais le gouverneur de la Banque de France, Wilfrid Baumgartner (successeur d’Antoine Pinay aux Finances un peu plus tard), préféra le taux de 17,5%, ce qui correspondit à un dollar à 493 F au lieu de 420 F.

Le taux du nouveau franc fut de 1/100, ce qui ramenait le taux de change avec le dollar américain à 1914 (il valait 5,15 F) et avec les autres monnaies européennes à l’unité (1,00 DM et 1,00 franc suisse). L’entourage de Roger Goetze (proche de De Gaulle à Matignon, chargé de superviser tous les projets économiques) avait songé de changer le nom de la monnaie et d’appeler le "nouveau franc" (ou "franc lourd") : "gallia" ou "livre française" (la "livre" sonnait trop britannique et "gallia" trop archéologique ou trop gaulliste, personne n’osa faire ces propositions à De Gaulle).

Paradoxalement, les mesures furent décidées par De Gaulle malgré les réticences d’Antoine Pinay, de beaucoup de gaullistes (à l’exception de Michel Debré et Maurice Couve de Murville) notamment Albin Chalandon qui était le secrétaire général de l’UNR, du MRP, des radicaux et de la SFIO, mais aussi du CNPF (futur MEDEF) et de la Banque de France. Seul parmi les observateurs, Raymond Aron a été un rare défenseur du plan. Les ministres SFIO ainsi que Pinay menacèrent de démissionner en cas d’adoption de ce plan.

De Gaulle, qui avait des pouvoirs étendus depuis début juin 1958 (mais qui prenaient fin le 31 décembre 1958) et qui allait être élu à l’Élysée (le 21 décembre), faisait confiance aux économistes : « J’adopte le projet des experts… Du point de vue technique, je m’en remets dans l’ensemble aux spécialistes… Mais c’est ce que le projet a de cohérent et d’ardent, en même temps que d’audacieux et d’ambitieux, qui emporte mon jugement. » (dans "Mémoires d’espoir"). De Gaulle sut finalement convaincre ses ministres plus que réservés en menaçant lui-même de démissionner en cas de non-adoption lors du Conseil des ministres du 27 décembre 1958.

Le 28 décembre 1958, une cinquantaine d’ordonnances issues du comité Rueff furent publiées au Journal Officiel. Le soir même, De Gaulle prononça une allocution radiodiffusée : « J’ai décidé de remettre nos affaires en ordre réellement et profondément… Notre pays va se trouver à l’épreuve… Le rétablissement visé est tel qu’il peut nous payer de tout… Sans cet effort et ces sacrifices, nous resterions un pays à la traîne, oscillant perpétuellement entre le drame et la médiocrité. ».

Concrètement, la décision la plus stratégique, historique même, ne fut pas comprise des observateurs sur le moment : hostile à une Europe politique, le Général De Gaulle venait d’accepter tous les objectifs de la Communauté économique européenne et les principes d’une économie libérale soutenue par des investissements de l’État.

Dès début janvier 1959, ceux qui appliquèrent réellement le plan Rueff ne furent pas le Ministre des Finances, Antoine Pinay (ni son successeur Wilfrid Baumgartner), mais le nouveau Premier Ministre Michel Debré et son ami devenu Ministre de l’Industrie Jean-Marcel Jeanneney (voir seconde partie de l’article).


Fin de carrière universitaire

Jean-Marcel Jeanneney termina sa carrière universitaire après son expérience ministérielle à partir de 1969 pendant une dizaine d’années de nouveau comme professeur à la Sorbonne et au conseil d’administration de la FNSP qui fut présidée par René Rémond.

Le 11 février 1981, en raison de ses compétences reconnues en économie, Jean-Marcel Jeanneney fut nommé le premier président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) qui fut un centre de recherche d’une trentaine de chercheurs créé au sein de la FNSP à l’initiative du Premier Ministre Raymond Barre qui fut son directeur de cabinet au Ministère de l’Industrie (1959-1962). L’OFCE est chargé d’étudier la conjoncture de l’économie française en toute indépendance et de formuler des prévisions économiques. Il laissa cette présidence en 1989 à Jean-Paul Fitoussi qui le préside encore aujourd’hui. L’OFCE se prononça dès mars 1993 en faveur des 35 heures de travail hebdomadaire.

Très apprécié parmi ses collègues, il n’hésitait pas à participer (malgré son grand âge) à des rencontres quasi-familiales comme la célébration du cinquantième anniversaire de la création de l’IEP de Grenoble en 1998.

La carrière universitaire de Jean-Marcel Jeanneney était brillante et productive. Il était devenu un expert en économie dont les avis comptaient.

Dans un communiqué réagissant à l’annonce de la disparition de Jean-Marcel Jeanneney, la Ministre de l’Économie et de l’Industrie Christine Lagarde rappelait le 17 septembre 2010 : « Il sut mettre en interaction différents facteurs incontournables pour la compréhension des mécanismes économiques : démographie, comptes nationaux, productions, prix, revenus, emploi, monnaies et crédit, finances publiques et relations économiques et internationales. C’est aussi en historien de l’économie qu’au travers de statistiques contemporaines, Jean-Marcel Jeanneney retrace les évolutions de ces grandeurs, de ces écarts depuis 1850, ouvrant sur une véritable proposition de prospective. Sa parfaite connaissance des principaux événements nationaux et internationaux susceptibles d’avoir agi sur les économies européennes depuis 1970 alliée à sa grande maîtrise des outils et des modèles économétriques, a alimenté la réflexion des économistes, des historiens, mais aussi de nombreux décideurs. ».

Jean-Marcel Jeanneney était aussi un acteur, un homme politique qui s’est engagé aux côtés de De Gaulle. Ce dernier voyait le gouvernement comme la réunion des meilleures compétences du pays. J’évoquerai son action gouvernementale dans la seconde partie de l’article.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 novembre 2010)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Le gaullisme en 2010.
La disparition de Jean-Marcel Jeanneney (par Alain Duhamel, chronique sur RTL à télécharger).
Fonds d’archives de Jean-Marcel Jeanneney.
L’implication de Jean-Marcel Jeanneney dans la création de l’IEP de Grenoble.
Le Comité Rueff.
50e anniversaire de l’IEP de Grenoble.
Communiqué de Christine Lagarde (17 septembre 2010).

yartiJeanneneyJM07


 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-marcel-jeanneney-serviteur-de-84332

 

 

http://rakotoarison.lesdemocrates.fr/article-220

 

 

 

 

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 07:03

Des sourcils épais, une voix nasillarde, un dynamisme d’action et de réflexion : « Croire en l’homme et préférer cette croyance aux fascinations du progrès, de l’argent, de la science ou de la technique (…). Croire en l’homme, le respecter et lui faire confiance. » (1993). Troisième partie.

 

 

yartiChaban07Résistant, gaulliste historique, Jacques Chaban-Delmas fut un grand Président de l’Assemblée Nationale (première partie) et un Premier Ministre d’ouverture vers une nouvelle société (deuxième partie). Sa démarche ne put qu’aboutir à une candidature à l’élection présidentielle.

 
Candidat à l’élection présidentielle de 1974

Retiré sur ses terres bordelaises depuis vingt et un mois, Jacques Chaban-Delmas était décidé à se présenter à l’élection présidentielle en 1976. Son expérience à la fois de résistant, de gaulliste historique, de Président de l’Assemblée Nationale et de Premier Ministre, et son projet déjà bien ficelé de nouvelle société constituaient des atouts non négligeables pour un homme tourné vers l’avenir, plutôt consensuel dans la forme. Dynamisme, intelligence, talent de séduction, tout aurait dû avantager Jacques Chaban-Delmas.

La mort accélérée de Georges Pompidou le 2 avril 1974 créa un électrochoc dans la classe politique : malgré les sous-entendus, tout le monde savait Pompidou gravement malade mais personne n’imaginait qu’il allait mourait si vite.

Le "timing" avantagea nettement François Mitterrand qui avait réussi à conclure en 1972 l’union de la gauche et le programme commun entre socialistes, radicaux (de gauche) et communistes. Les élections législatives de mars 1973 furent la première expérience de cette nouvelle union qui montrait l’efficacité des reports de voix dans la "discipline républicaine" de désistement au second tour et de soutien au candidat le mieux placé. Toute son attention visait à rester un homme indépendant des communistes en refusant toute négociation.

Georges Marchais, secrétaire général du parti communiste français, n’ayant eu aucune envie de comptabiliser les voix communistes, la candidature unique de gauche de François Mitterrand était garantie. Il pouvait donc se consacrer totalement à combattre le pouvoir gaulliste sans se soucier de ses alliés.

De l’autre côté de l’échiquier, trois personnalités mouraient d’envie de se présenter : Chaban-Delmas (qui se déclara le 4 avril 1974, quelques minutes même avant la fin de l’éloge funèbre à l’Assemblée Nationale), Edgar Faure (le 5 avril 1974) et Valéry Giscard d’Estaing (le 8 avril 1974).

Encouragé par Jacques Chirac, le Premier Ministre sortant Pierre Messmer se proposa sans conviction le 9 avril 1974 d'être le candidat de rassemblement à condition du renoncement des autres candidats potentiels. Giscard d’Estaing l’a pris au mot et a accepté de renoncer si ses deux autres rivaux renonçaient. Un engagement sans beaucoup de risque car il savait que Chaban-Delmas était trop déterminé pour abandonner.

La tentative Messmer échoua donc, et Edgar Faure en profita pour renoncer aussi. Chaban-Delmas a obtenu dès le 7 avril 1974 le soutien de l’UDR (les députés UDR étaient dirigés par Roger Frey et l’UDR par Alexandre Sanguinetti, deux proches de Chaban) et le 9 avril 1974, le soutien du CDP (centristes pompidoliens) de Jacques Duhamel. Messmer lui apporta finalement un timide soutien le 21 avril 1974.

Sous la conduite de Jacques Chirac, Ministre de l’Intérieur, quarante-trois députés et ministres UDR (dont Olivier Stirn) ont publié le 13 avril 1974 (veille de Pâques) un texte de défiance vis-à-vis de la candidature de Jacques Chaban-Delmas, soutenant implicitement celle de yartiChaban06Giscard d’Estaing. Ce dernier a bénéficié dès le 10 avril 1974 du soutien du Centre démocrate de Jean Lecanuet et des indépendants d’Antoine Pinay.


Chabanisation et effet des sondages

Au fur et à mesure de l’avancée de la campagne, les sondages furent de plus en plus catastrophiques pour Jacques Chaban-Delmas. Les polémiques depuis deux ans sur ses fiches d’impôts (l’avoir fiscal lui permettant de ne pas payer d’impôts ; ironie du sort : c’était Giscard d’Estaing qui créa cette disposition fiscale rue de Rivoli), son divorce et le remariage récent à la suite du décès de sa deuxième épouse, et de nombreuses maladresses ont handicapé sa candidature.

Parmi les maladresses, celle de mobiliser le vieil écrivain gaulliste André Malraux, en fin de vie, rempli de tics d’élocution, peu compréhensible, qui donna une image très passéiste de sa candidature.

Ce fut Lionel Stoléru qui géra les sondages pour Giscard d’Estaing et Jacques Chirac, contrôlant les Renseignements généraux, était à la manœuvre, notamment en laissant fuir le 20 avril 1974 l’information selon laquelle au second tour, Mitterrand pourrait battre Chaban-Delmas mais serait battu par Giscard d’Estaing (déjà l’argument du "vote utile").

Assurant l’intérim de la Présidence de la République, Alain Poher demanda à Henri Amouroux, directeur de "France Soir", de ne pas publier un sondage le 3 mai 1974, avant-veille du premier tour pour préserver la sincérité du scrutin (la loi n°77-808 du 19 juillet 1977 interdit désormais la publication de sondage pendant la semaine précédent le scrutin).

Les résultats du premier tour du 5 mai 1974 furent sans surprise par rapport aux sondages : Jacques Chaban-Delmas avec 15,1% fut nettement distancé par Giscard d’Estaing avec 32,6% et François Mitterrand avec 43,2%. Valéry Giscard d’Estaing fut élu d’extrême justesse Président de la République le 19 mai 1974… à seulement 48 ans.


Un contributeur très actif de la vie démocratique

Malgré ses "espérances blessées", Chaban-Delmas restait pour encore longtemps un personnage éminent dans le débat politique.

Après son échec présidentiel, Jacques Chaban-Delmas se rapprocha de Valéry Giscard d’Estaing au moment au Jacques Chirac s’en éloigna (vers 1977).

Favorable à la construction européenne, il n’hésitait pas à se confier à Michèle Cotta à propos des premières élections européennes (7 juin yartiChaban601979) : « Je suis sûr qu’il faudrait que les gaullistes fassent campagne en disant : nous sommes les premiers Européens, les seuls, les vrais. Mais cela exclut la possibilité de laisser Michel Debré prendre la tête de la liste RPR ! ».

Le 25 janvier 1980, François Mitterrand ironisa sur Chaban-Delmas qui a été chargé par Giscard d’Estaing de se rendre à Moscou pour améliorer les relations franco-soviétiques et qu’il quitta rapidement après l’annonce de l’envoi en relégation du dissident Andreï Sakharov : « Imaginez que ce soit moi qui sois parti à Moscou et qui en sois revenu de cette façon : que n’aurait-on pas dit sur mon inféodation aux Soviétiques ! ».

Son amitié très ancienne pour François Mitterrand avait fait de Chaban l’un des candidats plausibles à Matignon en mars 1986 (avec René Monory et Alain Peyrefitte), en cas de cohabitation. Cependant, Jacques Chirac refusait toute autre hypothèse que sa propre nomination en cas de victoire du RPR.

Le 17 janvier 1988, Jacques Chaban-Delmas, laissant "la rancune à la rivière", apporta un soutien sans réserve à la candidature de Jacques Chirac à l’élection présidentielle (de 1988).

D’octobre 1988 à 1997, il présida le Comité d’action pour l’Europe (résurgence du Comité Jean Monnet) qui regroupe les anciens Présidents et Premiers Ministres des pays européens et que le Président François Mitterrand avait reçu à l’Élysée le 19 janvier 1988.


Un des personnages les plus appréciés de la classe politique

Premier homme politique imité par Thierry Le Luron, ce qui lança le jeune homme (18 ans) dans la carrière d’imitateur très célèbre, Chaban-Delmas avait une voix très particulière : « Remonté comme une pendule, avec, de temps en temps, une curieuse inflexion de sa voix dans les aigus, quelques rugissements sonores étonnants », selon la description de Michèle Cotta dans ses cahiers au 5 juillet 1978.

Le 26 décembre 1991, Chaban-Delmas était présent lors de la réception présidée par le Président du Sénat, Alain Poher, pour fêter le yartiChaban61centenaire d’Antoine Pinay, le fameux homme du franc fort devenu une sorte de sage pour toute la classe politique au fil des décennies (voir la photo ici).

Grand sportif (champion de tennis, rugbyman en international), Chaban-Delmas avait dû accepté les conséquences de la vieillesse en quittant la mairie de Bordeaux à 80 ans et le Palais-Bourbon à 82 ans.

Le 12 novembre 1996, pour le cinquantième anniversaire de sa première élection, Jacques Chaban-Delmas a été désigné par acclamations des députés Président d’honneur de l’Assemblée Nationale, un titre attribué à un seul de ses deux cent quarante-cinq homologues jusqu’à maintenant, Édouard Herriot.

Cet hommage avait été initié par le Président de l’Assemblée Nationale de l’époque, Philippe Séguin, chabaniste en 1974, qui déclara : « Ces fonctions, il les a marquées de la forte empreinte de sa personnalité. Il les a exercées pleinement, jusqu’à littéralement les incarner. C’est pourquoi, cet après-midi, c’est avant tout à notre ancien président que doit s’adresser l’hommage de notre assemblée. L’hommage de notre respect et de notre affection. ».

Chaban-Delmas répondit avec une grande sensibilité : « Monsieur le Président, mon émotion est extrême et je suis comme écrasé par la décision que vous avez proposée à notre assemblée et qu’elle a prise. Je savais, depuis longtemps, qu’il existait une grande famille parlementaire. Aujourd’hui, elle se manifeste et son existence n’est pas discutable. J’y appartiens avec honneur, avec fierté et avec cette chance inouïe de me sentir soutenu par chacun et chacune d’entre vous. (…) Lorsque je cesserai de travailler, j’emporterai comme le plus grand et le plus précieux trésor cette communion d’esprit et de cœur qui nous réunit encore aujourd’hui et je vous remercie du fond du cœur. ».

Quelques jours après sa disparition, le 22 novembre 2000, son successeur Raymond Forni lui rendit ainsi hommage : « [Il] connut ce déchirement intime lorsqu’il faut mettre en balance certaines convictions et la fidélité à l’homme admiré. Il sut se confronter à lui, s’en écarter pour mieux le rejoindre, mais jamais il ne supporta qu’on puisse ne pas le respecter, ou pis, qu’on ose le trahir. C’était là son exigence et sa fidélité. Toute sa vie, Jacques Chaban-Delmas batailla, avec panache, pour la présence du gaullisme. L’Histoire, en 1958, lui donna raison. Alors qu’on enterrait la IVe République et qu’avec la Ve naissait un nouvel espoir, il s’illustra dans une permanente défense de la politique d’un Président de la République qu’il avait tant souhaité voir revenir au pouvoir. Ce qui ne l’empêcha pas de continuer d’entretenir des liens, parfois intimes, toujours solides, avec d’anciens compagnons d’armes, devenus des adversaires politiques ; témoignant, par ses amitiés et son comportement, de sa tolérance et de sa volonté d’ouverture. L’amitié aussi résume sa vie. Ce fut certainement sa force, peut-être sa faiblesse, assurément son grand mérite. ».

Quant au Premier Ministre de l’époque, Lionel Jospin, il affirma : « Jacques Chaban-Delmas ne pouvait m’être étranger car il était familier à tous les Français. (…) Il s’était forgé une morale pour la vie, pour sa vie, et pour la vie politique en particulier. Jusqu’au bout, Jacques Chaban-Delmas a conservé cette stature. Jusqu’au bout, il fut un combattant, face à la maladie, face à la douleur. Car Jacques Chaban-Delmas avait en lui, selon ses propres mots, un "immense appétit de vivre". Cette ardeur, [il] l’a mise au service de la France. ».


Jacques Chaban-Delmas aura bien mérité de la République. Il repose désormais parmi les héros de la démocratie française dans le grand livre de l’Histoire. 


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 novembre 2010)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :


Le gaullisme après De Gaulle.
Radioscopie du 21 octobre 1975.

La plupart des informations de cet article proviennent du fond de documentation de l’Assemblée Nationale sur Jacques Chaban-Delmas accessible ici et des cahiers de Michèle Cotta.

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